Zapping

Publié: avril 17, 2010 dans 1

Une fois n’est pas coutume, une revue de presse originale piochée parmi les revues laissées à la disposition des clients d’un hôtel… l’hebdopalmipède étant une exception : il mérite chaque semaine – le mercredi – le déplacement jusqu’au coin presse… Autre exception : on parle des missions locales dans les ASH. On en dira donc un mot.

Chasseurs de primes judéo-chrétiens…

Le Canard, donc, avec en page 4 un article « Des chasseurs de primes pillent les aides aux entreprises ». Résumons. Dans le maquis des aides, contrats aidés et subtils dispositifs d’exonérations, défiscalisations, crédit impôt recherche et autres opérations allégeant le coût du travail en délestant le portefeuille du contribuable, le chef d’entreprise, qui a d’autres choses à faire, ne s’y retrouve pas. S’en délectent par contre « sans colt et sans cheval, de nombreux aventuriers en costume-cravate {qui} partent chaque jour à la conquête d’un fabuleux magot de 65 milliards d’euros. C’est cette somme que versent ensemble, tous les ans, l’Europe, l’Etat et les collectivités locales pour venir en aide aux entreprises françaises. » Globalement, ces chasseurs de primes font, pour qu’on se comprenne et ça parlera aux piou-piou plus que maker monney, de l’intermédiation mais, sans doute tout inspiré de judéo-christianisme, n’oublient pas l’adage « Charité bien ordonnée… ». Soit un pourcentage variant de 20 à 30% sur les aides récupérées. Jackpot, cela représente des sous, beaucoup de sous, bien plus de sous que l’on en accorde, la main sur le cœur, pour « l’impératif national ». Lequel ? Ben oui, les jeunes.

Les yeux embués de Chimène…

« Bousculons nos chefs ! » C’est le titre d’un éditorial de… Olivier Besancenot ? Non : François Genthial, rédacteur en chef de Capital, le n° 222 de mars 2010. La revue Capital (dont le nom répond plus au tropisme du coffre-fort qu’à celui de l’essentiel, faut-il le préciser ?) rejoindrait-elle les thèses de l’ouvrage du même nom, Das Kapital, écrit par un barbu vers la fin du XIXè siècle ? Que nenni ! François Genthial a les yeux de Chimène pour Samsung « devenu en quelques années le champion mondial de l’innovation ». Le problème est que Chimène n’est guère éloignée phonétiquement de chimère et qu’un peu d’historicité vient pondérer l’enthousiasme des éditoriaux. En quelques décennies, le vent des modes managériales a soufflé sur la girouette des crédules : il a fallu admirer les dragons du sud est asiatique, importer le toyotisme nippon, envier le dialogue social outre-Rhin, s’amouracher de la flexi-sécuirité danoise… Il faut désormais considérer que « la reprise qui dessine un monde sortant enfin de la récession » s’illustre par « l’Asie {qui} danse déjà sur un rythme endiablé (+ 6,7% de croissance attendue en 2010). » Même si – reconnaissons à l’éditorialiste de le glisser – cette reprise se fait au prix fort : « plus de 4 000 milliards de dollars de plans de relance, des finances publiques exsangues, des ménages appauvris… » Le problème de ces augures est leur mode de pensée disjonctive : ils imaginent que la croissance des uns constitue une garantie, tout au moins un indice, du rétablissement des autres. Mais la croissance à un bout de la planète est anthropophage pour l’autre bout : on peut s’extasier devant « Samsung, le triomphe des Géo Trouvetou coréens » et, tant qu’à faire, s’acheter au supermarché du coin un lecteur de dvd à 15 euros… Ce faisant, on appose sa signature au bas de la lettre de licenciement des damnés de l’industrie occidentale qui n’ont plus qu’à se battre pour garder… quoi ? Leur emploi ? Non : pour gagner une prime qui leur tiendra un temps, court, la tête hors de l’eau.

Sensuelle, audacieuse et volcanique…


Neuf mois, j’avoue que je ne connaissais pas. La couverture, un mannequin retouché par la grâce de photoshop pour se retrouver présentable en femme enceinte. C’est le n° de mars 2010 et, en prime, c’est marqué en couverture « Nouvelle formule ». Un mensuel sérieux, plein de recommandations pour résoudre le « baby blues » grâce aux témoignages de « 5 mamans qui l’ont vécu », pour « rester zen » le jour de l’accouchement (avec un test, « Quelle maman serez-vous le jour J ? »), pour bien s’alimenter afin d’ « avoir assez de lait », etc. Côté sérieux, l’horoscope, par exemple celui du taureau : « La danse des hormones vous rend sensuelle et audacieuse. Côté boulot, grâce à la présence du Soleil et de Jupiter dans votre signe, vous êtes sûre de vous. » Ah zut, le pigiste astrologue n’avait pas prévu qu’entre le soleil et les taureaux, un nuage volcanique s’interposerait. Tout est donc à revoir, au prédictif se substitue l’imprévisible, au crétinisme déterministe la stratégie qui inclut l’aléatoire. Si on ne peut même plus faire confiance à Neuf mois !

Sous-marin…

« Les missions locales sous pression ». C’est le titre du dossier – quatre pages – consacré par les ASH du 15 avril 2010, n° 2655, qui part du constat d’une « satisfaction initiale » laissant « la place à un sentiment plus mitigé » à la suite du plan « Agir pour la jeunesse ». Pour Annie (Jeanne : ANDML et mission locale de Rouen) et David (Bevière : mission locale de Poitiers), « que le gouvernement se préoccupe de la jeunesse est une bonne chose » – c’est quand même un minimum exigible – et ce plan « est une bouffée d’air aussi nécessaire que bienvenue »… expression métaphorique assez juste, beaucoup de piou-piou de missions locales étant en fin d’apnée, c’est-à-dire – pour les Savoyards et autres Bourguignons peu exercés à la plongée sous-marine – au bord de la suffocation. Serge (Papp), qu’on ne présente plus, serait pour les ASH « caustique », en fait réaliste lorsqu’il déclare « On oublie en général le réseau des missions locales sauf quand ça devient vraiment difficile. » Loin des yeux, loin du cœur, dit-on… Par ces temps de crise, les missions locales se rapprochent du cœur des institutions, précisément juste à côté du portefeuille et, là, force est de constater que « l’effort de l’Etat est perceptible sur ce terrain : aux 40 millions d’euros supplémentaires dégagés en 2010 pour renforcer les moyens humains du réseau – rendant possible l’embauche de deux conseillers additionnels par mission locale en moyenne – s’ajoutent la consolidation des associations régionales qui voient leur budget augmenter de 50%. » Certes, certes, l’effort est « perceptible » mais, là comme ailleurs, une échelle de comparaisons n’est pas superfétatoire, cf. supra « le fabuleux magot de 65 milliards d’euros » des aides aux entreprises. Autre comparaison, cette fois dans cet article des ASH : « … la comparaison avec les 85 millions d’euros par an alloués au contrat d’autonomie (sur trois ans) peut expliquer l’incrédulité des acteurs du réseau. » Non, non, ce n’est pas de la rancœur, ni de la jalousie, juste de l’objectivation.

Lévi Strauss et Aznavour…

La bouffée d’air immédiate est-elle suffisante ? Rien n’est moins certain car, au regard de la suppression des crédits FSE, ces « 40 millions d’euros annoncés en grande pompe dans le plan « Agir pour la jeunesse » serviront au mieux à combler les trous, au pire à jouer le rôle de pare-feu. Car, après cinq ans de stagnation des financements de l’Etat, les missions locales sont dans le rouge. » Ainsi, pour la seule région Haute-Normandie, « ce sont 500 000 euros qui manquent à l’appel. » Amère consolation pour le territoire où s’épanouit la présidente de l’ANDML, les Vikings ne sont pas une exception : à la Martinique, d’où je rédige cet article, ça ne roule pas sur l’or du côté des missions locales (qui sont quatre alors qu’elles ne devraient être qu’une : l’union fait la force, la désunion la faiblesse) et l’on pourrait paraphraser Levi Strauss : Tristes tropiques. Il n’est pas certain que la misère soit plus facile au soleil. A fortiori quand il pleut, comme c’est le cas ces jours-ci.

Barbouilleurs…

En substance, les moyens ne sont pas à la hauteur et – je me cite mais cela restera exceptionnel (1) – « Les charges de travail augmentent considérablement et les conseillers sont de plus en plus surchargés par tout un fatras administratif aux dépens de la relation directe avec les jeunes… » Selon les ASH, je dresserais « un tableau noir de la situation » : la logique du nombre contraint à dévaluer l’accompagnement – seul un tiers des jeunes bénéficie de quatre entretiens ou plus dans l’année, ce qui déductivement signifie que les deux tiers n’ont même pas un entretien trimestriel : peut-on, sans illusion, parler d’accompagnement ? – et, avec un marché du travail atone, une paupérisation de la jeunesse, des logements inaccessibles, on obtient un « paysage décourageant ». Est-ce le sociologue qui peint en noir ou serait-ce le fond du tableau qui est noir ? Serge Papp, pourtant sympathique représentant d’un syndicat de la pure veine réformiste, pronostique « une révolte des missions locales ». Même question : quitte à se mettre en délicatesse avec son syndicat en rejoignant le radicalisme du syndicalisme révolutionnaire de la Charte d’Amiens (1906 – 2), peindrait-il en noir ou est-ce déjà noir ? Les premières phrases du rapport de Bertrand Schwartz – 1981 – sont peut-être à se remémorer : « … Ce qui les {les jeunes} unit, c’est leur exclusion de la société. Ce qui les unit, c’est leur désespérance devant l’absence de perspective. » Trente ans que cela dure… Et que des barbouilleurs s’escriment à noircir ?

A sur B = C… ou C’ ?

Sous le titre « Une logique de résultats », la journaliste des ASH rappelle la « pression » exercée sur les missions locales, en particulier avec la circulaire DGEFP du 21 janvier 2010 qui précise que les moyens seraient ni automatiques, ni uniformes, « autre façon de dire que les moyens seraient attribués en fonction des résultats des missions locales. » Une nouvelle fois, la énième, le problème n’est pas celui d’une logique de résultat – les piou-piou travaillent pour obtenir des résultats – mais d’une obligation de résultat… comme si les deux variables exogènes que sont la décision d’embaucher ou pas, qui appartient aux employeurs, et celle de travailler ou pas, qui appartient aux jeunes, comptaient pour du beurre (salé). Comment faire pour acculturer nos élites administratives, financières et décisionnaires pour qu’elles cessent de raisonner en causalité, A sur B donnant C alors que cela donne, dès lors qu’il y a l’humain donc de la subjectivité, C’ ? (3)  Il n’y a pire sourd…

A vrai dire, il n’est pas certain qu’il ne s’agisse que d’une acculturation et sans doute faudrait-il changer (formater) radicalement leur logiciel car ce biais dans le raisonnement parasite la cohérence de tout le système de la commande publique. Comme le dit justement Christelle Tavarès, déléguée générale de l’UNML, « L’Etat distribue les bons et mauvais points, ce qui attise les rivalités entre les structures. » Et, comme le dit cette fois David Bevière, « Nous donner plus en nous demandant davantage ne va pas forcément nous placer dans un confort plus grand. » Le choix est celui de la concurrence plutôt que de la coopération, celui de la tension plutôt que de la confiance. Dans « Les sept fantasmes de la politique de l’emploi », j’écrivais : « Sixième fantasme, le résultat. D’une culture du résultat, légitime et moralement exigible face à la souffrance sociale, on dérape vers une obligation de résultat qui se concrétise dans la modulation des financements. En oubliant que les opérateurs, à qui s’impose cette obligation, ne sont pas ceux qui embauchent et ne sont pas ceux qui décident (ou non) d’aller travailler. Cette obligation de résultat correspond, en réalité, à une posture de défiance qui ne peut que générer stratégies d’opposition, de contournement, esquives et tricheries : on peut toujours mettre « du partenariat, en veux-tu, en voilà », la réalité est celle de la mise en concurrence et de la tension. Pas sûr que cela soit efficace. » C’était il y a quatre ans, dans Le Monde. Et c’est toujours vrai, probablement accentué. (4) Il est vrai que tant que les professionnels organisés, c’est-à-dire la branche, n’auront pas travaillé et proposé  une évaluation intelligente, on pourra toujours attendre.

Allez, plein d’autres choses sont à découvrir dans cet article avec – saluons le sérieux de la journaliste – une large consultation : l’ami Michel Abhervé (qui ne mâche pas ses mots particulièrement en ce qui concerne le RSA jeunes, « une escroquerie »), Dominique Delcroix (mission locale de Maubeuge), le CNML (mais on ne sait pas qui… devoir de réserve) et ceux déjà cités. Manquent Jean-Philippe (Revel : CGT), Jean-Patrick Gille (nouveau président de l’UNML)… Ca sera pour la prochaine fois.

Relève…

Ah oui, je l’ai promis ! A la Martinique, contrairement à l’idée reçue, on travaille. Les piou-piou bien sûr mais moi aussi. Et on se rencontre, par exemple dans le cadre d’une formation « Culture Commune ». La dernière fût l’occasion d’une situation originale avec la participation d’Ella, future conseillère si elle suit le parcours professionnel de sa mère présente lors de cette session. Ella, quelques mois, a donc suivi la formation, du moins une version allégée, simplement le second après-midi. La preuve ? Elle est là.

(1) La journaliste, Caroline Sédrati-Dinet, s’est appuyée en ce qui me concerne sur un texte que je lui avais transmis et qui est paru in extenso sur ce blog : « A paraître » (17 mars 2010).

(2) Notons que la Charte d’Amiens a été adoptée par la CGT, pas la CFDT et encore moins le SYNAMI qui n’existaient pas, et que son article 2 stipule : « « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. » Voilà ce que l’on appelle une certaine radicalité ou, plus exactement, une radicalité certaine…

(3) Soyons juste, des écarts entre le sommet décisionnaire et ses relais déconcentrés permettent, par le pragmatisme et aussi la confiance issue de l’interconnaissance, que les « dialogues de gestion » (au fait, pourquoi exclusivement « de gestion » ?) ne soient pas tous surdéterminés par cette obligation de résultats. Bien des directions du travail, régionales et départementales, arrondissent les angles et évitent l’effet pervers de moins donner (le bâton) à ceux qui réussissent moins bien, ce qui est la meilleure garantie pour qu’ils échouent. Une politique équitable, à l’inverse, encourage ceux qui sont à la peine.

(4) Je ne changerais qu’un mot, « opérateur », car il s’insinue dans la nov-langue des politiques de l’emploi, de l’insertion et de la formation, avec des « offres de services », des « prestations » et autres « dialogues de gestion », qui renvoient à une conception industrielle de l’intervention sociale. Logique : les ingénieurs ont appris à penser la complication mais éprouvent les pires difficultés à penser la complexité.

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    Une réaction matinale, mais nécessaire sur l’utilisation des chiffres… Dire qu’un jeune sur trois seulement bénéficie de 4 entretiens est un raccourci dangereux… Traduisons en 1 jeune accompagné en 2009 et bénéficiant d’au moins 4 entretiens en 2009… Ce qui veut dire que tous les jeunes suivis à partir de la seconde partie de l’année 2009 ont, statistiquement, moins de chance de bénéficier de ces 4 entretiens que ceux qui étaient suivis depuis 2008 ou depuis le début de l’année… Il serait important, pour une véritable lecture de l’accompagnement, de dépasser la notion de bilans annuels… C’est un marqueur qui permet à chaque ML d’analyser son activité, mais ce n’est pas un indicateur du travail fait avec les jeunes…

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