Zapping et chansons

Publié: février 12, 2010 dans 1

Ray Ventura…

On connaît sinon les paroles au complet, tout au moins le refrain d’un des grands succès de Ray Ventura et de ses Collégiens, « Tout va très bien, Madame la marquise »… C’est au singulier et, donc, ça n’a rien à voir avec Les Marquises de Brel et ça date de 1935 mais c’est toujours d’actualité : on avait ce sentiment en regardant l’autre soir Éric Woerth, particulièrement serein, détendu et même satisfait des suppressions de postes dans la fonction publique. Tant que ce n’est pas le sien…

Je ne dois croiser dans les services déconcentrés de l’État que des fonctionnaires atypiques car ceux-ci sont loin de la sérénité et semblent excellemment placés pour accentuer la croissance des TMS, de la souffrance au travail, etc. Ou peut-être ai-je vraiment mauvais esprit. Puisque j’ai commencé avec celui-ci, je continue. Ainsi chacun est averti et peut, en toute liberté, zapper sur un autre blog… en évitant la carte des conflits sociaux édité par Médiapart

En choeur…

A écarter dans le zapping des blogs celui de Benoît Willot, Emploi et Création, qui titre « Picardie : la fusion se concrétise ». De quelle fusion s’agit-il ? Des missions locales et des maisons de l’emploi. En fait de fusion, c’est plutôt d’absorption dont il s’agit puisque « la MEF du Sud Ouest de l’Oise (Méru) a absorbé au 1er janvier 2010 l’antenne de la mission locale et la MEF Pays du Chaunois à Tergnier (Aisne),  doit faire de même pour le 1er avril. » Ce malgré l’avis du Conseil économique et social de Picardie sur le projet de budget régional pour l’année 2009 (session du 4 décembre 2008), qui déclarait : « Si le CESR est favorable à ce regroupement, il souhaite d’une part que chacune des structures, et notamment les Missions Locales pour les jeunes, conserve son autonomie et sa spécificité, et d’autre part, qu’une bonne coordination et collaboration dans la complémentarité s’instaure avec Pôle Emploi… » Ce n’est pas une chanson, juste un avis. Pas repris en choeur.

m-i-s…

Autre blog, Michel Abhervé rapporte une intervention de Patrick Beaudouin, député UMP du Val-de-Marne et, par ailleurs, Président de la mission locale des Villes-du-Bois, évoquant dans une de ses interventions des « fonctionnaires des Missions locales ». Et Michel de rappeler fort pertinemment que les salariés des missions locales sont des salariés de droit privé, effectuant une mission de service public,  que leur statut est régi par une convention collective étendue, signée en 2001 entre les employeurs, et que les missions locales regroupées au sein de l’Union Nationale des Missions Locales et les cinq centrales syndicales représentatives. Lorsque l’on prend le soin, grâce au lien aimablement indiqué, de lire le compte-rendu de la  session ordinaire de la deuxième séance du jeudi 4 février 2010 de l’Assemblée nationale, on y lit effectivement : « « Par ailleurs, dans le cadre de la réforme de la JAPD, la journée d’appel de préparation à la défense, nous expérimentons, dès ce stade, la mise à disposition des fonctionnaires des missions locales pour l’emploi. Ils pourront ainsi intervenir dès que l’on aura décelé le cas de jeunes en difficulté. » Bien, ne soyons pas chiens et concédons que les « fonctionnaires » en question le sont par la grâce de leur mission de service public et non, comme de mauvais esprits l’auraient imaginé, synonymes des courtelinesques ronds-de-cuir assoupis. Ceci étant, question de vocabulaire… A-t-on remarqué que, dans ICARE, les personnels des missions locales sont dénommés « agents », terme usité pour la fonction publique ou, lorsque la sociologie s’en mêle, signifiant des personnes très lourdement déterminés, agis plus qu’acteurs ? Mais, à vrai dire, cela n’est pas grand-chose à côté des vocables qui pénètrent – sans guère de résistance, reconnaissons-le – le monde de l’insertion : entre la médicalisation de l’insertion – diagnostic, prescription, handicap… – et  le discours marchand voire industriel – opérateur, offre de service, prestations… -. C’est dommage mais, surtout, c’est le signe d’un secteur professionnel qui doute de son métier jusqu’à laisser aux autres le soin de dire ses mots… qui ne sont jamais loin de leurs choses. Commençons simplement par trois lettres, m-i-s, et, contrairement à Patrick Beaudouin, intercalons-les entre « jeunes » et « en difficulté ». Cela change tout.

Dalida…

« Les associations d’aide à la personne en état d’asphyxie financière. Les conseils généraux ne veulent plus financer les déficits d’un secteur marqué par une faible productivité. » C’est dans Le Monde du jeudi 11 février et ça n’étonnera personne. L’ensemble des acteurs du secteur de l’aide à domicile (UNA, ADMR, Croix Rouge, CCAS) a publié en décembre dernier un communiqué : fin 2009, une centaine d’associations étaient au bord du dépôt de bilan et 10 000 emplois d’aides à domicile et d’auxiliaires de vie étaient menacés. Pour 2010, on y est, « le nombre d’associations concernées pourrait atteindre 300 à 400. » Avec le vieillissement de la population et le nombre de personnes éligibles à l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), les conseils généraux voient leurs budgets sociaux exploser et  refusent d’augmenter les heures payées aux associations. Arnaud de Montebourg, député et président du conseil général de Saône-et-Loire en a tiré radicalement les conclusions en augmentant de façon spectaculaire les impôts locaux pour financer les dépenses en faveur des personnes âgées. Il a de toute évidence raison. Mais tous les édiles n’ont pas le courage d’augmenter les impôts, trop soucieux d’assurer leur réélection qu’une mesure considérée comme impopulaire risquerait de compromettre. Pendant ce temps, sont publiés des rapports sur la maltraitance des personnes âgées, sur les conditions de travail des paramédicaux et sur la professionnalisation des salariés des services aux personnes – ceux que André Gorz identifiait comme les emplois de la « néo-domesticité »… « Paroles, paroles, paroles… », chantait l’égérie des gays. Après Ray Ventura, Dalida.

Youppie Georgette !

Toujours à propos des services à la personne, avec un tout petit peu de mémoire, on se souviendra du rayonnant Jean-Louis Borloo annonçant pour ce secteur, croix de feu, croix de fer, si je meurs je vais en enfer, la création de 500 000 emplois. La loi du 26 juillet 2005 avait même explicitement fixé cet objectif. Patatras ! Le dernier rapport annuel de la Cour des Comptes met les pieds dans le plat : « L’objectif de 500 000 emplois en trois ans a été fixé sans étude préalable, à partir de données qui ne résultent pas d’une analyse fiable : toute personne ayant travaillé au moins une fois au cours de l’année, quelle que soit la durée de ses prestations, chez un ou plusieurs employeurs, a été considérée comme occupant un emploi. Soit 75 000 pour 2004. Puis il a été décidé de doubler ce chiffre pour les trois années suivantes (soit 450 000) puis de l’arrondir à 500 000. » Voilà ce que l’on appelle une stratégie bien pesée. Avec, avantage collatéral non négligeable, une nouvelle classification de chômeurs quittant la catégorie A (cf. « Glissement progressif des catégories », dans Quelques considérations sur le chômage, l’emploi, la crise, sur ce blog le 19 février). On va dire que feu le président de la Cour des Comptes était ronchon, ce qui n’est pas faux. Une sorte de Chevènement de droite, pas particulièrement sur le modèle d’un « Youppie Georgette ! » qu’on invite à dîner pour passer une bonne soirée, mais néanmoins républicain. Mais, enfin, il disait les choses, quitte à ce que celles-ci rappellent cette sentence de Francis Scott Fitzgerald qui, contrairement à Ray Ventura et Dalida, ne chantait pas : « On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et cependant être décidé à les changer. »

Maîtres-chanteurs…

Je ne dois décidemment rien comprendre à la macroéconomie. Ne parlons même pas des plans sociaux prévisibles puisque les constructeurs automobiles « s’attendent à une année 2010 difficile » après s’être félicités de la progression fantastique des nouvelles immatriculations dopées par la prime à la casse… C’était sur les ondes hier : des chefs d’État se réunissent pour sauver le soldat Grèce et, derrière lui, le bataillon Espagne, Italie, Irlande, Portugal, etc. Parfait, la moindre des choses est qu’une solidarité s’exprime entre pays européens. Sortie du conciliabule : on soutient mais chut, on ne dit rien de précis, l’important est de « rassurer les marchés » et il ne faut pas dévoiler sa stratégie (sic N.S.). Et d’une, annoncer qu’on ne dit rien n’est sans doute pas la meilleure communication pour rassurer : comme l’avait développé Michel Crozier (qui n’est pas un chanteur) dans L’acteur et le système (qui n’est pas plus une chanson), on crée une « zone d’incertitude » dont on peut imaginer qu’elle est plus génératrice de méfiance que de confiance. Et de deux, qui s’agit-il de cocooner derrière cette appellation « marché » ? Les spéculateurs. Il y a un an, par leur cupidité doublée d’inconséquence et du degré zéro de la conscience, ces mêmes spéculateurs menaient l’économie mondiale au bord du gouffre et sont aujourd’hui responsables de millions d’emplois détruits. Et, à présent, il faut les « rassurer », les caresser dans le sens du poil. il y a un an, les États (nous) les sauvent à coups de milliards de dollars et les mêmes, après avoir saigné entreprises et particuliers, désormais maîtres-chanteurs mordent la main qui les a nourris. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde : le social subordonné par l’économie subordonnée par la finance… Comme, en sus, on marche la tête en bas (ce qui n’est plus le privilège des piou-piou réunionnais), tout cela s’apparente aux cabrioles et contorsions d’un performer de brake danse. .

Régis sur « Dialogue de gestion » : contribution, précisions…

Régis. « Exercice toujours intéressant de s’étalonner… Mais il aurait fallu les données nationales 2008 pour voir si les évolutions internes sont similaires. »

P.L. Ben comment ça ! On ne les a pas dans les missions locales ? Celles de 2008 ?

Régis. « Après, il y l’interprétation. Un exemple : le taux de rotation (rapport entre les premiers accueils et les jeunes suivis) qui est au niveau national de 41.2%. Un taux supérieur peut souligner un meilleur accès à l’emploi (lié lui à un contexte) ou un découragement des jeunes qui abandonnent l’idée d’être accompagnés. »

P.L. Élémentaire, mon cher Watson ! C’est d’ailleurs le travail du passage de données statistiques aux données sociologiques, des signes au sens.

Régis. « Après il y a la relation aux moyens. Un constat quand même: les Missions locales sont attendues sur de plus en plus de domaines (placement et suivi dans l’emploi, service civique, alternance,…), connaissent une forte hausse de leur activité (même taux d’augmentation des premiers accueils que la moyenne parisienne pour notre part) et n’ont pas les dispositifs d’alerte que peut avoir Pôle emploi pour obtenir des moyens supplémentaires. A quand un tableau de bord mensuel des Missions locales pour alerter les pouvoirs publics ? »

P.L. Avant la relation aux moyens, il y a bien – et comme indiqué dans l’article – la pondération des données sur la base des éléments de contexte (bassin d’emploi dépressif ou dynamique, etc.) et de ressources. Pour cela, il faut en amont construire des ratios (toujours pour la comparaison) et, si l’on veut, des indices dont la lecture est facilitée. Prenons un exemple, l’indice de pénétration, soit le nombre de jeunes suivis rapporté au nombre de jeunes DE (moyenne sur les 12 mois). En 2009, on recensait 1 250 000 jeunes suivis et grosso modo 720 000 jeunes DE. On obtient {1 250 000 : 720 000} x 100 = 173,6% (ratio 1) correspondant à l’indice 100. Supposons une mission locale qui intervient sur un territoire où l’on recense 2 700 DE jeunes et qui a 4 300 jeunes en suivi. Re-calcul : {4 300 : 2 700} x 100 = 159,3% (ratio 2). L’indice de cette mission locale sera de {ratio 2 : ratio 1} x 100, soit {159,3 : 173,6} x 100 = 91,8 arrondi à 92. Écart de – 8 points.

On peut, question d’appétence, multiplier les ratios et les indices : de renouvellement (1ers accueils/suivis), de couverture (1ers accueils/DE jeunes), d’accompagnement (« 4 entretiens et + dans l’année »/suivis), etc.

Ces calculs sont assez simples et, toutes choses étant égales par ailleurs, on peut s’exonérer des débats byzantins du type « pourquoi un dénominateur DE jeunes puisque des jeunes non-inscrits à Pôle emploi viennent à la mission locale ? » du fait que cela concerne toutes les structures.

Bien évidemment, ces traitements statistiques ne sont qu’un début (continuons le…), comme le dit Régis, permettant de s’étalonner. Le vrai travail est double : interprétatif et, encore une fois, de pondération des indicateurs de réalisation et de résultat par les indicateurs de contexte et de ressources. L’interprétatif repose sur les structures (« intelligence partagée » et « expertise pratique »). Les règles de pondération, qui ne peuvent être construites qu’à partir des standards nationaux sur la base desquels on définit les valeurs des écarts, devraient être – rapidement : pourquoi faudrait-il attendre le énième dialogue de gestion ? – arrêtées à l’échelle nationale.

Enfin, ce que j’en dis… Il n’est de plus beaux cris que dans le silence.

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