A.G. chouette.

Publié: juin 1, 2010 dans Non classé

Une assemblée générale de mission locale… situation qui peut être ennuyeuse moins à souhait qu’à bailler… et qui ne le fût pas avec une vivante présentation croisée, par une dizaine de professionnels, de l’activité 2009 et de la démarche de projet associatif de structure (PAS) de la mission locale de Rennes : qu’a été l’accueil en 2009, + 24,8% en une année, et qu’est-ce que le PAS a conçu pour l’améliorer ? Etc. Points d’orgue de ce projet : le comité consultatif jeunes (1), déjà actif – évidemment – présenté par les jeunes, et « l’agenda 21 » (2) construit par la mission locale avec ses quatre registres de dimension (sociale, économique, environnementale et de gouvernance).

J’y étais donc et, après le président Philippe Caffin, j’introduisais le PAS… avec la consigne de « faire court ». Exécution. Les doigts sur la couture du pantalon.

P.L. Pour introduire ce projet associatif de structure, je débuterai par le début et finirai par la fin, ce qui n’étonnera personne, sauf que je ne parlerai que de ce début et de cette fin. Entre l’un et l’autre, ce sera l’affaire des acteurs de la mission locale.

Le début.

Un projet associatif de structure se fonde sur des valeurs. Oh, bien sûr, pour plusieurs les valeurs seront traduites comme une coquetterie intellectuelle ou une mise en bouche : égrenons de concert quelques-unes et puis, enfin, passons aux choses sérieuses ! Pour d’autres, suspicieux plus que cyniques, les valeurs correspondraient à une sorte de sirop ou d’onctuosité visant derrière la dégoulinade des mots un peu consensuels à arrondir les aspérités du travail, des exigences des uns et des autres, les objectifs de résultat, etc.

Les valeurs dont il est question dans ce projet répondent à deux logiques distinctes et complémentaires.

La première logique est de placer cette mission locale dans un jeu social qui n’est pas celui, généralisé, de la concurrence mais qui est identifié par l’intérêt général. Ces valeurs-là sont celles de la mission de service public dans lesquelles s’inscrivent les missions locales depuis dix ans : garantir l’égalité d’accès et de traitement, être équitable c’est-à-dire faire plus pour ceux qui ont moins, inscrire le travail dans la continuité, être transparent dans l’utilisation des fonds publics, évoluer en fonction de l’évolution des besoins des jeunes et de l’environnement, etc. Il y a ainsi neuf valeurs qui constituent la mission de service public et, pour chacune d’entre elles, la communauté professionnelle de la mission locale du bassin rennais s’est interrogée : quelle est la signification concrète du principe d’égalité de traitement  lorsqu’on travaille pour les jeunes ? Ce sera, par exemple, harmoniser l’accueil des jeunes quelle que soit la porte de la ML qu’ils poussent. Ce sera, autre exemple, concevoir une progression collective des compétences par le travail en équipe pour qu’il n’y ait pas des bons professionnels et d’autres moins bons… On pourrait multiplier les exemples concrets pour chacune de ces valeurs constitutives de la mission de service public – c’est ce qui a été fait par les professionnels – et, ainsi, on s’aperçoit que les valeurs ne sont pas des notions un peu éthérées, tout juste bonnes à être travaillées en philo pour le bac. Tout au contraire, les valeurs sont des repères pour concevoir des actions pratiques, effectives, et répondant aux deux questions posées par un projet associatif de structure : comment mieux travailler pour les jeunes et comment mieux travailler ensemble ? En ces temps de progression des troubles musculo- squelettiques et psychosociaux, du stress et de la souffrance au travail, ce n’est sans doute pas inutile de se poser ces questions et d’y apporter des réponses qui ont du sens. Ne serait-ce que pour sa santé.

Cette recherche du sens est la seconde logique qui fonde les valeurs tant il est vrai que le processus de professionnalisation est l’articulation de trois éléments : la « profession », c’est-à-dire ce qui stabilise, ce qui sécurise les emplois et permet ainsi de se projeter et d’innover ; le « professionnalisme » qui est la boîte à outils ; enfin la « professionnalité » qui est le sens du métier : si l’on dit qu’un bon ouvrier a de bons outils, les bons outils ne font pas nécessairement le bon ouvrier (j’en suis, désespérément, un exemple)… encore faut-il avoir envie d’utiliser les outils avant même de savoir s’en servir. Les valeurs, c’est finalement très simple, ça donne envie, c’est ce sur quoi on peut s’appuyer pour progresser.

La fin.

L’autre bout du projet associatif de structure c’est l’évaluation… et, comme par hasard, dans évaluation il y a « valeurs ». Juste un mot sur cela. Mesurer ce que l’on fait, c’est chercher l’efficacité (atteint-on nos objectifs ?), la méthode (celle que nous mobilisons est-elle la bonne ?), l’efficience (ce qu’on investit est-il proportionné à ce que l’on obtient ?), la cohérence et la conformité (est-ce en adéquation avec nos valeurs et missions ? cela répond t-il aux politiques publiques que nous mettons en œuvre ?), enfin c’est s’assurer que les actions répondent bien à des besoins objectivés, la décentration… ce qui renvoie à l’observation, à l’écoute, à la veille et à l’analyse. L’évaluation ainsi comprise est « intelligente ». Elle n’est pas synonyme de contrôle. Elle ne se limite pas à une seule dimension, l’accès à l’emploi, mais mesure tout ce qui concourt à l’intégration des jeunes : un jeune producteur pour l’indépendance économique, un jeune sujet pour l’épanouissement personnel, un jeune acteur pour le lien et le vivre ensemble, enfin un jeune citoyen pour l’émancipation. Ainsi conçue, l’évaluation est à vrai dire passionnante, elle n’est pas une contrainte mais une dynamique. Systémique, elle est également intelligente parce que l’enjeu, bien sûr, est que chacun intériorise une culture de l’évaluation… pour une raison très simple et qui me permet de boucler la boucle : l’évaluation est une obligation éthique d’autant plus élevée que l’on travaille pour des jeunes mis en difficulté. Conçue ainsi, l’évaluation est le terreau d’une véritable « culture du résultat »… ce qui n’est pas à confondre avec une « obligation de résultat ».

(1) Qui, contrairement à d’assez courantes craintes ou résistances, ont beaucoup de choses à dire… à commencer – je les cite – par leur « revendication : passer du « consultatif » au « participatif », parce qu’on veut être à la table. »

(1) En 1992, au Sommet de la Terre de Rio, plus de 150 chefs d’État ont signé l’Agenda 21 qui est un ensemble de recommandations concrètes, déclinées du concept de développement durable, et qui constitue un programme d’actions pour le 21ème siècle (d’où le « 21 »). Cet Agenda est lui-même décliné dans des Agendas 21 locaux  pour des collectivités, des entreprises, des structures. A ma connaissance – mais je suis preneur de démentis – la mission locale de Rennes est la première du réseau à se doter d’un telle référence conceptuelle et méthodologique qu’elle a définie, dans le chapitre des « objectifs généraux » de son PAS, comme son objectif spécifique, celui qui, en sus des objectifs partagés par toutes les missions locales, doit la caractériser : une mission locale pour le développement durable.

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commentaires
  1. David BEVIERE dit :

    Félicitations à nos homologues de Rennes et merci à Philippe pour ce nouvel éclairage. expérience à suivre !
    Petit coup de pub au passage pour une autre AG, la nôtre, le 7 juin à 10h en ouverture de la semaine célébrant les 20 ans de notre Mission locale, à Poitiers ! Pour tout savoir sur ces 20 ans, avec des jeunes, allez les voir sur le blog des 20 ans http://20ansmli.blogspot.com/ et venez nous voir s’il vous le pouvez !

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