Philosopher… c’est apprendre à agir. Mais comment ?

Publié: mars 27, 2010 dans 1

Dans Le Monde des dimanche et lundi 21 et 22 mars, une tribune cosignée par Guy Coq (président de l’association des amis d’Emmanuel Mounier – 1), Jacques Delors (qu’on ne présente plus… encore qu’il y a deux jours quelques – jeunes – conseillères en formation s’étonnaient d’apprendre qu’il était le papa de Martine Aubry !) et Jacques Le Goff (universitaire brestois), « Penser notre crise avec Emmanuel Mounier. Son catholicisme reste plus actuel que jamais ».

Voie de gauche.

Ah, cet Emmanuel Mounier, sa revue Esprit, son personnalisme ! Tout un courant étonnamment assez peu connu des piou-piou alors qu’il a irrigué  les élites intellectuelles, politiques, syndicales et associatives, le social dont l’éducation populaire et, bien sûr, l’origine des missions locales… Dans un de ses ouvrages, précisément Le personnalisme (2), Mounier lui-même définissait le personnalisme : « « Nous appelons « personnalisme » toute doctrine, toute civilisation affirmant le primat de la personne humaine sur les nécessités matérielles et sur les appareils collectifs qui soutiennent son développement. » Que décrypter ? La troisième voie, celle qu’on peut appeler le réformisme de la social-démocratie et qui refuse deux alternatives classiquement antagonistes : le communisme, ici exprimé par « les appareils collectifs », et le capitalisme illustré par « les nécessités matérielles ». Les missions locales, plus généralement le champ de l’insertion, s’inscrivent dans cette perspective réformiste, combinant dans un perpétuel déséquilibre, une dialogique, leur inscription et reconnaissance institutionnelles avec, au moins en théorie, un « devoir d’innovation » (Charte de 1990) qui part du constat que l’existant est insatisfaisant, sinon inacceptable. Ce réformisme leur a d’ailleurs valu nombre de charges critiques sur le thème foulcaldien de la « société de contrôle » (insérer et punir, pourrait-on paraphraser) et sur celui, bourdieusien, des « nouvelles formes d’encadrement » avec, par exemple, l’article de Gérard Mauger – souvent repris par des sociologues s’intéressant à l’insertion (3) – « Précarisation et nouvelles formes d’encadrement des classes populaires » (4). 

Emmanuel Schwartz et Bertrand Mounier…

Lorsqu’on relit Schwartz, de toute évidence le personnalisme y est présent et plus : le primat de la personne humaine, c’est partir du jeune. Et, lorsque Mounier invite à susciter « une société de personnes », il avance une série d’actes originaux qu’aucun conseiller de mission locale réfuterait – « … se décentrer pour devenir disponible à autrui… Comprendre. Cesser de me placer de mon propre point de vue pour me situer au point de vue d’autrui… » – même si d’autres actes appelleraient quelque réserve telles que – c’est ici le premier terme du « catholicisme social » qui prime – la compassion (« Prendre sur soi, assumer le destin, la peine, la joie, la tâche d’autrui… ») ou « une économie du don » à laquelle serait probablement préférée une économie du contrat (5). Dans son chapitre VII, « L’engagement », Mounier écrit « qui ne fait pas de politique fait passivement la politique du pouvoir établi » (6) quand Bertrand Schwartz écrit dans Moderniser sans exclure « Mon propos sera donc également politique. Parce que traiter de la formation, de l’insertion, de l’emploi, de l’organisation du travail, et préconiser des actions en la matière, n’est ni anodin, ni neutre. Toute innovation sociale est politique. défendant des valeurs humaines et sociales, je préconiserai, aussi, une certaine politique. » (7) Lorsque Mounier écrit « Je traite autrui comme un objet quand je le traite comme un absent, comme un répertoire de renseignements à mon usage {…}. Le traiter comme un sujet, comme un être présent, c’est reconnaître que je ne peux le définir, le classer, qu’il est inépuisable, gonflé d’espoirs, et qu’il dispose seul de ces espoirs : c’est lui faire crédit. » (8), on entend Schwartz en écho : « … j’ai admis comme premier postulat que si l’on fait confiance aux gens, si on croit en eux, si on les met en situation d’apprendre par eux-mêmes, alors presque tout est possible, ils peuvent apprendre beaucoup, et vite. » (9) et « Ah, ce regard ! Ce regard des parents sur leurs enfants, des professeurs sur leurs élèves, des chefs d’entreprise sur leurs ouvriers ! Changez vos regards ce soir ! Sauf ceux qui ont déjà un bon regard. » (10)

Demi et vrai biens.

Les auteurs de l’article du Monde plaident pour une « spiritualité », comprise comme une anthropologie et non une religion, pour une remise en ordre des besoins, dans le bon sens, et pour un renversement de la hiérarchie entre le social et l’économique : « Quels sont les besoins humains dont la satisfaction contribue à la réalisation de notre « vocation » dans une perspective d’accomplissement ? » Plus en amont, on pense à Spinoza qui parlait de « demi-biens », c’est-à-dire des désirs de richesse, de reconnaissance sociale, de pouvoir… autant de désirs qui ne peuvent que croître, leur satisfaction appelant immédiatement une insatisfaction, et qui obèrent (au même titre que le « divertissement » pascalien) ce qu’est le « vrai bien », c’est-à-dire le bonheur, un bien ultime car, si l’on peut souhaiter être riche pour être heureux, on ne souhaite pas être heureux pour être riche. Le bonheur est-il à l’ordre du jour du projet d’insertion ou serait-il trop révolutionnaire pour qu’on lui préfère le réformisme des demi-biens ?

Quoique guère nouveau (mais, après tout, pourquoi cela devrait-il l’être ?), tout cela est bien évidemment juste… avec une réserve sur la filiation d’Emmanuel Mounier à Jean Baudrillard, figure du mouvement du 22 mars (pour le moins révolutionnaire et à la base des évènements de 68), y compris en la faisant précéder de « même »… Cependant, entre le Baudrillard du Système des objets (1968) et de La société de consommation (1970) des années soixante et celui du XXIè siècle, considérons sans doute une évolution… qui peut s’illustrer par l’adage de ce blog, « Vivre en intelligence avec le système et en révolte contre ses conséquences » (Cool Memories IV, 2000), ce qui pourrait être un juste résumé d’une philosophie réformiste. On peut être également (un peu) circonspect de cette autre association où apparaît Ivan Illich qui avait une forte proximité avec André Gorz… qu’on ne situerait pas spontanément dans ce courant social-démocrate quoique, certes, des ponts existent, par exemple avec l’excellente revue Partage et le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP – 11) mais également avec le Centre des jeunes dirigeants (CJD – 12). Mais il est vrai que, de Mounier à Illich, Gorz, Baudrillard et, cité par les auteurs de l’article, à Jacques Ellul, le thème de la dénonciation de la société de consommation et pour les quatre derniers celui, corollaire, de l’écologie politique – pour laquelle Edgar Morin aurait pu être cité – 13 – constituent une culture commune… sans même parler du christianisme : Illich fût prêtre, Ellul était théologien protestant… Morin, certes, est athée.

Penser à l’envers…

En toute logique réformiste, les propos des auteurs – dont l’un fût président de la Commission européenne et, de ce fait, en position de décideur politique au plus haut niveau alors qu’il constate dans l’article « l’abdication du politique au niveau national et international » – fondent leur pertinence sur la conviction et sur l’éducation. Reste que l’on peut s’interroger sur la capacité du réformisme à renverser aussi radicalement l’évolution de l’histoire (ce n’est d’ailleurs ni son postulat, ni sa méthode), c’est-à-dire ce grand mouvement chaotique surdéterminé par l’économie, échappant de facto aux décisions humaines, car ce projet humaniste est au cœur d’une contradiction : comment changer de paradigme sans rupture ou peut-on aller à la racine sans radicalité, donc sans conflit ? Il est de coutume de parler de « tension » plutôt que de « conflit », ce qui peut apparaître comme une euphémisation. André Gorz, dans Misères du présent, Richesse du possible, nous dit « La politique est l’espace spécifique de la tension, toujours conflictuelle, entre les pôles opposés de la communauté et de la société. {…} La capacité qu’a une société de changer, d’évoluer, d’agir sur elle-même résulte de la tension entre ces deux pôles et de la rétroaction perpétuelle de l’un sur l’autre. Tout ce qui tend à effacer leur opposition étouffe le débat, les conflits et la réflexion politiques et fait basculer la société soit vers un étatisme bureaucratique et autoritaire de plus en plus figé, soit vers l’étouffant conformisme unanimiste des sociétés intégristes ou national-communautaires. » (14) Dans le même ouvrage, Gorz écrit « Il est temps de penser à l’envers : de définir les changements à réaliser en partant du but ultime à atteindre et non les buts en partant des moyens disponibles, des replâtrages immédiatement réalisables. » (15). Et l’auteur, comme proposition, d’indiquer « sortir de la société salariale ». Est-ce possible ? C’est, en tout cas, bien loin de l’entreprise de « moralisation du capitalisme », bien évidemment un attrape-gogo, et cela semble difficile par le simple louvoiement entre le marché et la régulation étatique, présentée comme une tension mais qui pourrait l’être aussi comme une compromission permanente, un système de concessions et de déséquilibres. Or on sait qu’à force de faire des concessions, on parvient à en avoir une… à perpétuité. Comment maintenir, peut-être même réinsuffler, un engagement militant dans un cadre conventionnel et institutionnel ? Comment lutter contre la désinsertion et le précariat alors que, manifestement et pour reprendre les termes de Robert Castel, « ces situations se sont installées et que le provisoire est devenu un régime de croisière » (16) ou peut-on être animé par un objectif de justice sociale, non réductible à l’hypothétique « égalité des chances », dès lors que l’on le sait inatteignable, logé en Utopie ? A moins qu’il faille se résigner et faire sienne cette phrase d’Howard S. Becker (qui m’avait glacé lorsque je l’avais lue il y a vingt-cinq ans) : « En fait, on peut considérer l’histoire normale des individus dans notre société (et probablement dans toute société) comme une série d’engagements de plus en plus nombreux et profonds envers les normes et les institutions conventionnelles. » (17)

Mais il est temps de vous livrer l’article in extenso, que chacun se forge son opinion.

« Penser notre crise avec Emmanuel Mounier », par G. Coq, J. Delors et J. Le Goff

« Michel Serres compare la crise actuelle à « une faille géante au niveau des plaques basses qui se meuvent lentement et cassent tout à coup dans les abysses tectoniques invisibles » (18). Ce serait, dit-il, une erreur d’en localiser l’épicentre en surface, dans le « visible » financier et économique. Il se situe plus profond, dans le choix des valeurs d’orientation constituant l’ethos d’un type de société, dans le contresens de « croire qu’une société ne vit que de pain et de jeux, d’économie et de spectacle, de pouvoir d’achat et de médias ». Une option aussi indigente expose fatalement à l’embardée majeure.

En lisant Michel Serres, on pense à Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue Esprit, prématurément disparu à 45 ans, le 22 mars 1950. Face à la « grande crise », il se livre à une analyse spectrale du désordre économique avec un même souci d’en scruter les causes profondes relevant, à ses yeux, de l’ordre du « spirituel ».

Sans connotation religieuse explicite, ce mot désigne l’ensemble des choix anthropologiques au fondement d’une société. Il répond à la question désormais perdue de vue : quel type d’existence individuelle et collective voulons-nous, qui ne s’enferme pas dans la vaine poursuite d’un « bonheur » ramené à la maximisation du plaisir, de la puissance, de l’argent, du corps ou du confort ? D’où vient que les conditions d’accès au bien-être se soient muées en fins tyranniques ?

Un discours de « belle âme », dira-t-on, indifférent au drame de ceux qui se débattent avec les difficultés de l’existence ! Pas du tout. « Ne méprisent généralement l’économique que ceux qu’a cessé de harceler la névrose du pain quotidien, rappelle Mounier. Un tour de banlieue serait préférable, pour les convaincre, à des arguments. » Mais c’est pour aussitôt ajouter : « Il n’en résulte pas que les valeurs économiques soient supérieures aux autres : le primat de l’économique est un désordre historique dont il faut sortir. »

Et ce « désordre établi » résulte, à ses yeux, d’une erreur initiale sur l’homme, d’une terrible subversion dont il repère trois manifestations pathologiques.

1. L’autisme du marché qui, sous couvert de pseudo-neutralité morale, s’est érigé en timonier de la société par usurpation des fonctions de gouvernance. S’il lui revenait de contribuer à l’ajustement des flux, pourquoi donc ce moteur par nature aveugle s’est-il arrogé la conduite des affaires humaines, sinon par l’abdication du politique au niveau national et international et par la démission de la société ? Devenue bateau ivre, il ne faut pas s’étonner que « l’économie capitaliste tende à s’organiser tout entière, en dehors de la personne, sur une fin quantitative, impersonnelle et exclusive ».

Privé d’une direction raisonnée et de refroidissement par le social, l’écologique, le culturel, l’éthique, c’est tout naturellement que ce moteur en est venu à s’ériger en instance suprême de sens au prix d’un non-sens ravageur hypothéquant désormais l’avenir même de la planète. « L’homme contemporain se croit absurde. Il n’est peut-être qu’insensé. »

2. Rien de plus révélateur du dérèglement que la tendance si générale à évacuer toute interrogation sur ce que Mounier nommait l’ « ordre des besoins », sur le contenu de la richesse. Quels sont les besoins humains dont la satisfaction contribue à la réalisation de notre « vocation » dans une perspective d’accomplissement ?

Drôle de question, dira-t-on ! En démocratie, ne revient-il pas à chacun de savoir où est son « bonheur » ? Et de quel droit une société s’attribuerait-elle compétence en un domaine qui relève de la libre disposition de chaque citoyen ? On a vu ce que cela donnait dans les régimes qui prétendaient imposer une nouvelle hiérarchie des besoins réputée accordée à un projet libérateur !

Il ne s’agit pas de cela. Le souci de Mounier, comme plus tard celui de Jacques Ellul, d’Ivan Illich ou même de Jean Baudrillard, visait à briser la torpeur quiète qui nous fait prendre pour choix « libre » ce qui n’est, en réalité, qu’une normalité imposée par une mécanique folle jouant sur le double registre de la séduction et de la culpabilité. Et cela au prix d’une course échevelée à des satisfactions toujours plus factices, et au prix de l’oubli des besoins hors marché, hors rapports monétaires : l’attention, la disponibilité, la qualité des relations interindividuelles et sociales, la présence et l’engagement dans la cité, autant de valeurs échappant à l’ordre du quantifiable et touchant à l’essentiel.

La force de la réflexion du fondateur d’Esprit tient à sa capacité d’ébranlement et de dégrisement pour s’arracher au rêve éveillé générateur d’inquiétude, de tension stérile, d’indisponibilité à autrui comme à soi-même, bref à l’aliénation, pour reprendre pied sur le granit de l’indispensable, sur le noyau dur de la personne où le « spirituel », véritable « infrastructure », dit-il, a son lieu. Sans point de vue extérieur au système, rien n’est possible.

3. C’est aussi la condition de libération vis-à-vis du travail. D’où vient en effet le maintien de son emprise anormalement intense sur la société sinon, pour une part essentielle, de la spirale constamment ascendante des besoins et désirs infinis ? « Travailler plus pour gagner plus » en est la maxime. Mais à quoi bon tout cela lorsque le niveau de vie atteint est satisfaisant ? « A quoi ça sert ? » disait Jacques Ellul. C’est tout le problème non de la frugalité, mais de la modération des désirs matériels au-delà d’un certain seuil. Mounier indiquait la direction. « Régler la consommation sur une éthique des besoins humains replacée dans la perspective totale de la personne. »

Ces propos datent de 1936. Leur pertinence n’a probablement jamais été aussi forte. »

Voilà, c’était une promenade philosophique de hasard (peut-être hasardeuse), au détour d’un article en feuilletant la presse. Alléché par son titre et le fait que cela se fondait sur une expérimentation de mission locale que dirigeait Anne Le Bissonnais qui a publié Les missions du possible, je comptais également parler de L’expérience d’un observatoire de la jeunesse, paru en 2009 chez L’Harmattan (direction d’Anne Olivier) mais j’avoue avoir été déçu : ce n’est pas un ouvrage mais un rapport, comme il en existe des centaines, publié par une maison d’édition où l’on trouve de tout, du bon et du moins bon, tout simplement parce que, même si cela n’est pas dit, c’est de l’édition à compte d’auteur. Il suffit de fournir le manuscrit prêt à être imprimé et de s’engager à en acheter suffisamment d’exemplaires pour que L’Harmattan y trouve son intérêt. Job et non métier d’éditeur. Je ne sais donc si j’y consacrerai quelques lignes, partagé entre une – pourtant – nécessaire critique, le respect des acteurs locaux pour lesquels, sans doute, l’expérience est positive, et tout l’intérêt, et même l’enjeu, d’un observatoire territorial des jeunesses. On verra…

(1) www.emmanuel-mounier.com/

(2) {1949} 2005, 17ème édition, PUF, « Que sais-je ? »

(3) Pour Xavier Zunigo, dès la page 17 de sa thèse, La gestion publique du chômage des jeunes de milieux populaires (2007, EHESS, direction Gérard Mauger) ; pour Jean-Christophe Chanterelle, dans son mémoire de master 2 à Lille 3, Le métier de conseiller en mission locale : d’une socio-histoire à une monographie de l’accompagnement (2009, Lille 3, direction Danilo Martuccelli)

(4) Gérard Mauger, « Précarisation et nouvelles formes d’encadrement des classes populaires », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 136-137, mars 2001, pp. 3-4. Et aussi du même auteur, dans le même numéro d’ARSS, « Les politiques d’insertion. Une contribution paradoxale à la déstabilisation du marché du travail. » pp. 5-14.

(5) Emmanuel Mounier, op. cit., p. 35.

(6) id. p. 102.

(7) Bertrand Schwartz, Moderniser sans exclure {1994}, 1997, La Découverte & Syros, p. 9.

(8) Emmanuel Mounier, op. cit., p. 36.

(9) Bertrand Schwartz, op. cit., p. 15.

(10) Bertrand Schwartz, « La formation : une invitation permanente », Parcours, Les Cahiers du GREP Midi-Pyrénées n°9/10, 1994, p. 19.

(11) Le Mouvement National des Chômeurs et Précaires, né en 1986, est l’héritier du premier syndicat des chômeurs, créé par Maurice Pagat en 1981. Celui-ci, décédé il y a peu de temps, fût le fondateur de la revue Partage. Dans son numéro 197 d’octobre 200, Maurice Pagat rendait hommage à André Gorz, qui s’était suicidé avec sa compagne Dorine, « Notre Ami André Gorz ». On peut lire le très beau livre Lettre à D. Histoire d’un amour (2006, Galilée) qui commence ainsi : « Tu vas avoir quatre-vingt deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. » Sur ce blog, « André Gorz, un penseur pour le XXIè siècle » (21 avril 2009)

(12) Par exemple concernant la réduction du temps de travail.

(13) Edgar Morin dont la proximité avec Jean Baudrillard est plus patente qu’entre ce dernier et Mounier… et pas exclusivement parce qu’ils ont corédigé en 2003 La Violence du monde (éd. du Félin). On peut également lire sur ce blog  «L’écologie politique pour penser l’insertion » (15 juin 2009).

(14) André Gorz, Misères du présent, Richesse du possible, 1997, Galilée, p. 197.

(15) id. p. 119.

(16) Robert Castel, La montée des incertitudes, 2009, Seuil, « La couleur des idées », p. 345. Dans ce même ouvrage, Castel tire un trait sur l’option révolutionnaire et, subséquemment, aboutit à l’option réformiste (ou social-démocrate)… sans pour autant apporter de réponse à sa contradiction intrinsèque : « Mais si cette éventualité d’une révolution radicale et globale n’est plus crédible – et pour qui l’est-elle réellement aujourd’hui en dehors de postures verbales ? -, il se pourrait que l’option révolutionnaire soit devenue la position de repli pour éviter la question fondamentale : comment vivre avec le marché en continuant de faire société avec ses semblables, comment faire coexister la présence insistante du marché et la cohésion sociale ? » (p. 291) et « S’il est vrai que la version la plus flamboyante et la plus héroïque de la critique du capitalisme, l’alternative révolutionnaire, s’est retirée de notre histoire, du moins dans le présent et dans un avenir prévisible, un réformisme résolu représente aujourd’hui l’orientation la plus avancée si on ne renonce pas à la volonté de lutter pour une société plus juste {P.L. ce qui n’est pas synonyme de « société juste »}. Et si les chances qu’il l’emporte sur un réformisme libéral sont loin d’être assurées, son objectif au moins est clair : arriver à articuler dans un cadre social vivable pour tous ces deux piliers de la modernité qu’ont été et que restent le marché et le travail. » (p. 295)

(17) Howard S. Becker, Outsiders. Études sociologiques de la déviance, {1963} 1985, A.M. Métailié, p. 50.

(18) Les auteurs font référence à l’ouvrage de Michel Serres, Le temps des crises, évoqué sur ce blog le 23 décembre 2009 (« Le temps des crises »).

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commentaires
  1. OrangeOrange dit :

    Quels sont les mots qui définissent la quête du bonheur ?

    Grande série de questions-débat vue sur Pnyx.com: http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/101

    Le bonheur dans la spiritualité, la sagesse, la compassion, la liberté, l’action; la passion, la jouissance, les arts, le combat, … ?

  2. Odile Barbey-Lallia dit :

    Découvert votre site par heureux hasard et très intéressée, je souhaiterais pouvoir être tenue au courant des nouveaux articles et d’éventuelles rencontres (débats, conférences, actions diverses) sur ces sujets.Un grand merci d’avance;

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