Bonne pratique : le Botox

Publié: décembre 12, 2009 dans 1

C’est dans Capital. C’est signé de Philippe Eliakim et c’est daté du 11 décembre 2009. Et ça s’appelle « Une nouvelle arme antichômage : le Botox pour tous ». Le Botox, comme chacun le sait, est le nom commercial de la toxine botulinique produite par le laboratoire Allergan, produit anti-rides que l’on injecte partout où l’on souhaite que d’avenantes collines se substituent aux mornes plaines. Je cite.

« Regardons les choses en face : si les chômeurs ne trouvent pas de job, ce n’est pas parce que la crise a laminé l’emploi, que les fils de présidents de la République trustent toutes les bonnes places ou qu’ils s’appellent ­Mohamed (on parle des chômeurs). C’est juste qu’ils sont laids. Il suffit de remonter la queue de n’importe quelle agence de Pôle emploi pour en avoir un haut-le-cœur, rien que des tronches à faire demi-tour, nom de Dieu ! et les nanas c’est pire encore, la paupière pendante, la silhouette en lessiveuse et des canyons autour des lèvres à effrayer un alpiniste. Et ça se permet de répondre aux petites annonces ! Et ça ose solliciter des entretiens d’embauche avec les DRH ! Tsss…

Or qu’ont fait jusqu’à présent les autorités pour tenter de remettre ces pauvres bougres au boulot ? Des stages de formation, les gars. Plutôt que de leur payer un peigne et un miroir, ils ont financé à coups de millions des bilans de compétences inutiles, des contrats de qualification à côté de la plaque et des plans de redynamisation de l’espace en milieu rural. Pas étonnant que l’affaire ait marché autant qu’un aspirateur débranché.

Il est temps de devenir sérieux. Pour remettre le pied à l’étrier à ces chevaux de retour, il faut… les relooker, voilà tout. Leur ­redonner à tous ­l’aspect lisse et propret des VRP de L’Oréal, car ils le ­valent bien, même s’ils ne sont que des ­chômeurs.

Comme d’habitude, ce sont les Américains qui l’ont compris les premiers (les Américains comprennent toujours les premiers). L’expérience inaugurale a eu lieu il y a quelques ­semaines dans une clinique de Virginie, sous l’œil attentif d’une noria de journalistes. Certes, la situation de l’emploi dans cet Etat du sud des Etats-Unis est tellement épouvantable que les résultats ne paraissent pas encore tout à fait probants, mais ils sont encourageants. Les cinquante demandeurs d’emploi à qui l’on a injecté gratuitement (mais pas de force) une seringue entière de Botox dans le front et les pommettes ont presque tous décroché un premier entretien chez les livreurs de pizzas ­locaux. Et quelques-uns ont même réussi à se faire embaucher comme clowns dans des banques new-yorkaises.
C’est beau l’Amérique. »

Mais, bon dieu, mais c’est bien sûr ! On n’y avait pas pensé… Compulsant à toute allure les classiques (rapport Schwartz, Charte de 1990, Protocoles 2000 et 2005, CPO…), la conclusion est nette, sans appel : rien ne s’oppose à l’usage du Botox dans un parcours d’insertion, a fortiori puisque l’approche globale autorise une conception extensive et que, somme toute, les injections pourraient parfaitement s’intégrer dans des ateliers collectifs « image de soi » ou « re-looking ». Il reste cependant à vérifier, à partir du ROME « mannequinat », si le secteur est en tension et offre de séduisantes perspectives d’accès à l’emploi durable, du moins le temps d’une jeunesse qui, pour être artificielle, n’en serait pas moins séduisante. Sur http://www.mannequinat.net/, on peut lire « Le métier de mannequin est à la portée de tout le monde car il offre plusieurs perspectives de carrière du simple mannequin de main au mannequin de haute couture. Il n’existe pas de formation les écoles ne vous feront qu’apprendre les techniques de base du mannequinat. » On en conclura que le niveau n’étant pas un obstacle, cette stratégie peut être envisagée pour des publics infra V. Le métissage étant généralement un atout pour les atours, un ciblage des jeunes au bas des tours dans les quartiers ZUS, généralement moins monocolores, pourrait au titre d’une politique de diversité être appréciée des financeurs et apporterait sa pierre à l’édifice du sauvetage du Plan Banlieue. En termes de congruence, notons que l’injection de Botox résonnerait harmonieusement avec une réaction probable des jeunes usagers qui ne manqueraient pas de soupirer « ça me gonfle ». Souvent interprétée comme un indicateur d’adhésion insuffisante au projet d’insertion, cette expression signifierait à l’inverse leur implication et, comme telle, ouvrirait des droits aux aides conditionnées par une démarche active. Seul problème, décelé grâce à l’ami wikipedia,  « la toxine botulique est utilisée en injections locales à faible dose pour provoquer des paralysies musculaires ciblées (muscles du front par exemple) afin d’atténuer temporairement les rides (pendant 5 à 6 mois). » Il conviendrait donc, sur la base d’un accompagnement dans l’emploi, d’anticiper sur l’écroulement aussi prévisible que brutal passé le premier semestre.

Une fois de plus, démonstration est faite que le travail d’insertion est long…

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