Archives de janvier, 2010

C’est parti pour que ça se répète

Publié: janvier 12, 2010 dans 1

Au énième chapitre « crise » et à la Une du Nouvel Observateur, le 24 décembre 2009, « Comment je vois l’avenir » par Michel Rocard. Tout est bon… sauf que ça doit être interdit de tout reproduire in extenso. Donc des extraits.

« Le Nouvel Observateur. Sommes-nous sortis de la crise ?

Michel Rocard. – Vous plaisantez ! Il va nous falloir encore quelques convulsions pour tirer pleinement les conséquences de ce que nous vivons. Le modèle capitaliste a connu une révolution profonde depuis trente ans. Et c’est cela qui est remis en cause. On ne reviendra pas en arrière. Après la guerre, trois grands stabilisateurs sont mis en place. La Sécurité sociale : un tiers des revenus des ménages (l/5e aux Etats-Unis) passe par les transferts sociaux; dès lors, les crises ne sont plus tragiques, personne ne meurt de faim, Steinbeck n’écrit plus Les Raisins de la colère. Deuxième stabilisateur : l’intervention économique de l’Etat. C’est Keynes. Les gouvernements utilisent leurs pouvoirs monétaires et budgétaires pour corriger des oscillations du système. Enfin, la politique salariale. C’est Henry Ford : «Je paie mes salariés pour qu’ils achètent mes voitures.» La forte distribution de pouvoir d’achat aux ménages soutient leur consommation et alimente leur épargne qui finance l’investissement.

N. O. Et c’est cela qui a été mis à bas au cours des trente dernières années ?

M. Rocard. Le phénomène le plus visible, c’est l’emballement de la sphère financière.  {…} En 1970, quand circule un dollar dans le monde pour les besoins de l’économie réelle, circule aussi un dollar pour les besoins de l’économie financière. Trente ans plus tard, c’est 1 pour 120 ! Une folie intégrale, des marchés virtuels sur lesquels on se met à faire fortune en toute déconnexion de l’économie réelle, quitte à la brutaliser. Les émeutes de la faim en Afrique en 2008 résultent de l’irruption des produits dérivés sur les marchés du blé ou du lait. Dans le même temps, ces produits permettent au système bancaire de ne plus se soucier de la solvabilité des emprunteurs, ce qui gonfle encore les liquidités virtuelles et la bulle spéculative. On prête absolument à tout-va au cri de : tout le monde propriétaire, tout le monde capitaliste, tout le monde boursicoteur et il n’y aura plus de lutte des classes. C’est le discours de Bush fils. {…}

N. O. Pourquoi les économies réelles sont- elles tellement sensibles au choc financier ?

M. Rocard. Parce qu’elles sont anémiées. La montée du chômage commence en 1972, avant le choc pétrolier. C’est un autre aspect de cette révolution du capitalisme. On a cassé le moteur «salaire» de la croissance ! Les actionnaires ont pris le pouvoir. Jusqu’au début des années 1970, le dividende était faible et l’actionnaire le mal traité du système. Mais quand ils ont été représentés par des fonds de pension, d’investissement, d’arbitrage, ils ont exigé une rentabilité beaucoup plus élevée des entreprises. On a externalisé tout un tas de fonctions à base de main-d’oeuvre : les constructeurs automobiles, par exemple, ne sont plus que des assembleurs; ils fabriquent 20% de la valeur ajoutée de ce qu’ils nous vendent contre 70 à 75% il y a vingt-cinq ans. D’où la montée vertigineuse du travail précaire et du chômage. C’est beaucoup de pouvoir d’achat en moins ! Et la source du ralentissement de la croissance, en même temps que d’un malaise social terrifiant. Les proportions entre chômeurs et précaires varient : dans le monde anglo-saxon, plus de précaires, moins de chômeurs; dans le monde continental européen, l’inverse. Peu importe : au total, c’est partout 25% de la population active. Et c’est ça le ralentissement de la croissance.

N. O.Les leçons de cette crise n’ont pas été tirées ?

M. Rocard. – Non. Cela impose de penser les choses autrement. Mais il y en a pour vingt ans. Les nouvelles explosions du détonateur financier vont aggraver le désarroi et le niveau de chômage. Et accentuer le déséquilibre social. D’où un coup de fouet à la réflexion intellectuelle. Au bout de trois ou quatre fois, les opinions auront compris.

N. O. Il faut encore trois ou quatre crises comme ça pour changer de logiciel économique ?

M. Rocard. Je ne le souhaite pas, mais je le crains. L’analyse de la crise n’est pas faite. Pour la partie bancaire et financière, on dit : c’est la faute à la perte de l’éthique, à la disparition de la moralité. C’est très reposant. S’il y a retour à la moralité, il n’y a pas besoin de changer les autres règles, tout se passera très bien.

Or c’est faux. Il faut revenir sur les causes du ralentissement de la croissance. Les friedmaniens avaient dit : déréglementation, baisse des impôts, facilités de crédit pour doper la croissance. On a vu où cela a conduit. La vraie analyse supposerait de condamner les thèses de M. Milton Friedman et des treize autres prix Nobel d’économie de la même école. Or dans tous les pays développés, la sélection des conseillers économiques dans les cabinets, des dirigeants de banque, des donneurs d’avis en matière économique s’est faite sur le politiquement correct par rapport à cette doctrine. {…}

On continue de baratiner le peuple : votez capitaliste, vous pourrez faire fortune en boursicotant. L’opinion publique européenne est ralliée à ce paradigme : on l’a vu aux dernières élections européennes. Cela va donc continuer. Et comme la sphère financière se reconstitue comme avant la crise – explosivité comprise -, c’est parti pour que ça se répète.

N. O. L’irruption de la question environnementale au milieu du débat de la croissance est-elle un facteur accélérateur de la mutation ou une difficulté supplémentaire ?

M. Rocard. C’est une coïncidence historique aggravante. Et un des sous-produits des excès de la croissance non maîtrisés. On aurait dû s’en occuper plus tôt si l’idée de maîtriser et de réguler était restée dans les têtes. En même temps, cela interdit d’espérer sortir de la crise par le retour à l’ancienne croissance. {…}

La social-démocratie, c’est d’abord une méthodologie de l’action politique dans laquelle la limitation des inégalités est l’entrée éthique dans l’organisation sociale. Le marché, mais sous surveillance. Et cela vaut pour l’environnement. La sortie de crise est nécessairement sociale-démocrate.

N. O. Cette vision de la crise du modèle capitaliste vous incite au pessimisme ?

M. Rocard. Pas du tout. C’est une aventure absolument prodigieuse sur le plan intellectuel, comme nous n’en avons pas connue depuis la Libération. C’est bon de se dire que ce que l’on pensait il y a cinquante ans, ce n’était pas si stupide. D’être à nouveau porteurs. Quand je vois que des types qui ne sont pas des imbéciles – Obama, Sarkozy – puisent dans notre boîte à idées, cela me rassure. Le rapport sur les instruments de mesure de notre économie demandé à Fitoussi, Stiglitz et Sen, ce n’est pas rien, c’est une grande affaire, et c’est un enfant de la crise. Mais nous mettrons deux ou trois décennies pour sortir de cette crise. Et le théâtre des opérations, c’est d’abord le champ de bataille intellectuel. »

Illusion…

P.L. Autre chose, extrait de mon aussi hebdomadaire que palpimède préféré, ce petit article en page 7…

« Encore un exploit signé Jean-Pierre Pernaud, qui, le 9 décembre dernier, dans son treize heures, a proposé un joli sujet autopromotionnel sur « La semaine de l’emploi » organisé par TF1 et Pôle emploi : « 50 000 postes proposés sur le site de TF1 {…}, 537 personnes ont déjà trouvé un travail grâce à l’opération de TF1. » a fanfaronné Pernault, avant de lancer un reportage sur l’un de ces chômeurs chanceux, Laurent, filmé tout joyeux avec son « contrat à durée indéterminée » en poche dans les locaux d’une boîte Internet, dans les Yvelines. « Après avoir répondu à une offre de la semaine pour l’emploi sur TF1, il a été embauché en moins de 24 heures ! », vantait le reportage…

En réalité, Laurent n’avait pas commencé à bosser, mais il a dû faire tout comme et simuler une signature de contrat devant les caméras, on l’a fait installer à un bureau qui n’était pas le sien pour les besoins du reportage et, six jours plus tard, le même a été viré sèchement, sans explication, pendant sa période d’essai. Bien sûr, la Une n’est pas revenue filmer son retour à la case chômage.

La semaine de l’emploi sur TF1, c’est plutôt l’emploi d’une semaine ! »

Il faudrait concevoir, à la manière de nos cousins québécois, des stages de prévention des conduites addictives à TF1. Une expérimentation Hirsch ?

Ignorance…

Dans toujours ce même hebdomadaire incontournable, sous le titre « Ces patrons qui ne misent pas sur leurs propres boîtes », on apprend que les dits patrons du CAC 40 revendent fissa leurs stock options… ce qui permet d’apprécier leur « confiance » dans l’optimisme boursier. En une journée, ces gens (aux allures très honorables) empochent des plus-values de 695 millions d’euros (à lui tout seul, Jean-René Fourtou, président de Vivendi).  A la « psychomorphosociologie de piou-piou », il me semble qu’on a oublié la naïveté. Ou l’ignorance. Les deux sont-elles excusables ?

Livret de compétences

Publié: janvier 11, 2010 dans 1

Dans le cadre du fonds d’expérimentation pour la jeunesse, après une troisième vague très intéressante (deux axes – « engagement des jeunes », « diversification des choix d’orientation scolaire et professionnelle des jeunes filles » – et quatre programmes… attention réponses au plus tard pour le 17 février !), le haut-commissariat à la jeunesse, va lancer un nouvel  appel à projet (toujours sur le site http://www.lagenerationactive.fr), cette fois réservé aux établissements scolaires. Cependant son contenu devrait intéresser les missions locales qui se fixent comme objectif de développer le portefeuille de compétences pour les jeunes. Ci-dessous un extrait du texte que l’on peut lire intégralement sur http://www.education.gouv.fr/cid50137/mene0901112c.html

Expérimentation d’un livret de compétences en application de l’article 11 de la loi n° 2009-1437 du 24-11-2009 relative à l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie (circulaire n° 2009-192 du 28-12-2009)

« Le Président de la République a exprimé, lors de son discours pour la jeunesse du 29 septembre 2009, son souhait de voir les jeunes disposer d’un livret de compétences qui valorisera leurs compétences, leurs acquis dans le champ de l’éducation formelle et informelle ainsi que leurs potentialités, leurs engagements, et qui les aidera ainsi à mieux réussir leur orientation.

L’article 11 de la loi relative à l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie prévoit l’expérimentation d’un tel livret de compétences pour les élèves du premier et du second degré dans les établissements d’enseignement volontaires. Cette expérimentation est conduite sous la forme d’un appel à projets organisé par le haut-commissariat à la jeunesse, en lien avec les autorités académiques. »

« I – Le livret de compétences expérimental.

Le livret de compétences expérimental est au service du jeune, élève ou apprenti, de l’établissement expérimentateur. Il lui permet de valoriser ses acquis, de mieux s’auto-évaluer, et de conduire une réflexion plus éclairée sur ses choix possibles d’orientation. L’implication personnelle du jeune et celle de sa famille, sont ainsi prépondérantes pour l’efficacité de la démarche et de l’outil.

Le livret de compétences expérimental doit permettre au jeune :

– d’enregistrer l’ensemble des compétences acquises dans le cadre de l’éducation formelle : toutes les connaissances, capacités et attitudes acquises durant les enseignements, au-delà des acquis disciplinaires ou durant les activités éducatives organisées dans le cadre scolaire, ainsi que les expériences d’ouverture européenne et internationale et de mobilité, individuelle ou collective, réalisations, participations et engagements que le jeune aura pu mener dans ce cadre ;

– d’enregistrer l’ensemble des compétences acquises hors du cadre scolaire : les connaissances, capacités et attitudes acquises dans le cadre associatif ou privé, notamment familial, ainsi que les réalisations, participations et engagements que le jeune aura pu y conduire.

– de retracer les expériences de découverte du monde professionnel et de découverte des voies de formation, de recueillir les éléments qui concourent à la connaissance de soi et alimentent la réflexion du jeune sur son orientation. Il est renseigné par le jeune lui-même, avec l’appui de l’équipe éducative ou de l’adulte référent de l’organisme associé à l’expérimentation (cf. III/ Élaboration du projet par les établissements ). La démarche doit contribuer au développement de l’autonomie du jeune et en faire un acteur de son orientation. Le livret doit ainsi être le support d’une orientation positive pour les jeunes et pourra être utilisé lors des phases d’orientation.

L’attention est attirée sur la nécessité de garantir que le livret puisse valoriser les parcours de tous les jeunes y compris ceux qui ne sont pas en situation de développer des activités hors du cadre de l’éducation formelle afin de favoriser l’égalité des chances dans les procédures d’orientation et dans la construction du parcours de formation et d’insertion du jeune.

Ce livret expérimental s’articule avec les outils existants et les complète :

– le livret personnel de compétences, instrument de validation des acquis du socle commun de connaissances et de compétences que tout élève doit maîtriser à la fin de sa scolarité obligatoire dont l’évaluation est réalisée par les enseignants ;

– le passeport orientation-formation mis en place dès la 5ème dans le cadre du parcours de découverte des métiers et des formations pour aider l’élève à élaborer sa propre démarche d’orientation, de formation et d’insertion ;

– le livret scolaire du lycée destiné au jury du baccalauréat.

Le livret expérimental doit favoriser la convergence de démarches et outils aujourd’hui distincts.

Dans cet esprit, au sein des établissements expérimentateurs, le livret de compétences tiendra lieu de passeport orientation-formation de l’élève tel que prévu dans le cadre du parcours de découverte des métiers et des formations, et pourra prendre appui sur les outils numériques déjà développés, notamment le web-classeur élaboré par l’Onisep. Il intégrera le contenu du livret personnel de compétences du socle.

À son entrée dans la vie active, le jeune pourra intégrer les éléments du livret qu’il aura sélectionnés dans le passeport orientation et formation qui l’accompagnera tout au long de son parcours professionnel (article 12 de la loi n° 2009-1437 du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie). »

« 2. Les composantes du livret.

Le livret de compétences recense :

– les compétences, qu’elles soient acquises dans le cadre du système de formation initiale, au-delà des acquis disciplinaires, ou hors de ce cadre : durant les enseignements, durant les activités éducatives, durant les activités menées dans le cadre associatif ou privé, dans le milieu professionnel ;

– les réalisations, participations et engagements des jeunes ;

– les expériences de découverte du monde professionnel et de découverte des voies de formation, dans le cadre notamment du parcours de découverte des métiers et des formations, ainsi que les éléments qui concourent à la connaissance de soi et alimentent la réflexion de l’élève sur son orientation. {…}

L’expérimentation vise l’identification des nouvelles compétences et acquis à valoriser. Il s’agit des compétences, connaissances, capacités ou attitudes des jeunes acquises hors apprentissages scolaires, dans le cadre familial, associatif, personnel et collectif, autres que celles référencées au titre des programmes officiels et des référentiels de la formation professionnelle.

Le repérage des compétences, des activités, des réalisations et des engagements pourra s’exercer, par exemple, dans les champs suivants :

– la vie scolaire (en particulier délégués des élèves, participation à des instances de concertation, conseil de vie lycéenne, aux coopératives scolaires, etc.) ;

– les activités proposées dans le cadre des actions éducatives organisées par les établissements ou par leurs partenaires ;

– la vie sociale (activités associatives, bénévolat, voyages et activités interculturelles, réalisations courantes de démarches ou d’aide aux personnes, participation à la vie de quartier, etc.) ;

– les responsabilités exercées dans le cadre de la famille (aide aux personnes, relations avec les administrations, etc.) ou des compétences qui y sont pratiquées (langues natives, relations avec l’étranger, etc.) ;

– la prise d’initiatives et la conduite de projet en vraie grandeur ;

– les pratiques artistiques, culturelles, linguistiques et sportives, les expériences de mobilité, individuelle ou collective, en Europe et hors d’Europe (échanges, partenariats, voyages, stages ou études à l’étranger) ; à ce titre, on pourra se référer au portfolio européen Europass ou s’en inspirer ;

– les contacts avec le monde professionnel et économique, en complément ou dans le cadre des activités du parcours de découverte des métiers et des formations (relations avec des professionnels, découverte des métiers dans son environnement, jobs d’été, activités rémunérées ou non, aide familial, etc.).

Les éléments qui figurent dans le livret ne pourront être définis de manière exhaustive a priori et le recensement des compétences du jeune ne pourra être que l’aboutissement d’un processus qui restera ouvert afin que le jeune puisse, s’il le souhaite, poursuivre la démarche au-delà de sa formation initiale. »

P.L. Des idées à piocher, me semble-t-il.… car d’une part, là aussi, il y a comme on dit des « marges de progrès » pour les missions locales et, d’autre part, celles qui ont choisi d’inclure dans leur projet associatif de structure l’objectif de développer un tel outil (j’en connais au moins deux…) pourront s’appuyer sur ces expérimentations pour les adapter à des jeunes non scolarisés.

A suivre donc…

Bonus : alors que le premier rapport d’évaluation du RSA vient d’être rendu public (1), ce nouveau dessin d’Éric Appéré tombe à pic.

(1) http://www.rsa.gouv.fr/IMG/pdf/RSA_rapport_interimaire_09.pdf

Voeux

Publié: janvier 7, 2010 dans 1

Il faut croire que les fêtes ne reposent pas toujours. Bref, un peu fatigué et/ou un peu en panne d’inspiration et/ou d’énergie, alors que la seconde partie de la dernière contribution est là, sous mes yeux, enfin sur l’écran. Aucune excuse donc mais on verra plus tard. Demain, un autre jour, etc.

Piou-piou et cui-cui, le retour.

Le bonheur ! Une contribution de piou-piou 44. Une contribution ? Non ! De la recherche appliquée… sur un sujet grave, le signifié de piou-piou, vaste champ d’investigation (1). Je lui laisse, bien volontiers, la parole.

Piou-piou 44 :

« Bonne année à toutes et tous les piou-piou de la terre et d’ailleurs {PL : « d’ailleurs » ?}.

Je cherchais l’occasion depuis quelque temps d’intervenir sur le sujet qui nous préoccupe tous – enfin presque – , c’est-à-dire les pioupiou.

J’ai lu avec délectation le début d’analyse morpho-psycho-socio-duvetologique de Philippe Labbé. Je l’ai partagé avec mes collègues aussi.

Mais, depuis, un doute m’habite ou m’assaille sur l’origine de cette appellation. Le hasard de mes lectures m’a amené à découvrir un auteur du 19e : Alphonse Allais – La Barbe et autres contes (découvert dans les allées d’une bourse aux livres d’Amnesty). Au détour d’une phrase qualifiant une personne, j’ai découvert l’adjectif « pioupioutesque » et mon doute a grandi. En ce temps-là, les pioupiou que nous sommes n’existaient pas : alors de qui parle-t-on ?

Je suis donc parti à la recherche de l’origine des pioupiou. J’ai commencé par le Littré : « PIOUPIOU [piou-piou] s. m. Terme populaire. Soldat du centre, dans l’infanterie. »

Certains, qui ont l’esprit mal placé, vont s’offusquer de suite, je les rassure : « s.m. » ne veut pas dire ce que vous croyez mais « substantif masculin ».

Soldat, oui,je vois, mais soldat du centre, je ne vois pas trop. J’ai continué mes recherches sur internet : d’abord wiktionary. « Étymologie : (XVII e siècle) Onomatopée du cri des jeunes poussins (→ voir piou et piaf) avec redoublement. (XIX e siècle) Avec le sens de « jeune soldat ». Nom commun masculin. Singulier : pioupiou /pju.pju/  Pluriel : pioupious /pju.pju/. 1. Cri des poussins (« Le pioupiou des poussins autour de leur mère-poule attentive. »). 2. Jeune soldat, bleu, troufion (« Je le voyais sur des photographies, déguisé en pierrot, en garçon de café, en pioupiou. » Simone de Beauvoir, Mémoire d’une jeune fille rangée, 1958, p.28). »

On retrouve le soldat. Philippe nous aurait trompé, nous ne serions pas un oiseau duveteux mais, en fait, des troufions. Continuons sur internet : sur le dictionnaire des excentricités entre « pioncer » et « pipe (casser sa) » : « PIOU,  PIOUPIOU : Soldat du centre. Corruption du vieux mot « pion »: fantassin. (v. Roquefort ; « Militairement parlant, le pioupiou, comme l’euphonie de ce nom semble l’indiquer, est au « jean-jean » et au « tourlourou » ce que musicalement parlant le demi-ton est à deux tons naturels qui se suivent dans l’ordre de la gamme. » ; M. Saint-Hilaire, 1841 : « Hier, la cuisinière de mon propriétaire a fait tourner son lait et la tête d’un pioupiou. »).

En fait nous sommes des pions (cela m’arrive très souvent de me sentir un pion quand on me parle des objectifs de la CPO…) ou des fantassins (je me sens souvent comme un fantassin désarmé). Notre ennemi : le marché du travail que nous devons combattre avec les jeunes ou plutôt ses portes qui restent fermées à un trop grand nombre. Nous essayons vainement de les enfoncer à coup de CIVIS, CUICUI – désolé, mais c’;est le surnom du CUI, tout trouvé pour les pioupiou que nous sommes – CAE Passerelle …).

Bon, trêve de plaisanterie, je me demande aujourd’hui pourquoi Philippe nous a caché cette origine soldatesque qui a dû influencer notre inconscient collectif.

Alors, pioupiou de tous les pays, êtes-vous prêts à vous unir pour démolir les portes blindées de ce marché ?

Et encore merci à Monsieur Pierre TAPIE de nous expliquer pourquoi on ne doit pas intégrer trop de jeunes boursiers dans les grandes écoles : http://www.liberation.fr/societe/0101612083-la-tradition-meritocratique-n-est-pas-une-tradition-de-quotas »

PL. Que dire, que faire devant tant d’érudition sinon s’incliner et, toute honte bue, revêtir une robe de bure, se couvrir la tête de cendres et tenter, poitrine nue et pieds déchaussés, enchaîné, d’implorer la compassion, le pardon, l’absolution, en plaidant l’ignorance contre la malignité ? Peut-être aussi promettre une introspection psychothérapeutique pour résoudre enfin – à 57 ans ! – une relation « difficile », c’est le moins, avec la Grande Muette. Peut-être, aussi et enfin, rappeler que le champ théorique ici sollicité dans les multiples analyses, la systémie et plus encore la théorie de la complexité, laisse la place, une large place, à l’incertitude – « une chance à saisir » selon Edgar Morin – et que, quoique piou-piou, fantassin (-ssin-ssin) ou pion (-pion), chacun, d’où il est, est en mesure de déplacer les montagnes comme Yu Kong ? A condition, me semble-t-il, que la bifurcation qu’un seul permet soit amplifiée par la coopération. Faire que le tout soit supérieur à la somme des parties, produire des effets émergents…

Parlant d’Edgar Morin, pour celles et ceux qui redouteraient une difficulté, une aridité, je recommande son dernier ouvrage, Edwidge, l’inséparable (2009, Arthème Fayard, 19 €). C’est beau, tendre. Ce sont les mots d’un homme pour celle avec qui il a vécu et qui est décédée il y a presque deux ans : « Quand, au matin du 29 février 2008, je l’ai découverte morte, son dernier visage tout penché sur le cou était celui d’une petite fille… (Mais quand je l’ai fait habiller et parer dans son cercueil, elle était une belle petite dame.) » (p. 25).

Ah oui, les vœux ! Pour 2010 et pour chacun, faisons simple : tout ce que vous souhaitez. Mais, toujours pour 2010 et la suite, cette fois pour tous, question d’opinion : que l’on dessille les yeux. A ce propos, pour les piou-piou de la Galaxie Gutenberg une autre lecture recommandée et, pour les piou-piou de la Galaxie Google, une vidéo.

Lecteurs : Regards sur la crise (2009, Hermann, 14,8 €), avec les contributions de dix-huit intellectuels invités par France Culture à porter un regard sur ce qui, contrairement à ce qui est véhiculé, n’est pas derrière nous… il suffit d’observer que le monopoly financier des banques reprend de plus belle. J’aurai l’occasion de revenir sur certains de ces textes. Ca se lit assez facilement, chaque contribution faisant moins de dix pages et le tout pouvant être picoré au gré des humeurs : on peut, par exemple, sauter Alain Finkielkraut qui s’enferme dans la réaction (« Pour une décence commune », pp. 75-84) et déguster Miguel Benasayag (« Re-territorialiser », pp. 23-32). Enfin, chacun fait comme il veut.

Visionneurs : on a parlé de Copenhague, de l’article de Corinne Lepage… On peut y revenir et, cela dure moins d’une heure, regarder et écouter Hugo Chavez. C’est « du » politique. C’est aux antipodes de « la » politique, celle qui, exprimée par le sens commun et appuyée de haussements d’épaule, avance que « Le pouvoir d’achat a progressé en 2009, c’est sérieux, c’est les statistiques qui le disent ». Les mêmes statistiques qui, selon Pierre Bourdieu, sont « la science de l’erreur ». Même si le président vénézuélien n’est pas à l’abri de critiques, depuis la modification de la Constitution pour qu’il puisse se présenter au suffrage autant de fois qu’il le désirera jusqu’à son soutien à l’élection truquée d’Ahmadinejad, c’est à  ne pas rater : 1ère partie : http://www.dailymotion.com/video/xbjtod_hugo-chavez-a-copenhague-12-vostfr_webcam; 2ème partie : http://www.dailymotion.com/video/xbjtod_hugo-chavez-a-copenhague-12-vostfr_webcam.

Bizarre, ça n’est pas passé sur TF1.

Pour conclure, un autre dessin d’Éric Appéré. Cet homme n’arrête pas.

Bonne année.

(1) Sur ce blog, « Psychosmorphosociologie du piou-piou » 1 et 2, les 6 et 9 décembre 2009.