Psychomorphosociologie du piou-piou. Psychologie. 2/2.

Publié: décembre 9, 2009 dans 1

Suite et fin du parcours épistémologique et heuristique du piou-piou missionem locus vulgaris. Après l’éthologie, le signifié psychologique du piou-piou qui, de toute évidence, repose sur une double représentation, protection et évolution.

1. Protection…

De la protection, on dira sans risque qu’elle bénéficie d’une (ou joue sur une) ambiguïté, le message émanant du piou-piou mais, en fait, lui étant rétroactivement destiné : l’émetteur (piou-piou) s’adresse à un récepteur (institution, financeur…) avec le dessein d’un feed-back protecteur. Ce qui permet de spécifier la fameuse sentence de Mac Luhan « Le message, c’est le médium » en « Le message, c’est le piou-piou ».

Faiblesse…

Derrière le signifiant de la douceur (duveteux, etc. cf. « Éthologie. 1/2), le signifié pourrait simplement s’exprimer en supplique : « je suis faible, ne m’en voulez pas, aidez-moi. » On ne serait à ce moment guère éloigné d’une problématique hégélienne du maître et de l’esclave, le second (servus ou ancillus) consolidant les conditions pérennes de son aliénation sur la base d’un argumentaire où une agression à son encontre n’éviterait pas d’être traduite en lâcheté, subséquemment se retournerait contre l’agresseur (magister). Sous la faiblesse affichée (signifiant), le message subliminal (signifié) est la culpabilité, sorte d’hypothèque pour maintenir un statu quo certes inégalitaire mais d’une oppression mesurée, en tout cas suffisamment calibrée pour être acceptable plutôt que de risquer le pire. Simplement, dirons-nous, la faiblesse protège.

Cette stratégie est renforcée par une psalmodie systématiquement déclenchée dès lors que le piou-piou entre en relation avec un individu d’une autre espèce (le formator simplus, l’agens polus labor – issu d’un récent franchissement inter-espèces, sinon contre nature du moins problématique, entre l’agens anpus et l’agens assedicus, etc. – 1) : le piou-piou piaille « partner », vocable dont l’origine remonterait (selon les études les plus récentes) du « latin partitio qui, en ancien français, a produit parçon : « partage, séparation, butin ». Après un détour anglo-saxon, parsener revient en France avec un « t », partner, sous la signification de « personne associée à une autre ». Partis d’une séparation, on aboutit à une association avec cependant la particularité que celle-ci relie des entités demeurant singulières. » (2) A la décharge du piou-piou, il faut noter que cette subtile stratégie d’alliances a été contrainte par plusieurs menaces qui ont pesé depuis un quart de siècle sur l’espèce selon un modèle métronomique d’attirance – répulsion ou louange – réprimande, une succession d’activations et d’inhibitions génératrice de stress pour le système psychique du piou-piou. Parmi ces facteurs stressants, l’évaluation apparaît comme le plus récurrent, souvent relayée par le chef de meute qui corrèle sur la base totémique de « P3 » (acronyme vernaculaire dont la traduction est malaisée) résultats et subventions. Ce darwinisme social produit logiquement par élimination un turn-over (le piou-piou rejoint polus labor, par exemple) et par érosion un infléchissement de l’élan vital : le piou-piou se replie alors sur son bureau-nid, éprouve des difficultés à s’investir dans les rites tribaux (« pot de départ », « repas de fin d’année »…), etc.

Sirop…

Un autre registre de protection, cette fois dans la seconde perspective qu’est le jeune (fréquemment identifié comme « usager »), vise à rassurer, à enrober d’humanité l’inévitable travail (du latin tripalium, « instrument de torture ») d’inculcation de normes, de contraintes et d’injonctions… Le langage piou-piou, de tradition orale – tribale, peu codifié (quasi-absence de corpus théorique stabilisé), regorge ainsi de mots-valise tels que « vécu », « ressenti », etc. dont l’imprécision n’a d’égale que leur double consensus, d’usage et de signifié, correspondant à la revendication d’une appartenance, pour l’usage, et, pour le signifié, d’une posture onctueuse flirtant avec le sirupeux, incitant à sucer la suavité des mots susurrés (« projet de vie », « plateforme de vocation »…) pour mieux déglutir (« secteur en tension », « allocation conditionnelle », « respect des engagements »…).  Qui bene amat, bene castigat

A l’observation, le langage piou-piou s’exprime dans un spectre lexical relativement restreint recouvrant, d’une part, des locutions récurrentes telles que « projet », « insertion », « durable », « accompagnement », etc. et, d’autre part, des acronymes : le piou-piou fait en effet son miel de ces derniers (« CIVIS », « PPAE », « PMP », « TRE », « FIPJ », « FDAJ »…), son cri de ralliement (journées professionnelles, par exemple) est « AIO » et toute tentative de communication avec lui s’en dispensant est condamnée à l’incommunicabilité. Par ce qu’il exprime, ce langage vise donc à clore le périmètre identitaire de la tribu des piou-piou, parfois sur la base d’objets transitionnels (Parcours…) seuls connus des vrais initiés, et à conforter une représentation humanisante dont une locution particulière fait office de liant, la « proximité » : le piou-piou est à l’écoute (nécessairement proche), appelle à se confier (il faut se rapprocher), garantit une « offre de proximité », etc. Cette « proximité » joue en quelque sorte le rôle d’antidote vis-à-vis de plusieurs distances (générationnelle, institutionnelle, statutaire) susceptibles de contrarier l’essentiel de l’activité du piou-piou, la socialisation des jeunes : « La proximité est alors la matrice dans laquelle se fabrique l’alchimie du projet et se noue le contrat. » (3). De la sorte, si le piou-piou s’inscrit dans un cadre institutionnel, la distance étant à ce moment (si l’on se réfère à E.T. Hall, La dimension cachée, {1966} 1978, Seuil) « publique », la praxis – fortement orientée par un tropisme psy – renvoie à une distance « intime » qui s’exprime dans – locution elle aussi récurrente – « l’individualisation », s’épanouissant dans l’alcôve-nid-bureau et dont l’engrais est l’entretien en face à face. De là, l’éthologue comprendra sans peine les résistances au collectif dès lors que celui-ci nécessite de dépasser le romantisme social pour traiter la « question sociale » de façon désenchantée mais également dialectique et avec une visée émancipatrice – l’Acteur – qu’on ne peut réduire à l’épanouissement du Sujet. Contrairement à d’autres espèces voisines, singulièrement l’animator socius culturalis ou l’animator domus (fjtéus), le piou-piou vulgaris de mission locale résiste au collectif. Ainsi, symptomatiquement, l’entretien ne connaît pas d’abréviation alors que l’information collective est abrégée, amputée, raccourcie, castrée en « infocol ».

2. Évolution…

Comme nous l’avons déjà indiqué, le piou-piou est en devenir, le sommet ovoïde de son crâne symbolisant particulièrement une fusée : la fusée clouée au sol (terrestre ou lunaire) est sans intérêt, elle n’est légitime que lors de sa trajectoire, nom commun en langage piou-piou. De facto, si le piou-piou a les pieds sur terre (paradigme du commissaire aux manches retroussées et plongé dans la glaise), sa tête aspire aux étoiles (paradigme du yogi en bure et aux mains propres). On peut, pour s’en convaincre, revêtir un piou-piou d’une veste à carreaux rouge et blanc (de tempérament conciliant, il se laisse généralement faire ; si ce n’est le cas, l’instrumentaliser) : la similitude entre le volatile travesti et la fusée d’Objectif Lune (Hergé, 1953, Casterman) n’échappera à aucun exégète tintinologue. D’où un étirement permanent, plus proche de l’écartèlement que du stretching, Le piou-piou évolue donc dans un entre-deux, métaphoriquement terre et lune, père et mère, feu et eau, piment et confiture, bricolage et repassage, etc… qu’il justifie d’ailleurs volontiers, dès lors qu’on l’interroge, par un processus dit d’« approche globale ».

Mais quels sont respectivement les ingrédients de cet entre-deux ? On pourrait à ce moment solliciter Piaget, ornithologue reconnu pour ses travaux sur les stades du développement, singulièrement en positionnant le piou-piou au « stade des opérations formelles », la pensée formelle qui se construit à ce stade permettant en effet l’établissement de relations entre la réalité et la possibilité. Un indicateur semble valider cette hypothèse, dont on rappellera qu’elle recouvre le dernier stade de la pensée, le moment où l’intelligence acquiert sa pleine maturité : une large partie de son discours se fonde en effet sur la négociation entre les ressources et les contraintes, ainsi que sur une partition équilibrée entre le « social » (objet d’attraction) et l’« économique » (objet de rétractation). Mais, quoique autrichien,  c’est plutôt sur un autre ornithologue que l’on recommandera de s’appuyer, Sigmund Freud. Dans sa proposition des stades de l’évolution libidinale, ce personnage peu connu, énigmatique et probablement obsédé sexuel, faisait se succéder l’oral, l’anal, le phallique et le génital. Sans contestation possible, la typologie du stade oral colle au piou-piou telle la vérole au bas-clergé puisque l’alimentation y joue un rôle prépondérant, de la succion à l’ingestion. De la succion, on a vu qu’elle était caractéristique de l’entretien en face à face, à la façon de l’excipent sucré (empathie, projet de vie) qui camoufle l’amertume médicamenteuse (« au boulot ! eksasote ! »). Quant à l’activité de nutrition, s’exprime et s’organise la « relation d’objet » avec la mère-institution, marquée par les notions de « manger » (obtenir une subvention) et d’« être mangé » (être absorbé par la MdE, thème picard aussi récurrent que la betterave – en un mot – et les cathédrales) : l’analogie avec l’ambivalence des relations (qualifiées d’hégéliennes) avec les autres espèces (financiarius radinus , polus labor, etc.) est patente, révélatrice qu’une pulsion d’autoconservation régulièrement stimulée par le système permanent d’injonctions contradictoires (cf. supra). Ajoutons qu’une démarche d’observation participante en milieu naturel de piou-piou confirme ce caractère d’oralité : il n’est pas rare que biscuits, viennoiseries, boissons sucrées circulent lors des réunions de travail. Ce qui, accessoirement, permet d’apprécier la qualité des mastications.

Cette psychomorphosociologie du piou-piou n’est ici qu’esquissée. Il appartient à chacun de la poursuivre, de l’affiner, de traquer dans les recoins, sous le tapis, derrière le tableau, sur la dernière étagère (des livres exposés qu’on ne lira jamais), les réponses aux nombreuses questions soulevées. Ainsi piou-piou 44 interroge-t-il : « J’ai une question sur l’origine des piou-piou (je ne sais pas si piou-piou devient pious-pious au pluriel ou reste invariable ou plus si affinité). Serait-il (elle majoritairement !) issu d’un croisement génétique mal maîtrisé entre l’AS (assistantus socialus genericus), l’éducateur spécialisé (celui-là, je n’ai pas son origine latine non plus) et l’animateur socio-culturel (homo educatus populus) ? J’ai mon petit avis sur la question mais j’aimerais avoir le vôtre, chers amis Piou-Piou ! »

Je laisse le soin aux piou-piou vulgaris de répondre, apportant toutefois une précision d’ordre grammatical : le piou-piou, par définition singulier et modeste, ne prend pas de « s » même au pluriel, ni de majuscules.

C’est ainsi.

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commentaires
  1. pioupiou44 dit :

    Afin de partager au mieux ces morceaux d’intelligence collective, il pourrait être intéressant que les textes de ce site soient placés sous licence creative commons : http://fr.creativecommons.org/contrats.htm
    ce sont des licences libres dédiées aux conditions de partage

    ceci permettrait à d’autres sites (ou à des piou-piou désireux de piocher)de reprendre les textes (tout ou partie)
    enfin ce n’est que mon avis de piou-piou imbibé de culture informatique libre …

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