Agacement

Publié: décembre 8, 2009 dans 1

Label n’est pas que de Cadix…

Sur son site Emploi et Création, Benoît Willot annonce que « La maison de l’emploi de Perpignan a obtenu, en octobre 2009, le label « Diversité » de la part de l’Afnor, l’organisme de normalisation chargé de la gestion de ce titre. »

« Le label Diversité est « le témoignage de l’engagement des organismes en matière de prévention des discriminations, d’égalité des chances et de promotion de la diversité dans le cadre de la gestion des ressources humaines. »

Pour obtenir ce label, les entreprises ont du répondre aux dispositions d’un cahier des charges basé sur cinq domaines obligatoires : état des lieux de la diversité dans l’organisme ; politique en matière de diversité ; communication interne, sensibilisation, formation ; prise en compte de la diversité dans les activités de l’organisme ; évaluation et axes d’amélioration de la démarche diversité.

On comptait, après la réunion de la dernière commission de labellisation le 5 novembre 2009, 25 titulaires en France, principalement de grandes entreprises comme Vinci, PSA Peugeot Citroën, Axa ou BNP Paribas. Mais il y avait également une mission locale (celle de Reims) et une école de commerce (Sup de Co Montpellier). Ils représentent plus de 500 000 salariés. »

Quand t’es dans le désert, depuis trop longtemps…

Voilà déjà quelque temps que je tente de promouvoir ce type de label pour les missions locales mais, à ma connaissance, sans guère de succès (lire « Buzz et égalité hommes-femmes » du 4 janvier 2009), exception faite de la mission locale de Reims (je connaissais sa certification ISO 9001 mais ignorais celle de la diversité) et d’une mission locale que je ne citerai pas – disons simplement qu’elle correspond à une capitale régionale bretonne – aujourd’hui engagée avec son projet associatif de structure dans un « Agenda 21 » (déclinaison à l’échelle d’une entité, un territoire ou une entreprise, des engagements du Sommet de Rio – 1). Peut-être – ce serait une bonne nouvelle – d’autres missions locales s’y sont mises… à voir.

« Ce type » parce que, à la norme NF X-50-184 « Promotion de la diversité », on peut ajouter le « Label Égalité », lui aussi certifié par l’AFNOR, et comme indiqué un « Agenda 21 » : « Sauf erreur, pas une mission locale (sur presque 500) ne dispose du « Label Égalité » (www.femmes-egalite.gouv.fr ), pas plus d’ailleurs ne sont engagées dans la norme AFNOR NF X50-784 « Promotion de la diversité » dont l’avant-propos devrait pourtant rencontrer un écho favorable : « Promouvoir la diversité et prévenir toute forme de discrimination directe ou indirecte : tels sont les deux objectifs de la norme. Et ces deux impératifs s’affirment complémentaires, indissociables et synergiques. » J’ajoutais il y a un an : « Promouvoir à l’échelle nationale, via la branche professionnelle, le Label Égalité et/ou cette norme serait donc bienvenu. »

Embringuées…

De façon patente, les missions locales ne sont pas (plus ?) à l’avant-garde de ces démarches et cela apparaît symptomatique d’une position vis-à-vis de l’innovation qui relègue celle-ci comme simple et hypothétique conséquence d’un stimulus, réponse à une incitation externe (expérimentations Hirsch, projets Dexia…), et non comme mouvement endogène. On connaît par avance les réponses : manque de temps, nécessité de satisfaire aux objectifs quantitatifs des CPO et autres commandes publiques PPAE, PRDF, etc. Tous ces arguments ne sont pas infondés… mais ils révèlent une course en avant programmatique dans lesquelles les missions locales sont embringuées et dont, inévitablement, elles paieront à terme le tribut. Car, sinon la question, du moins une question importante, est bien celle de la capacité d’innovation des missions locales, cette dernière n’étant pas une option mais un « devoir » selon les termes de la Charte de 1990. Faut-il, d’une part, archiver cette Charte pour au moins éradiquer l’accusation d’imposture et, d’autre part, au-delà de ces arguments récurrents, rechercher d’autres causes ? On pourrait sans risque d’erreur avancer, à doses variables, l’absence de soutien national et de promotion des normes de responsabilité sociétale, la non-inscription de ces problématiques dans les programmes régionaux de formation hors la perspective pédagogique vis-à-vis des usagers, le management des structures, tout simplement l’ignorance de ces labels.

A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence…

Et pourtant, et pourtant… « l’urgence du sens » – la professionnalité – est bien là pour les piou-piou. Perceptible, elle est brûlante… avec deux scénarii : enflammer (conflit) ou consumer (repli). L’urgence de communication est aussi là : les entreprises, elles, connaissent parfaitement l’AFNOR, les certifications, et disposer d’une telle labellisation constitue incontestablement un atout dès lors que, conformément au principe de l’approche globale, on veut tordre le coup à ce serpent de mer qu’est la relation au monde économique. Comme on écrit pour son lecteur, on communique pour son interlocuteur, avec des mots qui signifient pour lui quelque chose.

Oui, bien entendu, on peut progresser – et même on le doit – à coups de « chargés de relations entreprises » et d’équipes dédiées mais le crédit se gagne sur l’identité et sur la distinction : être assuré de ce que l’on est, stable sur ses fondements (« droit dans ses bottes » disait Juppé), et s’extraire du train-train. Tout cela renvoie à un « état d’esprit » qui soit un terreau favorable de l’innovation, qui revendique malgré et avec la commande publique l’autonomie associative pour qu’une mission locale soit un partenaire (une dialectique et des acteurs) et non un exécutant (un opérateur et des « agents » – c’est ainsi que sont identifiés les professionnels dans les « CRA », comptes-rendus d’activité). Passer du programme au projet, du pluriel au collectif, de l’exécution à l’imagination… Tout cela renvoie à un travail – un effort – de recherche et développement, d’essaimage et de partage. La comptabilité n’est qu’une transcription arithmétique du projet, subordonnée à celui-ci. Outil, elle ne peut ni ne doit en tenir lieu mais, par contre, une comptabilité intelligente devrait systématiquement valoriser en investissement la réflexion et l’innovation. Là encore, on en est loin… sauf erreur qui ne demande qu’à être comblée.

Si certains ont cru déceler une dose d’agacement, pour reprendre le terme de Serge (« Synami : réponse. Argumentée », 2 décembre 2009), ils n’ont pas eu tort. Qu’une maison de l’emploi obtienne la certification « Diversité » est une bonne chose pour elle. Que les missions locales soient étrangères à cette démarche et d’autres concomitantes (2) est une mauvaise chose pour elles.

Enfin, ce que j’en dis…

(1) En théorie, un « Agenda 21 local » concerne une collectivité mais, sous la dénomination de « responsabilité sociale de l’entreprise » (RSE), ce sont exactement les mêmes thématiques qui sont abordées. Toutefois des entreprises telles qu’EDF ou Edena (embouteillage d’eau à la Réunion) s’affichent sous le label « Agenda 21 », cette dernière cumulant les certifications : ISO 9001 en 2000, ISO 14001 en 2002, 1er Prix national du management environnemental du Ministère de l’Écologie et du développement durable en 2003… Le « Livre Vert » (là encore) de la Commission des Communautés Européennes, Promouvoir un cadre européen pour la responsabilité sociale des entreprises (juillet 2001) définissait ainsi la RSE : « Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir « davantage » dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes. L’expérience acquise avec l’investissement dans des technologies et pratiques commerciales écologiquement responsables suggère qu’en allant plus loin que le respect de la législation, les entreprises pouvaient accroître leur compétitivité. L’application de normes sociales dépassant les obligations juridiques fondamentales, par exemple dans le domaine de la formation, des conditions de travail ou des relations entre la direction et le personnel, peut également avoir des retombées directes sur la productivité. C’est ainsi que s’ouvre une voie permettant de gérer le changement et de concilier le développement social et une compétitivité accrue. »

(2) La certification en ISO mériterait une réflexion plus approfondie, une dizaine environ de missions locales en bénéficiant. C’est incontestablement un label qui répond au besoin de communication en direction des entreprises. C’est aussi, généralement, une démarche « lourde », structurée et structurante, qui peut améliorer sensiblement « l’assurance de la qualité » et le professionnalisme… mais qui peut générer un fonctionnement bureaucratique.

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commentaires
  1. Docinsert dit :

    Oserais-je fouiller (encore) dans mes archives… allez, j’ose :

    Qualité des services de l’information jeunesse
    (AFNOR BP X 50-745, novembre 2006)
    http://www.drdjs-languedoc-roussillon.jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/pdf/ReferentielBonnesPratiques.pdf

  2. rbeaune dit :

    Un réfractaire à l’idée de normes…
    Pourquoi : j’ai connu les premières « importations » de la notion de qualité en provenance des Etats-Unis à la fin des années 1980… Si le concept est bon, si la réflexion est excellente et nécessaire, le cheminement bureaucratique m’apparaît comme un frein à l’innovation et à la prise de responsabilité…
    Mais je me méfie tout autant des « tartes à la crème » : la responsabilité sociale des entreprises dans laquelle se réfugie les grands groupes tout en licenciant leurs personnels pour des motifs de crise, la relation aux entreprises qui apparaît comme une révélation comme l’est la prose pour le Monsieur Jourdain du Bourgeois gentilhomme, le refuge de la discrimination pour oublier qu’il y a de trois à cinq millions de chômeurs… et donc trois à cinq millions de discriminés… Notre société a besoin de retrouver une cohésion où chacun peut trouver sa place… Un Plan se termine… Qui va en évaluer les résultats?

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