L’impertinence fructueuse d’Al ou l’inéluctabilité d’un référentiel propre aux missions locales…

Publié: mai 7, 2010 dans Non classé

C’est un garçon charmant, directeur de mission locale avec bouteille, qui n’a généralement la langue ni de bois, ni dans la poche. Ce qui est bien. Appelons le Al. C’est à Bercy « l’interrégionale Ile-de-France et DOM » et il y a beaucoup de monde pour assister à la présentation du référentiel d’évaluation des missions de service public des missions locales.

Rappelons que les missions de service public, que l’on peut déduire des textes structurants que sont la Charte de 1990, les Protocoles 2000 et 2005, la CPO, recouvrent cinq missions de type « pédagogique » (repérer, accueillir, informer, orienter et accompagner) et cinq missions de type « ingénierie » (observer, innover, animer le réseau partenarial, contribuer au développement local et mettre en œuvre les politiques publiques de l’Etat, de la Région, du Département et de la commune ou EPCI).

Rappelons d’autre part que les critères définitoires de la mission de service public, apparue dans le Protocole 2000, sont au nombre de neuf ; égalité d’accès, égalité de traitement, équité, continuité, laïcité, neutralité, adaptabilité (ou mutabilité), efficacité et transparence.

Shaker

Mettez tous ces ingrédients dans un shaker, saupoudrez généreusement d’indicateurs, secouez bien à plusieurs mains (démarche participative), préconisez de boire avec modération (une ou deux questions évaluatives au maximum) et servez avec une rondelle de citron (le doigt où ça fait mal) pour stimuler le consommateur de votre cocktail qui, devenu le sien, sera baptisé « autoévaluation » ; incitez-le à partager le breuvage avec quelques jeunes et des partenaires (approche « stakeholders » ou parties prenantes)… et vous devriez vous en sortir.

Al…

Retrouvons notre directeur, en l’occurrence réfugié en haut et au fond de l’amphithéâtre de Bercy, temple laïc de la ponction (douloureuse), de la répartition (c’est bien) et du bouclier fiscal (c’est moins bien). Séquence interactive du débat avec la salle. Al pose une question : « Je me demande ce qui va être fait de cette évaluation… ce qui se cache derrière… » Aussi vive protestation que vertueuse indignation des officiels à la tribune (CNML, UNML) en guise de réponses. Le problème est que l’un et les autres ont raison.

Les autres… Il n’y a pas, en effet, de dessein secret, de coup tordu, de grasse baleine sous le fin gravier. A l’échelle du réseau, le projet de cette évaluation repose sur une volonté de légitimer les missions locales, de porter la lumière sur leurs valeurs ajoutées. Le CNML, après tout, représente le réseau et n’a objectivement pas intérêt à scier la branche où il repose. Enfin, c’est un peu plus compliqué que cela parce qu’au CNML il y a les missions locales mais aussi les ministères, Pôle emploi, etc. Et qu’en plus le président du CNML est nommé par le Premier ministre, qu’il suffirait que celui-ci n’ait pas les yeux de Chimène pour les missions locales (ça s’est vu : J.C. à son arrivée en 1986), etc. Bon, mais enfin en principe le CNML et son président défendent les piou-piou, cf. par exemple les bilans d’activité du réseau (cependant peu réactifs : le dernier date de 2008). De plus, Pascale Schmidt (DGEFP) a clairement distingué cette évaluation, auto-décidée, auto-administrée, de la CPO qui est d’un registre contractuel… que certains considèrent comme léonin.

Poudre de perlimpinpin…

Al… On peut poser l’hypothèse que les missions locales qui s’engageront sur telle ou telle question évaluative en retireront un bénéfice : réfléchir sur ce que l’on fait, comment on le fait, ne peut être nuisible et, généralement, est porteur de changement et d’amélioration. Ceci pour les « faiblesses » détectées et si, suivant la réflexion d’un autre directeur (finaud) qui déclarait que, tant qu’à valoriser sa mission locale, il n’évaluerait que ce qui s’y fait bien (pas folle, la guêpe !), après tout, basta, ce ne serait pas si mal de déjà savoir dire les savoirs-faire. Cependant… supposons que, aux échelles régionale et nationale où ces évaluations locales vont être « capitalisées », la démonstration ne soit pas convaincante, bref que ces fameuses valeurs ajoutées soient invisibles, que les pépites de l’accompagnement (réalisation) n’émergent pas du limon des résultats bruts (n entrées en emploi « durable »), que le social soit à la peine, indécryptable… que se passera-t-il ? Probablement, parmi les piou-piou, du découragement et, parmi les observateurs extérieurs, la confirmation que « cette histoire d’approche globale, c’est de la poudre de perlimpinpin ».

Choux et navets…

Autrement dit, il va falloir prendre cette évaluation au sérieux et anticiper pour qu’elle ne se résume pas par défaut démonstratif à une logique de résultats mais qu’elle valorise les réalisations (« process »), c’est-à-dire démontre ce que l’on appelle communément « l’assurance de la qualité ». Il faut, tant qu’à tout se dire, ajouter quelque chose. Une évaluation est une mesure entre un « référent » et un « référé », le premier étant le modèle, le second étant la réalité. On établit l’écart et l’on imagine ce qu’il faudrait faire pour le réduire : mieux accueillir, mieux accompagner, etc. La question n’est donc pas exclusivement le référé, ce que l’on va observer, mais celle de l’existence d’un référent… qui, aujourd’hui, n’existe pas pour toutes les missions locales. L’argument selon lequel chaque mission locale étant singulière ce référent général serait mission non pas locale mais impossible ne tient pas et, comme le feuilleton du même nom, s’autodétruit : les hommes sont tous singuliers et cela n’empêche pas qu’existent des principes moraux, éthiques, universels : ce qui est beau, bon et juste… De plus, si chaque mission locale définit seule son référent, se posera inévitablement à l’échelle de la « capitalisation » (régionale, nationale) le problème de l’agrégation et de la comparaison : choux et navets…

Inéluctabilité…

Tout cela ouvre la perspective d’un référent(-iel) qu’il serait largement temps de stabiliser. En son temps, la DIIJ avait entrepris ce travail : j’ai sous les yeux quelque document daté de 2001 qui, semble t il, a sombré dans la couette de l’amnésie institutionnelle :  « Le métier des missions locales dans une approche processus qualité », dont « Le processus insertion », « Le processus observatoire », « Le processus ingénierie de projet », « Le processus relations entreprises », etc. De la sorte, cette autoévaluation débouche inéluctablement sur la nécessité d’une stabilisation du corpus théorique et pratique, les deux ne s’opposant pas, contrairement au procès assez commun en intellectualisme, car moins le corpus théorique est stabilisé, plus les pratiques seront confuses et dispersées. (1)

C’est dit.

(1) Notons que ce procès en intellectualisme n’est jamais bien loin. On a ainsi pu entendre de la bouche ministérielle à Bercy que « l’ingénierie, l’ingénierie, il n’en faut pas trop, ce qui compte c’est ce qu’on fait »… quelques minutes avant que soit présentée la méthode de l’autoévaluation. Hélas…

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