L’approche globale : une question de sympathie pour les missions locales tout autant que pour les entreprises.

Publié: avril 11, 2010 dans 1

Cerise et pudding…

Parler de la prise en compte du jeune dans sa globalité pourrait paraître décalé, tant l’orientation des politiques publiques semble privilégier, surexposer, le volet professionnel, le « social » étant en quelque sorte accessoire, une jolie cerise sur le pudding économique… J’ai même entendu dire dans des missions locales que sa prise en compte visait à résoudre les problèmes « périphériques » de l’emploi : être en bonne santé pour bien travailler, pouvoir se déplacer pour se rendre à l’atelier, disposer d’un logement pour récupérer sa force de travail, etc. Ce serait ainsi bien mal comprendre ce qu’est le social qui, d’une part, ne se définit pas par défaut, ce qu’il resterait dans la marmite une fois l’économique bouilli et qui, d’autre part, n’est pas un marchepied pour l’économique, ce qui serait un contresens : on n’est pas heureux pour travailler mais, nuance, on travaille pour être heureux. Le bonheur n’est pas périphérique. Ou, s’il l’était, nous serions condamnés à tourner en rond. Et ça ne tournerait pas rond.

La finalité du social est triple : s’accomplir, vivre avec les autres et être un citoyen. C’est aussi simple qu’énorme.

Le social, à la peine.

Or, si l’on accepte cette triple finalité, force est de constater que le social se porte plutôt mal…

– S’accomplir… Jamais on n’a autant parlé de souffrance au travail et toutes les enquêtes démontrent que, parmi les pays européens, la France est celui qui obtient les plus mauvais scores sur le sentiment d’être heureux (1).

– Vivre avec les autres… se résume souvent au zapping affinitaire (je t’aime tant que tu me sers) sous le double effet de l’individualisme narcissique et de la concurrence dans une société de défiance. Savez-vous que, sur quinze pays, la France arrive en treizième place à la question « Pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ? » (2)

– Être un citoyen… mérite à peine que l’on se remémore le premier parti de France aux dernières élections régionales, celui des abstentionnistes.

Si le social va mal, direz-vous, raison de plus pour ne s’occuper que du professionnel, ça sera toujours cela de pris, voilà du solide ! Mais quel est le chef d’entreprise qui, sans même en appeler à une humanité, nierait que le fait que ses salariés soient heureux au travail est un gage de qualité et de productivité ? Que l’esprit d’équipe et la culture d’entreprise sont une garantie pour que le tout soit supérieur à la somme des parties ? Que la responsabilité du citoyen vaut mieux que l’irresponsabilité de l’opportuniste et qu’il a beaucoup à gagner dans ces temps de trouble sinon de chaos anthropo-écologique, ou de « panique morale » (3), dans ce que l’on appelle la responsabilité sociale ou sociétale de l’entreprise ? En somme, que les différentes dimensions du rapport au social soient au maximum atteintes et comblées ? On change parce qu’on est convaincu et cela peut être bien; on change aussi parce qu’on y a intérêt, et c’est toujours mieux que de ne pas changer.

Charlot.

Les critères privilégiés dans le recrutement, qui mettent l’accent sur le savoir-être, l’autonomie et la capacité d’initiative et qui considèrent que, les compétences n’étant par définition jamais abouties et s’acquérant sur le terrain, ces critères démontrent, s’il en était besoin, que l’approche globale n’est pas une utopie de travailleur social : dans la société cognitive, celle de l’intelligence, le producteur ne peut pas se résumer au Charlie Chaplin des Temps modernes, à un exécutant réduit à sa seule force de travail. Il est un Sujet qui trouve son compte dans le travail ; il est un Acteur qui coopère ; il est un Citoyen qui agit avec une éthique de responsabilité. L’alchimie dans chacun de tous ces personnages permet le Producteur et même plus : le Sujet, l’Acteur, le Citoyen et le Producteur se combinent et s’émulsionnent en chacun pour composer un Individu unique.

D’oeconomicus à ludens, de faber à cogitens…

Le bon sens managérial (à ne pas confondre avec le sens commun), quelles que soient ses motivations y compris les plus trivialement économiques, a compris de longue date – au moins depuis l’Ecole des relations humaines qui a succédé à l’OST (Organisation scientifique du travail), c’est-à-dire il y a plus d’un demi-siècle – que l’homme était insécable, qu’il ne se résumait pas à l’homo oeconomicus mais lui associait l’homo faber, qui construit, l’homo cogitens, qui réfléchit, l’homo ludens, qui se réjouit.

Condorcet et Habermas…

Ce que l’entreprise a compris, le social l’a également et depuis longtemps pensé et entrepris. Depuis longtemps car on peut remonter à la Révolution française et, plus particulièrement, à Condorcet et son rapport en 1992 sur « l’organisation générale de l’instruction publique » : pour que la France soit en mesure de passer d’une monarchie absolue et de droit divin dans un pays d’analphabètes à une démocratie appelant le débat, « l’agir communicationnel » dira plus tard Habermas, il fallait éduquer les populations. L’éducation populaire, deux siècles durant, a organisé la promotion sociale et a aussi permis d’éviter que les rapports sociaux ne se conçoivent que conflictuellement, en particulier à la période critique des débuts de l’industrialisation où les conditions de vie du prolétariat étaient abominables et justifiaient une radicalité de la table rase. Ce fût d’ailleurs à cette période que le social prît son ampleur : à partir de la question sociale, c’est-à-dire ouvrière.

Sujet – Acteur – Citoyen – Producteur… tous ensemble!

Les missions locales sont nées de l’éducation populaire, entre autres avec leur concepteur Bertrand Schwartz qui en fût un des promoteurs – il préférait parler d’ « éducation permanente » mais les deux expressions sont synonymes (4) – dans les années soixante – soixante-dix. Leur principe de base est celui de l’indissociabilité de l’individu : en chacun, toutes les dimensions du rapport à soi et aux autres sont présentes, interdépendantes et interagissantes ; en chacun, cohabitent et dialoguent le Sujet par définition singulier, l’Acteur par définition collectif, le Citoyen par définition responsable et le Producteur par définition utile. L’individu est multidimensionnel, s’opposant à L’homme unidimensionnel dénoncé par Marcuse (5).

De cet héritage et de cette généalogie, on en conclurait volontiers une bonne adaptation des missions locales à ce que l’on appelle la complexité : ne pas dissocier l’économique et le social, suivre en cela les termes mêmes – et le contenu – du rapport de Bertrand Schwartz qui répète jusqu’à plus soif « insertion professionnelle et sociale ». Mais on doit constater qu’il n’en a pas été exactement comme cela, c’est-à-dire qu’elles ont été longtemps plus attachées au volet social qu’à celui de l’économique. Sans doute pour deux raisons.

Tropisme…

– La première, interne, tient à leur recrutement, très majoritairement des travailleurs sociaux qui ont eu à réussir une première acculturation, celle du travail social traditionnel, marqué par l’assistance et le prendre en charge, vers l’intervention sociale, elle identifiée par le travail en réseau et le prendre en compte.

Disjonction…

– La seconde raison, externe, tient à l’organisation des politiques publiques françaises, traditionnellement structurées en tuyaux d’orgue – un ministère, un champ d’exercice, un public – la seule transversalité étant celle du sourcilleux sinon ombrageux Bercy en charge de contrôler les budgets votés. Au début des années 80, avec Schwartz mais également Bonnemaison pour la prévention de la délinquance et Dubedout pour les banlieues, de nouvelles politiques publiques dites « transversales » furent mises en place, transversalité illustrée par l’installation de « délégations interministérielles ». Mais ces mêmes années furent aussi celles de la décentralisation (Deferre, pour commencer) et l’on a assisté à un renforcement des logiques sectorielles : à chaque niveau de collectivités, des compétences sériées et assez souvent peu articulées. A la Région, le développement économique et la formation (loi quinquennale de 1993), au Département le social, aux communes et EPCI un peu tout, à l’État l’emploi. Autrement dit, les professionnels des missions locales, précisément parce qu’ils se réclamaient de l’approche systémique et globale, se retrouvaient à l’épicentre d’un système de commandes non coordonnées, parfois même contradictoires, qui n’était guère éloigné d’une logique d’injonctions paradoxales (6). Tous les rapports nationaux, ceux de l’IGAS par exemple, louaient l’approche globale, systémique, holistique… mais, dans les faits, les professionnels étaient soumis à une pensée disjonctive, répondant au précepte de séparabilité dont les enfants de Descartes ne parvenaient pas à se débarrasser. On savait que l’on était dans la complexité mais on continuait dans la complication. Cloisonner alors qu’il faudrait ouvrir, barricader alors qu’il faudrait enjamber. Les politiques publiques font songer à ces vieilles maisons aux pièces cloisonnées. Lorsqu’on en achète une, on s’empresse d’abattre les cloisons pour faire entrer la lumière et pour se mouvoir… mais les cloisons mentales et administratives sont bien plus solides.

Il semble – enfin – que les choses aient évolué… du moins du côté des missions locales où un effort important a été réalisé, depuis le recrutement de nouveaux conseillers disposant d’une expérience dans le monde de l’entreprise jusqu’à des formations pour mieux appréhender ce dernier. Du côté de la commande institutionnelle, il reste encore beaucoup à faire car, si le monde des pouvoirs publics a les yeux embués de Chimène pour l’entreprise, l’approche globale impliquerait que, des inputs aux outputs, tant l’économique que le social soient présents. Or seul l’économique est pris en compte aux dépens du social : il suffit de savoir combien de jeunes ont accédé à l’emploi, ce qui est une erreur et un déséquilibre car à l’ancien tropisme des missions locales pour le social ne peut répondre une exclusivité pour l’économique ou le professionnel. C’est d’ailleurs une double erreur car, non seulement les missions locales ne sont évaluées que de façon hémiplégique, ce qui est une façon de déconsidérer le social, de produire de la non-reconnaissance (donc du dépit, moins d’engagement et moins de résultats) et d’invalider l’approche globale, mais cette évaluation restreinte, claudiquant sur une seule jambe, est toujours conçue selon un modèle dépassé, celui des trente glorieuses : accès à l’emploi dit « durable » dans un système que chacun s’accorde à reconnaître comme obsolète, le ternaire-linéaire « formation – emploi – retraite ». L’évaluation de l’insertion persiste sur la base d’un modèle ancien, un peu comme celui de l’enseignement s’arc-boute sur l’évaluation des connaissances plus que des aptitudes alors que, de façon patente, l’incertitude qui marque la néo ou post-modernité appelle a minima autant ces dernières, c’est-à-dire une appréciation de l’adaptabilité, que la sanction de savoirs stabilisés.

Défis anthropologiques…

Ainsi l’approche globale des missions locales ne s’oppose pas aux attentes des entreprises et, même plus, elle y répond. Elle n’est pas une coquetterie concédée à des intervenants sociaux congénitalement réfractaires à l’économie mais elle vise – pourquoi faudrait-il manquer d’ambition ? – à socialiser une jeunesse pour qu’elle puisse nous succéder et remporter les défis considérables – économiques, sociaux, sociétaux, culturels, philosophiques et écologiques –  du XXIè siècle. Elle répond à cet impératif de « relier les connaissances », leitmotiv d’Edgar Morin. On peut, étant chef d’entreprise, la concevoir a minima ou complètement, a minima signifiant à partir d’une seule préoccupation économique et de productivité, complètement dès lors que l’on a intégré qu’une entreprise n’est pas qu’un lieu de production mais est un espace de socialisation permanente (7).

Convergence.

Ceci renvoie à la valeur du travail traditionnellement articulée à partir de trois dimensions : instrumentale, car on travaille pour gagner sa vie ; sociale, car on travaille pour appartenir à une communauté humaine, la reconnaître et en être reconnu ; symbolique, car on travaille pour s’accomplir et, à l’échelle de chacun, professionnel et personnel ne sont pas disjoints et imperméables. Ne retenir, pour un chef d’entreprise, que la dimension instrumentale est la meilleure « garantie » pour obtenir en cours de production absentéisme et conflits, en bout de production non-qualités dont le coût, rappelons-le, avait été estimé, selon Edouard Balladur et en 1987, à plus d’un quart du budget national, soit 50 milliards d’euros. Plus récemment, le coût de la non‐qualité a été estimé à 2 166 d’euros par salarié et par an. (8)

Ainsi, qu’un chef d’entreprise ait ou non intégré les règles de la complexité succédant à la complication ou encore qu’il agisse par conviction humaine – et même humaniste – ou que seul l’impératif de productivité le guide n’est pas à vrai dire le sujet : ceci est une problématique de conscience et de responsabilité individuelles. Mais force est de constater que l’intérêt des uns, intervenants sociaux, et des autres, chefs d’entreprise, est commun, s’accordant sur cette multidimensionnalité.

Doux commerce à couteaux tirés…

Si l’entreprise s’inscrit dans une rationalité économique, l’économie ne s’oppose pas pour autant au social : l’économie sans le social est inhumaine – la main invisible qui étrangle plus qu’elle ne caresse et le « doux commerce », dont parlait Montesquieu, qui devait porter la paix devenant une concurrence à couteaux tirés –  et le social sans l’économie est exsangue. La résolution de cette dualité ne peut donc se trouver ni dans une hiérarchisation, ni dans une classification, le « tout-économie » ou la « pureté ontologique du social ». Elle s’opère dans une dialectique, « dialogique » préfèrerait Edgar Morin, et une synthèse entre les deux domaines. Ceci ne peut s’obtenir sans que ces deux mondes, à la façon du Petit Prince, s’apprivoisent. Donc se rencontrent. Là encore, il est question d’altérité… « concept le plus antipathique au sens commun », selon Barthes.

Il s’agit donc de sympathie.

(1) Claudia Senik « Peut-on dire que les français sont malheureux », (sous la dir.) Philippe Askenazy, Daniel Cohen, 16 nouvelles questions d’économie contemporaine, 2010, Albin Michel.

(2) Yann Algan, Pierre Cahuc, « La société de défiance », 2010, id.

(3) Ruwen Ogien, La panique morale, 2004, Grasset.

(4) Bertrand Schwartz, Éducation permanente, 1978, Conseil de la coopération culturelle, Strasbourg, Conseil de l’Europe.

(5) Herbert Marcuse, L‘homme unidimensionnel, 1968, Minuit.

(6) Philippe Labbé, « Les sept fantasmes de la politique de l’emploi », Le Monde, 10 mai 2006.

(7) Cette conception minimaliste ou complète n’est pas sans rappeler la complexité « restreinte » ou « élargie » dont parle Edgar Morin dans « Complexité restreinte, complexité générale » (colloque Intelligence de la complexité : épistémologie et pragmatique, Cerisy-la-Salle, 26 juin 2005). Minimaliste ou restreinte, elle n’est qu’à la marge et instrumentale ; complète ou élargie, elle est fondamentale et paradigmatique.

(8) http://manage2quality.files.wordpress.com/2009/05/art21.pdf

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commentaires
  1. Thierry Picot dit :

    Bonjour,

    Ah ! L’altérité !

    Pour être clair d’emblée, je précise que je suis, -diplôme et culture – travailleur social, conseiller en insertion professionnelle et sociale (CIPS, et je tiens au « S ») en mission locale (ML).

    Autant que je puisse voir, il n’est question que de rapports de forces – puis-je ajouter idéologiques sans que ça passe pour un gros mot comme ça a été le cas ces 20 dernières années – que ce soit dans les CPO, l’intégration à marche forcée dans le Service public de l’emploi et autres priorités nationales de production de contrats aidés.

    « L’économie sans le social est inhumaine », dites vous. Que vivons nous actuellement, dans les ML, sinon gérer sans beaucoup de moyens la tranche d’âge qui nous concerne des surnuméraires (Castel) ? Posé en terme statistique, cf Parcours 3, l’environnement institutionnel des ML est inhumain. Pour la ML dans laquelle je travaille, cela se traduit par une pauvreté des descripteurs P3 caractérisant l’action sociale des CIPS inversement proportionnelle à la réalité du travail quotidien.

    Voyez-vous que quelque chose soit négociable ? Car, pour entrer en communication, il faut évidemment au moins être deux, mais surtout avoir la volonté d’échanger. Déjà là, le compte n’y est pas, et c’est une litote ! Et pour aboutir à la prise en compte de cet être humain multidimensionnel, encore faut-il que les acteurs réunis autour de la table [public concerné, professionnels et élus des ML, représentants politiques et représentants du monde des entreprises] soient unis dans un minimum de… j’allais dire : bonne foi ; disons plutôt : d’honnêteté intellectuelle. Et là, voyez-vous, j’ai de très forts doutes.

    Sur le constat et la solution théorique, je suis très majoritairement en accord avec l’article. Et il est vrai que, ça et là en fonction de ma très modeste expérience, des responsables du secteur de l’entreprise jouent le jeu de cette altérité. L’exception ne saurait toutefois remplacer la règle.

    T.P., TS et CIPS en ML, en cours de CAFERUIS pour aggraver mon cas !

  2. David Huleux Ex ML Nevers dit :

    Conseiller en Insertion Sociale et Professionnelle pendant 7 ans, je suis venu sur ce blog pour y trouver du réconfort…Je sais combien P Labbé a pu soutenir cette profession, pour l’avoir rencontré à Nevers par exemple, puis lors d’un « seminaire ».
    En effet, je viens de recevoir le relevé de décision et les commentaires du jury concernant une VAE sur le diplôme de Conseiller en Economie sociale et Familiale et que puis je lire sur ces deux documents…
    Tout d’abords, que je valide 3 domaines de compétence sur 8…le jury est souverain…
    Mais encore, que les activités exercées ne permettent pas d’acquérir un positionnement de travailleur social…
    ah bon? Que fait on de la notion d’approche globale? Cela signifie t il que durant sept années j’ai accompagné des jeunes dans leurs démarches d’insertion sans jamais m’être occupé du volet social?
    La lecture de cet article me donne des frissons et vient conforter les observations qui m’ont été faites!
    Il est vrai que j’ai quitté la ML quand les jeunes sont devenus des numéros P3, je ne m’y retrouvais plus…
    J’encourage les CIPS à lutter pour que soit reconnue son intervention sur le volet social et que la notion d’approche globale ne disparaisse pas du vocabulaire des ML…

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