Un million de chômeurs en fin de droits en 2010. En plus.

Publié: décembre 20, 2009 dans 1

Ce « Un million de chômeurs en fin de droits en 2010 » est le titre de la dépêche AEF (Agence emploi formation) du 6 décembre 2009 signée par Mathieu Magnaudeix. On peut y lire que « En 2010, un million de demandeurs d’emploi indemnisés par l’assurance-chômage vont perdre leur allocation. » Ceci, issu d’un document rédigé le 25 novembre par la direction statistique de Pôle emploi, a été rendu public par Maurad Rabhi, représentant de la CGT dans les discussions sur l’emploi qui réunissent syndicats et patronat. Ainsi, selon cette note, « Le nombre de sorties du régime d’assurance chômage pour fin d’indemnisation est estimé (…) à un million en 2010 », ceux-ci s’ajoutant aux 850 000 demandeurs d’emploi qui ont également perdu leurs droits en 2009. « Une grande partie de ces chômeurs, dont personne n’a parlé, ont été rayés des statistiques », explique Maurad Rabhi. Inaudibles et invisibles.

Urgent d’attendre…

Le professionnel de la politique de l’emploi pensera spontanément qu’il reste l’allocation spécifique de solidarité (ASS)… mais seuls 16% en 2009 l’ont perçue,  les conditions d’éligibilité étant très strictes. La plupart de demandeurs d’emploi, « souvent découragés de chercher un travail, ont basculé dans le RMI, devenu RSA en juin 2009. Ou ne touchent rien du tout, parce qu’ils n’ont pas travaillé cinq ans au cours des dix dernières années (condition pour toucher l’ASS), ont moins de 25 ans (condition d’attribution du RSA) ou bien encore dépassent le seuil de ressources… »

La dépêche AEF poursuit : « Plus de 2 millions de chômeurs avaient droit à une indemnisation versée par l’assurance chômage en octobre 2009, et 311 200 percevaient l’ASS. Mais le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi est au moins deux fois plus important ! » Selon Stéphane Lardy, de Force Ouvrière, « Il y a une urgence sur les fins de droit dont le nombre est en train de monter en flèche, et l’Etat est concerné ». Or, mardi 15 décembre, Laurent Wauquiez, a renvoyé le problème aux discussions entre partenaires sociaux prévues… le 26 février. Le Medef, lui, temporise : « C’est un vrai sujet mais il nous faut plus d’éléments pour y réfléchir », a expliqué à l’AFP Dominique Castéra, chargée du dossier. Il est donc urgent d’attendre.

Pour Xavier Timbeau, directeur adjoint de l’OFCE, le centre de recherches économiques de Sciences-Po, « La crise va accélérer la paupérisation ». La mécanique est aussi simple qu’implacable : en un an, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi a bondi de 700 000. Le nombre de chômeurs indemnisés augmente, « mais à la longue, ces chômeurs épuisent leurs droits à l’indemnisation. »

Pires heures…

Une situation inquiétante, selon Xavier Timbeau, car l’embellie n’est toujours pas en vue : « Le chômage continue d’augmenter, et ce sera le cas pendant plusieurs mois. » Ce même Xavier Timbeau vient de terminer une étude sur l’impact de la crise sur la pauvreté qui sera publiée en février par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. « Bilan : la crise actuelle risque d’avoir des effets « destructeurs et ravageurs ». Plus encore qu’aux pires heures de la récession de 1993 : « La crise de 1993 était plus étalée dans le temps. Celle-ci a été brutale. Depuis l’automne 2008, des gens qui n’étaient pas du tout préparés à perdre leur emploi ont été licenciés : les ouvriers de l’industrie, les seniors… » Pour eux, retrouver un emploi sera très compliqué. D’autant que d’autres, qui suivent actuellement des congés de reclassement et ne sont pas encore considérés comme chômeurs, vont bientôt venir grossir les rangs du chômage. » Entre cinq cents milles et un million de personnes vont passer au-dessous du seuil de pauvreté (880 €), s’ajoutant à celles et ceux qui y sont déjà. Il y a quelques jours, sur France Inter, une émission accueillait l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (1) qui recense aujourd’hui plus de sept millions de laissés pour compte. Les nouvelles ne sont effectivement pas bonnes, d’autant plus qu’à ces surnuméraires doivent être ajoutés les travailleurs pauvres (working poors). Et, comme si cela ne suffisait pas, rappelons qu’à partir de 2010, l’allocation équivalent retraite pour les chômeurs de moins de soixante ans ayant déjà tous leurs trimestres sera supprimée, de même que l’allocation de fin de formation. On ne peut s’empêcher de penser que les décisions pour que les petits aient de moins en moins sont aussi aisées à prendre qu’elles posent d’insolubles difficultés pour rogner sur le portefeuille des grands : cf. sur ce blog (« Voulons-nous être heureux ? ») le cocktail à l’hôtel Bristol où étaient conviés les généreux donateurs de l’UMP et où Nicolas Sarkozy s’engagea à ne « jamais » revenir sur le bouclier fiscal (rapporté par Le Parisien du 9 décembre et Le Monde du 11 décembre 2009).

Chien agile…

Ne regrettons même plus l’exemplarité des élites, sauf à passer pour un naïf basculant dans l’imbécillité : constatons que cette politique de discrimination positive (pour les grands) conduit inéluctablement au cynisme… dont l’étymologie vient de cynosarges signifiant « chien agile ». Pour Michel Onfray, « Le philosophe cynique est porteur d’une intraitable volonté de dire non, de débusquer le conformisme à travers les habitudes. » (2). C’est une version optimiste du cynisme. L’autre, moins éclairée mais probablement plus réaliste, car tout le monde n’est pas philosophe, annonce des lendemains douloureux. Car le chien agile, à force d’être battu, mord (3). Dans les « métiers en tension » qui peinent à recruter, on peut s’attendre à ce que vigiles et garde du corps progressent aussi rapidement que la paupérisation. On parlera pudiquement de « services aux personnes ». Il faut relire Orwell (4) ou Huxley (5). Ca ne changera strictement rien mais, au moins, on saura où on va.

(1) L’ONPES a un site dédié http://www.onpes.gouv.fr/ . Son secrétaire général, Didier Gélot, qui a fait sa carrière à la DARES, a entre autres signé avec Bernard Simonin un article très intéressant sur l’évaluation de la politique de l’emploi dans l’ouvrage désormais épuisé, 40 ans de politique de l’emploi (La documentation Française, 1996). Vingt-deux membres composent le Conseil présidé par Agnès de Fleurieu : sept membres de droit (ministères, CAF), sept universitaires et chercheurs, et sept personnalités qualifiées.

(2) Michel Onfray, Le ventre des philosophes, Grasset,1989.

(3) Rappelons que des philosophes cyniques, le plus célèbre est Diogène et que, parmi les traditions concernant sa mort, outre celle de retenir volontairement sa respiration, une autre l’attribue à un chien mécontent de se voir disputer par Diogène un poulpe cru.

(4) Georges Orwell, 1984, Gallimard, 1950.

(5) Aldous  Huxley, Le meilleur des mondes, Plon, 1933.

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    + 1.3 millions de salariés qui sont à temps partiel non souhaité ou en chômage partiel… la sortie de la crise sociale n’est pas pour demain ni pour l’année prochaine…

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