Dubitativité synamiste

Publié: juin 11, 2010 dans Non classé

Dans son numéro Synami Flash 88, le syndicat consacre quelques lignes au « référentiel d’évaluation des missions de service public des missions locales » (ouf…) présenté lors de journées interrégionales ou, plus exactement, en matinée de celles-ci, les après-midi étant consacrées au plan de relance. Restent à ce stade et après l’interrégionale de Tours, hier, à deux pas de Chérèque plebiscité et dans une colossale marie inaugurée par Félix Faure (dont on connaît la fin singulière, une histoire de pompe funèbre), deux rencontres, l’une à Marseille, l’autre à Nancy.

Trois points particuliers attirent l’attention du Synami, qui n’appellent pas polémique mais explication.

Synami : « La direction devra nommer« un professionnel dédié ». Il s’agira d’un salarié de la structure qui devrait être volontaire… Le Synami sera très attentif aux modalités de désignation du « professionnel dédié » et notamment à l’allègement de sa charge de travail (on n’imagine pas que le nombre de jeunes en accompagnement reste le même si ce salarié est conseiller par exemple !). »

Non seulement le Synami a raison mais cela est précisé lors de la présentation : ce professionnel dédié, dont on attend des compétences en conduite de projet et ingénierie, exercera une réelle « expertise »… et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est préférable de parler d’« expert » que de « référent », cette dernière notion étant un peu vague et devant être réservée à la relation avec le jeune : « référent d’un jeune » et « expert d’un domaine ». Lorsque je présente cette fonction, je la compare à celle d’un responsable qualité ou d’un coordonnateur de projet associatif de structure, estimant le temps consacré exclusivement à la tâche d’évaluation à un quart ou tiers temps. Ceci étant, il est peut-être temps de réfléchir à des modalités de structuration interne des missions locales – cela est fait avec certaines – où, à côté des pôles habituels « emploi » (parfois une équipe elle aussi dédiée), « formation » et « social », on identifie un pôle « ingénierie » qui, d’ailleurs ne doit pas se limiter à l’évaluation mais inclut l’amont, c’est-à-dire l’observation, l’aval, c’est-à-dire l’innovation, et le transversal, c’est-à-dire le centre de ressources documentaire et de valorisation des réalisations (communication).

Si, dans ce pôle, on doit retrouver les expertises correspondant aux axes 4 et 5 de la convention pluriannuelle d’objectifs (mais également aux missions originelles des missions locales : l’observation et l’innovation sont explicites dans la Charte de 1990), celles-ci doivent être – tautologie – exercées et nécessitent du temps. D’autre part, si l’expertise appelle logiquement l’expert, celui-ci est un personnage à deux facettes. Car il peut être un professionnel entièrement dédié dans des missions locales disposant d’une taille critique suffisante, par exemple en charge de l’observatoire et du diagnostic socioéconomique glissant, mais il peut et, sans doute, doit coexister dans chaque professionnel : à côté de la polyvalence de tout conseiller, répondant au principe d’approche globale, construire une expertise dans un domaine est une garantie de reconnaissance (collective pour la structure qui est crédible dans les réunions partenariales et individuelle pour le professionnel qui devient centre de ressources pour l’ensemble de l’équipe)… et que le bon à tout ne soit pas synonyme de bon à rien. Concevoir les domaines d’expertise, les répartir, fournir les feuilles de route et donner les moyens (le temps) pour que santé, logement, citoyenneté, formation tout au long de la vie, égalité, lutte contre les discriminations, etc. correspondent à des connaissances affutées est à mon sens un enjeu désormais de plus en plus patent. Qui plus est, dans la mesure où la multiplication des expertises porte en elle le risque de l’incommunicabilité, cela contraint à synchroniquement à porter l’effort sur la transversalité, l’« agir communicationnel ». Ainsi, de cette façon, on s’approche d’une structure matricielle où se croisent des verticalités (domaines d’expertise) et de l’horizontalité (situations de débat et d’analyse collective). Une organisation forte de ses connaissances, reliant celles-ci à l’action par l’évaluation et l’innovation, un système d’intelligence partagée à la fois stimulant, légitimant et générateur de satisfaction, de « professionnalité ». Passionnant, non ?

Synami : Le conseil d’administration de la structure devra se saisir de la démarche d’évaluation. Nous demandons que les délégués du personnel soient invités lors de la mise en place de cette démarche pour garantir une démarche d’évaluation collective et participative. »

Là encore, la vigilance du syndicat devrait trouver l’occasion d’être satisfaite (que du bonheur !) car cette démarche d’évaluation, à proprement parler plus exactement d’auto-évaluation, ne peut être conduite et aboutir qu’à la condition expresse d’être totalement participative… ce qui implique une conception large, ouverte et même maximale du dialogue social. Ceci signifie que les paroles du dialogue social, compris au sens large « parler du social », soient tenues par les professionnels mandatés et par l’ensemble de la communauté (élus et professionnels)… et même plus : par les jeunes, puisqu’on imagine difficilement que ceux-ci ne soient pas consultés dès lors qu’il s’agit d’évaluer les réalisations de la mission locale. Lecteurs et contributeurs de ce blog savent que ce thème de l’expression des jeunes en tant qu’acteur collectif organisé au sein de la structure est ici récurrent (obsessionnel ?) : un espoir est qu’un bénéfice collatéral de cette évaluation soit précisément l’occasion saisie – enfin – de mettre en place des conseils consultatifs jeunes.

Synami : « Des indicateurs seront mis en place. Pour l’instant, nous n’avons vu qu’une proposition compilant des indicateurs de chiffres et des requêtes P3, ce qui nous laisse « dubitatif » sur l’approche qualitative. Pour nous, les indicateurs de résultats devraient être des indicateurs collectifs, rendre compte de l’accès à l’autonomie sociale des jeunes, permettre d’indiquer si la ML initie ou participe à des projets ou des actions. »

Décidemment, Serge et consorts auront toutes les raisons de se réjouir car, de ces indicateurs, on peut rapidement dire deux choses. D’une part, cette autoévaluation va déplacer la focale aujourd’hui exclusivement fixée sur les résultats en la complétant par une focale sur les réalisations (les processus : par exemple, qu’est-ce que bien repérer, bien accueillir, bien informer, bien orienter, bien accompagner ?… le « référentiel » des missions pédagogiques – « RAIO » – à partir duquel on pourra mesurer l’écart avec le « référé », ce qui est fait). D’autre part, en cohérence avec l’approche globale, indicateurs de réalisation et de résultat devront être identifiés ou classés selon les quatre domaines constitutifs de toute personne (et de tout projet d’insertion) : le Sujet, individuel qui recherche l’accomplissement, le bonheur (individuation) ; l’Acteur, collectif qui est inscrit dans des réseaux sociaux (sociabilité) ; le Citoyen, qui s’émancipe, connaît ses droits et remplit ses devoirs (sociétal) ; enfin le Producteur, qui subvient à ses besoins (économique). Les expérimentations accompagnées devraient apporter des réponses pratiques à cet enjeu de complétude. Ajoutons que, le chemin se faisant en avançant, d’autres enjeux devront être remportés tels que la corrélation, actuellement inexistante, entre les indicateurs de contexte (environnement) et de ressources (moyens) et les indicateurs de réalisation et de résultat.

Voilà, en substance, ce qui me semblait pouvoir être (rapidement, trop sans doute) dit afin que la « dubitativité synamiste » ou circonspection syndicale, expression bien naturelle du doute cartésien, se métamorphose heureusement en contribution active pour que ce réseau progresse… en professionnalité et professionnalisme.

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commentaires
  1. Jean philippe Revel - syndiqué CGT dit :

    Certitudes CGTistes !

    Avis CGT exprimé lors de la présentation de la démarche d’autoévaluation à Paris le 6 Mai 2010 :

    – Cette démarche avec sa pléthore d’indicateurs a été initiée « ante CPO » … quand elle a été remise au goût du jour, en 2008, on a fait comme si la CPO n’avait pas existé. C’est un tort !
    Encore des indicateurs, encore des chiffres …cela ne va pas dynamiser la mise en oeuvre de la démarche!

    – Il faut donc l’intégrer à la CPO ! afin de la rendre obligatoire (l’évaluation doit être une obligation). Cela permettra d’emblée la complémentarité « qualitative escomptée » sans repasser par la case du trop d’indicateurs à renseigner …

    – Cette auto évaluation ne fait pas mention d’une enquête de satisfaction auprès du public. Pour la CGT c’est essentiel.

    – Rappel : le code du travail implique désormais que les financements des ML/PAIO se fondent également sur la qualité de l’accueil et de l’accompagnement. Encore une raison pour intégrer cette autoévaluation à la CPO qui doit obligatoirement évoluer !

    – Conclusion : L’autoévaluation, un truc, facultatif, mais qui vise le qualitatif, mais en passant par de multiples indicateurs et qui doit valoriser le travail des ML/PAIO …!

  2. rbeaune dit :

    Dubitativité cartésienne…
    L’évaluation hante nos esprits : entre la démarche initiée par le CNML, celle par la DGEFP sur l’accompagnement et les relations avec Pôle emploi et les journées professionnelles de l’ANDML, on en deviendrait presque amnésique…
    Que dit la loi sur la l’orientation et la formation professionnelle (pas de S = l’orientation ne serait pas professionnelle = qui peut m’expliquer cette nuance ???) tout au long de la vie :

    L’article L. 5314-2 du code du travail est complété par un alinéa ainsi rédigé :

    « Les résultats obtenus par les missions locales en termes d’insertion professionnelle et sociale, ainsi que la qualité de l’accueil, de l’information, de l’orientation et de l’accompagnement qu’elles procurent aux jeunes sont évalués dans des conditions qui sont fixées par convention avec l’État et les collectivités territoriales qui les financent. Les financements accordés tiennent compte de ces résultats. »

    C’est clair : on évalue les résultats = données parcours 3…
    ainsi que… on est déjà au verso de la feuille que personne ne va lire…
    Cette évaluation n’a qu’une visée : répartir une enveloppe budgétaire qui, rigueur oblige, ne pourra être que ??? : maintenue ? réduite ?
    Mais en « traitant » mission locale par mission locale sur la base de cette évaluation, il sera aisé de justifier les diminutions…

    Par contre, les différentes expériences su réseau sur la participation des jeunes me paraissent un pan d’évaluation on ne peut plus pertinent… il serait bien que (CNML, UNML, ANDML???) lance(nt) une réflexion sur le sujet… je suis preneur et je connais au moins un directeur (en dehors de ceux qui ont initié cela) qui va m’appuyer (car je ne fais que reprendre son souhait vieux de plusieurs années, n’est-ce-pas R….D ???).

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