Effeuillage

Publié: février 14, 2010 dans 1

Aujourd’hui, Le Monde du 12 février 2010 page à page ou presque. Pour celles et ceux qui ne l’auraient ni trouvé en kiosque, ni dans leur boîte aux lettres, ni oublié dans le train ou sur une table de bistro.

Saigneurs.

A la Une, « Le pari de l’Europe pour rassurer les marchés ». On ne s’y attarde pas. Cette histoire de « rassurer les marchés », c’est-à-dire les spéculateurs, est la double démonstration d’une minorité politique, sinon d’un aveu d’allégeance du politique au financier, et de l’absolue rapacité des saigneurs de l’économie qui, sur la base d’une « science » économique combinant des raffinements statistiques d’actuaires et le robuste concept de « confiance » des opérateurs boursicoteurs, sont des prédateurs : peu leur importe le citron à presser – ménages endettés, salariés licenciés ou états -, l’essentiel est de disposer d’une proie.

Marigot.

« Le patron de Total, Christophe de Margerie, veut accroître les partenariats avec la Chine ». On peut en passant s’amuser de l’usage du terme de « partenariat » dans le marigot des caïmans du commerce international mais, juste sous ce titre, on lit « Le groupe pétrolier annonce 7,8 milliards d’euros de profits en 2009 ». Que fait Total ? Du raffinage. Sans raffinement. Que lisait-on dans la presse ces derniers jours ? Qu’en France et dans les raffineries, 10 000 emplois étaient menacés. Un peu dépité cependant, non par ces licenciements mais par une baisse des profits de 44% par rapport au record atteint en 2008 (13,9 milliards d’euros), ce Christophe de… se console : « Il compte néanmoins sur une hausse des prix de l’énergie notamment du gaz… » Les benêts qui se laissent bercer par la publicité de Total (ou celle d’EDF) se présentant comme une entreprise quasi-militante de la deep ecology dans un monde solidaire et pacifié sur fond musical de la Pastorale de Beethoven doivent comprendre que les super-profits de Total, à défaut de se fonder sur plus d’arrêts à la pompe, seront satisfaits par le porte-monnaie des piou-piou contraints de payer le prix fort pour se déplacer. Peut-être ne viendra-t-on pas chez eux par hasard mais, ce qui est certain, c’est qu’on en ressortira allégé. Pas l’esprit. La bourse.

Portefeuille.

Page 2, une analyse d’Annie Kahn, « Les projets sociaux au secours de l’image des entreprises ». En substance, l’entreprise socialement responsable a le vent en poupe : un sondage CSA pour l’AVISE (Agence de valorisation des initiatives socio-économiques) révèle que « les deux tiers des Français choisiraient prioritairement de postuler pour travailler dans une entreprise sociale et particulièrement les jeunes (75%) » et Hugues Sibille, président de l’AVISE, constate que les consommateurs, sensibles au profil social de leurs fournisseurs, « ont envie de consommer plus intelligemment. » Des entreprises ont pris le train en marche – Danone, General Electric… – mais la question de la compatibilité entre les deux logiques, « gagner toujours plus pour les uns, partager un peu plus pour les autres », reste posée : « Laquelle {des logiques} prendra donc le dessus dans les années à venir ? Verra-t-on un jour les conseils d’administration consacrer plus de temps aux investissements – comme Danone au Bangladesh avec la Grameen Bank – qu’aux retraites chapeau et autres parachutes dorés de leurs dirigeants ? Sera-t-il un jour patent que l’engagement social, et non les super-bonus, est plus efficace pour garder et attirer les meilleurs talents ? » De toute évidence, la réponse est entre les mains des citoyens plus que dans celles des administrateurs dont on imagine mal une subite conversion succédant à une vérité-foudre ou ciel. Disons que, faute de conviction et d’éthique, il faut parier sur l’intérêt économique de l’éthique. Le portefeuille est aussi près du cœur que la corbeille l’est de la Bourse. A quand la valeur éthique cotée au CAC 40 ?

Brownien.

Page 3, toute la page : « La demi-grève des Grecs ». Mercredi dernier, les fonctionnaires grecs étaient appelés par la Fédération syndicale de la fonction publique à manifester contre le plan d’austérité : gel des salaires, baisse de 10% des allocations, diminution des heures supplémentaires (tiens, étonnant, exactement l’inverse de chez nous)… 10 000 manifestants dans les rues d’Athènes, ce n’est pas un franc succès, la préfecture de police a du faire des efforts pour ne pas en compter moins. D’où cette « demi-grève ». On se souviendra cependant qu’il y a fort peu de temps le risque de contamination de la révolte juvénile grecque était un motif d’inquiétude pour nos gouvernants très préoccupés – comme on le constatera ultérieurement sur un autre thème – par tout ce qui évoque une pandémie . Il semble évident que, si les insiders helléniques accepteront bon gré mal gré de resserrer d’un cran leur ceinture (« … un fort soutien au plan d’austérité, approuvé par plus de 60% des Grecs »), tel ne sera pas le cas de ceux qui n’ont rien à perdre. Ce qui vaut pour le berceau, agité, de la démocratie vaut pour la fille aînée de l’église, cette dernière mal en point également mais tel n’est pas le sujet. Le centre, cahin-caha, est déprimé et stable ; la périphérie est agitée d’un mouvement brownien. Le changement viendra de la périphérie.

Imagination.

Page 4, « Le marché européen du CO2 attire les escrocs ». On se souvient que le protocole de Kyoto a permis de créer un nouveau marché, les pays s’achetant et se vendant des droits à polluer. Une façon originale de créer de la « richesse » en permettant aux pays riches de polluer plus en achetant aux pays pauvres des parts de leurs quotas de pollution. A l’échelle européenne, un système d’échange de quotas a été créé en 2005 entre les entreprises soumises à des plafonds d’émission de gaz à effet de serre. L’imagination des économistes est sans bornes… Celle des hackers également. « Jeudi 28 janvier, des pirates informatiques ont réussi à détourner pour au moins trois millions d’euros de droits d’émission de CO2 et obligé treize pays à fermer temporairement les registres dans lesquels sont consignés les quotas des acteurs du marché. » Passons sur les modalités techniques : faux courriel, faux site internet imitant celui de la Commission européenne, obtention des codes et mots de passe… un peu sur le modèle, en plus ciblé, du « hameçonnage », ces pourriels qui arrivent dans nos ordinateurs pour nous inviter, « suite à une erreur », à nous réinscrire sans oublier d’indiquer nos références bancaires avec le cryptogramme. On lit dans l’article « Les quotas d’émission n’étant ni complètement un produit financier, ni vraiment une matière première, ils ne bénéficient des mécanismes de régulation et de contrôle ni des uns ni des autres. » Comparaison qui, soit dit en passant, est audacieuse : on a pu apprécier dernièrement la pertinence des « mécanismes de régulation et de contrôle » des produits financiers… Ce qui n’est pas sans rappeler la notion de « barrière de variété » qui, selon la loi de variété requise (William Ross Ashby), implique l’idée qu’il est illusoire de rechercher le contrôle complet d’un système complexe (1).

Survol.

Survolons les pages « International » 5, 6 et 7 : en Ukraine, « Mme Timochenko refuse de reconnaître son échec à la présidentielle », ou la soupe est bonne ; « A Bouaké, les « Com-zones » règnent en seigneurs sur le nord de la Côte d’Ivoire », ou l’Afrique noire est mal partie, pour reprendre les termes de René Dumont (2) ; « La justice chinoise a la main lourde contre ses dissidents », ou comment Total réussira-t-il à combiner « partenariat » (voir supra) et entreprise socialement responsable ? Etc. Survol également des pages 8 et 9, le « sauvetage de l’euro », le Premier ministre grec qui a « besoin d’un soutien psychologique et politique de l’Europe », l’Italie qui « s’estime à l’abri d’une attaque spéculative, malgré une dette importante », « les agences de notation {qui} sont mises en cause dans l’affolement des marchés »…

Bonnet d’âne.

Une page entière, la 10, pour l’école avec en titre « École : l’échec du modèle français d’égalité des chances ». François Dubet, qui vient de faire paraître son énième ouvrage sur l’école, Les Places et les chances (Seuil), distingue l’égalité des places et l’égalité des chances. La première « vise à réduire les inégalités de revenus, de conditions de vie entre les cadres et les ouvriers » ; la seconde « maintient, elle, intacte le cadre social mais tente de donner des chances de mobilité aux plus méritants des classes défavorisées. »

Inutile de s’attarder sur l’égalité des places, les écarts entre riches et pauvres ne faisant que croître. Reste l’égalité des chances. Le problème est que cette tentative fonctionne au goutte-à-goutte, permettant « d’offrir un ascenseur social à une toute petite frange des « mal-nés » – tels les conventions Sciences Po, les cordées de la réussite dans les grandes écoles ». Et, accessoirement, ce n’est pas écrit mais c’est plausible, permet de s’oindre à peu de frais d’une huile de bonne conscience : ceux qui ne réussissent pas n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes puisque d’autres, avec les mêmes difficultés de départ, ont su monter dans l’ascenseur. Sauf que le poids total en charge dudit ascenseur n’autorise qu’un petit nombre à y pénétrer. Mêmes causes, mêmes effets que pour la politique de l’emploi : « D’ailleurs, non seulement les exclus ne sont victimes de personne, mais ce qui leur arrive est le plus souvent de leur faute. Dans une société où chacun est l’entrepreneur de lui-même, chacun est responsable de sa propre faillite. » (3) Dubet, chiffres à l’appui, démontre qu’au fil du temps l’école devient de plus en plus inégalitaire (« … le score des enfants d’ouvriers {en lecture pour les CM2} a été divisé par deux entre 1997 et 2007, alors que celui des fils de cadres a légèrement progressé ») et, au cours d’une scolarité, les inégalités se creusent : les zones d’éducation prioritaires « sont en faillite » et – lisez attentivement (souligné par moi) – « dans les collèges ambition-réussite, remplis aux trois quarts par des enfants d’ouvriers ou d’inactifs, un quart n’y maîtrise pas les compétences de base en français à l’arrivée et un sur deux à la sortie… » Après les valeurs ajoutées, les valeurs soustraites. Marie Duru-Bella, elle aussi sociologue de l’éducation et dont son dernier livre a été plusieurs fois évoqué ici (4), ajoute : « Les inégalités s’accroissent au fil des études parce qu’elles sont cumulatives ». Je parlerai plus volontiers de combinaison (avec des effets émergents) que de cumul (qui renforce le déterminisme) mais peu importe… Parmi les facteurs aggravant, évidemment, l’abandon de la carte scolaire qui « permet à quelques-uns de choisir leur établissement {et qui} déstabilise un peu plus les collèges à l’équilibre déjà très instable. » Au fait, un quiz : quel est le grand promoteur de cette « égalité des chances » ? Nicolas Sarkozy. Et quel est celui qui écrivait « Tout le monde parle d’égalité des chances, cela ne veut plus rien dire. L’égalité des chances, c’est comme la participation : des mots auxquels les gens ne croient plus. » ? Le même Nicolas Sarkozy (5). Paradoxe ? Non. N.S. plaide bien pour l’égalité des chances dès lors que celle-ci se fonde sur la discrimination po-si-ti-ve : « Cette philosophie est simple : si quelqu’un travaille plus que les autres, je veux qu’il gagne davantage que les autres ; si quelqu’un a plus de handicaps que les autres à la naissance, je veux que l’État l’aide davantage pour les compenser. Je ne peux pas faire de concession sur ce point. C’est la seule façon de lutter réellement contre les inégalités. » (6) On en a d’ailleurs la démonstration avec l’école, « … système qui est censé traiter à parité tous les enfants, mais qui, en réalité, fonctionne comme un instrument de sélection pour accéder aux échelons supérieurs en éliminant et en humiliant successivement les élèves trop mal armés pour la compétition scolaire conçue comme une course à l’excellence ! » (7) On achève bien les chevaux.

Egos.

A défaut d’égaux, surexposition des egos en pages 11 et 12, depuis les régionales avec « La gauche sera divisée contre Georges Frêche » et « Ni putes ni soumises veut porter plainte contre la liste NPA en Provence-Alpes-Côte d’Azur » jusqu’à « M. de Villepin maintient sa plainte contre M. Sarkozy pour atteinte à la présomption d’innocence ». No comments, comme cela défile sur Euronews.

Nov-langue.

Page 13, retour sur Total à la Une, avec une belle photo de son directeur aussi général que moustachu et préoccupé de « renforcer ses partenariats avec les groupes chinois ». Concernant la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, bel exemple condensé de la nov-langue économique teintée d’autojustification morale : « Il y a deux règles pour qu’une entreprise responsable assure sa pérennité : la nécessaire adaptation de l’outil industriel et le traitement social accordé à ses salariés dans le respect de l’obligation, légale et morale, de revitaliser le tissu économique local si l’adaptation le rend nécessaire. » « Adaptation de l’outil industriel » pour fermeture, « traitement social » pour licenciements, « revitaliser le tissu économique local » pour partenariat avec l’empire du milieu…

Petits suisses.

Page 14. On est dans la rubrique « Économie et Médias ». A côté des « constructeurs automobiles français {qui} affichent des pertes historiques » (à corréler avec la progression tout aussi historique de leurs ventes d’automobiles en 2009), on regrette d’avoir délaissé les petits suisses pour des yaourts et l’eau pour le vin puisque, ça nous avait échappé, « le prix des Petits Gervais aux fruits a été amputé de 10%, tandis qu’un pack de six bouteilles d’eau d’Evian a pu être offert pour deux achetés ». C’est ce que Le Monde appelle les « prix agressifs » qui ont permis aux « géants de l’agroalimentaire {de} traverser 2009 » avec, pour Danone, un bénéfice net en hausse de 3,7% à 1,36 milliard d’euros. Ça en fait des petits suisses…

Rallonge.

Logiquement juste après la page 15, fort utile en cas de déplacement à l’étranger, où l’on apprend qu’un euro vaut 270,83 forints hongrois et 1591,01 wons sud-coréen (« Cours de l’euro », in « Marchés »), la page 16 apaise nos tourments sur le principe que le malheur des uns, sinon fait le bonheur des autres, du moins console : « Islande : le maelström de la crise ». Une page entière sur la dégringolade d’un petit pays : « A l’automne 2008, les trois plus grandes banques du pays se sont effondrées. La couronne a chuté et le gouvernement a dû demander l’aide du Fonds monétaire international FMI) et de ses voisins européens. L’économie a reculé de 8% en 2009. » L’article se conclut par « L’islande attend. Elle attend qu’Eva Joly, venue à son secours, retrouve l’argent caché dans les paradis fiscaux {tiens, je croyais qu’il n’y en avait plus !}. Elle attend un mieux, un client pour son énergie bon marché, un nouveau prêt du FMI, une éclaircie. Elle n’est sûre que d’une chose : les jours rallongent. » Autrement formulé, l’Islande attend une rallonge.

Vite dit.

Le Monde bat le chaud et le froid : après la consolation islandaise, quatre contributions en page 17 dans la rubrique « Débats Décryptages » : de « Il y a quelque chose de pourri en République française » à « Publicité : le grand bond en arrière » et jusqu’au facteur de Neuilly qui se débat dans la justification de la candidate voilée du NPA. Subséquemment, on peut s’en dispenser et, fatigué de la lecture, sauter à la page 22 « Météo et Jeux ». Manque de chance, le sudoku est marqué « difficile », déjà que les « facile » dans Le Monde c’est un casse-tête, et pas de gagnant aux cinq numéros du loto – 6, 11, 12, 19, 45 – avec le 10 comme numéro chance. Il y a des jours comme ça où rien ne va.

On n’a pas couché.

Page 24, c’est la dernière et là, enfin, on peut plier joyeux Le Monde pour allumer le feu dans la cheminée après avoir lu le court billet de Robert Solé, « Rien que la vérité ». Je rapporte intégralement. C’est drôle. Rappelons que les époux Patrick et Isabelle Balkany – respectivement maire et 1ère adjointe de Levallois-Perret – ont doté leur ville d’un méga dispositif sécuritaire de vidéosurveillance, qu’Isabelle a reçu la légion d’honneur le 30 janvier 2008, soit un peu moins de dix ans après avoir été condamnée pour corruption, ainsi que son édile de conjoint, pour avoir employé pendant plusieurs années trois agents municipaux de Levallois à leur usage personnel, que la même Isabelle est la « marraine » du Prince Jean, celui de l’EPAD, redoublant en fac de droit, etc. etc. Bref, ce n’est pas une casserole que traîne ce couple, c’est une batterie de cuisine, sans doute même toute la cuisine avec son débarras.

« Brigitte Bardot « en a marre d’entendre » Patrick Balkany, député UMP et maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), « se vanter d’avoir eu une aventure avec elle ». Dans un communiqué, elle menace de le poursuivre en justice. Tout a commencé par un livre, Une autre vérité, la mienne, paru en janvier aux éditions Michel Lafon. Avec une grande délicatesse, l’homme politique y raconte la relation intime qu’il aurait eue avec l’actrice, à la fin des années 1960. B.B. a démenti formellement, mais M. Balkany est revenu à la charge, le 6 février, au cours de l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. Emission qui, selon Brigitte Bardot, aurait pu s’appeler « On n’a pas couché ».

Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour assurer la promotion d’un livre ! M. Balkany a largement payé de sa personne, quitte à voir qualifiée son « autre vérité » de mensonge. Un prix littéraire récompensera-t-il sa tentative d’ajouter un chapitre à l’histoire de France ? Le maire de Levallois ne fait partie jusqu’ici que de la sélection du Prix de l’humour politique 2010, pour avoir déclaré : « Je suis l’homme le plus honnête du monde. ». »

Piou-piou.

Pour conclure, une infidélité au quotidien du soir exceptionnellement autorisée pour l’hebdomadaire palmipède daté du 10 février 2010 et titrant « Un débat qui finit en peau de chagrin ». Mais foin de considérations ornithologiques sur le fou de besson, c’est en page 3 et ça s’appelle « Tableau noir du Pôle emploi »… probablement évoqué sur La fusion pour les nuls, à vérifier. C’est extrait de l’intranet du Pôle emploi et ça indique pour l’agence de Saintes la charge de travail par conseiller (« charge SMP » pour « suivi mensuel personnalisé »). On y recense – cela rappellera quelque chose – les « SMP actifs », c’est-à-dire les dossiers à suivre chaque mois, et les « SMP inactifs », mis de côté provisoirement. Chacun des neuf agents de l’agence ont entre 308 et 365 cas à suivre, deux tiers actifs et un tiers inactif. « Pour mémoire, lors de la fusion ANPE-Assedic, Christine Lagarde avait parlé de 0 à 60 dossiers confiés à chaque agent. Quant au sémillant secrétaire d’État Laurent Wauquiez, il jurait encore, le 19 janvier dans Le Parisien que « pour les gens licenciés, on est arrivé à un vrai suivi personnalisé, avec un conseiller pour 60 personnes maximum. Pour les autres, la moyenne est d’un agent pour 95. » Le nombre réel de dossier traités par chaque employé de ce grand machin est juste entre trois et cinq fois supérieur. Les deux ministres ont le nez qui s’allonge. »

C’était la rubrique « piou-piou de toutes structures, unissez-vous ! ».

(1) Pour le formuler différemment, pour qu’un système « A » puisse contrôler un système « B », il faut et il suffit que la variété de « A » (nombre de variables) soit supérieure ou au moins égale à celle de « B ». Ceci pose un certain nombre de limites, par exemple aux prétentions d’un système de veille pour la gestion prévisionnelle des emplois : compte-tenu d’un nombre considérables de variables composant le système « B » correspondant aux stratégies des personnes sur le marché de l’emploi, pour le contrôler il faudrait que le système « A » recense au moins autant de variables. Autant dire, l’impossible. D’où, dans le champ du social, la moindre des prudences à éviter les raisonnement causaux et à leur préférer les covariations, les concomitances, etc.

(2) René Dumont, L’Afrique noire est mal partie,1966, Seuil.

(3) Éric Hazan, LQR. La propagande du quotidien, 2006, Raisons d’agir, p. 108.

(4) Marie Duru-Bella, L’inflation scolaire, 2006, « La république des idées », Seuil.

(5) « Entretien avec Nicolas Sarkozy sur la discrimination positive », Pour une société de la nouvelle chance. Une approche républicaine de la discrimination positive, Conseil d’analyse de la société, 2005, La documentation française, p. 291.

(6) id. p. 296.

(7) Robert Castel, La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? 2007, « La république des idées », Seuil, p. 109.


Advertisements
commentaires
  1. « La fusion pour les nuls » en a bien parlé
    http://www.lafusionpourlesnuls.com/article-pole-emploi-le-canard-se-dechaine-44766045.html

    Il est maintannat à peu près que le chiffre annoncé par notre duo de menteurs, Lagarde et Wauquiez, 90/100 serait le portefeuille moyen si tous les salariés de Pôle Emploi, y compris les cadres que la fusion a multiplié dans le concept de l’armée mexicaine, les informaticiens… avaient un portefeuille de suivi.
    Dans la réalité la moyenne doit de l’ordre du double pour chaque conseiller actif

  2. Labbe Claude dit :

    Merci cher frère pour cette revue d’un N° qui m’avait échappé !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s