Le tour du monde en trois pages

Publié: novembre 30, 2009 dans 1

Corbeil Essonne…

Le numéro 74 du 26 novembre 2009 de la publication électronique du Synami, Synami-flash, appelle à soutenir un amendement de la commission des finances du Sénat proposant d’allouer 150M€ supplémentaires à l’insertion des jeunes au travers des missions locales, pour 100M€, et du fond d’insertion professionnelle des jeunes (FIPJ), pour 50M€. Les arguments ne manquent pas… y compris au titre de l’égalité de traitement entre « partenaires » puisque « Pôle Emploi c’est un financement de 3 550 M€ pour 46 000 salariés et pour 4 millions de demandeurs d’emploi, alors que la ML/PAIO c’est 474M€ pour 11 000 salariés pour 1,2 millions de jeunes ». Soit, si l’on fait des ratios…

Côté jardin (Pôle emploi… tout est relatif, certes, quant aux délices bucoliques présumés du dit-jardin, voir La fusion pour les nuls ), 887 € par demandeur d’emploi, chaque agent ayant en charge 87 demandeurs d’emploi. Côté cour (missions locales), 395 € par jeune, chaque professionnel ayant en charge 109 jeunes. Effectivement, un hiatus visible à l’œil nu.

L’amendement du Sénat, s’il était adopté, correspondrait à une augmentation de 30% des subventions actuelles de l’Etat et le Synami, qui ne recule pas devant la métaphore cycliste, souligne à juste titre que ce « changement de braquet donnerait réellement les moyens aux missions locales d’être le pivot de l’accompagnement ». Notons que le rapporteur de la commission n’est autre que Serge Dassault qui déclare « A côté des dispositifs de contrats aidés, le financement des actions dirigées vers les publics les plus en difficultés demeure relativement modeste pour ce qui concerne l’accompagnement renforcé des jeunes vers l’emploi » Le même Serge, fils de Marcel dont le coffre-fort s’est en grande partie rempli sur la vente d’armes et qui est la 7ème fortune de France, toujours rapporteur spécial du budget de l’Emploi, déclarait le 19 juin dernier, qu’il était « anormal » que l’Etat aide les chômeurs, « des gens qui ne veulent pas travailler » et suggérait de « réduire carrément les aides… » Pas gêné pour un sou ou un euro – édile prodigue en l’espèce et en espèces pour les électeurs, ce qui lui a valu son fauteuil de maire de Corbeil Essonne – il ajoutait :  « Le problème n’est pas seulement de trouver de l’emploi mais aussi que l’assistance et les aides diverses aux chômeurs sont trop élevées, à mon avis, pour qu’ils aient une certaine envie de travailler ». Si certains d’entre vous décèlent une cohérence entre juin et novembre, leur éclairage serait un réel soulagement.

Cogestion…

Par ailleurs, dans cet article le Synami anticipe sur la tentation de certains autres financeurs : « Il serait en particulier catastrophique que si l’une des parties, en l’occurrence l’Etat, augmente ses financements, d’autres les baissent dans le même temps ! » Pas faux ce syndrome des vases communicants. Rappelons que « Le financement de l’Etat prend en compte l’ensemble de l’offre de service de la mission locale, aux côtés des autres financeurs publics, notamment des collectivités territoriales, dans une logique de cohérence et de complémentarité de l’action publique en faveur des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle et sociale. » (circulaire DGEFP n 2007-26 du 12 octobre 2007). En principe, l’Etat ne doit pas subventionner au delà de 50% pour la part du financement structurel dit « FAP » (financement de l’activité principale). Or, pour certaines missions locales, le financement étatique frôle les 50% : une augmentation conséquente appellerait en théorie que les collectivités territoriales ajustent à la hausse leurs subventions… ce qui, compte tenu de leurs finances, ne semble pas aller de soi… A suivre.

Mais le Synami écrit également « Si ces moyens étaient enfin dégagés, le Synami-CFDT appellerait à la construction d’un plan de « montée en charge » pour les ML, démarche nécessaire pour réussir un tel changement d’échelle »… qui, à défaut d’être précisé, laisse par contre plus circonspect. Qu’un syndicat soutienne et promeuve un projet parlementaire qui, s’il aboutissait, donnerait plus de moyens aux structures où travaillent ses adhérents est logique ; qu’il s’engage à « construire un plan de montée en charge » paraît plus étonnant car, sauf erreur d’interprétation, cela revient à ce que le syndicat cogestionnaire garantisse sa participation au management des structures, au regard de l’augmentation corrélative de la charge de travail. Bizarre, quand même. Avec le risque d’immiscer un « n » entre le « co » et la « gestion ».

Experts de l’emploi…

Coïncidence avec l’article « Entreprendre la relation entreprise », Benoît Willot, sur son site Emploi et Création, nous informe que « La région Île de France propose aux acteurs de l’emploi de suivre gratuitement un cycle de formations et d’échanges de pratiques sur la « relation entreprises ». Le programme s’inscrit dans le cadre du plan régional Emploi et territoire… » En substance, il s’agit de former des « experts de l’emploi » disposant de la connaissance des pratiques de recrutement et des métiers proposés sur le territoire. On en saura plus en allant sur le site de Benoît. Ces, oui, experts – je plaide pour que la notion de « référent » demeure attachée au jeune et celle d’« expert » à un domaine –  « doivent devenir capables de convaincre les entreprises de recruter les publics qu’ils servent. » Bonne initiative. Si je ne m’abuse, il y a quelques années beaucoup de programmes régionaux avaient proposé cette même formation.

Monaco, DoubaÎ…

J’ai évité les nombreux commentaires – chaleureux, imaginatifs – à la suite de l’intention de clore cette tribune. Je rapporte celui-ci qui arrive après la « reprise » (the show must go on…) et, donc, trouve sa réponse. C’est Stéphanie. Qui n’est probablement pas de Monaco tout en étant sympa. D’autant plus que j’étais assez loin d’imaginer que ce blog permettait de « se sentir inclus dans la mondialisation ». De là à s’écrouler aussi rapidement que l’émirat de Doubaï…

Stéphanie : « Alors là si je m’attendais. Pfff ! Un combattant comme vous! Abandonner maintenant? Et voilà ce qui arrive quand on profite et qu’on n’apporte pas sa contribution! Et je parle pour moi seule. Profiter de ce site, ah oui ! J’en ai profité dès que j’avais besoin ou envie de réveiller mes neurones engourdis d’incohérences avec chiffres à l’appui ou de me libérer des contraintes administratives quotidiennes des suivis en avalanche. Pour respirer comme je l’ai déjà lu ici, pour apprendre des trucs pour avoir une vision globale, un peu de recul, pour m’élever intellectuellement du « nezduguidon » {1} pour comprendre, pour savoir et avoir l’impression que je ne fais pas n’importe quoi.

Quand on travaille en milieu rural très isolé au milieu des champs et qu’on arrive sur le site plabbe.wordpress (c’est ce qui apparaît !) quel bonheur de se sentir inclus dans la mondialisation… Tout le monde a sa part d’exclusion et le problème de l’exclusion n’en est plus un vu que tout le monde est presque exclu aujourd’hui donc nous devrions enfin pouvoir parler des problèmes de l’insertion (et pas des jeunes a problèmes, bien sûr) mais c’est pas gagné. Comme je compatis à ce sentiment de manque de partage et de contributeurs qui vous décourage mais comme je vais regretter ces moments que je volais à mon planning surchargé pour me rassurer sur un travail de qualité que je m’obligeais à tenir. Quel prétexte vais-je trouver à présent ? «On peut pas le faire un peu plus long, le blog, Mr Philippe Labbe ?»

Burkina Faso…

C’est beau, c’est juste, ça s’appelle « Le jour et la nuit » et c’est un extrait du livre de Françoise Héritier, une femme savante, engagée, Une pensée en mouvement (2009, Odile Jacob). Françoise Héritier est professeure honoraire au Collège de France, titulaire à la suite de Claude Levi-Strauss de la chaire d’anthropologie.  « … dans toutes les sociétés humaines, une corrélation est établie entre les divers mondes et il n’y a pas de frontières stables séparant le biologique du cosmologique et du social. Les actes effectués dans un registre peuvent avoir des conséquences dans un autre. Ainsi, en pays samo {2}, on ne peut pas faire pendant la saison des pluies (l’hivernage) le sacrifice de la puberté d’une jeune fille : cela impliquerait une coïncidence de flux d’humidité, ce qui le mettrait en danger d’hémorragie permanente, donc de stérilité. Ce qui revient à dire qu’une action sociale, dans un temps cosmologique particulier, peut avoir des conséquences dans le domaine biologique. De même que les actes sociaux, mais aussi biologiques, peuvent avoir des conséquences météorologiques. Par exemple, l’inceste, dans de nombreuses populations, est censé conduire à l’assèchement, c’est-à-dire à la stérilité des personnes elles-mêmes mais aussi à la stérilité de la terre, des troupeaux, ou, à l’inverse, à de grandes perturbations atmosphériques, climatologiques : des raz-de-marée, des inondations. Il n’existe donc pas dans l’esprit de frontières infranchissables entre les trois mondes, biologique, social et cosmologique. Prenons d’autres exemples, plus proches de nous, à partir d’usages ou de locutions tout à fait ordinaires. Quand on dit que faire du tintamarre ou chanter faux fait pleuvoir, cela implique une corrélation de ce type : la « fausseté » déclenche un déséquilibre atmosphérique. Si une femme qui a ses règles ne peut réussir la mayonnaise, c’est qu’il y a aussi, sous-entendue, une corrélation du même type. L’explication, par l’homme, des données sensibles qu’il observe renvoie à l’idée que tous ces registres sont joints. Cela implique évidemment des règles de transfert d’un monde à l’autre. » (p. 374). Ce que Françoise Héritier nous dit, à partir d’une perspective anthropologique, est aussi ce que dit Edgar Morin à partir d’une autre perspective philosophico-sociologique lorsqu’il pose le « principe hologrammique » : « Un hologramme est une image où chaque point contient la presque totalité de l’information sur l’objet représenté. Le principe hologrammique signifie que non seulement la partie est dans un tout, mais que le tout est inscrit d’une certaine façon dans la partie. Ainsi, la cellule contient en elle la totalité de l’information génétique, ce qui permet en principe le clonage ; la société en tant que tout, via sa culture, est présente en l’esprit de chaque individu. » (La méthode 6. Éthique, 2004, Seuil, p. 235). Si cela ne vous rappelle pas quelque chose comme l’approche globale, holistique, dans le petit monde de l’insertion…

Paris…

Autre contribution, cette fois de mon petit et parisien frère (le plus malin de la famille) qui typologise les blogs : « Je vais décevoir. Il m’est absolument impossible d’apporter ma contribution à ce blog. J’ai envie de dire : ce n’est pas très grave. Ni pour moi, ni pour lui. En même temps, j’ai envie de dire : dommage ! A vrai dire, il y a sans doute deux types de blog : les érudits-didactiques et les simples curieux-questionneurs. La forme du blog, avec ce qu’elle sous-tend (ou ce qu’elle attend), c’est à dire la multiplicité (quantitative et qualitative) des correspondances, une contraction du temps, est-elle compatible avec la première forme ? Je n’en suis pas certain. La première forme me parait « condamnée » à rester dans une confidentialité d’averti, et s’exclure d’une curiosité d’amateur. Le blog est une forme de correspondance de notre temps ; et donc il ne faut pas en négliger l’aspect – forcément – superficiel ! Hélas ? » On peut toujours aller fureter sur son blog à lui, « érudico-curieux » et « didacto-questionneur ». Quant à la déception annoncée, elle n’est qu’une forme de la frustration qui, on le sait, est le moteur de l’intelligence.

A suivre…

{1} J’orthographie « lenédanleguidon » mais, sous réserve de validation par la Coupole, le « nezduguidon » est acceptable.

{2} Le pays Samo est au Burkina-Faso. A ce propos, j’ai le plaisir d’accueillir dans la collection « Les Panseurs Sociaux », chez Apogée, un ouvrage de Michel Gauchard Semences d’aujourd’hui, Compétences de demain, qui, contant une expérience de co-développement précisément au Burkina-Faso, sera édité d’ici quelques semaines. J’en dirai plus bientôt. La maquette pour mettre en appétit.

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