Archives de décembre, 2009

Bonne pratique : le Botox

Publié: décembre 12, 2009 dans 1

C’est dans Capital. C’est signé de Philippe Eliakim et c’est daté du 11 décembre 2009. Et ça s’appelle « Une nouvelle arme antichômage : le Botox pour tous ». Le Botox, comme chacun le sait, est le nom commercial de la toxine botulinique produite par le laboratoire Allergan, produit anti-rides que l’on injecte partout où l’on souhaite que d’avenantes collines se substituent aux mornes plaines. Je cite.

« Regardons les choses en face : si les chômeurs ne trouvent pas de job, ce n’est pas parce que la crise a laminé l’emploi, que les fils de présidents de la République trustent toutes les bonnes places ou qu’ils s’appellent ­Mohamed (on parle des chômeurs). C’est juste qu’ils sont laids. Il suffit de remonter la queue de n’importe quelle agence de Pôle emploi pour en avoir un haut-le-cœur, rien que des tronches à faire demi-tour, nom de Dieu ! et les nanas c’est pire encore, la paupière pendante, la silhouette en lessiveuse et des canyons autour des lèvres à effrayer un alpiniste. Et ça se permet de répondre aux petites annonces ! Et ça ose solliciter des entretiens d’embauche avec les DRH ! Tsss…

Or qu’ont fait jusqu’à présent les autorités pour tenter de remettre ces pauvres bougres au boulot ? Des stages de formation, les gars. Plutôt que de leur payer un peigne et un miroir, ils ont financé à coups de millions des bilans de compétences inutiles, des contrats de qualification à côté de la plaque et des plans de redynamisation de l’espace en milieu rural. Pas étonnant que l’affaire ait marché autant qu’un aspirateur débranché.

Il est temps de devenir sérieux. Pour remettre le pied à l’étrier à ces chevaux de retour, il faut… les relooker, voilà tout. Leur ­redonner à tous ­l’aspect lisse et propret des VRP de L’Oréal, car ils le ­valent bien, même s’ils ne sont que des ­chômeurs.

Comme d’habitude, ce sont les Américains qui l’ont compris les premiers (les Américains comprennent toujours les premiers). L’expérience inaugurale a eu lieu il y a quelques ­semaines dans une clinique de Virginie, sous l’œil attentif d’une noria de journalistes. Certes, la situation de l’emploi dans cet Etat du sud des Etats-Unis est tellement épouvantable que les résultats ne paraissent pas encore tout à fait probants, mais ils sont encourageants. Les cinquante demandeurs d’emploi à qui l’on a injecté gratuitement (mais pas de force) une seringue entière de Botox dans le front et les pommettes ont presque tous décroché un premier entretien chez les livreurs de pizzas ­locaux. Et quelques-uns ont même réussi à se faire embaucher comme clowns dans des banques new-yorkaises.
C’est beau l’Amérique. »

Mais, bon dieu, mais c’est bien sûr ! On n’y avait pas pensé… Compulsant à toute allure les classiques (rapport Schwartz, Charte de 1990, Protocoles 2000 et 2005, CPO…), la conclusion est nette, sans appel : rien ne s’oppose à l’usage du Botox dans un parcours d’insertion, a fortiori puisque l’approche globale autorise une conception extensive et que, somme toute, les injections pourraient parfaitement s’intégrer dans des ateliers collectifs « image de soi » ou « re-looking ». Il reste cependant à vérifier, à partir du ROME « mannequinat », si le secteur est en tension et offre de séduisantes perspectives d’accès à l’emploi durable, du moins le temps d’une jeunesse qui, pour être artificielle, n’en serait pas moins séduisante. Sur http://www.mannequinat.net/, on peut lire « Le métier de mannequin est à la portée de tout le monde car il offre plusieurs perspectives de carrière du simple mannequin de main au mannequin de haute couture. Il n’existe pas de formation les écoles ne vous feront qu’apprendre les techniques de base du mannequinat. » On en conclura que le niveau n’étant pas un obstacle, cette stratégie peut être envisagée pour des publics infra V. Le métissage étant généralement un atout pour les atours, un ciblage des jeunes au bas des tours dans les quartiers ZUS, généralement moins monocolores, pourrait au titre d’une politique de diversité être appréciée des financeurs et apporterait sa pierre à l’édifice du sauvetage du Plan Banlieue. En termes de congruence, notons que l’injection de Botox résonnerait harmonieusement avec une réaction probable des jeunes usagers qui ne manqueraient pas de soupirer « ça me gonfle ». Souvent interprétée comme un indicateur d’adhésion insuffisante au projet d’insertion, cette expression signifierait à l’inverse leur implication et, comme telle, ouvrirait des droits aux aides conditionnées par une démarche active. Seul problème, décelé grâce à l’ami wikipedia,  « la toxine botulique est utilisée en injections locales à faible dose pour provoquer des paralysies musculaires ciblées (muscles du front par exemple) afin d’atténuer temporairement les rides (pendant 5 à 6 mois). » Il conviendrait donc, sur la base d’un accompagnement dans l’emploi, d’anticiper sur l’écroulement aussi prévisible que brutal passé le premier semestre.

Une fois de plus, démonstration est faite que le travail d’insertion est long…

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Voulons-nous être heureux ?

Publié: décembre 11, 2009 dans 1

La question des primes de fin d’année agite certaines missions locales comme le révèle cet article du Journal de l’Ile de la Réunion du vendredi 11 décembre.

Sans pouvoir apprécier tous les tenants et aboutissants dont, en particulier, les possibilités financières de cette mission locale et, de façon générale, celles de toutes les structures où se pose ce problème, force est de constater que la revendication salariale correspond à la reconnaissance du travail réalisé. On peut, bien entendu, reconnaître effort et qualité de cet effort de multiples façons (formation, culture d’entreprise, etc.) mais, qu’on le veuille ou non, le statut de salarié se fonde d’abord sur une transaction : d’un côté la force de travail, de l’autre la rémunération. Deux points doivent être notés.

Caddie…

D’une part et contextuellement, le niveau de rémunération dans les DOM, sur la base d’une convention collective nationale, pose un problème d’équité : la vie y est plus chère – on se souvient des mouvements sociaux, plus particulièrement accentués aux Antilles – et les professionnels de mission locale côtoient des « partenaires » qui, dès lors qu’ils travaillent dans la fonction publique (d’Etat, territoriale), bénéficient d’une majoration salariale : en application de la loi du 3 avril 1950, le traitement servi aux fonctionnaires en poste dans les départements d’outre-mer (qu’ils soient affectés depuis la métropole ou résidents permanents de la collectivité) est affecté d’un coefficient multiplicateur qui est fixé à 40  % en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, atteint 53  % à la Réunion. Ce coefficient est servi sans limitation de durée et s’applique également aux agents titulaires des fonctions publiques locales (1).  On imagine que, poussant le même caddie au Super U, le conseiller de mission locale et celui de Pôle emploi ne peuvent le remplir de la même façon. Ce qui, accessoirement, constitue un facteur d’instabilité pour une mission locale, les conseillers de cette dernière, ici Saint-Pierre, étant tentés de rejoindre le voisin… Saint-Pôle… La continuité territoriale, l’égalité de traitement pondérée par l’équité, toutes choses constitutives de la mission de service public, sont donc contrariées et contredites par la – pourtant bonne – garantie que représente une CCN, le choix managérial ne pouvant dans la mesure où il est par définition variable compenser une inégalité de fait : droits prescrits, droits effectifs…

Selon une autre perspective, bien plus « macro », on doit constater que le social est considéré comme une dépense et non comme un investissement… même si la « stratégie de Lisbonne » n’est pas avare d’une « économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale » et s’il est commun de parler de la jeunesse comme « ressource ». Ici se pose un second problème : politique, sociologique, économique. On l’a dit, le salaire net médian a très peu augmenté depuis cinq ans, moins de 2%, et a même diminué de 3,5% pour les jeunes alors que synchroniquement les écarts se sont creusés entre petits et gros revenus, le rendement du capital étant supérieur à celui du travail. Formulé différemment, plus on dispose d’argent, plus on en gagne… l’inverse étant vrai. Si le thème de la « cohésion sociale » est de tous les discours, dans les bouches de toutes les élites, celles et ceux qui, en front-line, en sont les garants ne bénéficient guère d’une traduction pécuniaire de cette « priorité ».

La solution, de toute évidence, n’est pas dans les mains des directions de mission locale, ni même à l’échelle de la branche professionnelle qui pourrait sans doute décider d’une revalorisation salariale… qui ne serait supportable à l’échelle des structures qu’à la condition de licencier, ce qui augmenterait la charge de travail. Cercle vicieux, mouvement entropique. Or, dans le même temps, les collectivités territoriales rencontrent des difficultés financières majeures les conduisant à réduire leurs subventions. C’est en particulier le cas des Départements et, aujourd’hui, bien des menaces planent, voire sont effectives. Aux premières semaines de la « crise », plusieurs penseurs – bien plus éclairés que ceux qui, nègres, rédigent les tribunes des grands qui les signent sans pudeur – ont posé la question d’un changement de paradigme, c’est-à-dire de la nécessité, finalement favorisée par cet événement, de repenser radicalement (en allant à la racine) le modèle social et économique. D’une contrainte, faisons un atout, était le pari de ces utopistes très… réalistes. De l’autre côté, la mobilisation s’est organisée en pare-feu : on pouvait « moraliser le capitalisme » ! Et ces forces de résistance des intérêts strictement privés mais cependant promus par les représentants de l’intérêt général ont – aussi manifestement que provisoirement – gagné : la machine recommence à tourner comme si de rien n’était, croissance, spéculation, financiarisation, bonus, etc.

Il ne reste que deux alternatives.

La première est d’attendre les lendemains qui déchantent, dès 2010, après les élections régionales. Les prévisions sont aussi connues que sombres. Un récent article du Monde (4 décembre 2009) titrait « Pouvoir d’achat : la crise est devant nous. Inflation et fin des mesures d’aide : le coup de frein sera brutal en 2010 ». On pouvait y lire, par exemple « Des classes moyennes sous pression. Le ralentissement attendu du pouvoir d’achat sera plus ou moins marqué selon les ménages. {…} Après avoir payé les dépenses contraintes (logement, eau, gaz, etc.) et ces dépenses incontournables que sont les frais d’alimentation, de transport, de santé et d’éducation, il reste moins de 300 euros à une personne qui gagne 1500 euros par mois pour ses loisirs, pour ses vacances, pour s’habiller ou équiper son foyer. »

La seconde est l’engagement individuel et collectif. Il appartient bien sûr à chacun de choisir les modalités de cet engagement mais l’essentiel est qu’il concourt à remettre la société dans le bon sens, c’est-à-dire pour reprendre les termes de Patrick Viveret, « Reconsidérer la richesse » (2). Que l’on vive dans l’hémisphère nord ou dans l’hémisphère sud. Dans les deux cas, on marche la tête en bas et, dans cette inversion, le social – être heureux – est piétiné par des slogans meurtriers – « travailler plus… » plutôt que partager. La démocratie est bien mise en péril par l’économie. (3) On change parce que l’on est convaincu, parce qu’on y a intérêt ou parce que l’on est contraint. On est contraint. On y a intérêt. La conviction est du registre de l’éthique personnelle : appartenir ou non à la communauté humaine. La question est « Voulons-nous être heureux ? » Mais il est vrai que, plutôt que d’un choix-nécessité éthique, on pourrait en arriver – plus que probablement – à une conflictualité incontrôlable car, d’un côté, évidemment celui des piou-piou, le choix devrait être éthique et que, d’un autre côté et puisqu’il s’agissait à l’origine d’un problème  relativement mineur de prime, l’exemplarité est pour le moins problématique. Ainsi Le Parisien du 9 décembre rapportait un cocktail ce lundi à l’hôtel Bristol (« pas n’importe quelle gargote » selon le député Eckert) où étaient conviés les généreux donateurs… de l’UMP. Et où Nicolas Sarkozy s’engagea à ne « jamais » revenir sur le bouclier fiscal (Le Monde, 11 décembre 2009) dont on imagine sans risque que les coktaileurs constituaient le gros des troupes. Rappelons que le coût de ce bouclier fiscal : 458 millions d’euros en 2008. Soit 41 000 euros par piou-piou de mission locale et par an. A multiplier par le nombre d’années séparant 2008 à « jamais ». Pour une fois, du pérenne!

Au bout du compte, « La prime de la discorde » est loin de n’être qu’un fait divers austral. Mais il est plus que probable que sa signification qui dépasse – et de loin – le périmètre saint-pierrois sera traduite en discours de Cassandre. Le temps que l’illusion se dissipe. Hélas.

On ne finira pas sur ceci mais, rétroaction oblige dans la complexité, par une contribution d’un piou-piou… précisément de la mission locale point de départ :

« Le piou-piou missionem locus australis…

Différent du vulgaris parce qu’il marche la tête en bas, il est pourtant son égal au regard de sa branche. Possédé par une même culture commune, obsédé par l’approche globale et animé par les valeurs du service public, ce piou-piou là présente des caractéristiques propres. Il paye ses yaourts très chers  et paye ses impôts moins chers. Il vit et travaille dans des zones où le chômage des jeunes dépasse les 50 %. Il est riche de pleins de degrés celsius et pauvre de solutions d’insertion. Il vit dans une île à fort développement durable et marche aussi à l’énergie « salaire ». Il vit très serré à 800 000 sur 2500 km2, est-ce pour cela que son taux de natalité est très élevé ? Le piou-piou australis voit tous les ans 10 000 jeunes sortir du système scolaire et 3 000 trouver  un emploi. Quoi ? Il en manque 7 000 ? Ce piou-piou mange des letchis en décembre, boit du rhum et fête noël sous les flamboyants. Il débraye, grève, se syndique, parfois gagne, parfois perd. Il rêve souvent de prendre le gros avion pour aller voir les vulgaris. Il est différent l’australis, mais tellement pareil finalement. Heureux et malheureux, riche et pauvre, il est dans le réseau. »

Sympa, non ?

Concernant la vie chère pour les conseillers de la MLS et les autres, une contribution de Michel Abhervé…

Michel. « Sur le décalage entre salaires du public et du privé outre mer, j’avais écrit, en février 2009, un article intitulé « La vie est chère outre-mer, surtout pour les pauvres ! »

Je me permets d’en citer un extrait :

« Pour compenser cette cherté de la vie, les fonctionnaires touchent une « prime de vie chère », au montant significatif : par rapport au salaire, cette prime est de 40 % aux Antilles et en Guyane, 53 % à la Réunion. En effet, dans cette île, le taux a été majoré d’un coefficient de 1,138 pour tenir compte du risque de dévaluation du franc CFA, utilisé jusqu’en 1975. Depuis 34 ans le franc CFA n’est  plus utilisé mais le coefficient a perduré ! Car ce n’est pas la mesure du décalage du coût de la vie qui détermine le montant de cette prime, mais simplement l’histoire.

L’histoire de cette prime est intéressante : créée par la loi du 3 avril 1950, quand le niveau local d’instruction était très faible, cette prime visait à inciter des fonctionnaires métropolitains à solliciter des postes outre-mer, à l’époque où il fallait plusieurs semaines de voyage en bateau pour se rendre à son poste.

Depuis le contexte a radicalement changé et la très grande majorité des fonctionnaires en fonction outre-mer est constituée par des habitants de ces territoires, bénéficiant du développement de l’enseignement.

Mais la prime, également payée aux fonctionnaires territoriaux (du moins les titulaires), perdure et occasionne un décalage sans commune mesure avec celui qui peut exister en métropole entre emplois publics et emplois privés.

Elle induit, incontestablement, une augmentation du coût de la vie, en particulier pour ce qui concerne le logement.

Philippe a raison de mettre l’accent sur cette particularité qui décale complètement le niveau comparé des salaires par rapport à ce que nous connaissons en métropole. »

P.L. C’est dit. Enfin presque : une convention collective ne peut-elle, au titre de l’équité, prévoir un « rattrapage » ? Je laisse le soin aux experts – Michel, Jean-Philippe et les autres – le soin de répondre.

(1) Extraits de la loi de finance 2003, « Salaires des fonctionnaires dans les dom-tom ».

(2) Reconsidérer la richesse. Propositions pour l’Economie Solidaire, rapport Viveret, 2000, téléchargeable http://adonnart.free.fr/doc/viveret.pdf

(3) (sous la direction de) Marc Humbert et Alain Caillé, La démocratie au péril de l’économie, 2006, Presses Universitaires de Rennes.

Suite et fin du parcours épistémologique et heuristique du piou-piou missionem locus vulgaris. Après l’éthologie, le signifié psychologique du piou-piou qui, de toute évidence, repose sur une double représentation, protection et évolution.

1. Protection…

De la protection, on dira sans risque qu’elle bénéficie d’une (ou joue sur une) ambiguïté, le message émanant du piou-piou mais, en fait, lui étant rétroactivement destiné : l’émetteur (piou-piou) s’adresse à un récepteur (institution, financeur…) avec le dessein d’un feed-back protecteur. Ce qui permet de spécifier la fameuse sentence de Mac Luhan « Le message, c’est le médium » en « Le message, c’est le piou-piou ».

Faiblesse…

Derrière le signifiant de la douceur (duveteux, etc. cf. « Éthologie. 1/2), le signifié pourrait simplement s’exprimer en supplique : « je suis faible, ne m’en voulez pas, aidez-moi. » On ne serait à ce moment guère éloigné d’une problématique hégélienne du maître et de l’esclave, le second (servus ou ancillus) consolidant les conditions pérennes de son aliénation sur la base d’un argumentaire où une agression à son encontre n’éviterait pas d’être traduite en lâcheté, subséquemment se retournerait contre l’agresseur (magister). Sous la faiblesse affichée (signifiant), le message subliminal (signifié) est la culpabilité, sorte d’hypothèque pour maintenir un statu quo certes inégalitaire mais d’une oppression mesurée, en tout cas suffisamment calibrée pour être acceptable plutôt que de risquer le pire. Simplement, dirons-nous, la faiblesse protège.

Cette stratégie est renforcée par une psalmodie systématiquement déclenchée dès lors que le piou-piou entre en relation avec un individu d’une autre espèce (le formator simplus, l’agens polus labor – issu d’un récent franchissement inter-espèces, sinon contre nature du moins problématique, entre l’agens anpus et l’agens assedicus, etc. – 1) : le piou-piou piaille « partner », vocable dont l’origine remonterait (selon les études les plus récentes) du « latin partitio qui, en ancien français, a produit parçon : « partage, séparation, butin ». Après un détour anglo-saxon, parsener revient en France avec un « t », partner, sous la signification de « personne associée à une autre ». Partis d’une séparation, on aboutit à une association avec cependant la particularité que celle-ci relie des entités demeurant singulières. » (2) A la décharge du piou-piou, il faut noter que cette subtile stratégie d’alliances a été contrainte par plusieurs menaces qui ont pesé depuis un quart de siècle sur l’espèce selon un modèle métronomique d’attirance – répulsion ou louange – réprimande, une succession d’activations et d’inhibitions génératrice de stress pour le système psychique du piou-piou. Parmi ces facteurs stressants, l’évaluation apparaît comme le plus récurrent, souvent relayée par le chef de meute qui corrèle sur la base totémique de « P3 » (acronyme vernaculaire dont la traduction est malaisée) résultats et subventions. Ce darwinisme social produit logiquement par élimination un turn-over (le piou-piou rejoint polus labor, par exemple) et par érosion un infléchissement de l’élan vital : le piou-piou se replie alors sur son bureau-nid, éprouve des difficultés à s’investir dans les rites tribaux (« pot de départ », « repas de fin d’année »…), etc.

Sirop…

Un autre registre de protection, cette fois dans la seconde perspective qu’est le jeune (fréquemment identifié comme « usager »), vise à rassurer, à enrober d’humanité l’inévitable travail (du latin tripalium, « instrument de torture ») d’inculcation de normes, de contraintes et d’injonctions… Le langage piou-piou, de tradition orale – tribale, peu codifié (quasi-absence de corpus théorique stabilisé), regorge ainsi de mots-valise tels que « vécu », « ressenti », etc. dont l’imprécision n’a d’égale que leur double consensus, d’usage et de signifié, correspondant à la revendication d’une appartenance, pour l’usage, et, pour le signifié, d’une posture onctueuse flirtant avec le sirupeux, incitant à sucer la suavité des mots susurrés (« projet de vie », « plateforme de vocation »…) pour mieux déglutir (« secteur en tension », « allocation conditionnelle », « respect des engagements »…).  Qui bene amat, bene castigat

A l’observation, le langage piou-piou s’exprime dans un spectre lexical relativement restreint recouvrant, d’une part, des locutions récurrentes telles que « projet », « insertion », « durable », « accompagnement », etc. et, d’autre part, des acronymes : le piou-piou fait en effet son miel de ces derniers (« CIVIS », « PPAE », « PMP », « TRE », « FIPJ », « FDAJ »…), son cri de ralliement (journées professionnelles, par exemple) est « AIO » et toute tentative de communication avec lui s’en dispensant est condamnée à l’incommunicabilité. Par ce qu’il exprime, ce langage vise donc à clore le périmètre identitaire de la tribu des piou-piou, parfois sur la base d’objets transitionnels (Parcours…) seuls connus des vrais initiés, et à conforter une représentation humanisante dont une locution particulière fait office de liant, la « proximité » : le piou-piou est à l’écoute (nécessairement proche), appelle à se confier (il faut se rapprocher), garantit une « offre de proximité », etc. Cette « proximité » joue en quelque sorte le rôle d’antidote vis-à-vis de plusieurs distances (générationnelle, institutionnelle, statutaire) susceptibles de contrarier l’essentiel de l’activité du piou-piou, la socialisation des jeunes : « La proximité est alors la matrice dans laquelle se fabrique l’alchimie du projet et se noue le contrat. » (3). De la sorte, si le piou-piou s’inscrit dans un cadre institutionnel, la distance étant à ce moment (si l’on se réfère à E.T. Hall, La dimension cachée, {1966} 1978, Seuil) « publique », la praxis – fortement orientée par un tropisme psy – renvoie à une distance « intime » qui s’exprime dans – locution elle aussi récurrente – « l’individualisation », s’épanouissant dans l’alcôve-nid-bureau et dont l’engrais est l’entretien en face à face. De là, l’éthologue comprendra sans peine les résistances au collectif dès lors que celui-ci nécessite de dépasser le romantisme social pour traiter la « question sociale » de façon désenchantée mais également dialectique et avec une visée émancipatrice – l’Acteur – qu’on ne peut réduire à l’épanouissement du Sujet. Contrairement à d’autres espèces voisines, singulièrement l’animator socius culturalis ou l’animator domus (fjtéus), le piou-piou vulgaris de mission locale résiste au collectif. Ainsi, symptomatiquement, l’entretien ne connaît pas d’abréviation alors que l’information collective est abrégée, amputée, raccourcie, castrée en « infocol ».

2. Évolution…

Comme nous l’avons déjà indiqué, le piou-piou est en devenir, le sommet ovoïde de son crâne symbolisant particulièrement une fusée : la fusée clouée au sol (terrestre ou lunaire) est sans intérêt, elle n’est légitime que lors de sa trajectoire, nom commun en langage piou-piou. De facto, si le piou-piou a les pieds sur terre (paradigme du commissaire aux manches retroussées et plongé dans la glaise), sa tête aspire aux étoiles (paradigme du yogi en bure et aux mains propres). On peut, pour s’en convaincre, revêtir un piou-piou d’une veste à carreaux rouge et blanc (de tempérament conciliant, il se laisse généralement faire ; si ce n’est le cas, l’instrumentaliser) : la similitude entre le volatile travesti et la fusée d’Objectif Lune (Hergé, 1953, Casterman) n’échappera à aucun exégète tintinologue. D’où un étirement permanent, plus proche de l’écartèlement que du stretching, Le piou-piou évolue donc dans un entre-deux, métaphoriquement terre et lune, père et mère, feu et eau, piment et confiture, bricolage et repassage, etc… qu’il justifie d’ailleurs volontiers, dès lors qu’on l’interroge, par un processus dit d’« approche globale ».

Mais quels sont respectivement les ingrédients de cet entre-deux ? On pourrait à ce moment solliciter Piaget, ornithologue reconnu pour ses travaux sur les stades du développement, singulièrement en positionnant le piou-piou au « stade des opérations formelles », la pensée formelle qui se construit à ce stade permettant en effet l’établissement de relations entre la réalité et la possibilité. Un indicateur semble valider cette hypothèse, dont on rappellera qu’elle recouvre le dernier stade de la pensée, le moment où l’intelligence acquiert sa pleine maturité : une large partie de son discours se fonde en effet sur la négociation entre les ressources et les contraintes, ainsi que sur une partition équilibrée entre le « social » (objet d’attraction) et l’« économique » (objet de rétractation). Mais, quoique autrichien,  c’est plutôt sur un autre ornithologue que l’on recommandera de s’appuyer, Sigmund Freud. Dans sa proposition des stades de l’évolution libidinale, ce personnage peu connu, énigmatique et probablement obsédé sexuel, faisait se succéder l’oral, l’anal, le phallique et le génital. Sans contestation possible, la typologie du stade oral colle au piou-piou telle la vérole au bas-clergé puisque l’alimentation y joue un rôle prépondérant, de la succion à l’ingestion. De la succion, on a vu qu’elle était caractéristique de l’entretien en face à face, à la façon de l’excipent sucré (empathie, projet de vie) qui camoufle l’amertume médicamenteuse (« au boulot ! eksasote ! »). Quant à l’activité de nutrition, s’exprime et s’organise la « relation d’objet » avec la mère-institution, marquée par les notions de « manger » (obtenir une subvention) et d’« être mangé » (être absorbé par la MdE, thème picard aussi récurrent que la betterave – en un mot – et les cathédrales) : l’analogie avec l’ambivalence des relations (qualifiées d’hégéliennes) avec les autres espèces (financiarius radinus , polus labor, etc.) est patente, révélatrice qu’une pulsion d’autoconservation régulièrement stimulée par le système permanent d’injonctions contradictoires (cf. supra). Ajoutons qu’une démarche d’observation participante en milieu naturel de piou-piou confirme ce caractère d’oralité : il n’est pas rare que biscuits, viennoiseries, boissons sucrées circulent lors des réunions de travail. Ce qui, accessoirement, permet d’apprécier la qualité des mastications.

Cette psychomorphosociologie du piou-piou n’est ici qu’esquissée. Il appartient à chacun de la poursuivre, de l’affiner, de traquer dans les recoins, sous le tapis, derrière le tableau, sur la dernière étagère (des livres exposés qu’on ne lira jamais), les réponses aux nombreuses questions soulevées. Ainsi piou-piou 44 interroge-t-il : « J’ai une question sur l’origine des piou-piou (je ne sais pas si piou-piou devient pious-pious au pluriel ou reste invariable ou plus si affinité). Serait-il (elle majoritairement !) issu d’un croisement génétique mal maîtrisé entre l’AS (assistantus socialus genericus), l’éducateur spécialisé (celui-là, je n’ai pas son origine latine non plus) et l’animateur socio-culturel (homo educatus populus) ? J’ai mon petit avis sur la question mais j’aimerais avoir le vôtre, chers amis Piou-Piou ! »

Je laisse le soin aux piou-piou vulgaris de répondre, apportant toutefois une précision d’ordre grammatical : le piou-piou, par définition singulier et modeste, ne prend pas de « s » même au pluriel, ni de majuscules.

C’est ainsi.

Psychomorphosociologie du piou-piou. Précision.

Publié: décembre 8, 2009 dans 1

Le bien-nommé « Piou-Piou 44 », volatile niché en Loire Atlantique, cinquième département breton, s’interroge : « Il faut faire remonter au réseau l’idée de monter une formation « conte et insertion », ou de l’intérêt d’utiliser les contes et symboles pour prendre de la hauteur quand on a « lenezdansleguidon »..
Je me pré-inscris de suite ! Et j’attends la suite avec impatience… (même si ce comportement de pur consommateur va m’entraîner un blâme !). Est-ce qu’on peut éviter le blâme si on diffuse largement ? »

Cela mérite réponse, étant entendu qu’on ne reviendra pas sur l’orthographe du « lenédanleguidon » qui connaît quelques variations depuis « lenésurleguidon » jusqu’au « z » immiscé. Dans la mesure où une action prioritaire nationale semble difficilement concevable sur le thème « conte et insertion » (sauf à créer un module dans P3), ce sont bien entendu les animateurs régionaux en charge des programmes du même périmètre qui ont la main : ils convient donc de les saisir (les animateurs pas leurs mains). « Elemenson, mon cher Water », une telle formation ne pourrait se concevoir que selon une pédagogie endoformative (en langage commun : « auberge espagnole »), ceci signifiant que chaque participant apporterait sa pierre à l’édifice à l’exemple de Franck, piou-piou austral qui marche logiquement la tête en bas au regard des lois élémentaires de la physique, précisant qu’il a « rencontré {mon} épouse alors qu’elle travaillait en ML. Et nous nous sommes reproduits. J’espère que le fruit de cet instinct naturel ira grossir les effectifs des collègues plutôt que les chiffres P3 ! » Ainsi commence à s’éclaircir le chiffre noir de l’endogamie, bagatelle ou stratégie matrimoniale, en milieu piou-piou. D’autres contributions sont susceptibles d’enrichir l’idéaltype, par exemple la question soulevée ce matin, lors d’une conversation, par un volatile rennais concernant l’asexualité du piou-piou ou celle de la division du travail dans la tribu piou-piou ou encore celle du signifié d’un crâne ovoïde…

Subséquemment, aucune sanction – avertissement, blâme, mise à pied conservatoire, flagellation… – ne sera prise dès lors que les piou-piou apporteront leur pierre à l’édifice dans la compréhension de cette volaille protéiforme qui n’est à ce stade qu’esquissée. Ce du moins jusqu’à ce que les règles du jeu soient changées. Sans prévenir.

Agacement

Publié: décembre 8, 2009 dans 1

Label n’est pas que de Cadix…

Sur son site Emploi et Création, Benoît Willot annonce que « La maison de l’emploi de Perpignan a obtenu, en octobre 2009, le label « Diversité » de la part de l’Afnor, l’organisme de normalisation chargé de la gestion de ce titre. »

« Le label Diversité est « le témoignage de l’engagement des organismes en matière de prévention des discriminations, d’égalité des chances et de promotion de la diversité dans le cadre de la gestion des ressources humaines. »

Pour obtenir ce label, les entreprises ont du répondre aux dispositions d’un cahier des charges basé sur cinq domaines obligatoires : état des lieux de la diversité dans l’organisme ; politique en matière de diversité ; communication interne, sensibilisation, formation ; prise en compte de la diversité dans les activités de l’organisme ; évaluation et axes d’amélioration de la démarche diversité.

On comptait, après la réunion de la dernière commission de labellisation le 5 novembre 2009, 25 titulaires en France, principalement de grandes entreprises comme Vinci, PSA Peugeot Citroën, Axa ou BNP Paribas. Mais il y avait également une mission locale (celle de Reims) et une école de commerce (Sup de Co Montpellier). Ils représentent plus de 500 000 salariés. »

Quand t’es dans le désert, depuis trop longtemps…

Voilà déjà quelque temps que je tente de promouvoir ce type de label pour les missions locales mais, à ma connaissance, sans guère de succès (lire « Buzz et égalité hommes-femmes » du 4 janvier 2009), exception faite de la mission locale de Reims (je connaissais sa certification ISO 9001 mais ignorais celle de la diversité) et d’une mission locale que je ne citerai pas – disons simplement qu’elle correspond à une capitale régionale bretonne – aujourd’hui engagée avec son projet associatif de structure dans un « Agenda 21 » (déclinaison à l’échelle d’une entité, un territoire ou une entreprise, des engagements du Sommet de Rio – 1). Peut-être – ce serait une bonne nouvelle – d’autres missions locales s’y sont mises… à voir.

« Ce type » parce que, à la norme NF X-50-184 « Promotion de la diversité », on peut ajouter le « Label Égalité », lui aussi certifié par l’AFNOR, et comme indiqué un « Agenda 21 » : « Sauf erreur, pas une mission locale (sur presque 500) ne dispose du « Label Égalité » (www.femmes-egalite.gouv.fr ), pas plus d’ailleurs ne sont engagées dans la norme AFNOR NF X50-784 « Promotion de la diversité » dont l’avant-propos devrait pourtant rencontrer un écho favorable : « Promouvoir la diversité et prévenir toute forme de discrimination directe ou indirecte : tels sont les deux objectifs de la norme. Et ces deux impératifs s’affirment complémentaires, indissociables et synergiques. » J’ajoutais il y a un an : « Promouvoir à l’échelle nationale, via la branche professionnelle, le Label Égalité et/ou cette norme serait donc bienvenu. »

Embringuées…

De façon patente, les missions locales ne sont pas (plus ?) à l’avant-garde de ces démarches et cela apparaît symptomatique d’une position vis-à-vis de l’innovation qui relègue celle-ci comme simple et hypothétique conséquence d’un stimulus, réponse à une incitation externe (expérimentations Hirsch, projets Dexia…), et non comme mouvement endogène. On connaît par avance les réponses : manque de temps, nécessité de satisfaire aux objectifs quantitatifs des CPO et autres commandes publiques PPAE, PRDF, etc. Tous ces arguments ne sont pas infondés… mais ils révèlent une course en avant programmatique dans lesquelles les missions locales sont embringuées et dont, inévitablement, elles paieront à terme le tribut. Car, sinon la question, du moins une question importante, est bien celle de la capacité d’innovation des missions locales, cette dernière n’étant pas une option mais un « devoir » selon les termes de la Charte de 1990. Faut-il, d’une part, archiver cette Charte pour au moins éradiquer l’accusation d’imposture et, d’autre part, au-delà de ces arguments récurrents, rechercher d’autres causes ? On pourrait sans risque d’erreur avancer, à doses variables, l’absence de soutien national et de promotion des normes de responsabilité sociétale, la non-inscription de ces problématiques dans les programmes régionaux de formation hors la perspective pédagogique vis-à-vis des usagers, le management des structures, tout simplement l’ignorance de ces labels.

A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence…

Et pourtant, et pourtant… « l’urgence du sens » – la professionnalité – est bien là pour les piou-piou. Perceptible, elle est brûlante… avec deux scénarii : enflammer (conflit) ou consumer (repli). L’urgence de communication est aussi là : les entreprises, elles, connaissent parfaitement l’AFNOR, les certifications, et disposer d’une telle labellisation constitue incontestablement un atout dès lors que, conformément au principe de l’approche globale, on veut tordre le coup à ce serpent de mer qu’est la relation au monde économique. Comme on écrit pour son lecteur, on communique pour son interlocuteur, avec des mots qui signifient pour lui quelque chose.

Oui, bien entendu, on peut progresser – et même on le doit – à coups de « chargés de relations entreprises » et d’équipes dédiées mais le crédit se gagne sur l’identité et sur la distinction : être assuré de ce que l’on est, stable sur ses fondements (« droit dans ses bottes » disait Juppé), et s’extraire du train-train. Tout cela renvoie à un « état d’esprit » qui soit un terreau favorable de l’innovation, qui revendique malgré et avec la commande publique l’autonomie associative pour qu’une mission locale soit un partenaire (une dialectique et des acteurs) et non un exécutant (un opérateur et des « agents » – c’est ainsi que sont identifiés les professionnels dans les « CRA », comptes-rendus d’activité). Passer du programme au projet, du pluriel au collectif, de l’exécution à l’imagination… Tout cela renvoie à un travail – un effort – de recherche et développement, d’essaimage et de partage. La comptabilité n’est qu’une transcription arithmétique du projet, subordonnée à celui-ci. Outil, elle ne peut ni ne doit en tenir lieu mais, par contre, une comptabilité intelligente devrait systématiquement valoriser en investissement la réflexion et l’innovation. Là encore, on en est loin… sauf erreur qui ne demande qu’à être comblée.

Si certains ont cru déceler une dose d’agacement, pour reprendre le terme de Serge (« Synami : réponse. Argumentée », 2 décembre 2009), ils n’ont pas eu tort. Qu’une maison de l’emploi obtienne la certification « Diversité » est une bonne chose pour elle. Que les missions locales soient étrangères à cette démarche et d’autres concomitantes (2) est une mauvaise chose pour elles.

Enfin, ce que j’en dis…

(1) En théorie, un « Agenda 21 local » concerne une collectivité mais, sous la dénomination de « responsabilité sociale de l’entreprise » (RSE), ce sont exactement les mêmes thématiques qui sont abordées. Toutefois des entreprises telles qu’EDF ou Edena (embouteillage d’eau à la Réunion) s’affichent sous le label « Agenda 21 », cette dernière cumulant les certifications : ISO 9001 en 2000, ISO 14001 en 2002, 1er Prix national du management environnemental du Ministère de l’Écologie et du développement durable en 2003… Le « Livre Vert » (là encore) de la Commission des Communautés Européennes, Promouvoir un cadre européen pour la responsabilité sociale des entreprises (juillet 2001) définissait ainsi la RSE : « Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir « davantage » dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes. L’expérience acquise avec l’investissement dans des technologies et pratiques commerciales écologiquement responsables suggère qu’en allant plus loin que le respect de la législation, les entreprises pouvaient accroître leur compétitivité. L’application de normes sociales dépassant les obligations juridiques fondamentales, par exemple dans le domaine de la formation, des conditions de travail ou des relations entre la direction et le personnel, peut également avoir des retombées directes sur la productivité. C’est ainsi que s’ouvre une voie permettant de gérer le changement et de concilier le développement social et une compétitivité accrue. »

(2) La certification en ISO mériterait une réflexion plus approfondie, une dizaine environ de missions locales en bénéficiant. C’est incontestablement un label qui répond au besoin de communication en direction des entreprises. C’est aussi, généralement, une démarche « lourde », structurée et structurante, qui peut améliorer sensiblement « l’assurance de la qualité » et le professionnalisme… mais qui peut générer un fonctionnement bureaucratique.

Du côté du Sénat… et autres considérations.

Publié: décembre 7, 2009 dans 1

Noël…

Mercredi 2 décembre, le Sénat a adopté les crédits de la mission « Travail et Emploi » inscrits dans le PLF (projet de loi de finances). Les sénateurs de gauche se sont prononcés contre le projet de budget. Pour Annie David, sénatrice PC de l’Isère, le budget de la mission « Travail et emploi » est « loin d’être à la hauteur des besoins. Alors que la crise détruit des emplois par milliers, sans espoir d’amélioration avant le second semestre 2010, les crédits sont en baisse de 6 % » à périmètre constant hors crédits inscrits dans la mission « Relance de l’économie ». Christiane Demontès (PS, Rhône) porte également un jugement négatif en relayant les demandes des entreprises d’insertion qui réclament « une juste revalorisation de l’aide au poste » : « Stable depuis de trop nombreuses années, elle est d’un montant de 9 650 euros [par an], qui devrait être réévalué à 12 500 euros pour permettre aux entreprises d’insertion de poursuivre leurs actions auprès de ceux qui en ont le plus besoin. »

Une commission mixte paritaire (sept députés et sept sénateurs) se réunira à l’Assemblée nationale, le 14 décembre prochain, pour élaborer un texte commun aux deux chambres parlementaires avant l’adoption définitive du PLF. Pour Noël.

Damas…

Sans doute inspiré par le président qui promettait aller chercher les emplois avec les dents, Laurent Wauquiez a assuré les édiles que la politique gouvernementale « demeurera offensive » en 2010 : « Nous irons cette année encore chercher les emplois, notamment dans le secteur des nouveaux emplois verts. » C’est étonnant ce Chemin de Damas, quelques années après les emplois jeunes. Faire, défaire, refaire. Décidément, on surfe sur l’écologie. Quitte à louer ce que l’on dépréciait.

France Télécom…

De son côté, Xavier Darcos a jugé que le « projet de loi de finances dégage les crédits nécessaires pour que le ministère du Travail puisse relever les défis actuels ». En priorité, il s’agit de « renforcer la santé et la sécurité au travail » : « Trente millions d’euros y seront consacrés, soit plus de 20 % par rapport à 2009. » Enfin, le bonheur au travail serait un objectif ! Ça change de travailler plus…

L’excellent travail des missions locales…

Le rapporteur des crédits de la mission « Travail et Emploi », Serge Dassault (qu’on ne présente plus) considère que les 11,4 milliards d’euros prévus par le PLF 2010 pourraient être utilisés avec plus d’efficacité pour « réduire le chômage en créant des emplois ». Le fils de Marcel, d’une part, est très critique vis-à-vis du dispositif d’allègement des charges qui coûte vingt-cinq milliards : « Depuis 2003, l’État aura donc dépensé pour cette opération 160 milliards d’euros, sans créer un seul emploi ». Notons que, depuis des décennies, l’allègement des charges pour les entreprises est un levier privilégié des gouvernements de droite. Et que Serge Dassault est sénateur UMP. Aurait-il été irrité que son amendement d’affecter les 150 millions d’euros  au financement des missions locales et du FIPJ (Fonds pour l’insertion professionnelle des jeunes) ait été rejeté à la demande du gouvernement ? D’autre part, le même ajoute :  « On ne connaît pas le rendement de Pôle emploi, qui coûte cinq milliards [d’euros]. Il est sans doute possible de réaliser des économies sur ce montant très élevé. » Par contre, « avec 175 millions [d’euros] pour les missions locales et 90 millions pour les maisons de l’emploi, nous avons des sommes dérisoires vu l’excellent travail réalisé envers les jeunes en perdition. » Jeunes en perdition, sapristi ! On croirait du Schwartz : « Ce qui les unit, c’est leur désespérance… » (rapport de 1981).

A propos de Dassault et d’excellent travail, depuis deux ans la mission locale de Corbeil Essonne – la « MIVE » – poursuit de front deux démarches « qualité », une sur l’observation, l’autre sur l’évaluation. En plus, si l’on va à Corbeil Essonne, on ne peut pas la rater : c’est « flashy », comme on dit. (cf. photo… certes pas très claire, nette-nette… mais, si on leur demande, serviables comme ils sont, ils pourront vous envoyer des originaux).

On pourrait se demander pourquoi des actions prioritaires nationales ne sont pas proposées sur ces thèmes par la CPNEF : ça ne serait quand même pas inutile de proposer aux structures des outils harmonisés sur ces deux bouts du chaînage systémique (entre les deux – « intrants » : l’observation, la veille ; « extrants » : l’évaluation -, ce sont les « processus », ce que l’on réalise)… Enfin, peut-être cela a-t-il déjà été fait… N’empêche, ne serait-ce que l’architecture (données, sources, traitement) du diagnostic socioéconomique du territoire, à la base du « dialogue de gestion », document essentiel pour pondérer réalisations et résultats au regard des ressources et des limites de l’environnement (mais, soit dit en passant, sans qu’à ce stade soient définies les règles de pondération) et production centrale d’un observatoire territorial des jeunesses… Qu’est-ce que cela serait bien !

Maisons de l’emploi : subventions divisées par 26 ?

Par ailleurs, pas très loin, à l’Assemblée nationale, la Commission des Finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire s’était réunie le 21 octobre et, toujours dans le cadre du PLF 2010, un amendement sur les Maisons de l’Emploi avait été déposé par Mme Chantal Brunel, rapporteure spéciale pour les Politiques du travail et de l’emploi. Après avoir indiqué introductivement que « les crédits demandés pour les politiques de l’emploi atteignent 12,6 milliards d’euros, soit 2 milliards de plus que le plafond prévu l’an dernier par la loi de programmation des finances publiques », celle-ci déclarait : « Alors que l’État subventionne les maisons de l’emploi à hauteur de 80 millions d’euros, mon amendement propose de réduire cette somme de 3 millions. J’estime en effet que les maisons de l’emploi doivent évoluer, même si je n’ignore pas que les élus locaux y sont très attachés. Je regrette en tout état de cause qu’aucun bilan de leur action n’ait été effectué. Un groupe de travail, confié à M. Michel Thierry, est certes chargé de préparer la réforme du décret du 25 mars 2005, mais pour l’instant, le Gouvernement s’en tient à une attitude attentiste sur le sujet. Il me semble qu’il faudra y revenir le jour où toutes les structures de Pôle emploi seront en place. » « Gros temps », comme on dit au Conquet lorsqu’on voit la dépression arriver de Ouessant.

Paradoxal…

L’animateur de DocInsert qui, contrairement à ce que certains esprits chagrins imagineraient, ne s’est pas assoupi, fait parvenir cette contribution : « Découvert ce jour dans mes sources « en retard de traitement », et ce, tout à fait par hasard, vraiment, oui, vraiment par hasard… »

[Extrait] : « Paradoxes de la reconnaissance au travail.

Prenons ensuite l’injonction devenue banale faisant appel à la créativité, à l’initiative, à l’autonomie et aux capacités de jugement des salariés. Outre le caractère paradoxal du « soyez libres », il est bien rare que cette exigence ne soit pas immédiatement contredite par une injonction de conformité, appuyée sur des batteries d’indicateurs de processus comme de résultats chiffrés et de court terme qui encadrent strictement cette liberté. L’incohérence est alors dans les décalages fréquents entre l’exigence d’action et de résultats qui pèsent sur le salarié et sa capacité effectivement déléguée et mobilisable. Les psychologues et les ergonomes insistent sur cette source de stress qui consiste pour les personnes à se trouver, en même temps, dans l’obligation d’agir et dans l’incapacité de faire. »

P.L. Eh oui ! Et ça s’appelle une injonction paradoxale. Et l’on s’en sort, façon de le dire, par la schizophrénie.

Au fait, juste un soupçon, une vague crainte… que, le temps s’écoulant, l’intelligence partagée laisse la place à l’intelligence distribuée. Il était convenu que plusieurs d’entre vous proposent un article. J’ai en réserve la suite de l’étude psychomorphosociologique du piou-piou ainsi qu’un article sur le Père Noël, version Lévi-Strauss, et puis aussi le texte d’une conférence jeudi à la mairie de Brest pour l’URHAJ. Samedi, je rejoins les piou-piou de l’hémisphère sud (ceux qui marchent la tête en bas) et serai très peu disponible pour proposer au débat critique une autre contribution. On se comprend ?

A vos claviers ! Merci.

« Qu’est-ce qu’un piou-piou de mission locale ? » est la (grave) question à laquelle ce court essai tente d’esquisser une réponse, plus exactement des réponses, toujours avec le souci de s’extraire du langage commun pour accéder à la robustesse conceptuelle. En quelque sorte une nécessité tant épistémologique (vérification du caractère scientifique) qu’heuristique (produisant une connaissance nouvelle, fiable et universelle). Il s’agit donc d’« une recherche sérieuse {qui} conduit à réunir ce que le vulgaire sépare ou à distinguer ce que le vulgaire confond. » (1) Reste à savoir si, dans le cadre de la révision ou refonte de la convention collective nationale (CCN), le piou-piou trouvera explicitement sa place qui, bien entendu, ne pourrait se contenter d’une banale juxtaposition aux côtés d’emplois-repères non encore officialisés (tels que « chargé de relations entreprises », « conseiller 1bis » ou « responsable administratif et financier ») mais devrait en quelque sorte les englober : le piou-piou est un idéaltype, une sorte de paradigme ou de modèle incarné dans un personnage virtuel.

Habitat, reproduction…

Découvert quasi-simultanément au début des années quatre-vingt dans plusieurs espaces urbains sensibles dits « Dubedout », le piou-piou missionem locus vulgaris est une espèce proliférante par à-coups hétéronomes (dits « programmes » : TRACE, CIVIS…), modalité surprenante au regard de l’évolutionnisme darwinien. Selon les plus récentes observations, on en recenserait plus de onze milles regroupés en environ cinq cents troupeaux de vingt-cinq unités en moyenne (de quelques-uns à plus de cent), tous contingentés sur le territoire français (DOM inclus). Quelques piou-piou migrateurs auraient cependant été repérés au Québec et en Belgique et des tentatives d’acclimatation ont été ou sont en cours, au Mexique et en Afrique sub-saharienne. Malgré une partition sexuée de deux pour un, terrain généralement favorable au training sexuel et même à la polygamie, femelles et mâles piou-piou ne copulent pas nécessairement ensemble – du moins pour procréer ; peu d’études cependant s’y attachent et l’on en est réduit aux suppositions, le taux d’endogamie n’étant en tout état de cause pas comparable à celui d’autres espèces, par exemple l’institutor vulgaris, aussi appelé « professeur des écoles », pour lequel l’item des « vacances scolaires » semble être un facteur déterminant de réciproque séduction et de monogamie. Il est vrai que rien ne garantit conventionnellement aux piou-piou missionem locus vulgaris des deux sexes tentés par une aventure conjugale une harmonisation de leurs RTT respectives. Quant aux relations éphémères, non dictées par l’instinct de reproduction, l’observatoire de la branche sur laquelle les piou-piou missionem locus vulgaris sont perchés n’a jusqu’ici fourni aucune information. Il est cependant probable que certains rites tels que les agapes de fin d’année constituent des terrains coïtaux favorables.

Le piou-piou missionem locus vulgaris, plus communément dénommé « piou-piou » et dont l’usage tend à se répandre, procède de deux intentions sémantiques, des « signifiés ». La première, éthologique, renvoie au volatile ; la seconde, psychologique, évoque un développement non encore abouti.

1. Ethologie.

La représentation du piou-piou s’articule sur un personnage mythique, inscrit graphiquement dans un monde de bande dessinée, à l’anatomie de poussin dont trois caractéristiques saillantes retiennent l’attention : le piou-piou est duveteux, souriant et coloré. On peut tenter la traduction de ces trois signifiés pour le piou-piou de mission locale. Auparavant observons que le piou-piou appartient à l’espèce des gallinacés mais que, quoique doté d’ailes, son stade de développement ne lui permet pas de s’envoler : sur le tarmac, comme le jeune vers l’adulte, il égrène sa check-list pour vérifier les conditions de son envol. En langage vernaculaire de ces volailles, cela s’appelle « professionnalisation ». Le piou-piou est en devenir. Il est une promesse, un vœu, un cierge se consumant de dévotion face à la sainte effigie de Bertrand Schwartz. Cependant, dans l’hémisphère sud, une traduction vernaculaire associe ce handicap d’ailes sans possibilité d’envol au « Dodo » ou « Dronte de Maurice » (Raphus cucullatus, auparavant baptisé Didus ineptus) qui disparût à la fin du XVIIè siècle, cette analogie pouvant signifier qu’à terme le piou-piou serait condamné. Notons que ce Dodo est a priori sans rapport avec le métro, ni le boulot, trilogie qui, pour être célèbre, n’en est pas moins postérieure.

Plume et poil…

Le duveteux est lui-même un signifié à deux versants : incitant à la caresse et caressant d’une part, imprécis dans le périmètre de son schéma corporel d’autre part.

– Inciter à la caresse et caressant, dès lors que l’on exclut l’hypothèse narcissique voire onaniste, pourrait vouloir dire qu’entrer en relation avec lui s’inscrit dans un monde de douceur : le doux s’oppose au rugueux comme la plume au poil, le poussin au hérisson, l’éponge à la brosse, le calvados au rivesaltes, etc. On trouve là, sans difficulté, le message de la compréhension rogérienne (et son foutu triptyque « empathie – congruence – authenticité ») mâtinée d’humanisme, toujours à cheval, sinon oscillant, entre la posture professionnelle du « jeune comme ressource » et le regard catho-embué sur « mon jeune ».

– L’imprécision du schéma corporel n’est pas sans intérêt. En effet, quiconque aura tenté l’expérience de plonger un piou-piou dans une bassine d’eau, ou simplement de le sortir par temps de pluie, aura constaté entre le sec et le mouillé la métamorphose du volatile : de rond et imprécis, il devient maigre et coteleux (dont on voit les côtes saillantes, à ne pas confondre avec « cauteleux » signifiant méfiant, soupçonneux). La même expérience avec un chat angora produit les mêmes effets, miaulements exclus. De cette transformation risquée, posons l’hypothèse que le piou-piou de mission locale hésite à sortir hors des murs, par exemple pour le repérage, tant il se sent bien dans son bureau-nid, en quelque sorte le syndrome psychostroumpf du brushing par temps pluvieux, une vraie hantise.

Il resterait à le vérifier expérimentalement (projet Hirsch ?), par exemple en randomisant une étude à partir d’un groupe-test de piou-piou résidant en zone humide (Bretagne, Basse et Haute Normandie…) et d’un groupe témoin en zone sèche (le Sahel ou, à défaut de piou-piou Touaregs, PACA, dès lors que serait neutralisée la variable d’orage).

Souriant…

Le piou-piou sourit, c’est un fait certain. Mais pourquoi sourit-il alors que, synchroniquement, le discours piou-piou est fréquemment celui de la (com)plainte sur le thème de « l’instrumentalisation » ? En fait, il faut s’extraire de la pseudo-opposition entre « sourire » et « plainte » et, pour cela, il convient de se souvenir d’une proximité spirituelle entre sa généalogie et l’iconographie religieuse. Une branche de la parenté du piou-piou de mission locale est laïque, version Pepone, alors que l’autre branche est confessionnelle, version Don Camillo. De Pepone, on retiendra l’éducation populaire avec ses aïeux insoupçonnables de piqûre de mystique Condorcet, Léo Lagrange, etc.  De  Don Camillo, il est facile de remonter jusqu’à l’aussi extatique et musculairement dénudé que percé de flèches Saint Sébastien (cf. image). En d’autres termes, le piou-piou souffre (de l’instrumentalisation) mais transcende cette souffrance par sa foi (dans le jeune, dans sa mission, plus que locale, universaliste). Confessionnel laïc, le piou-piou est hybride : il souffre mais prend sur lui, il gémit et sourit. Le piou-piou chef de meute (« directeur »), fait de même chaque année au cours du périlleux exercice dit « dialogue de gestion » durant lequel il doit démontrer synchroniquement que, souriant, tout va mieux (grâce à l’activité de la meute) et que, gémissant, tout va de mal en pire (pour maintenir le niveau des subsides).

Coloré…

Du gallinacé, on connaît l’œuf et le poussin dont le référentiel chromatique partagé est le jaune, une des trois couleurs primaires. Pour la volaille adulte, il faut en principe la déplumer et la rôtir pour que le jaune réapparaisse. Le jaune, symboliquement, est lumineux, joyeux et stimulant. Couleur associée à l’intellect, il augmente la lucidité, la concentration et la mémoire, toutes choses fort utiles pour accompagner un projet d’insertion. Symbole de richesse (un centime d’euro de plus pour le point à compter du 1er janvier 2010) et de prospérité (six points de plus à la même date), le jaune attire le regard en éclaircissant la pièce, qu’il s’agisse de l’accueil, de l’atelier de recherche d’emploi ou du bureau sanctuarisé. Optimiste et dynamisant, le jaune évoque l’or et le soleil : l’or pour le transfert de capitaux (économique, social, culturel, symbolique) ; le soleil pour l’avenir radieux une fois réussis les tests d’habileté. Tout ceci conduirait naturellement à des compétences-clés méritant a minima dans la CCN une cotation 14, ce qui, combiné avec le glissement technicité vieillesse (GTV, à ne pas confondre avec TGV), mettrait en péril l’équilibre financier des missions locales (d’autant plus que l’amendement Dassault a été rejeté). Il faut donc raison garder en constatant, désenchanté mais objectif – « les faits sont têtus », aimait à répéter Durkheim – que le piou-piou vulgaris est plus souvent bleu que jaune. Ce qui, du coup, invalide tous les espoirs de mobilité sociale et corrélativement de monnaie sonnante et trébuchante. Car la symbolique du bleu, autre couleur primaire, évoque la fraîcheur et le repos, le bleu étant propice à l’inspiration et la créativité, à la paix et à la spiritualité… toutes choses assez éloignées des impératifs de productivité, des petits bâtons à inscrire pour les érectiles « sorties positives », des objectifs enthousiasmants de la CPO, de l’économétrie poétique de Business Object, etc. Le piou-piou est un commissaire jaune et doux qui n’aspire pas au repos ; il ne peut être un yogi bleu et inspiré, spirituellement allongé sur un transat (Arthur Koestler, Le yogi et le commissaire, 1946, Charlot). Retenons cependant que, selon ses représentations, le piou-piou est ou jaune ou bleu et que, de cette alternative, on peut envisager une extraction consensuelle par le mélange, donc un vert et re-donc par l’espoir dès lors que « vert » s’écrit sans « s », ce qui serait partisan ou, sans « s » ni « t », lombricole. Hors-sujet dans les deux cas.

A suivre, chapitre 2 « Psychologie ».

(1) Robert K. Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, 1965 (2ème édition), Plon, p. 47.