Propos sur le bonheur

Publié: juin 6, 2010 dans Non classé

Pulpe.

A la suite de l’article « Une A.G. Chouette », David, directeur de la mission locale de Poitiers, avait apporté une première contribution : « Félicitations à nos homologues de Rennes et merci à Philippe pour ce nouvel éclairage. Expérience à suivre ! Petit coup de pub au passage pour une autre AG, la nôtre, le 7 juin à 10h en ouverture de la semaine célébrant les 20 ans de notre Mission locale, à Poitiers ! Pour tout savoir sur ces 20 ans, avec des jeunes, allez les voir sur le blog des 20 ans http://20ansmli.blogspot.com/ et venez nous voir s’il vous le pouvez ! » Il réitère avec ce message, « L’évènement approche, la pression monte, le plus gros du travail est en cours, les petites fourmis de la MLI s’activent ! Pour suivre la préparation des 20 ans, rendez-vous sur le blog des 20 ans http://20ansmli.blogspot.com/, brillamment animé par Mathilde DELAYRE, vous y trouverez plusieurs des jeunes qui vont nous apporter leur contribution, en pleine préparation, ainsi que les professionnels qui les appuient ! N’hésitez pas à laisser les petits commentaires qu’ils ne manqueront pas de vous inspirer {P.L. ca y est, c’est fait !}, et à faire savoir autour de vous ! A très bientôt ! » A chacun le choix, très simple, de cliquer sur ce lien et de découvrir les œuvres de Fanny Gautron, de Sébastien Braud ou de Cassandre Faugeroux. Ce que cela évoque, c’est la pulpe du bonheur. Sans pépins.

Le bonheur de voir simplement des jeunes pris en compte globalement dans leurs projets respectifs, ici artistiques. L’articulation « projet de vie » / projet professionnel » ne serait donc pas (toujours) incantatoire ? On ne serait donc pas condamné dans les missions locales à satisfaire – obligation de résultat et subséquemment financement – les programmes et dispositifs en y plaçant des jeunes mais on parviendrait, renversant la perspective et comme cela l’avait été pensé originellement, à comprendre, révéler, soutenir, développer, non pas des désirs fugaces, mais des passions de jeunes en mobilisant programmes et dispositifs ?

Cuisse de poulet.

Comprenons-nous : ce n’est pas du tout la même chose que le point de départ du raisonnement et de l’action soit de « remplir » le CIVIS ou le PPAE (« relation fournisseur – client », dirait-on en entreprise) ou d’y recourir en tant que besoin pour que le projet du jeune, bien plus que professionnel, s’accomplisse (« relation « client – fournisseur ») ; on ne vise pas la satisfaction des instances qui valoriseront statistiquement  de (très) pauvres données (que signifie réellement n entrées en emploi durable au regard de n jeunes parvenant à s’accomplir, se lier, s’émanciper et auto-subvenir à leurs besoins ?) mais on travaille pour et avec des jeunes dont chacun, singulier par définition, a une voie à tracer… très étrangère aux objectifs institutionnels qui réduisent l’intégration à bosser et consommer. Alain, dans Propos sur le bonheur (1), conte : « Mon grand-père, vers ses soixante-dix ans, prit le dégoût des aliments solides, et vécut de lait pendant cinq ans au moins. On disait que c’était une manie ; on disait bien. Je le vis un jour à un déjeuner de famille attaquer soudainement une cuisse de poulet ; et il vécut encore six ou sept ans, mangeant comme vous et moi. Acte de courage certes ; mais que bravait-il ? L’opinion, ou plutôt l’opinion qu’il avait de l’opinion, et aussi l’opinion qu’il avait de soi. Heureuse nature, dira-t-on. Non pas. Tous sont ainsi, mais ils ne le savent pas ; et chacun suit son personnage. » Braver l’opinion et l’opinion que l’on a de l’opinion, suivre son personnage. C’est somme toute un assez beau programme.

Posture…

Tout compte fait, la question du bonheur ne serait donc pas incongrue quoique le mot soit absent des manifestes (Charte de 1990, Manifeste de 2009 Pour une politique ambitieuse pour la jeunesse…). Bien évidemment, il serait absurde de concevoir les missions locales comme des structures à proposer ou à construire du bonheur (avec des process ?) mais, au cours de chaque vie de jeune, elles peuvent être là pour aider à tracer le sillon duquel germera sinon « le » du moins « du » bonheur. Ceci signifie que, bien en amont d’une « offre de service », avec un catalogue complet de prestations allant de l’emploi à la santé, de la formation aux loisirs, l’approche globale est une posture, c’est-à-dire un comportement ancré qui garantit qu’à certains moments de la trajectoire du jeune, s’il en ressent le besoin, toutes ou chacune des dimensions qui le composent trouvera a minima une écoute et, si possible, une réponse.

Six conditions.

Et, pour que cette possibilité soit effective, six conditions sont à remplir :

Que la mission locale maintienne son approche globale sans que le « social » soit un patch sur un boudin exclusivement gonflé à la formation et à l’emploi. Même si, O.K., l’expertise épicentrale des missions locales est bien située là. (2)

Que la mission locale travaille en réseau pour la simple raison que l’ambition de l’approche globale serait prométhéenne si elle ne reposait que sur les ressources internes. Il ne peut exister d’approche globale sans partenariat et la force d’une mission locale réside bien plus dans sa position et son rôle de « marginal sécant », partie prenante dans plusieurs systèmes d’action en relation les uns avec les autres, que dans son installation dans un seul monde.

Que la place du jeune soit au centre de la mission locale avec les acteurs de celle-ci… c’est-à-dire non incantatoirement et dans une sorte d’onanisme sémantique (« lejeunocentre ») mais dans une dialectique « jeune – professionnel ». De l’interdépendance et de l’interaction naît l’émergence.

Que le jeune soit considéré au singulier, c’est-à-dire dans sa singularité et grâce à une relation individualisée, et au pluriel, c’est-à-dire en tant qu’acteur collectif capable d’infléchir ce que réalise la mission locale. De la combinaison du Sujet, individuel, et de l’Acteur, collectif, se construit le Citoyen, émancipé, et se stabilise le Producteur, autosubsistant.

Que la mission locale définisse son identité propre, fait d’un socle commun à toutes les missions locales et de la singularité de sa communauté professionnelle dans un environnement par définition également singulier, sans laquelle elle ne serait qu’un outil. Là encore, il est question de dialectique. Puis de communication. Cependant ayons en mémoire que la communication n’est que fumée, dispersion et perte entropique d’énergie si ce qui est communiqué ne correspond pas à ce qui est la réalité (faite de pratiques et de représentations) de ce qui est vécu dans la mission locale.

Que la mission locale soit lisible et attractive et, pour cela, qu’elle ne soit pas un lieu strictement fonctionnel mais un espace, c’est-à-dire un lieu habité par les hommes et les femmes. Un organisme vivant où ça circule, ça vit, ça imagine, ça expérimente… et ça sédimente les expérimentations en expérience. En sociologie du travail, on parlerait d’organisation apprenante, ce qui appelle en interne une structuration des activités d’ingénierie, de R&D… c’est-à-dire, pour aller vite, des réponses aux axes 4 et 5 de la convention pluriannuelle d’objectifs. « Il faut, au fond, proposer des projets vraiment invraisemblables. » (3)

A propos des jeunes comme Acteur collectif, les comités (ou conseils) consultatifs (ou participatifs) semblent décoller. Bonne nouvelle. Celui de la mission locale de Rennes a également son blog : http://ccjrennes.wordpress.com/ Je rencontre de temps à autre des professionnels ou reçois des messages me disant que ce blog est régulièrement, pour certains assidument semble-t-il, consulté. Si force est de constater que cet espace de discours est plus lu que débattu, peut-être pourrait-on espérer sur ce sujet, l’expression et la participation des jeunes dans les structures, être destinataire d’expériences qui seraient portées à la connaissance de tous pour faire progresser cette problématique ?

A suivre…

(1) 1928, p. 70, version numérisée téléchargeable

(2) Plutôt que « première » ou « plus importante », j’utilise à dessein le qualificatif d’« épicentrale » pour caractériser l’expertise « formation – emploi », souhaitant signifier par là que l’approche globale ne peut non seulement dissocier mais même hiérarchiser professionnel et social. Disons par métaphore organique que, dans le corps de la mission locale, le cœur du métier (= expertise formation – emploi) est irrigue d’autres fonctions (= multiples expertises), et en est irrigué, constitutives de son identité (et de sa survie).

(3) Bertrand Schwartz, « La formation : une invitation permanente », 1994, Parcours n° 9-10, « Les Cahiers du GREP Midi-Pyrénées », p. 12.

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commentaires
  1. pioupiou44 dit :

    Merci pour ce retour d’expérience sur le comité consultatif. Notre Mission Locale se lance aussi. Nous allons donc surveiller attentivement ce blog rennais.

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