L’argent, la reconnaissance, le sens… Une mission locale, entreprise à but social ?

Publié: octobre 20, 2009 dans 1, Insertion/missions locales

Lecture sélective, partielle, partiale de la page des commentaires de la manifestation numérique. Sélective? Pour autant, que peut-on extraire des contributions des uns-unes et des autres ? Trois choses, me semble-t-il : l’argent, la reconnaissance et le sens.

Contribution un peu longue, on ne se refait pas, mais, d’une part, ces thèmes mériteraient encore bien plus et, d’autre part, un séjour avec les missions locales de Martinique ne me garantit pas une grande disponibilité pour les dix jours à venir. Donc, si risque d’indigestion, à consommer avec modération…

L’argent.

argent

« Il y a tellement de choses plus importantes dans la vie que l’argent, mais il faut tellement d’argent pour les acquérir. » énonçait doctement Groucho Marx, l’un des trois Marx Brothers (1).

image GOUCHO

Revendiquer de l’argent appartient au rapport « instrumental » au travail, c’est-à-dire concerne la rémunération. Et ce n’est ni étonnant et encore moins tabou dans la mesure où ce rapport est tridimensionnel, incluant  l’instrumental (subvenir à ses besoins) et l’articulant avec le social (appartenir à la communauté humaine, la reconnaître et en être reconnu – 2) et le symbolique (s’accomplir). Sans doute y aurait-il un problème si l’instrumental occupait tout l’espace du rapport au travail – il ne s’agirait que d’un emploi, d’« un boulot dans une boîte », pas d’« un métier dans une mission locale » – mais tel n’est pas le cas.

image MARX-1Un autre Marx, Karl cette fois, écrivait « Notion existante et agissante de la valeur, l’argent confond et échange toute chose ; il en est la confusion et la conversion générales. Il est le monde à l’envers, la confusion et la conversion de toutes les qualités naturelles et humaines. » (3) Il y a donc de la confusion dès lors qu’il est question d’argent, point n’est besoin d’être grand clerc pour le constater (voir les élites – 4), et il y a aussi de l’échange : l’argent, peut-on dire, est dans le rapport salarial l’expression, sinon exclusive du moins élémentaire, de la valeur accordée à la personne rémunérée. Or, dès lors que cette dernière n’est pas par hasard dans sa situation salariée, ni surtout n’y demeure, autrement dit dès lors qu’existe et est même revendiqué (pas en ces termes mais de façon incontestable) cet engagement « vocationnel », on comprend qu’il soit un objet direct de mobilisation ainsi qu’un objet symbolique et transitionnel pour parler d’autre chose. Ce qui ne manque pas. L’expression des conseillers, dans cette pétition aussi high tech qu’originale (félicitations !), permet de ne pas confondre ceux-ci avec ceux que Nietzsche désignait sous le terme de « dernier homme », un esclave heureux, repu des biens qu’il produit et consomme sans autre idéal que celui d’assurer son confort et sa tranquillité (5). Ce qui pourrait, dès lors qu’il n’y aurait que ces « 15 points » de revendication, rendre les choses confuses ou ambiguës, c’est que la place occupée par l’économie dans la société moderne tend à considérer comme économique au sens le plus étroit toute forme d’activité et d’échange. Mais tel n’est pas le cas.

La reconnaissance.

image RECONNAISSANCE

Voici « le » thème associé de façon quasi-systématique au précédent. L’argent, qui permet de (sur)vivre, est l’arbre qui dissimulerait, s’il n’était si fortement exprimé, le besoin de reconnaissance exprimé parfois en termes de « respect ». « L’homme est homme par les hommes, dit un proverbe kabyle, seul Dieu est Dieu par lui-même » : être homme ou femme, citoyen-ne, professionnel-le, transite par le regard des autres, collègues, hiérarchie et institution.

Les piou-piou des missions locales apparaissent au cœur d’un double discrédit, ce « double » étant non une addition mais une combinaison avec ce que l’on appelle une « rétroaction amplificatrice », c’est-à-dire un phénomène d’amplification : 1 + 1 = 3.

Premier discrédit, celui jeté sur le champ du social soupçonné d’être dépensier, sans réel effet sur ce pourquoi il est mandaté (l’insertion), incapable d’entrer dans une logique rationnelle (entendons par là « économique »). Michel Autès – dont pourtant je ne partage pas toujours l’analyse, en particulier sa thèse d’un travail social contaminé par l’intervention sociale (6) – avance tout-à-fait justement que le travail social est le lieu d’un vrai paradoxe puisque il est l’objet d’une série de tentatives pour l’instrumentaliser, afin de le rendre plus efficace, mais que celles-ci en voulant l’extraire de l’opposition entre rationalité économique des financeurs et essence humaine (rationnelle et irrationnelle, d’une rationalité en tout cas « limitée »), évidemment au profit du premier terme, le rendent inefficace. Formulé différemment, la qualité du travail de l’intervenant social, ce qui se passe dans l’accompagnement et ce que celui produit, est pour une très large part déterminé par l’engagement, qui nécessite que le professionnel soit convaincu et reconnu ; a contrario, faire du professionnel un « agent » (n’) appliquant (que) les procédures est la garantie de valeurs ajoutées minimales… et minimalistes. Le cercle vertueux faisant tourner, imbriqués, le sens, la reconnaissance et l’engagement, produit l’acteur. Le cercle vicieux y substituant la procédure – et rien que la procédure -, la permutabilité et le strict conventionnel, produit l’agent. « Quoique moins agressif qu’un affront direct, le manque de respect peut revêtir une forme tout aussi blessante. Il n’y a pas d’affront, mais il n’y a pas de reconnaissance non plus : on n’est pas vu, pas perçu comme un être humain à part entière, homme ou femme, dont la présence importe. Quand une société traite ainsi les masses, pour n’accorder de reconnaissance qu’à un petit nombre, elle crée une pénurie de respect, comme si cette matière précieuse était en quantité trop limitée pour circuler largement. A l’instar de mainte famine, cette rareté est artificielle ; à la différence des vivres, le respect ne coûte rien. Pourquoi l’offre devrait-elle être insuffisante ? » (7)

image MAUROY

Second discrédit, propre aux missions locales : elles embrasseraient trop – l’approche globale – donc mal étreindraient… la comparaison avec d’autres entités telles que les entreprises sollicitées pour le contrat d’autonomie venant ponctuellement pondérer la critique. Ceci étant, soyons-en assurés, le soupçon n’est pas éteint et s’exprimera à son heure. Faut-il revenir, une fois encore, sur l’immense – à nouveau – contradiction entre les productions des chercheurs, y compris au cœur du système institutionnel (IGAS, Centre d’études de l’emploi…), qui toutes plaident pour une approche holistique de l’insertion, et les politiques sociales désespérément sectorielles : un jour l’emploi, le lendemain les décrocheurs, le surlendemain l’orientation… ? à moi l’emploi, à toi la formation, à lui le reste… Pour sûr, la naissance des missions locales avec Bertrand Schwartz, homme de gauche, sur une commande de Pierre Mauroy, premier Ministre du premier gouvernement Mitterrand, et leur filiation avec l’éducation populaire (dont Pierre Mauroy est une figure tutélaire), et leur atomisation associative (500 associations) rendant difficile leur contrôle ne vont pas nécessairement dans le sens des fondements politiques et idéologiques du gouvernement, pas plus que leur approche globale n’entre dans les cases d’une pensée disjonctive de la complication qui ne peut et, sans doute même, ne veut  s’acculturer en pensée de la complexité.

Ces discrédits pèsent, s’exprimant régulièrement en termes de soupçons et aussi de coups de force (Picardie, contrat d’autonomie…), mais, face au constat que les missions locales sont le seul réseau capable d’accompagner annuellement plus d’un million de jeunes mis en difficulté d’insertion, pilori et louanges s’alternent, jusqu’à d’ailleurs, à certains moments, ne plus savoir sur quel pied danser… et y perdre ses repères car, sauf erreur, si le réseau des missions locales n’a jamais autant été menacé dans son histoire que par des gouvernements de droite, il n’a non plus jamais été autant soutenu financièrement que par ces mêmes gouvernements. Dans un tel paysage brouillé, comment s’y retrouver, « comment cultiver des loyautés et des engagements mutuels au sein d’institutions qui sont constamment disloquées ou perpétuellement refaçonnées ? » (8).

image SENS INTERDIT

Le sens.

Il est partout ou, plus exactement, il transpire comme une profonde aspiration à la dimension symbolique du rapport au travail, souvent sur la base d’une opposition entre quantitatif et qualitatif. Je me suis déjà prononcé à plusieurs reprises sur ce sujet, ces deux volets ne devant pas être opposés mais constituant une « dialogique », c’est-à-dire une interaction entre deux éléments a priori opposés mais pourtant indissociables (comme le sont l’économique et le social). Lorsque, très justement et aussi pour faire valoir leur travail, les conseillers rappellent l’importance quantitative des problèmes mais également des jeunes reçus, le quantitatif devient un argument pour les missions locales : la force du réseau, c’est ce million et plus de jeunes. Mais ce même quantitatif, cette fois considéré à l’échelle de la pratique quotidienne, devient obstacle et torture . Il interdit le sens qui devient un sens contrarié, empêchant et finalement interdit.

images CHARLOT

Enième réflexion sur l’engagement…

Ceci étant, la question du sens ne peut être traitée exclusivement sur le mode de la déploration ou de la contestation, car il faut bien, une fois le constat posé d’une perte de sens, imaginer les conditions concrètes de sa reconquête. J’ai été à vrai dire étonné pour les missions locales que les réflexions et les propositions du Livre vert demeurent pour la plupart contraintes dans un système institutionnel préétabli : on change les joueurs, on redistribue les cartes mais on ne change pas radicalement les règles du jeu, c’est-à-dire une commande publique, des dispositifs et des programmes, un peu d’« expérimentations » dont beaucoup ne présentent une valeur ajoutée d’innovation qu’à la marge, des « opérateurs » qui exécutent avec un peu plus de moyens et, si possible, de louanges.

Le sens du travail, je l’ai dit, n’est pas qu’une sorte de sentiment diffus et éthéré mais s’exprime dans l’engagement. Les facteurs de l’engagement sont multiples, circonstanciels (une situation qui appelle émotionnellement une réaction) ou surdéterminés par exemple par l’éducation. Ainsi Martin Hirsch répond-t-il à la question « Comment expliquez-vous votre parcours ? » par ces phrases : « J’ai été élevé dans des valeurs de service public, d’intérêt général, d’effort, d’altruisme. Il y avait l’idée de rendre un peu de ce qu’on avait reçu. Mon père et mon grand père étaient des hauts fonctionnaires qui ont toujours eu le souci du bien public en se tenant à l’écart des partis. Mon grand-père a été un résistant très actif. J’ai ressenti très tôt un sentiment d’injustice. » (9). Comment (re)trouver cet engagement ? Le projet associatif de structure est un moyen… mais il n’est qu’un moyen. Même si l’association devrait présenter en théorie des garanties de démocratie, le statut associatif de la plupart des missions locales ne constitue manifestement pas une garantie de bonne gouvernance : il peut s’y reproduire, comme dans l’autre statut des GIP, des modes de pilotage et de management que n’envieraient pas les entreprises du secteur marchand les plus conquises au néo-taylorisme.

Mission locale : une entreprise à but social ?

Or, un facteur-clé de l’engagement des personnes est leur implication dans la prise de décision, pas exclusivement dans l’exécution de celles-ci. Partant de ce constat très ordinaire, ne serait-il pas possible expérimentalement de concevoir une mission locale comme une « entreprise à but social » dans laquelle tous les professionnels seraient associés, y compris dans les résultats, comme par exemple le permet le statut de SCOP, société coopérative de production, qui, rappelons-le, s’inscrit dans l’économie sociale ?

Un autre statut serait possible et probablement plus judicieux, celui de Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui permet d’associer autour du même projet des acteurs multiples : salariés, bénévoles, usagers, collectivités publiques, entreprises, associations, particuliers… (http://www.scic.coop/entreprise-cooperative.htm – 10).  « Une SCIC produit des biens ou des services qui répondent aux besoins collectifs d’un territoire par la meilleure mobilisation possible de ses ressources économiques et sociales. Elle respecte les règles coopératives : répartition du pouvoir sur la base du principe « une personne, une voix », implication de tous les associés à la vie de l’entreprise et aux décisions de gestion, maintien des résultats dans l’entreprise sous forme de réserves impartageables qui en garantissent l’autonomie et la pérennité… Une SCIC a un statut de société commerciale, SA ou SARL, et, en tant que telle, fonctionne comme toute entreprise soumise aux impératifs de bonne gestion et d’innovation. Ancrée dans un territoire, elle s’inscrit dans une logique de développement local et durable, favorise l’action de proximité et le maillage des acteurs d’un même bassin d’emploi, présente un intérêt collectif et un caractère d’utilité sociale garanti par sa vocation intrinsèque d’organiser, entre acteurs de tous horizons, une pratique de dialogue, de débat démocratique, de formation à la citoyenneté, de prise de décision collective… et par sa vocation d’organisme à but non-lucratif. »

Des missions locales SCIC ? A débattre… et j’imagine que cette proposition ne laissera pas indifférent.

Accompagnement contrat ou contraint ?

image MENOTTES

On l’a vu, argent, reconnaissance et sens sautent aux yeux, pourrait-on dire, à la lecture des contributions. Pourraient y être ajoutés les thèmes de l’autonomie associative, c’est-à-dire la capacité de la mission locale sur la base de son projet autonome d’établir une relation équilibrée, dialectique, avec les institutions et leurs programmes hétéronomes, ainsi que l’abysse entre ambitions et moyens ou l’antienne des « moyens constants » pour « toujours plus ». A ne pas confondre avec « plus de moyens » pour « toujours constant ».

Tout ceci est juste et peu contestable. Il n’est cependant pas inutile d’y ajouter un point qu’apporte très pertinemment la contribution de Régis sur l’article « Question à l’étude des structures… » de ce blog. Il y est question de « vigilance » et d’une « nouvelle philosophie de l’accompagnement plus imposé que choisi. »

REGIS BARBIERRégis : « No comment… mais si : comment (mes antécédents me poussent toujours à manier le calcul de tête, pas la calculette car trop de fautes de frappe) : 40 millions, cela permettra l’embauche en moyenne de 2 conseillers par Mission locale pour 60 à 80 000 jeunes de plus dans CIVIS. Soit un conseiller pour 60 à 80 jeunes alors que les sorties du programme sont en vitesse très réduite = aucun moyen supplémentaire… sachant que les ML sont aussi attendues sur l’orientation, la lutte contre le décrochage, etc.

Sur l’évaluation aux résultats en termes d’insertion professionnelle ainsi que sur la qualité de l’AIO, c’est écrit dans la Loi sur la formation professionnelle et c’est en cours de test.

Chacune des thématiques proposée à recueil de commentaires et avis par l’UNML mériterait un échange approfondi. L’inflexion la plus importante, pour ne pas dire le changement total, me semble être tout ce processus de signalement du décrochage et d’obligation de suivi jusqu’à 18 ans. Jusqu’alors, la venue d’un jeune en Mission locale s’inscrivait dans un acte volontaire de sa part (peut-être poussé par son entourage aussi). Là, c’est l’inverse : c’est à la ML d’aller chercher le jeune. Il faut bien mesurer les conséquences de cette (r)évolution ! Expérimentant un dispositif de tutorat externe pour éviter, entre autres, le décrochage dans les processus d’alternance, une grande vigilance sera apportée à cette nouvelle philosophie de l’accompagnement plus imposé que choisi. »

Assurément du grain à moudre pour les réponses à communiquer à l’UNML.

Peggy, Sylvie, Fred, Céline et les autres…

Pour conclure, mon florilège des contributions qui, précisément, illustrent ces thématiques d’argent, de reconnaissance et de sens…

Peggy, du Mans : se battre ensemble. « Redonnons du sens à notre métier, réaffirmons notre volonté d’accompagner les jeunes dans des conditions décentes. Aujourd’hui les salariés souffrent quotidiennement avec le manque de moyens sur le terrain et face à cette demande incessante du « toujours plus avec toujours moins ». Mais jusqu’à quand tiendrons-nous ? Dans nos discours quotidiens face aux jeunes qui nous manifestent tous les jours leurs difficultés à vivre, à s’insérer, à se loger, à trouver un boulot, à gagner leur propre vie ? Dans des conditions toujours plus difficiles, comment tenir un discours positif, plein d’espoir, avoir une écoute suffisante pour être aidant face à l’autre ? Nous aimons notre métier, exigeons de le faire respecter, de nous faire respecter mais surtout battons-nous ensemble ! »

Paramount05Sylvie de Noisy-le-Grand : Mac Gyver. « Christine Lagarde disait un jour qu’il était normal que les personnes soient rémunérées en fonction de la valeur qu’elles créent. Accompagner des jeunes à l’emploi a t-il si peu de valeur ? {…} A faire notre travail de fourmis, de Mac Gyver en jonglant avec les moyens du bord, en tricotant avec l’Education Nationale qui ne les retient pas toujours. A essayer d’avoir des idées face à des employeurs « qui ne veulent pas de cas sociaux » (texto !). A leur donner une PLACE, un peu d’estime d’eux… Drôle de paradoxe alors que notre travail est si peu reconnu !!! Alors 15 points, quand on voit tout ce qu’on voit et qu’on entend tout ce qu’on entend… »

Fred de Lorient : sens interdit. « Quête de sens ! Sens interdit ? Voilà dix ans que je bosse en Mission Locale. Je me suis engagé dans ce contrat pour donner du sens à la Vie : faire une place aux jeunes dans la Société, à Tous les jeunes ! Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être à contre-sens. La quantité plutôt que la qualité dans l’accueil sous l’injonction des pouvoirs publics (CIVIS, PPAE, entrées sur dispositifs, etc..), un rôle finalement de contrôle social alors que j’ai toujours milité pour progrès et insertion sociales (et je ne suis pas psychosociologue mais conseiller de base). En permanence le doigt sur le bitonio de la cocotte-minute qui demain risque de m’exploser à la figure, je laisse échapper parfois quelques millibars de pression (alloc CIVIS et autres..) pour juguler une pression qui enfle. Ca n’a pas de sens ! 15 points est certes un minimum vital, mais il faudra aussi rapidement remettre en question le sens de notre travail. Pressions, injonctions, jusqu’où tiendrons-nous ? Excusez-moi d’être un peu « has been », mais – et là j’en reviens à notre contrat de travail – j’ai pas envie de perdre ma vie à la gagner (cf. droit de retrait exercés par les salariés de la ML de Nantes, mal-être croissant de salariés de moult structures). 15 points est certes un minimum syndical, mais il va falloir que nous nous posions rapidement la question du sens que nous voulons donner à notre travail, et le faire savoir, le faire valoir ! Propos insensé ? J’ose encore espérer que non.. »

Céline de Roissy-en-Brie : rester utopistes. « Notre travail est un réel accompagnement des jeunes et non un enchevêtrement de mesures à leur mettre sur le dos. Ce qui me semble essentiel est la lutte que nous devons mener pour conserver la spécificité de notre métier, c’est-à-dire l’équilibre indissociable entre les dimensions sociale et professionnelle de l’insertion des jeunes. POUR un travail toujours en mouvement, toujours dans le souci de la qualité et non de la quantité ! POUR une augmentation des salaires ! POUR le maintien de notre engagement auprès de notre public ! CONTRE une association transformée en usine ! Que les hautes sphères se rappellent du principe fondateur des missions locales ! A ce titre, nous devons lutter et résister afin de rester ces (peut-être) utopistes mais toujours volontaires travailleurs des missions locales et Paio de France. »

(1) A lire pour se détendre, Les mémoires d’un amant lamentable, du même Groucho de son vrai nom Julius Henry Marks… C’en est extrait : « Ne vous fiez pas aux couples qui se tiennent par la main. S’ils ne se lâchent pas, c’est parce qu’ils ont peur de s’entre-tuer. » Et encore : « La plupart des jeunes femmes sont rebutées par des avances trop précises. Sinon, c’est que je manque réellement de chance. » Et pour finir, précisément, en mettant en appétit : « L’estomac a deux utilisations. Il contient votre dîner et, ce qui n’est pas le moins important, sert à retenir votre pantalon. » Si cela ne donne pas envie de lire Groucho Marx, c’est à désespérer.

(2) « Avoir sa place sur le marché du travail signifie qu’on est utile, ce qui a un impact sur l’image de soi. Cette image de soi vaut pour soi-même et pour les autres. Du point de vue identitaire, chacun se construit, élabore son identité vis-à-vis des autres et envers soi-même à travers cette participation au marché du travail : il se voit reconnaître une utilité, un rôle dans la société, acquiert une légitimité et prend position de façon citoyenne dans cette société. » Danièle Linhart, « Ce qu’est le travail et ce qu’il devient », in Travailler plus, travailler moins, travailler autrement, sous la direction de Jean-Pierre Gélard, 2007, Presses Universitaires de Rennes, p. 247.

(3) K. Marx, Manuscrits de 1844, in Œuvres, t. 2, Économie 2, 1968, Gallimard, pp. 117-118.

(4) Mais également à l’échelle des piou-piou, ce que l’on a pu observer avec la « BAE » (bourse d’accès à l’emploi), l’argent dans la relation étant soupçonné par certains de parasiter/polluer celle-ci. Au sentiment d’instrumentalisation par les pouvoirs publics s’ajoutait le même par les jeunes…

(5) Marcel Hénaff, Le prix de la vérité, 2002, Seuil, p. 29.

(6) « L’insertion correspond bien à cette société fragmentée, éclatée, réduite à une somme de transactions entre des individus désaffiliés, pour reprendre le terme de Robert Castel, mais, surtout, déterritorialisés et qui subissent de plein fouet les destructions identitaires ou subjectives. L’organisation des politiques publiques redouble et confirme cette absence de plan d’ensemble : faiblesse des énoncés au profit des procédures, le « comment faire » rabattant de « que faire » sur une conception purement technique de l’action politique ; accumulation des modes d’emploi ; dilution de l’action publique dans les contractualisations et les partenariats locaux, voire dans les réseaux d’acteurs, plus ou moins éphémères, de telle ou telle conjoncture locale. » Michel Autès, « L’insertion, une bifurcation du travail social », in A quoi sert le travail social ? Esprit n° 24&, mars-avril 1998, p. 69. Et : « On assiste, du travail social à l’intervention sociale, à un étrange passage, d’autant plus tumultueux que la fascination du nouveau cache non seulement des permanences invisibles et plus encore des régressions formidables vers des formes de traitement de la question sociale. » Michel Autès, Les paradoxes du travail social, 1999, Dunod, p. 268.

(7) Richard Sennett, Respect. De la dignité de l’homme dans un monde d’inégalité, 2003, Albin Michel, p. 15.

(8) Richard Sennett, Le travail sans qualités. Les conséquences humaines de la flexibilité, 2000, Albin Michel, p. 11.

(9)« Je n’ai jamais eu l’impression de me sacrifier », Philosophie magazine n° 23, octobre 2009, p. 18.

(10) La SCIC, née d’un projet de démarches collectives d’innovation destiné à créer une nouvelle forme d’entreprise coopérative, s’inscrit dans le prolongement des trois initiatives :

– Le programme « Nouveaux Services / Emplois Jeunes » (NSEJ) 
avec une dynamique économique et entrepreneuriale mixant le marchand et le non-marchand qui visait un développement et une pérennisation des activités mise en œuvre dans le cadre du programme.

– Le rapport d’Alain Lipietz sur une nouvelle forme d’entreprise à but social (Sur l’opportunité d’un nouveau type de société à vocation sociale, Rapport final relatif à la lettre de mission de Madame la ministre de l’Emploi et de la Solidarité, 2000): 

… il n’est pas opportun de construire un nouveau cadre juridique pour les besoins particuliers de l’entreprise à but social, une simple adaptation des cadres existant suffira {…} qu’elle soit issue d’une adaptation de l’association ou de la coopérative, cette nouvelle forme d’entreprise devra être dotée de capital et permettre d’associer à sa gestion les usagers, les salariés, les bénévoles et des tiers. »

Les Rencontres Régionales de l’Économie Sociale et Solidaire : lors de la synthèse nationale du 5 juin 2000, la SCIC était apparue aux 4 000 participants comme la formule la plus aboutie de cadre juridique d’entreprise adapté au développement entrepreneurial tout en prenant en compte la dimension éthique des activités qui relèvent de l’économie sociale et solidaire.

La logique coopérative associe dans la SCIC (« multi-stakeholders ») :

– Les salariés de la coopérative (comme en Scop) ;

– Toute personne physique désirant participer bénévolement à son activité (comme en association) ;

– Les usagers habituels et les personnes qui bénéficient à titre gratuit ou onéreux des activités de la coopérative (comme en coopérative de consommateurs) ;

– Toute personne physique ou morale de droit privé qui entend contribuer directement, par son travail ou par un apport en nature, en espèces ou par tout autre moyen au développement de la société coopérative (comme dans les sociétés commerciales classiques) ;

– Toute personne morale de droit public dans la mesure où l’activité et l’intérêt de la Scic entrent dans son champ de compétences (comme dans d’autres sociétés régulant le partenariat « Public – Privé »).

Toutes ces personnes peuvent être associées au capital de la coopérative. En tant qu’associé, chacun participe aux prises de décisions collectives via l’Assemblée Générale où il s’exprime à égalité de voix avec les autres associés. C’est l’assemblée des associés qui élit en son sein les administrateurs et les dirigeants de la coopérative.

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commentaires
  1. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    « Belle » contribution de Philippe Labbé …
    (Est-ce que l’esthétique a à voir avec le marxisme tendance groucho ?)

    Sur les SCIC
    Je ne suis pas convaincu par le projet de SCIC appliqué aux ML …En effet, c’est un projet qui relève d’une économie sociale, où le capital est partie fondatrice. Par ailleurs, par les temps qui courent (directive bolkestein oblige) je ne suis pas sûr qu’un positionnement « SCIC » n’inscrivent définitivement les Missions Locales dans le registre « concurrentiel du marché ».

    Sur le dialogue Quantitatif/Qualitatif :
    Il pourrait trouver son écho dans l’opposition « budget-Argent » / »Sens du travail ».
    De la même manière que le quantitatif sert le réseau pour affirmer sa force (le million de jeunes suivis), l’argent (les budgets complémentaires – « les 40 Millions d’euros ») ne méritent certainement pas qu’on le boude, et qu’on « mégote » (pour Régis)
    Pourquoi « cracher dans la soupe » …40 Millions, c’est 25% de plus sur la part de l’Etat !
    Ce n’est pas rien …même si, comme le rappelle philippe, il relève d’ une contradiction de la Droite.

    2005 – Civis, et près de 2000 postes de conseillers en plus et certains mettent l’accent sur les surcouts induits non prévus par l’Etat …
    2009 – Plan agir jeunesse, + 40 Millions, et l’on appréhende le nombre de suivi par conseillers …
    Je serai polémique :
    De qui se moque t-ton ?
    Qui se plaint ?
    Qui effectue le boulot ?

    -Il va y avoir des postes de conseillers en plus dans le réseau, tant mieux!
    – Certaines structures vont se remettre à flot, tant mieux ! (ce qui contribuera à gommer les éventuelles erreurs de gestion …)
    D’autres question se posent :
    – Les collectivités territoriales vont-elles suivre ou en profiter pour retirer leur billes ?
    – Que va devenir l’équilibre Etat/collectivités locales au sein des ML ?

    Reconnaissance :
    Si philippe Labbé note que les piou-piou sont en peine de reconnaissance, je vous livre un scoop :

    Les patrons aussi !

    Lors de la CPN de Négociation de mecredi 21 octobre (dont le suivi c’est opéré « live » sur twitter http://twitter.com/Manifnum)

    l’UNML a réclamé en séance sa part de reconnaissance de la part des organisations syndicales !
    (l’homme est homme par les hommes, écrivait philippe …, l’UNML est-elle UNML par les organisations syndicales ?)

  2. rbeaune dit :

    Pour les 40 millions annoncés comme supplémentaires,je ne mégote pas (même si je fume toujours)… Je dis simplement que le supplémentaire s’applique aux 60 à 80 000 CIVIS en plus dans les objectifs : c’est la même base de financement qu’en 2005 (2 000 réferents pour un objectif annuel de 160 000 CIVIS)… Ils ne vont donc en rien soulager l’activité actuelle… Aussi ma crainte est triple :
    – que de nombreuses ML ne puissent recruter pour déjà rééquilibrer leurs comptes;
    – que la sollicitaion des ML sur d’autres champs (Décrochage, orientation, RSA, …) se fasse sans les moyens nécessaires;
    – que leur non-inscription dans le projet de Loi de finances 2010 et donc dans le BOP 102 en fasse un élément non-pérenne.
    Enfin, sur l’équilibre Etat/collectivités locales, je pense que l’on va arriver à un déquilibre très fort au profit de l’Etat, surtout avec le nouvel accord cadre avec Pôle Emploi, déséquilibre qui ne fera que renforcer l’axe « accès à l’emploi » et, peut-être, reviendra à remettre en cause l’approche globale…

  3. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    Réponse à Régis ..
    Oui Régis, je suis d’accord avec vous …
    Cependant, doit-on laisser faire ?
    – Et ne pas exiger une pérennisation des budgets complémentaires …

    – Et laisser les collectivités territoriales donner à l’Etat la « majorité » …

    – Et nous faire entendre …

  4. labbe Claude dit :

    L’argent n’a de sens que pour ceux qui y voient un outil de reconnaissance ; et puis pour tous les autres qui sont contraints à y reconnaître un sens.

  5. rbeaune dit :

    Juste un petit mot sur la reconnaissance sans argent : c’est DOCINSERT, outil de veille unique pour le réseau (?) des Missions locales qui va prochainement s’interrompre… A titre personnel, je souhaite une mobilisation forte pour que cette initiative soit relancée et soutenue par l’ensemble des Missions locales… Après reste à en définir les modalités… Cela ne m’appartient pas… Mais, que cela soit en terme d’efficience (multiplication des mêmes recherches) ou d’éfficacité (communication interne au réseau pour diffuser une information peu ou mal connue)cet outil national a fait ses preuves… Alors ne mégotons pas sur les conditions financières de sa relance…

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