Dialogue social élargi sur l’évaluation

Publié: juin 12, 2010 dans Non classé

Après Serge, Jean-Philippe… ou après la CFDT, la CGT. Jean-Philippe (Revel) apporte sa contribution à la question de l’autoévaluation.

Jean-Philippe : « Certitudes CGTistes ! Avis CGT exprimé lors de la présentation de la démarche d’autoévaluation à Paris le 6 Mai 2010 : cette démarche avec sa pléthore d’indicateurs a été initiée « ante CPO » … quand elle a été remise au goût du jour, en 2008, on a fait comme si la CPO n’avait pas existé. C’est un tort ! Encore des indicateurs, encore des chiffres … cela ne va pas dynamiser la mise en oeuvre de la démarche! Il faut donc l’intégrer à la CPO afin de la rendre obligatoire (l’évaluation doit être une obligation). Cela permettra d’emblée la complémentarité « qualitative escomptée » sans repasser par la case du trop d’indicateurs à renseigner …

Cette auto évaluation ne fait pas mention d’une enquête de satisfaction auprès du public. Pour la CGT c’est essentiel. Rappel : le code du travail implique désormais que les financements des ML/PAIO se fondent également sur la qualité de l’accueil et de l’accompagnement. Encore une raison pour intégrer cette autoévaluation à la CPO qui doit obligatoirement évoluer !

Conclusion : l’autoévaluation, un truc, facultatif, mais qui vise le qualitatif, mais en passant par de multiples indicateurs et qui doit valoriser le travail des ML/PAIO …! »

P.L. Quitte à passer pour un chantre de l’unité syndicale à tout crin et même, sacrilège, du « compromis de classe » avec les employeurs, mes observations sont de même teneur que celles concernant le SYNAMI et rejoignent le discours de l’UNML présente lors des interrégionales. Je m’explique. Ce que dit Jean-Philippe, pour la CGT, est juste… hormis « la pléthore d’indicateurs » car, à Paris et dans d’autres rencontres interrégionales, sauf amnésie, peu d’indicateurs ont été cités. Ceci étant, on peut comprendre que les indicateurs, données chiffrées (1), ne soient pas un levier enthousiasmant pour des professionnels subissant largement le diktat des résultats quantifiables. Et, s’il ne s’agissait que de chiffres, sans aucun doute cela ne dynamiserait guère la mise en œuvre de la démarche… Or, précisément, il n’est pas question que de chiffres et, même, tout au contraire ou presque.

Changer de braquet : de l’uni à la multidimensionnalité…

Entendons-nous tout d’abord sur ces « chiffres » dont le défaut n’est pas de l’être mais de n’être que certains chiffres, ceux des résultats et, encore pire, ceux restrictifs de l’accès à l’emploi… non qu’ils soient négligeables mais, dès lors qu’ils sont exclusifs, ils viennent percuter le concept central des missions locales, subséquemment leur identité : l’approche globale. L’évaluation ou autoévaluation, si elle est saisie par les acteurs et si chacun apporte sa pierre à l’édifice pour la dégrossir, pourra élargir le spectre des résultats aux réalisations, mobilisant des indicateurs correspondant à la multidimensionnalité d’un parcours d’insertion et de son aboutissement, l’intégration. Le problème à résoudre est donc moins celui du « trop de chiffres » que celui de chiffres signifiant un jeune unidimensionnel alors qu’il est multidimensionnel. De plus, ne nous leurrons pas : y compris si ces chiffres prennent au maximum en compte ce cristal à multiples facettes qu’est tout individu, ils ne parviendront pas à tout dire… il y a une dimension humaine irréductible aux calculs, fort heureusement d’ailleurs, une imprévisibilité qui exclut le raisonnement causal de A sur B = C, somme toute une complexité puisque A sur B = C’… ce « ‘ » recouvrant la marge d’incertitude mais aussi de liberté de tout individu et de tout dénouement d’une interaction. C’est ce que j’avais exprimé en parlant des Bricoleurs… de l’indicible.

Interpréter le factuel…

Deuxièmement, quels que soient ces chiffres, ils ne sont qu’un épisode dans la démarche, renvoyant aux faits et ouvrant l’espace du dialogue, des échanges et des interprétations car la signification de « cent jeunes ayant accédé à l’emploi durable » est en elle-même pauvre… ne serait-ce, déjà, parce qu’une qualité des statistiques est leur diachronicité (quelle évolution dans le temps) qui permet une mise en perspective bien plus qu’une simple mise à plat. Par contre, savoir comment ils y sont parvenus, à partir de quelles ressources propres et externes, et quelles vont être les conditions pour que réellement ils parviennent à se stabiliser… enfin bref toutes ces questions sont celles à partir desquelles, apportant des réponses sinon consensuelles du moins convergentes, l’expertise du quotidien des missions locales pourra s’exercer. En d’autres termes, plutôt que de partir d’opinions (par nature changeantes), s’appuyer sur des données factuelles qui ne disent certes pas tout mais qui constituent une introduction à l’interprétation dialectique… passer des données statistiques aux données sociales et sociologiques.

Une démarche systémique…

« Intégrer l’évaluation à la CPO »… préconise avec sagesse Jean-Philippe. Pour reprendre le fil du processus ayant conduit à cette proposition méthodologique, force est de constater qu’au départ cette jonction n’était pas envisagée, ni même souhaitée par certains pour une raison compréhensible mais erronée : ne pas créer de confusion entre une commande institutionnelle hétéronome, celle de l’Etat, et une démarche autonome, celle du réseau. Les expérimentations de terrain ont rapidement démontré que, sauf à obérer toute chance d’appropriation, le projet d’évaluation devait être corrélé à la CPO. Autrement formulé, il fallait coordonner les deux dynamiques et, singulièrement, enrichir le dialogue de gestion, très variable selon les sites (d’un réel débat à un monologue du machin), par l’autoévaluation. J’ajouterais à cette combinaison un troisième élément, le diagnostic socioéconomique territorialisé et « glissant » (c’est-à-dire actualisé chaque année), ne serait-ce que pour deux raisons :

– Ce diagnostic déplace le regard d’une perspective d’offre vers une perspective de demande ou de besoins, c’est-à-dire interroge la mission locale à partir de sa capacité à répondre aux besoins (des jeunes, de l’environnement, des entreprises) bien plus qu’à partir de son exécution des commandes institutionnelles. Autrement dit, le projet (ascendant, partant du terrain) reprend la place que lui grignotait le programme (descendant, partant de l’institution).

– Ce diagnostic permettra de progresser sur l’épineuse question de la corrélation entre les indicateurs de contexte et de ressources et ceux de réalisation et de résultat. A ce stade, les réponses ne sont pas apportées mais elles devront être construites. « Co-construites » plus exactement.

Question d’éthique…

« L’évaluation doit être une obligation… », écrit Jean-Philippe. Oui, elle doit l’être mais beaucoup plus au sens d’une obligation éthique que de l’application d’une norme professionnelle, ce qui, d’ailleurs, serait en totale opposition avec le principe d’auto-administration, d’auto-saisine du conseil d’administration, tel qu’il est posé. Il peut sembler vaniteux de se citer… tant pis, je prends le risque avec cet extrait du chapitre 13, précisément « L’évaluation de la démarche de projet », du premier tome des Bricoleurs de l’indicible (2003).

Interaction au centre…

Enfin, pour Jean-Philippe, « Cette auto évaluation ne fait pas mention d’une enquête de satisfaction auprès du public. »… Alors là, en toute sympathie, non car, tout au contraire, la proposition méthodologique s’appuie sur le principe des « parties prenantes » (stakeholders), au premier rang desquelles les jeunes qui constituent le groupe social point de passage obligé de la validité des informations recueillies. Et il s’agit d’aller bien plus loin qu’une « enquête satisfaction », sujette à de nombreux biais… dont la nécessité pédagogique de refuser une demande ce qui, inévitablement, créerait une insatisfaction (2). Entendons-nous, une « enquête satisfaction » n’est pas à jeter aux orties et peut être à la source de nombreuses améliorations du « bien travailler » et du « bien travailler ensemble »… mais elle est à manier avec précaution car elle tend à substituer, au moins un temps, la subjectivité du professionnel au centre de la mission locale par la subjectivité du « jeunocentre ». Or, ce faisant et outre qu’on ne sortirait pas d’une mono subjectivité, on invaliderait l’importance du professionnalisme qui a « son mot à dire » : au centre, ce n’est ni l’un, ni l’autre mais c’est l’interaction et la négociation « jeunes – professionnels » qui sont productrices de changement. C’est pour cette raison que, bien mieux que des enquêtes ponctuelles, il faut saisir cette évaluation comme une opportunité pour, si ce n’est déjà fait, concevoir et développer l’expression collective et pérenne des jeunes, Acteur collectif, au sein des missions locales. Entre l’enquête satisfaction et le conseil consultatif jeunes, il y a – expression que Jean-Philippe connaît bien – un « saut qualitatif » qui fait la différence.

(1) « L’information fournie par un indicateur est une donnée quantitative mesurant des faits ou des opinions. {…} Parmi les qualités d’un indicateur, on notera qu’il doit produire une information simple, facilement communicable et comprise à la fois par le fournisseur et l’utilisateur de l’information. », Commission européenne, Evaluer les programmes socio-économiques. Glossaire de 300 concepts et termes techniques, 1999, « collection Means », volume 6, p. 69.

(2) J’avais eu, en son temps, cette discussion avec Hubert Peurichard qui souhaitait tester puis systématiser un questionnaire de satisfaction pour le réseau.

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    ON EN A PRIS DEUX…
    non ce n’est pas de foot que je veux parler… même si dans la rigueur ou l’austérité des salaires de 150 000 € nets par semaine sont complètement inadmissibles… vivement que cette bulle, enfin ce ballon explose et que l’on retrouve les vraies valeurs du sport… cela libérera des moyens car combien coûte le professionnalisme fou à l’Etat et aux collectivités locales…
    Non ce n’est pas non plus du report de l’âge de retraite à 62 ans… même si on peut s’inquiéter pour les jeunes qui, pour avoir une retroite pleine, devront -périodes sans-activités obligent- aller jusqu’à 67 ans…
    Non deux ce sont les coupes sombres dans le plan « espoir pour la jeunesse » (plus certain de son nom tellement il a été vite enterré…). Plus de CIE pour les jeunes (sauf à avoir été demandeurs d’emploi plus de 24 mois dans les 36 mois). Même si cette aide sans contrepartie aux entreprises est critiquable, elle était un bon moyen de négocier l’absence d’expérience… On se retrouve dans la même configuration que le RSA jeunes : une mesure qui ne touche pas sa cible…
    La seconde concerne les aides à la mobilité… D’une annonce de 30 millions d’euros on est à des arbitrages qui la ramène à la moitié voire moins… Une prise de conscience immédiatement remise en cause par la dure réalité budgétaire qui m’inquiète encore plus pour 2011…

    Alors parler évaluation dans un environnement qui est remis en cause en permanence et qui est totalement déprimé et déprimant implique une analyse contextuelle très poussée pour intégrer tous ces éléments extérieurs afin d’avoir une lisibilité dans le temps…

    Avant d’en arriver là (pour rappel, l’évaluation inscrite dans la loi vise à répartir les moyens financiers alloués au réseau et à rien d’autre…), pourquoi ne pas se fixer des indicateurs très simples : combien de jeunes accompagnés par une conseiller? un éphémère secrétaire d’Etat avançait 60 ou 70… alors mesurons l’écart par rapport à cette donnée… Combien de jeunes accompagnés par les Missions locales? il a été mis en place un indicateur = le JDI (jeunes en demande d’insertion)… il devait être mis au même niveau que la DEFM de Pôle Emploi… qui en connaît l’existence????

    Déjà fixons ce cadre, mesurons les écarts et ensuite mettons en place l’évaluation…

    Franchement, toutes ces démarches d’évaluation en même temps me donnent le bourdon, enfin non, pour revenir à la période actuelle,me prennent la tête comme le vuvuzela pour nos pauvres supporters ou commentateurs…

  2. BRANDEHO Marjorie dit :

    Je me souviens de Jean-Philippe REVEL qui a été un excellent interlocuteur et conseiller lorsqu’il me suivait à la mission locale du 11ème(2002-2003);c’est indirectement grâce à lui que j’ai passé et obtenu mon DAEU(en 2004).
    Je constate qu’il est une personne impliquée et engagée dans ses actions.
    J’apprécierais de connaitre son actualité professionnelle.
    Merci!

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