Archives de octobre, 2009

#jeansarkozypartout. Suite.

L’affaire enfle, chahut dans l’hémicycle. Espérons qu’elle ne dégonfle pas et que la décence l’emportera. Jean Sarkozy s’exprime sur France 3. L’argumentaire du laborieux étudiant en droit relooké (cheveux châtains et courts, lunettes…) repose sur deux arguments : il est élu par le scrutin populaire et il demande à » être jugé sur actes ».

Rappelons que, après avoir lâché en cours de route David Martinon, candidat à l’élection municipale de Neuilly-sur-Seine, Jean Sarkozy s’est présenté à l’élection cantonale (Neuilly-Sud) qu’il a emporté au premier tour, avec 51,9 % des suffrages. Pour mémoire, Neuilly-sur-Seine est l’une des communes françaises où la richesse moyenne par habitant est la plus forte : en 2006, l’Insee classait Neuilly sur Seine au 3e rang pour le revenu fiscal médian par ménage, 40 669 €. Faut-il préciser qu’à Neuilly les scores de la gauche la plus tempérée correspondent à ceux qu’obtiennent en France les listes les plus radicales ou fantaisistes ? En d’autres termes, se présenter à Neuilly sous la bannière UMP, qui plus est avec l’onction du père, et remporter une élection avec tout juste un plus que la majorité absolue des voix, est une piètre performance, sinon une contre-performance. Après, on le sait, le peuple n’a plus grand chose à dire et ce sont les appareils – pour l’UMP avec l’ombre du Commandeur – qui font ou défont les carrières. La font, bien sûr, pour le fils de…

Commandeur

Quant à être jugé sur actes, cela ne manque pas d’audace ! Pour deux raisons. La première est que cela implique de faire taire tout critique puisqu’il faudra attendre les résultats… ce qui signifie que cette pseudo-élection par un conseil d’administration aux ordres serait inévitable. La seconde est que les jeunes, les autres, ne demanderaient volontiers qu’une chose : être jugés sur actes… mais, précisément, cela leur est refusé… ou alors proposé à des conditions insensées de déclassement. Pourquoi l’un arguerait-il qu’on ne peut le juger sans préalablement lui avoir accordé un poste, qui, de toute évidence, dépasse ses compétences, si les autres ne peuvent procéder de la même façon ? Il serait donc souhaitable, au titre de l’égalité de traitement, que tous les jeunes aillent dès demain dans les entreprises, s’installent tout de go, tant qu’à faire, dans les bureaux les plus spacieux, et calment les toujours possibles – les gens sont mesquins – récriminations : « vous nous jugerez sur actes ». Plus tard. Bien plus tard. Demain, on rasera gratis.

350px-Logo-Canard-Enchaine-1« La politesse est plus généreuse que la franchise, car elle signifie qu’on croit à l’intelligence de l’autre », disait Roland Barthes. Qui est mort écrasé par un autobus le 26 mars 1980. Manifestement, il n’a pas été lu ou, alors, il a été oublié. Reste l’hebdomadaire palmipède.

« Connard ! »

fadela_amara1C’est dans Le Canard enchaîné de la semaine dernière et ça s’appelle « Fadela et le connard ». On y lit : « Vexée de ne pas avoir été invitée à la présentation du « plan banlieue » par Nicolas Sarkozy, la secrétaire d’Etat en rejette la responsabilité sur le haut Commissaire ! « Quand je pense que je n’ai pas été invitée à la présentation du plan jeunesse, et que cet espèce de connard d’Hirsch y a fait la vedette, ça m’énerve, et je l’ai dit à Sarko. Ce connard, il a préparé son plan sans me consulter, sans s’occuper des jeunes dans les quartiers. Il ne bosse pas en interministériel. Et je vois bien que la politique en direction de la jeunesse, ça ne bouge pas. »

« Salope ! »

imagesSous le titre « L’UMP perd ses nerfs », le même Canard enchaîné, reprenant une information parue dans Le Parisien du 2 octobre, rapporte de doux échanges sur les bancs de l’UMP lors du dernier Conseil de Paris : « Elu du XIXè arrondissement et nouveau secrétaire départemental de l’UMP, Jean-Jacques Giannesini {par ailleurs, secrétaire général du CNML} a apostrophé sa collègue Roxane Decorte d’un aimable « Je vais t’écraser la gueule », suivi d’un tendre « Je ne savais pas que tu étais salope à ce point. » Giannesini accuse Roxane Decorte d’avoir raconté au « Canard » qu’il habitait toujours un logement social de la Ville de Paris malgré ses promesses solennelles de déménager. La direction du parti lui a emboîté le pas et annoncé qu’elle allait prendre des sanctions contre cette élue. Si l’UMP veut  sévir contre tous les élus de son groupe qui étaient au courant de cette affaire de HLM, la chasse aux « salopes » et autres « salauds » va faire des ravages. » Dans Le Parisien, Jean-Jacques Giannesini assume d’avoir dit « Si t’étais un mec, je te péterais la gu… »,

Et pour clore sur ce chapitre…

Je me faisais l’écho avant-hier de la défense de la même délicate secrétaire d’Etat, Fadela Amara, par son conseiller spécial Mohammed Abdi. On peut, pour l’édification, consulter wikipedia. Ou La République des Lettres. Ou encore L’Express.fr. Et apprécier.

Toujours le Canard et toujours ce contrat d’autonomie : « Coachs en toc pour jeunes de banlieue », un article signé d’Isabelle Barré. Inutile de tout rapporter, une histoire de tir et d’ambulance. Quelques extraits simplement : «… en un an, l’Etat a filé 34 millions à des «coachs» qui ont décroché un boulot – ou une simple formation – à 1 160 jeunes en tout et pour tout. {…} Le cahier des charges n’est pas trop contraignant : le jeune doit être reçu une fois par semaine. Et nos braves coachs n’ont pas besoin de se fouler : l’entretien peut durer une heure ou un quart d’heure. Quand il n’est pas virtuel : «Le préfet nous a autorisés à remplacer les entretiens par un «contact» par mail ou par téléphone», raconte un conseiller parisien. {…} A cette franche réussite s’ajoute une drôle d’arnaque. Chaque jeune signataire est censé toucher une bourse mensuelle de 300 euros pendant ses six mois de coaching. Sauf que la bourse est versée non par l’Etat mais par l’opérateur privé, qui la prélève sur les quelque 3000 euros qu’il empoche à la signature du contrat. Or ces philanthropes sont libres de la verser… ou non. Un entretien séché, et le coach peut sucrer la bourse du gamin et la conserver pour lui. La tentation existe : à Paris, où un collectif d’associations d’insertion a remporté le marché, près de la moitié des bourses n’ont pas été distribuées ! « Si on les verse en totalité, ce n’est plus rentable », lâche un conseiller.» Etc. Il y en a ainsi sur deux colonnes. Hélas.

Consultation des missions locales

Cliché 2009-10-13 19-20-29L’UNML vient de transmettre aux missions locales un courriel accompagné d’un questionnaire répondant au souhait de Martin Hirsch qui demande « aux représentants des Missions Locales de poursuivre leur apport aux travaux menés sur les questions de la jeunesse et de l’insertion sociale et professionnelle des moins de 25 ans. La délégation de l’UNML lui a confirmé la volonté des Missions Locales de continuer à être partie prenante des réflexions en cours comme de celles à venir.
Ainsi, des délégations de l’UNML participeront aux prochaines réunions de la commission de concertation sur la politique de la jeunesse (dont la séance de reprise est prévue le 14 octobre prochain), comme elles ont participé à l’ensemble des travaux qui se sont tenus depuis le début de l’année. A l’occasion des travaux qui s’ouvrent, le chantier portera principalement sur la définition précise et la traduction concrète des mesures annoncées le 29 septembre dernier par le Président de la République. Dans cette optique, il nous est donc apparu nécessaire de consulter l’ensemble des structures sur la question de leur positionnement et de leur apport dans la définition des mesures du plan « Agir pour la jeunesse ».
Les questionnaires devront être retournés avant le mardi 27 octobre 2009.

On reviendra plus tard sur les dix thèmes de ce questionnaire. Du Livre vert et du Manifeste.

Trombinoscope

Publié: octobre 13, 2009 dans Insertion/missions locales

Buzz…

L’exercice d’une nouvelle compétence, acquise certes avec beaucoup de temps mais néanmoins avec opiniâtreté, inclure des photos pour un blog moins janséniste mais plus « sexy » et plus « buzz », incite à en (ab?)user…

Pour les piou-piou de terrain…

Je saisis la bonne idée de l’ANDML qui vient de faire paraître le trombinoscope 2009 de ses administrateurs. Pour saluer ce grand saut qualitatif, on se contentera du Bureau de l’ANDML, puis de quelques figures nationales dont les noms sont connus dans le réseau sans pour autant que les piou-piou de terrain ne mettent nécessairement figure sur patronyme. De telle façon à ce que l’excentricité spatiale ne soit pas synonyme d’excentricité sociale.

Du côté de l’ANDML…

ANNIE JEANNEAnnie Jeanne, Présidente, Mission locale de l’Agglomération Rouennaise (Haute-Normandie)

GOUBARDJean-Michel Goubard, Vice-Président, Mission locale du pays d’Alençon (Basse-Normandie)

WEILSylvie Weil, Trésorière, Mission locale de Saint-Quentin en Yvelines et des environs (Ile-de-France)

C BEGUINOTChristine Béguinot, Secrétaire, Mission locale pour la Jeunesse de l’arrondissement de Reims (Champagne-Ardennes)

34 administrateurs, 20 régions…

Le Conseil d’Administration de l’ANDML, incluant ce Bureau, est composé de 34 membres présents sur 20 régions ; Aquitaine (Stéphane Coppel), Auvergne (Françoise-Paule Mathey), Basse-Normandie (Xavier Nabat et Jean-Michel Goubart, cité dans le Bureau), Bourgogne (Régis Barbier), Bretagne (Philippe Jourdan, Joseph Legrand), Centre (Marie Rondwasser), Champagne-Ardennes (Mokhtar Boughari et Christine Béguinot, citée dans le Bureau), Corse (Bernard Giudicelli), Franche-Comté (Didier Belli), Haute-Normandie (Pierre Le Saout et Annie Jeanne, citée dans le Bureau), Ile-de-France (Evelyne Barbier, Nathalie Boyer, Marie-Michèle Pisani et Sylvie Weil, citée dans le Bureau), Languedoc-Roussillon (Jean-Paul Bretel et Jean-Pierre Munich), Limousin (Jean-Marc Seijo-Lopez), Midi-Pyrénées (Anna Feldman et Monique Mandonnet), Nord Pas-de-Calais (Vincent Plovier), Pays de la Loire (Christophe Jean et Noëlla Lesiak), PACA (Armande Patron, Jean-François Rebiffé et Ibrahima N’Dao), Rhone-Alpes (François Gaudin, Rachid Oukrid et Enrico Riboni), La Guadeloupe (Max Laurent), enfin La Martinique (Jean-Michel Loutoby).

Les âpres négociateurs du dialogue social…

JP REVELJean-Philippe Revel, CGT

VINCENT PLOVIERVincent Plovier, CFE-CGC

SERGE PAPPSerge Papp, Synami-CFDT

Cliché 2009-10-13 09-28-41Michel Cappelletti, FO (fédération nationale de l’action sociale)

HOURIA KHATIRHouria Khatir, CFTC

En face de…

LEPINAYJean-Raymond Lepinay, président de l’UNML

Avis aux paparazzi : manque la photo de Christelle Tavares, déléguée générale de l’UNML…

Du côté de La Plaine Saint-Denis, le CNML…

PERRUTBernard Perrut, président du CNML

GIANESINIJean-Jacques Giannesini, secrétaire général du CNML

La composition du CNML a été présentée dans un article sur ce blog, « CNML : nouveaux élus. Enfin » (8 mars 2009).

Et voilà, c’est fait…


#jeansarkozypartout

Publié: octobre 12, 2009 dans Agit'Prop, Au gré des lectures

Hashtag…

Au hasard d’un divertissement à fureter sur le net, trouvé quelques commentaires sur ce qui s’appelle un « hashtag », c’est-à-dire un mot précédé d’un #, utilisé par la « communauté » des utilisateurs de twitter pour regrouper autour d’un sujet, d’un lieu. Quel mot ou, plutôt, quelle expression ? #jeansarkozypartout.

Cela tombe assez bien car, même si après le « plan jeunes » il serait malvenu de contester pour défaut de jeunesse la probable nomination à la tête de l’établissement public de la Défense (EPAD), en guise de stage de fin d’étude de deuxième année de droit, du « rejeton présidentiel au brushing sponsorisé par l’Oréal », il faut reconnaître que cette promotion fait tâche et népotisme, voire pour les grincheux est choquante, révoltante. Mais, avant d’en dire deux-trois mots, quelques propositions échangées par cette communauté techno-branchée…

« Jean Sarkozy va remplacer Didier Lombard à la tête d’Orange Stressée »

« Jean Sarkozy candidat à l’Académie française »

« Jean Sarkozy reprend le rôle de De Funès dans un remake de la Grande Vadrouille »

« Barack Obama annonce qu’il va quitter sa femme pour Jean-Sarkozy »

sayoxUn dénommé Bertrand Lenotre imagine que Jean Sarkozy servira de buste pour la future Marianne. D’autres annoncent que « Barack Obama remercie Jean Sarkozy pour son aide dans l’obtention du Nobel de la paix », Jean Sarkozy pourrait remplacer « Mitterrand démissionnaire » ou « Domenech »

Le site commente « A travers cette explosion de messages consacrés à Jean Sarkozy, on peut également y voir l’exercice de la liberté d’expression et la possibilité de critiquer le président, comme seuls le faisaient il y a peu de temps encore, les chansonniers ou les Guignols. En rigolant, en critiquant ou en s’offusquant, rassurés certainement pas le sentiment d’appartenance à un mouvement, nous profitons des bienfaits de la démocratie. Nous devenons acteurs et non spectateurs. Mais a-t-on pour autant conscience que certains de ces tweets valent, aujourd’hui encore dans certains pays, des condamnations lourdes ? Sait-on apprécier cette liberté ? »

Inégalité des probables

Sans doute, sans doute… Mais formuler ceci revient aussi, sous couvert du bénéfice du droit d’expression, au raisonnement selon lequel, puisque les « grands » peuvent être brocardés, l’essentiel serait là. Or ce n’est qu’une respiration, comme une aspiration brève lorsqu’on suffoque en fin d’apnée… et que l’on va replonger, retenir sa respiration. L’essentiel n’est pas là mais dans l’injustice faite aux autres, tous les autres, par la promotion d’un seul, l’inégalité des probables en lieu et place de l’égalité des possibles ou des chances : « Assurer l’égalité des chances, c’est être capable de discriminer les moyens, en fonction des mérites et en fonction des handicaps. Tel est exactement le défi auquel répond la discrimination positive : pour réaliser l’égalité des chances, il faut viser l’équité, c’est-à-dire distribuer les moyens en fonction des handicaps, en acceptant de ne pas donner à tout le monde la même chose. » Qui dit cela ? Nicolas Sarkozy, le père, dans un entretien avec Luc Ferry paru en 2005 dans l’ouvrage Pour une société de la nouvelle chance (1). Force est de constater que le ministre de l’époque, entre-temps devenu président, applique à la lettre sa leçon… sinon que la traduction n’est pas celle du commun des mortels. Pauvres naïfs qui croyions en une juste équité venant pondérer au bénéfice de ceux qui ont moins le risque d’une égalité dérivant vers l’égalitarisme ! « Distribuer les moyens en fonction des handicaps », c’est donner plus à ceux qui ont moins… de handicaps. Il suffisait d’y penser ! « Accepter de ne pas donner à tout le monde la même chose », c’est réserver à sa descendance siège et indemnités, ce qui, d’un strict point de vue syntaxique n’est pas contestable. Imaginer de donner plus à ceux qui, une nouvelle fois, ont moins est de l’interprétation, sinon de la pure idéologie. Ca rime mais il ne faut pas confondre syntaxique et dynastique.

Un sous-équipement intellectuel ?

Sur France Inter, dimanche en fin d’après-midi, quelques bretteurs rhétoriciens débattent de cette promotion. Dont Jean Balkany, paraît-il « parrain politique » du rejeton et, sauf inculture crasse, un des derniers personnages que l’on choisirait pour redorer le blason politicien. Son épouse, Isabelle du même nom et vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine, déclarait sur Europe 1 « J’aime tendrement Jean Sarkozy car je l’ai vu naître » – c’est dire la solidité de l’argumentaire – et protestait contre le « procès en sorcellerie » du malheureux filleul. Jean Balkany, flattant son maître en caressant son fils, avançait l’intelligence exceptionnelle et la puissance de travail non moins remarquable de ce dernier. Les faits têtus ne démontrent pourtant guère l’intelligence pas plus que l’acharnement au travail :  « A 23 ans, Jean Sarkozy, qui redouble sa deuxième année de droit, ne semble pas réunir tout à fait les compétences et qualifications requises pour un poste aussi important et… stratégique. » lit-on dans Métro (12 octobre). De deux choses l’une : ou l’étudiant n’étudie guère, ou l’étudiant ne dispose pas de tout l’équipement intellectuel nécessaire pour des études… à ce stade faiblement supérieures.

Naître et maître à Neuilly…

Or le même (NS), quelques pages plus loin de l’ouvrage cité (2), déclarait : « Cette philosophie est simple : si quelqu’un travaille plus que les autres, je veux qu’il gagne davantage que les autres. » Seule hypothèse possible si l’on ne veut mettre en doute la parole du président : certes, JS n’obtient pas de bons résultats universitaires mais sans doute travaille-t-il beaucoup, ce qui déductivement plaiderait pour le sous-équipement. Ce serait donc au titre de la compensation d’un handicap, voire du quota de 6% auquel sont soumises les entreprises, que le poste de la Défense lui serait confié. Dans ce cas, on comprend. D’autant plus que, même sans résultats, s’il travaille beaucoup il doit gagner beaucoup. Comme papa l’a dit et répété.

Quant aux jeunes diplômés master 1 et 2, des marginaux qui vont de stages en CDD avec la perspective du déclassement, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes et à être un peu responsables ! Si encore ils avaient fait l’effort de naître et d’être maître à Neuilly…

(1) La documentation Française, p. 291.

(2) id. p. 296.

Banque et rôle sociétal…

Sous le titre de « Signature d’un « contrat d’autonomie », BNP Paribas publie un communiqué original… Sans changer une virgule, promis…

« BNP Paribas Réunion a signé le 1er septembre 2009, un partenariat d’envergure avec la mission locale de la Réunion dans le cadre du dispositif « contrat d’autonomie ».

Ce dispositif est une mesure-phare du plan « espoir banlieue » {PL : on appréciera plus loin la toute relativité de cette « mesure-phare »…}. Il vise à accompagner les jeunes en marge du système qui rencontrent des difficultés à s’insérer dans le milieu professionnel. La mission locale rassemble à ce jour près de 10 000 jeunes dont 900 pourront bénéficier au titre de l’exercice 2009 et 2010 d’un contrat d’autonomie.

Cette convention trouve sa légitimité dans le fait qu’à ce jour, un nombre important de ces jeunes n’a pas accès aux services bancaires {PL : du fait de qui, sinon des banques ?} et sont par conséquent freinés dans la poursuite de leur insertion.

BNP Paribas dans le rôle sociétal qui est le sien {PL : sans rire} s’est naturellement positionné en précurseur afin de faciliter l’accès à ses services. BNP Paribas Réunion a ainsi mis en place une offre en phase avec les attentes de ses nouveaux clients et participe concrètement aux frais de ces jeunes en versant une subvention à la mission locale. »

On veut croire que BNP Paribas a signé une convention pour plus d’un seul contrat d’autonomie… simple question d’efficience et de cohérence avec un partenariat qualifié « d’envergure ». Reste à savoir avec quelle mission locale car « la mission locale de la Réunion » est à ce jour inconnue : il y en a quatre, cardinales (Nord, Sud, Est et Ouest) et autonomes associativement, dont trois impliquées dans le contrat d’autonomie (la mission locale Sud exceptée), la mission locale Ouest étant pilote. Si l’on considère les « 10 000 jeunes » cités, on en déduira que « la » mission locale serait celle de l’Ouest avec un nombre de jeunes en contact correspondant à quelques dizaines d’unités et dont le directeur Lilian Ah-Von (d’ailleurs promu comme « directeur de la mission locale de La Réunion ») indiquait sur Les Echos. fr, « Nous avons dû démarcher ces jeunes au pied des immeubles avec les associations de quartier, établir une relation de confiance. »

Quant au « rôle sociétal » de BNP-Paribas, on ne peut que se féliciter de cette grâce soudainement révélée sur son Chemin de Damas. Il y a à peine plus d’un semestre, en janvier 2009, sa banque de financement et d’investissement (BFI) annonçait une perte avant impôts d’environ deux milliards d’euros au quatrième trimestre 2008. Probablement au titre de ce même « rôle sociétal ».

Enfin les produits d’une mission locale – financement de l’activité principale et des activités spécifiques – proviennent des institutions (subventions, conventions de réalisation de programmes) et, de façon marginale, d’organismes parapublics ou privés tels que des fondations, parfois une chambre consulaire. Qu’une banque verse une subvention à une mission locale semblera ordinaire à certains. Pour d’autres, ceci sera moins banal dans la mesure où, de toute évidence, cet argent attend sa contrepartie. L’argent n’a pas d’odeur dit-on. En est-on assuré ? Il est, c’est quasi-tautologique, rarement gratuit. L’indépendance associative et la mission de service public sont-elles compatibles avec une telle « subvention » ? Question déontologique… mais il est vrai qu’en termes de déontologie – pourtant un des critères permettant de parler de « métier » – les missions locales évoluent dans des appréciations pour le moins plastiques et indéfinies.

La fin du contrat d’autonomie ?

Jean-Philippe (CGT Ml-PAIO) apporte sa contribution à l’article « Pause plaisir » du 9 octobre. Et l’on reparle du contrat d’autonomie.

Jean-Philippe. « Contrat autonomie : (exemple parisien, qui viendra compléter l’article du Canard)

Sur les manquements au cahier des charges !

– Les missions locales parisiennes ont été sommées par le Préfet de racoler des jeunes d’abord sans contact depuis un an, puis, tout récemment, des jeunes figurant parmi les dossiers actifs.

POURTANT il ne fallait pas que les jeunes du contrat d’autonomie soient connus du SPE ! Les critères relatifs aux quartiers dits sensibles (CUCS, QPV) n’ont pas été suivis à la lettre.

POURTANT il fallait que les jeunes soient bien domiciliés dans les dits-quartiers. Il fallait aller chercher les jeunes dans les cages d’escalier pour les mettre en « CAJ ».

POURTANT c’est à la mission locale qu’ont eu lieu des séances de recrutement pour l’opérateur privé. Les ML ont été traitées d’empêcheurs de « coacher en rond ».

POURTANT sans les ML, peu de jeunes parisiens auraient signé.

– Sur 150 000 à 200 000 jeunes « ZUS » estimés, 180 000 sont connus des ML. POURTANT on a mis en place le CAJ. Etc.

C’est la fin du contrat d’autonomie !

Que l’on mette en place un CIVIS spécifique ZUS et l’on fera des économies sur les fonds publics ! J’espère que l’annonce de 40 Millions d’euros préfigure l’arrêt du CAJ. Enfin sur l’article 3 que la CMP a étudié (suite à audition d’une délégation CGT à l’Assemblée nationale), je pense qu’il faudra attendre décembre pour avoir les contours précis de ce qu’il engendre. Il semble que Mme Françoise Guégot, entend surtout faire en sorte qu’il y ait un droit garanti pour chacun à l’orientation, c’est à dire, pour chaque citoyen, quel que soit son âge.

Orientation décomposée comme suit : 1er accueil, avec info et diagnostic, ensuite accompagnement et, enfin, évaluation du dispositif. Les missions locales figurent en bonne place, le principe d’une mutualisation de type « cités des métiers » intéresse beaucoup Mme Guégot.(1)

Pour le reste du texte, je ne pense pas qu’il révolutionnera les choses. »

Récit d’un naufrage…

Sous le titre « Fadela Amara, le récit d’un naufrage », Michaël Hajdenberg signe le 11 octobre un article dans Médiapart.  C’est, entre autres, du contrat d’autonomie dont il s’agit. Extraits.

« Le secrétariat d’Etat à la Ville prend l’eau de tous les côtés. Un quatrième directeur de cabinet vient d’être nommé. Une nouvelle vague porte à 53 le nombre de départs depuis les débuts de la ministre, dont 23 conseillers techniques et chargés de mission. Des chiffres énormes au vu des faibles effectifs de ce ministère (35 personnes, secrétaires et assistants compris). « On ne tient pas des comptes. On s’en fout », évacue d’abord le conseiller spécial de Fadela Amara, Mohammed Abdi, avant de changer son fusil d’épaule quelques jours plus tard : « J’ai fait des moyennes. Je ne vous les donnerai pas mais c’est pareil dans beaucoup de cabinets. » {…} Des annonces faites en février 2008, pourtant déjà peu ambitieuses, il ne reste pas grand-chose. Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, l’a dit publiquement en juillet : « Le plan banlieue est un échec. » {…} Quant aux « contrats d’autonomie », censés aider à remédier au chômage des 18-25 ans (près de 40 % dans les quartiers sensibles), on en comptabilise 13 339 au lieu des 15 000 prévus… par an. 46% de ces contrats ont débouché sur un CDD ou un CDI. Mais les cas restent trop peu nombreux pour se faire vraiment une idée de l’efficacité du système. « Ça marche mieux que le dispositif seconde chance [NDLR: piloté par Martin Hirsch]. Même si on a eu du mal à démarrer et qu’on n’est pas aidé par la crise économique », plaide la ministre comme son administration, pour une fois sur la même ligne. » 46% des contrats ont débouché sur un CDD ou un CDI ! Les statistiques, encore une fois, sont la science de l’erreur puisque seuls 1 162 sont comptabilisés en « sorties positives » soit  8,7% (cf. « Pause plaisir), la circulaire DGEFP de septembre 2009 indiquant 7% à la date du 31 août 2009. On progresse mais de là à comptabiliser tous les CDD, il y a un pas que n’hésite pas à franchir la secrétaire d’Etat.

Comparer les subventions…

Journée des contributions syndicales puisque Vincent (CFE-CGC) apporte également sa pierre à l’édifice, cette fois sur l’article « Les conditions du dialogue social en mission locale. Ou le Rubicon » (8 octobre). On ne parle donc plus du contrat d’autonomie.

Vincent. « Des disparités existent… Certaines directions tirant vers le bas, sans nécessairement s’appliquer le même régime, d’autres tirant vers le haut… »

Difficile de ne pas réagir à la lecture de cet article, car certains pourraient croire que les directions ont tous les pouvoirs, dont celui de fixer le montant des salaires et surtout le leur !

Préalablement, je ne nie pas qu’une telle situation pourrait exister, quelque part, mais alors je le déplore. (2)

Si elle est imparfaite, le mérite de la Convention Collective Nationale est de fixer une base pour tous. Pour autant, les accords d’entreprise peuvent améliorer cette base commune : mutuelle, ticket restaurant, retraite supplémentaire, congé supplémentaire… Tout cela ne peut se faire qu’avec des moyens financiers complémentaires.

Car, si l’inégalité entre les salariés existe, elle est souvent due à l’inégalité des moyens entre les structures. Les budgets gérés par les directions sont aussi le résultat des choix politiques des élus d’un territoire. Que veulent-ils privilégier? L’aménagement, la culture, le sport, le tourisme, l’emploi, l’insertion… L’action des partenaires sociaux consiste aussi à responsabiliser les élus et à leur rappeler que, si l’insertion professionnelle et sociale des jeunes est une priorité nationale, elle ne peut se mettre en oeuvre qu’en donnant aux structures et aux salariés dont c’est la mission les moyens financiers adaptés.

J’encourage chacun, citoyen responsable, à étudier sur son territoire, le montant des subventions accordées à l’emploi et l’insertion et à le comparer à d’autres lignes financières, comme le sport de haut niveau par exemple ! (je précise que j’adore le sport…). » (3)

C’est dit.

(1) Madame Françoise Guégot, députée, a présenté le rapport d’information sur la formation tout au long de la vie (n° 1298, décembre 2008 ).

(2) Vincent, tu peux écrire « existe » plutôt que « pourrait exister »… et, subséquemment, tu peux le déplorer. Bien évidemment, la CCN fixe « une base pour tous » mais l’appréciation de ce qui peut dépasser ce plancher, comme par exemple conseiller 1 ou 2, appartient bien à la hiérarchie sur la base des marges de manœuvre contraintes et contingentées de choix politiques pour partie effectivement locaux et, pour une autre partie, par des standards nationaux (CIVIS, PPAE, projet de loi de finances…). Concernant les directions, à qualifications comparables, anciennetés égales et tailles de structure équivalentes, les variations salariales sont parfois plus que marginales. C’est du vécu. Assurément, les directions n’ont pas « tous les pouvoirs » mais elles ont des pouvoirs. C’est d’ailleurs tout-à-fait ordinaire, la fonction de direction incluant la politique de rémunération (pas que le montant des tickets restaurant mais, par exemple, les primes de fin d’année égalitairement attribuées ou déterminées selon les postions professionnelles, voire les résultats)… sauf à ce que les missions locales ne soient peuplées que de bénévoles.

(3) Suggestion : comparer les subventions pour la mission locale, pire encore à la PAIO, et celles accordées par exemple à la SPA (si Vincent « adore le sport », je n’ai pour ma part rien contre les animaux)… On peut, dans cette logique récréative et instructive des comparaisons, s’intéresser aux choix d’investissement, par exemple pour les carrefours giratoires à priorité à l’anneau (inventés en 1966 en Grande-Bretagne) dont le coût varie de 150 000 à 800 000 euros. Il est des communes traversées dont on sort avec l’impression d’avoir fait un grand huit à la Foire du Trône. Enivrant. Mais on dégrise très rapidement en poussant les portes de la mission locale. Le visible et l’invisible. Une question de retour sur investissement pour l’échéancier électoral.

Pause plaisir

Publié: octobre 9, 2009 dans 1, Insertion/missions locales

Une fois n’est pas coutume, laissons-nous bercer par la douceur de l’été indien qui enveloppe de sa tiédeur les chargés d’accueil des missions locales, par le souffle des zéphyrs qui caresse les cheveux blonds des conseillers et conseillères, par le glougloutement du ruisseau qui rafraîchit les nuques des chargés de projet , etc. etc. Au baromètre de la côte d’amour des missions locales, elles ont gagné cinq points. A l’appui cette interview de Bernard Perrut, président du Conseil national des missions locales (CNML), parue sur  Localtis.info vendredi 9 octobre…

« Enfin de la reconnaissance. C’est sans doute ce qu’ont éprouvé les missions locales à l’issue de l’allocution du chef de l’Etat, le 29 septembre dernier à Avignon sur l’emploi des jeunes. Après des mois de doutes sur leur place dans la nouvelle organisation du service public de l’emploi, être considérées comme le « pivot de l’accompagnement des jeunes » n’est pas anodin. La page du « contrat d’autonomie » confié à des organismes privés est bel et bien tournée. Les missions locales seront amenées à jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre « décrochage », a assuré Nicolas Sarkozy. Elles travailleront aux côtés des CFA et des rectorats au sein de « plateformes régionales d’orientation », un dispositif qui doit être expérimenté cette année avant d’être généralisé en 2010. Reste à savoir s’il s’agit des structures d’orientation labellisées prévues à l’article 3 du projet de loi sur la formation qui doit passer cette semaine en commission mixte paritaire. Le président a par ailleurs garanti des moyens « à hauteur des résultats obtenus ». Chaque « décrocheur » se verra proposé un parcours d’insertion, avec droits et devoirs.

Pour Bernard Perrut, et député-maire de Villefranche-sur-Saône, cette reconnaissance marque un tournant même si certaines zones d’ombres restent à clarifier. »

Localtis : Comment avez-vous réagi aux mesures pour les jeunes annoncées le 29 septembre par Nicolas Sarkozy ?

Bernard Perrut : « Je les ai prises de manière très positive dans la mesure où Nicolas Sarkozy a cité les missions locales comme « pivot de l’accompagnement des jeunes ». C’est une grande satisfaction, je ne pensais pas que ce mot serait employé ! Il y a quelques mois encore, on se demandait quel serait l’avenir des missions locales. Là, on reconnaît leur existence et on leur donne les moyens avec 40 millions d’euros dégagés en 2010 et 80 millions d’euros supplémentaires pour le contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis). L’Etat leur fait confiance. »

Localtis : Pensez-vous avoir franchi une étape ?

Bernard Perrut : « Depuis quelques mois, j’estime que les missions locales ont fait un bond. Je dois reconnaître que Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat chargé de l’emploi, a pris ses responsabilités sur le sujet et a compris qu’il fallait garder les missions locales. Nous avons aussi acquis une reconnaissance nationale, grâce à une enquête menée auprès des parlementaires, des réunions avec Martin Hirsch et Laurent Wauquiez. Nous avons aussi participé à l’élaboration du livre vert… Les missions locales ont ainsi acquis une certaine crédibilité et c’était nécessaire. Si les chiffres parlent d’eux-mêmes, un million de jeunes accueillis, dont 48% bénéficient d’un emploi ou d’une formation à la suite de leur passage dans nos structures, les missions locales ont du mal à communiquer sur leurs résultats car ce ne sont pas des structures nationales comme Pôle emploi, mais des structures locales reliées au niveau national par le biais de conventions signées entre les régions et l’Etat. »

Localtis : Quelles sont vos attentes maintenant ?

Bernard Perrut : « On attend de savoir comment ces mesures annoncées par le président vont se décliner, et notamment comment va se faire le « suivi systématique des décrocheurs », prévu dans le plan Jeunes. Ce système anti-décrochage doit être mis en place à travers des plateformes régionales d’orientation, créées dès la rentrée 2010 pour garantir le repérage et le suivi de tous les décrocheurs scolaires, et les missions locales qui seront donc les pivots de l’accompagnement des jeunes. Nous attendons de savoir comment va se faire cet accompagnement et si les missions locales seront chargées d’accompagner tous les jeunes sortis du système scolaire, ce que nous souhaitons. »

Localtis : Etes-vous en concurrence, dans ce domaine, avec les maisons de l’emploi ?

Bernard Perrut : « Je pense qu’il faut s’adapter aux réalités du terrain. Certaines maisons de l’emploi ont hébergé des missions locales, d’autres non… Ce qui compte, ce n’est pas le lieu, c’est que les missions locales relèvent toutes d’une même stratégie d’ensemble pour les jeunes. »

Au fait, le contrat d’autonomie ?

Au 21 septembre 2009, on recensait 13 339 contrats d’autonomie  signés dont 8 727 en cours et 1 162 en issue positive sur un objectif de 45 000 contrats en trois ans. 13 339 – 8 727= 4 612 – 1 162 = 3 450. Soit à cette date un taux de sorties positives de (1 162/13 339) 8,7%. Et un taux d’abandon de (3 450/13 339) 25,9%. Toujours sur Localtis.fr mais cette fois le 21 septembre («  Contrats d’autonomie : le précieux coup de pouce des missions locales »), on peut lire concernant ce taux de réussite « Un taux relativement faible si on le compare aux 24% de sorties positives affichés par le contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis), qui est mis en œuvre par les missions locales. {…} … les résultats sont décevants. D’autant plus que les budgets consacrés à ces nouveaux contrats sont très confortables : 6 000 euros par jeune dans le cadre d’un contrat d’autonomie, contre 1.098 euros dans le cadre d’un Civis et 2.839 euros pour un Civis avec un emploi durable à la clé pour le jeune. »

On serait tenté de reprendre certains écrits du lancement surmédiatisé du Plan Banlieues et du contrat d’autonomie (engagements d’entreprises « croix de feu, croix de pierre… » et volontarisme conquérant d’impétrants qui, sapristi, allaient montrer comment il faut travailler) ainsi que les réserves exprimées par d’autres. Sans malice. Juste pour respecter à la lettre la philosophie de la LOLF, « à l’euro près », et vérifier par une évaluation in itinere (en cours actuellement, d’ailleurs, sous la direction de la DARES) les hypothèses de l’évaluation ex ante… Aussi parce que, de temps en temps, sans abuser, cela ne fait pas de mal de se dire qu’on n’avait pas tort.

Voici, pour information, le résumé d’une contribution que j’aurai le plaisir (génétique : mes origines) de présenter en décembre à un auditoire brestois. Si, d’ici là, certains d’entre vous, même non-brestois ( ce qui n’est pas, il faut en convenir, un atout), souhaitaient apporter leur pierre à l’édifice… Ca s’appelle :

Plus qu’un lieu, un feu : habiter sa vie.

Que représente l’habitat dans un parcours d’insertion ? Question qui a priori n’a guère de sens tant il semble évident qu’avec l’emploi, la santé et quelques économies, l’habitat est un point de passage obligé de l’insertion. Mais l’évidence est un rideau à écarter pour regarder derrière. Car est-on bien d’accord sur cette insertion présentée aujourd’hui comme un but alors qu’elle n’est qu’un sas entre ce qui précède et ce qui succède, au même titre que l’accompagnement occupe le devant d’une scène où se joue en cinq actes (enfance, adolescence, jeunesse, adultéité et vieillesse) la pièce de l’acquisition puis de la perte de l’autonomie : autonomos : « gouverner selon sa propre loi »… c’est-à-dire sans accompagnement ?

Actes 1 et 2, enfance et adolescence. Ce qui précède, habiter ou loger dans la famille d’origine ;

Actes 3 et 4, jeunesse et adultéité. Ce qui succède, habiter où, avec qui, pour combien de temps dans une société dont l’antienne est la mobilité alors qu’au singulier le logement est fixe… et encore, probablement moins fixe que l’habitat qui recouvre, bien plus qu’un lieu, un feu, un espace, c’est-à-dire un lieu habité (Michel de Certeau) ;

Acte 5, vieillesse. Ce qui conclut, habiter dans un espace privé (une chambre) d’un espace public (un hôpital) pour conclure en boucle de rétroaction – de la dépendance à l’autonomie puis à la dépendance – ce que l’on croyait être linéaire.

L’habitat est un construit dans les deux sens du terme : un périmètre physique délimitant privé et public ; une construction sociale à partir de laquelle les quatre dimensions de l’intégration vont se développer : coquille avec l’individuation, lien avec la sociabilité, responsabilité avec le sociétal, indépendance avec l’économique. Espace du respect de soi et des autres, l’habitat est un repère fixe aux modalités mouvantes dans ce qui est désormais un parcours.

Parcours… Si l’on a abandonné la notion de carrière pour celle de parcours, ce n’est pas un hasard : la mobilité est devenue un « support » selon l’expression de Robert Castel, un « capital » pour réussir ou du moins surnager. Il faut donc, sinon se déplacer, du moins pouvoir se déplacer, être à tout moment susceptible de « répondre aux besoins de l’appareil productif » (sic). Or nomadisme exclu, l’homme (qui n’est pas un escargot) ne porte pas sa maison sur son dos. S’il est entendu que se loger est une condition de l’insertion – il faut bien un endroit pour se restaurer, se laver, se réchauffer, se reposer – habiter a-t-il toujours la même signification ?

On fera le point sur les représentations des jeunes, leurs aspirations et sur la signification de la décohabitation-cohabitation dans une société qui distille de la vulnérabilité. On fera le point également sur ce qui pèse sur les épaules des intervenants sociaux, en particulier l’évaluation puisque celle-ci est l’alpha et l’oméga d’une reconnaissance qui ne va plus de soi. Car, au même titre que l’insertion professionnelle ne peut être évaluée à l’aune d’un indicateur synthétique, l’insertion sociale – dont l’habitat est une composante – ne peut s’apprécier au seul indicateur du bénéfice d’un logement. En effet, la question de l’habitat dépasse, et de loin, celle du logement : que fait-on entre quatre murs ?

Ceci signifie que l’accompagnement des intervenants sociaux du « monde des foyers de jeunes travailleurs » n’est pas réductible à la gestion domiciliaire : il concerne, recouvre, s’inscrit dans un objectif global de socialisation des jeunesses.

Territoires : le logement des jeunes et l’accompagnement

Parlant d’habiter, la dernière livraison de la revue Territoires de l’ADELS (octobre 2009, n° 501) propose un dossier « Logement des jeunes : accompagner vers l’autonomie ». On ne s’est pas concerté. Plusieurs articles : on y va page à page.

– Avec « Faudrait-il que jeunesse se cache ? » Mathilde Azerot entame le dossier sur le mode de l’interpellation critique : en deux pages, le rappel de l’injustice sociale faite aux jeunes, du point de départ de ce paradoxe aussi commun que schizophrène « sans emploi, le logement est inaccessible  et, sans toit, travailler est une gageure » aux constats du déclassement et aux interrogations sur le Livre vert, pour les uns optimistes opérant « une rupture essentielle », pour les autres perplexes se résumant « à des actions ponctuelles ». Vraie politique ou catalogue de La Redoute ?

– Les piou-piou des missions locales se retrouveraient a priori dans le titre du deuxième article, « L’accompagnement s’évalue mal ». Là également, un paradoxe pour commencer : d’un côté, « Le besoin d’accompagnement est symptomatique de l’évolution de notre société » ; de l’autre, « Mais, attention, l’accompagnement ne doit pas surprotéger. Certaines personnes peuvent mal supporter un accompagnement qui serait compris comme de l’assistance, une manière de dire leur incapacité. » Reste qu’on cherchera en vain le début d’une réflexion sur l’évaluation de l’accompagnement hormis une phrase-constat : « … les associations ont du mal à évaluer et valoriser l’accompagnement et, ainsi, montrer sa réelle plus-value pour attirer des financements réguliers. Le quantitatif est toujours plus facile à évaluer que le qualitatif. » C’est Patrice Cieutat, chargé de mission programme habitat à la Fondation de France qui est interviewé, annonçant à l’occasion un colloque le 5 octobre (c’est passé) à Tours . Coïncidence : le même m’avait contacté au printemps dernier pour cette manifestation ; je l’avais rencontré au siège de la Fondation de France, à deux cents mètres de la place de l’Etoile (pas de grosse problématique de logement dans le VIIè) ; ma proposition écrite de contribution avait « étonné » (sic) et avait classé sans suite et sine die ce projet de collaboration. On ne peut pas plaire à tout le monde. C’est, soit dit en passant, ce que doit se dire Annie Jeanne, la présidente de l’ANDML, rudement mise en cause par l’UNML. J’en parlerai peut-être un de ces jours.

– Avec « Rapprocher locataires et propriétaires », Sabrina Costanzo s’appuie sur l’expérience d’un site porté depuis 2007 par l’ADIL et quatre associations Habitat Jeune des Deux-Sèvres, Siloj. Globalement une bourse au logement avec une charte signée par les propriétaires bailleurs, un soutien juridique lors d’ateliers, une fonction de médiation entre jeunes et propriétaires, etc… Tout cela en territoire rural : « Nous sommes à l’intersection de deux systèmes. Entre un travail qui s’apparente à du locatif classique et une logique d’intervention sociale, un travail sur les parcours de vie des jeunes. » Une bonne pratique.

– Jean-Baptiste de Foucauld, qu’on ne présente plus sinon en rappelant qu’il est le fondateur de Solidarités nouvelles face au chômage , est lui aussi interviewé sur deux pages sous le titre « Le travail social doit être pris en charge par l’ensemble de la société ». Nonobstant l’inspiration catholique, à prendre ou à laisser selon chacun (« Accompagner, c’est marcher avec quelqu’un, permettre à chaque personne d’accéder à sa vocation professionnelle… Je ne suis pas sûr qu’il n’existait pas d’accompagnement dans la charité telle qu’elle était pratiquée par les institutions religieuses… trois besoins doivent être pris en compte dans l’accompagnement : le professionnel, le relationnel et le spirituel… » etc.), de Foucauld rappelle quelques vérités que, certes, on n’arrête pas de ressasser mais que faire d’autre face au pire sourd qui ne veut entendre ? « Chaque personne est multidimensionnelle… L’accompagnement doit être pris au sens large, c’est-à-dire individuel et collectif. De lus, les résultats sont souvent temporaires : une victoire n’est jamais acquise, un échec jamais définitif. Il est essentiel de relativiser les indicateurs. Un « indicateur unique » est souvent un « indicateur inique » {bien dit !}… Si l’on n’a pas atteint les objectifs de retour à l’emploi, ça ne signifie pas forcément que l’on a échoué, l’accompagnement peut avoir permis d’atteindre d’autres objectifs, personnels par exemple. L’intérêt pour le résultat ne doit pas être un but en soi, mais doit être perçu comme un moyen pour être en quête de la bonne fin. Je suis inquiet de la vision mécaniste de notre société actuellement à l’œuvre, qui s’oppose à la vision d’une société relationnelle… » On partage son inquiétude.  On partage moins son opinion (déclaration de foi, au sens littéral) lorsqu’il déclare « Pour être efficace, l’accompagnement doit répondre à une vocation, car il mobilise nombre de qualités personnelles. Il ne doit pas être perçu comme une activité technique… » Il est vrai que, à Solidarités nouvelles face au chômage, l’accompagnement c’est l’affaire de bénévoles (en binôme) contrairement à « l’accompagnement institutionnel avec les travailleurs sociaux ou les conseillers Pôle emploi {qui} agissent seuls, doivent prendre tous les demandeurs d’emploi en charge et n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à chacun d’eux. Dans tous les cas, la relation chômeur / accompagnateur est plus limitée, obligée, normée et non libre, et donc moins bien vécu par les demandeurs d’emploi qui se sentent plus contrôlés qu’aidés… » Il y a du vrai là-dedans – peu de temps consacré à l’accompagnement : quelle crédibilité de l’indicateur « JDI » en termes d’accompagnement, soit un entretien au cours des… cinq derniers mois ? – et il y a du contestable : qualités personnelles et technicité ne s’opposent pas mais tout au contraire interagissent (professionnalisme / professionnalité), la liberté d’interrompre ou de changer d’accompagnateur existe, les conseillers n’agissent pas seuls mais travaillent (ou, du moins, devraient travailler) en équipe, etc. Enfin, ça fait débat et, par les temps qui courent, c’est toujours ça de pris.

– « Une clé pour s’en sortir » : Aline Chambras rapporte l’expérience conduite par la Sauvegarde de l’Adolescence de Paris illustrée de tranches de vie : Stéphanie, Malika, Oumar…  A peu de choses près mais pas au même endroit, avec « Un toit pour grandir » Mathilde Azerot relate l’action déjà ancienne – vingt-trois ans – de l’association Déclic (Dispositif pour l’étude de contrats de location individualisés et cautionnés) à Avignon, Orange, Sorgues, Cavaillon et Istres-sur-Sorgues. Pour les amateurs de bonnes pratiques.

Dossier conclu par deux interviews : Sylvie Sanchez, directrice du Comité local pour le logement autonome des jeunes Ouest-Provence et, eh oui, Martin Hirsch que, comme de Foucauld, on ne présente plus sinon comme éditeur d’un récent ouvrage sur le jardinage.

– « On n’accorde pas à la jeunesse sa juste place ». Divergence avec le même de Foucauld puisque, pour Sylvie Sanchez, « L’accompagnement est nécessairement plus intense sur la période d’hébergement, et c’est pour cela qu’il doit être fait par un travailleur social. La question de la professionnalisation est, à mon sens, primordiale. On ne s’improvise pas travailleur social. » Autre paradoxe, guère éloigné du premier schizophrénique et cette fois sur le mode de l’injonction paradoxale (double bind) : « On demande aux jeunes d’être mobiles et adaptables à tout et, dans le même temps, on ne leur donne pas les moyens de cette flexibilité. » Eh oui ! On pourrait multiplier à foison ces doubles contraintes : l’article « Les sept fantasmes de la politique de l’emploi » (1) s’y était employé et, depuis,  nul doute que la liste s’allongerait sans peine. L’École de Palo Alto, à l’origine du concept d’injonction paradoxale, posait l’hypothèse que la schizophrénie naissait dans les familles où s’exerçait et se répétait cette injonction : on devine l’avenir psychiatrique des piou-piou.

– C’est sous le titre « Développer massivement l’intermédiation locative » que Martin Hirsch parle d’ « accompagnement actif » mis en œuvre par « les missions locales {qui} devront renforcer leurs liens avec les entreprises et les organismes de formation et leur donner accès {aux jeunes} à un contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis) renforcé. » Le Haut-commissaire avance une politique du logement des jeunes s’appuyant sur de nombreux outils : création d’un bail spécifique de colocation, intermédiation locative (grosso modo l’expérience de Déclic ou de Siloj), label « habitat jeunes » pour « soutenir des formules modernisées de foyers de jeunes travailleurs et de résidences pour jeunes actifs », développement du logement intergénérationnel, etc. On ne sait pas si l’agrégation d’outils constitue une politique mais on ne reprochera à Martin Hirsch ni l’imagination – il est vrai nourrie du travail des commissions -, ni une ambition pour les jeunes à la hauteur de l’Annapurna de difficultés qu’ils rencontrent.

C’est dit.

(1) Philippe Labbé, Le Monde, 10 mai 2006.

C’était certain, à mettre la tête sur le billot ! L’article « Faire grève en mission locales » allait assurément chatouiller Jean-Philippe (CGT ML-PAIO). Celui-ci « défouraille ». Aimablement. Et c’est bien la moindre des choses.

Jean-Philippe

« Ah ! quand le sociologue parle du dialogue social…

Philippe Labbé franchit le Rubicon. Jusqu’alors très prudent sur les choses du paritarisme, du dialogue social entre partenaires sociaux et de la négociation collective, le (nôtre ?) sociologue spécialiste du réseau des ML/PAIO se lance.

Il ose, c’est courageux de sa part. J’estime qu’il a beaucoup progressé dans la connaissance des méandres de ces choses de la négociation collective et du droit du travail.

Je ne partage pas son point de vue ou, plutôt, sa vision des choses : il y a encore des subtilités à connaître : par exemple le fait que la Loi oblige à la Négociation Annuelle Obligatoire (localement) dès lors qu’il y a un délégué syndical …

Attention ! Cette négociation ne porte pas uniquement sur la valeur du point (qu’on pourrait estimer comme chasse gardée de la négociation de branche), elle peut porter sur la mutuelle, sur les titres restaurant,sur la valorisation des plus bas salaires etc … Et c’est ce qu’oublie Philippe Labbé (qui le sait sans doute) : les disparités entre chaque ML/PAIO existent malgré la CCN.

Il a raison en disant que la Loi a tendance à privilégier le dialogue social local… argument démagogique utilisé par le Ministre du Travail, Xavier Bertrand prétendant que la vraie démocratie s’exerce localement dans l’entreprise. Surtout quand la discrimination syndicale est d’autant plus forte que la taille de l’entreprise est petite.

L’objectif pour une organisation syndicale est que la Convention collective améliore les conditions de travail (cela comprend les salaires) en harmonisant vers le haut.

Mais cela n’empêche pas des collègues de stagner conseiller 1 (cotation 11 indice 439 – point à 4,40 faites le calcul) après plus de 10, voir 15 ou 20 ans d’ancienneté… et d’autres d’être embauchés directement conseiller 2 (cotation 12 – indice 489) avec moins d’un an d’expérience. Ce cas de figure pouvant se produire dans la même structure …

Vive le système « tout compétences » !

Cette opinion ne clora pas le débat… »

PL. Il a raison, le bougre, et doublement ! Tout d’abord sur une toute relative connaissance des règles et modalités concrètes du dialogue social : une activité syndicale, hélas, est très-très ancienne et, aujourd’hui, bien des subtilités qui échappent… sans compter qu’à peu d’années de la retraite, il faut le reconnaître, le courage manque d’ajouter une corde juridique à l’arc sociologique. Se préserver un peu. Quitte, pour faire amende honorable, à revêtir une robe de bure, enlacer une chaîne autour du cou, se couvrir la tête de cendres et marcher sur les braises ardentes de la culpabilité. Métaphoriquement s’entend.

Heureusement, Jean-Philippe et d’autres sont là pour rappeler à la raison le sociologue s’aventurant sur le terrain syndical. Ceci dit sans ironie, ni même humour : Gérard Mendel, un socioanalyste en vogue dans les années quatre-vingt (Pour décoloniser l’enfant, Payot), dénonçait la « plus-value de pouvoir », celle que l’on exerce en dépassant le strict et légitime périmètre de ses compétences et du pouvoir qui en découle. « Franchir le Rubicon », c’est l’avertissement sur la tentation de la plus-value de pouvoir. Dont acte.  Ceci étant, sans excuser – précisément – des compétences insuffisantes, la « NAO », je connaissais.

Ensuite, sur le fond. Oui, incontestablement, des disparités existent d’ores et déjà entre/au sein des missions locales et, sauf erreur, elles ont sérieusement été révélées avec l’application de la CCN, certaines directions tirant vers le bas (tous conseillers 1) sans nécessairement s’appliquer le même régime (charité bien ordonnée…), d’autres tirant vers le haut sans pour autant métastaser une technostructure (« l’armée mexicaine » en langage commun). Mes périples dans les missions locales me font ainsi découvrir presque autant de situations originales que de structures (2)… dont d’ailleurs les directions actuelles ne sont pas toujours, loin de là, responsables : il leur faut gérer l’incongruité de certains postes sans pouvoir les remettre en cause et alors que leur existence génère un sentiment d’injustice parmi les piou-piou moins avantagés. Insoluble dans bien des cas parce qu’existent (encore) des protections sociales collectives. Bien entendu, loin de moi l’idée de remettre en cause ces dernières sur l’argument de situations individuelles problématiques : tant pour l’ensemble des professionnels qu’à un niveau éthique de justice sociale, les protections sociales sont déjà très et trop largement mises en cause par une idéologie visant « une société dans laquelle les individus seraient laissés à eux-mêmes, livrés à la concurrence de tous contre tous et clivés entre les gagnants et les perdants des transformations en cours. Le contraire d’une société de semblables. » (3). N’empêche que cela existe et contrarie bien des engagements.

Tout bien réfléchi, à la relecture du commentaire de Jean-Philippe,  je ne vois guère de divergence et serais tenté de revenir à une posture plus civile : défroquer la robe de bure, secouer les cendres des cheveux, etc. Car, au bout du compte, si les constats convergent, l’opinion de s’appuyer prioritairement sur le dialogue social de branche, contre cette logique de négociation à la plus petite échelle, sous couvert de prise en compte de spécificités de plus en plus idiomatiques, … finalement, ce n’est pas totalement absurde (4).

« Vive le système tout compétences ! », conclut Jean-Philippe. Trait ironique justifié… par l’adverbe « tout ». Car on pourrait dire « vive les compétences ! », ne serait-ce que parce qu’on imagine mal de s’ébaudir devant son opposé et, à la façon du « vive la crise ! » d’Yves Montand dans Libération (5), s’exclamer « vive l’incompétence ! » Avec cette réserve adverbiale, on conviendra que celles et ceux qui font l’effort d’acquérir de nouvelles compétences doivent légitimement en tirer un bénéfice, y compris sonnant et trébuchant. L’exemple du développement d’ « expertises » au sein des missions locales est à ce propos particulièrement illustratif : dès lors qu’une direction valide ces expertises et met en place les conditions de leur constitution (par la veille, par l’intelligence partagée, etc.), les professionnels engagés – très souvent celles et ceux qui supportent difficilement la perte de sens qu’instrumentalisation et pression programmatique génèrent – réclament leur tribut : ils contribuent, ils attendent rétribution. Là, le dialogue social est bien situé dans la structure.

Quant au reste, que l’on parvienne à des organisations « intelligentes » où  les professionnels retrouvent le sens de leur métier, plutôt que d’être contraints à d’ordinaires emplois, ça je le sais, c’est partagé. Par Jean-Philippe et par d’autres tels que Roselyne qui, de la mission locale de Redon, a adressé ce message sur le site de la pétition en ligne : « 15 points pour tous ce n’est pas en contradiction avec la volonté des salariés de rester de véritables acteurs malgré les organisations du travail qui veulent les cantonner à des rôles d’exécutants de directives vidées de sens. »

Retour sur Landerneau…

Pour un peu plus de légèreté, vive polémique sur l’expression « du bruit dans le Landerneau ». Objectivons la chronologie des débats. Première hypothèse me concernant, le bruit du canon qui s’entend à Landerneau lorsqu’un prisonnier s’évade des geôles brestoises. Forte contestation de Michel pour qui « L’explication de l’origine de « Faire du bruit dans Landerneau » ne me semble pas exacte. L’expression viendrait de la pratique locale de faire un chahut bruyant sous les fenêtres des veuves qui se remariaient. » Auquel je réponds par courriel et avec un double argument d’autorité (le maire et l’étude) : « C’est une explication. J’avais discuté avec l’ancien maire de Landerneau (je ne me souviens plus de son nom) qui plaidait pour l’hypothèse bagne. Dans les années 80, j’avais fait une étude sur les jeunes à Landerneau intitulée « Ca ne fait pas de bruit à Landerneau ». Pas très original certes mais ça m’avait contraint à rechercher l’origine de l’expression. » Michel, léonard donc congénitalement un peu buté, avance l’argument du sang : « C’est l’explication que mon père m’avait donnée », tout en faisant preuve d’une bonne mémoire : « Et l’ancien maire , ça doit être Jean-Pierre Thomin. » Ce qui est exact. Pour le maire et sans doute le père. Piou-piou 44 entre dans ce débat historico-épistémologique et, peut-on l’imaginer, le clôt : « Comme mon nom l’indique, je ne suis pas finistérien mais après une recherche sur Google, notre ami à tous : « Donc, il se trouve qu’à la fin du XVIIIe siècle, un auteur nommé Alexandre Duval {pas Dumas !} a écrit et fait jouer une pièce en un acte intitulée « Les Héritiers ». Dans cette comédie, un officier de marine donné pour mort, réapparaît brutalement dans sa ville d’origine, Landerneau, au grand dam des héritiers déjà en train de se disputer la succession. Un valet apprenant la nouvelle du retour de l’officier dit alors : « Oh le bon tour ! Je ne dirai rien, mais cela fera du bruit dans Landerneau ! » Cette réplique a marqué son époque au point qu’elle nous a été transmise et, même, que Landerneau est presque devenu un nom commun puisqu’on parle maintenant du « landerneau politique » ou du « landerneau de la montagne » pour désigner des mondes particuliers ayant leurs propres manies, jargon et potins. »

Mais comme internet est une fabrique à rumeur, je n’en sais pas plus… Peut-être que si j’écris ici même « faire du bruit dans le Landerneau » a été inventé par Philippe Labbé le 7 octobre 2009 à 8h07 à propos d’une expérimentation de Martin Hirsch, cette version sera propagée et retenue par l’Histoire… Ah-ah-ah ! »

« L’humour est une révolte supérieure de l’esprit » disait André Breton. Qui ne l’était pas. Breton.

(1) Qui n’est pas une fausse pierre précieuse mais un petit fleuve du nord de l’Italie franchi par Jules César le traversa avec ses légions en 49 avant J.C. (pas Jacques Chirac) pour fondre sur Rome. A l’occasion, il prononça le fameux « Alea jacta est ».

(2) Comme en biologie, cette diversité (que l’on retrouve dans les équipes avec des trajectoires originales) est une richesse. Mais elle est également une faiblesse à l’échelle d’un « réseau »… qui n’en est pas tout-à-fait un. Une règle de base du fonctionnement réticulaire est en effet le principe de coopération avec un double mouvement de « contribution – rétribution » : l’entité apporte quelque chose au réseau et en reçoit quelque chose. Combien de structures reçoivent du « réseau », par exemple par l’appartenance à la branche professionnelle et avec la sécurité sociale professionnelle que cela génère,  tout en étant quasiment invisibles, absentes des productions collectives ?

(3) Robert Castel, La montée des incertitudes, 2009, Seuil, p. 262.

(4) Etant entendu que le dialogue social est aussi une affaire de terrain, là où les uns et les autres agissent, avec un circuit court de délégation et l’expression directe des salariés.

(5) Février 1984.