Expérimentations Hirsch : du factuel, du réflexif et du bruit…

Publié: octobre 7, 2009 dans Insertion/missions locales

Regard sur les expérimentations Hirsch selon trois perspectives : quelques données factuelles sur les projets sélectionnés dans la première vague, les critères d’analyse des projets et une expérimentation qui fait du bruit dans le Landerneau…

1. Thématiques des projets sélectionnés…

168 projets d’expérimentation ont été sélectionnés par la commission du Haut Commissariat à la Jeunesse. Ces projets se ventilent en quatre axes (« Réduire les sorties prématurées du système de formation initiale », « Améliorer la transition entre la formation et l’emploi », « Prévenir les ruptures » et « Soutenir les initiatives et les projets des jeunes ») subdivisés en quatorze programmes. Le réseau des missions locales (structures, ARML, CNML) a été sélectionné pour vingt-deux projets, la moitié sur l’axe 2. A titre de comparaison, on recense quinze projets sélectionnés portés par des Académies et quarante-deux portés par des Universités. Il est vrai que la R&D y est plus rôdée. Tiens, au fait, comment se fait-il que le réseau ne propose pas réactivement une information-formation afin que les réponses au second appel à projets ne soient pas rédigées à la va-vite ? Suggestion.

Axes

Nb projets

Nb projets ML

% projets ML

1

101

8

7,9

2

19

1

5,3

3

28

11

39,3

4

20

2

10,0%

Ensemble

168

22

13,1%

{un astérisque signifie « projet particulièrement remarqué par les jurys pour leur qualité »}

Axe 1. « Réduire les sorties prématurées du système de formation initiale ».

– Programme 1. « Sécuriser l’orientation vers l’alternance et prévenir les ruptures » : ARML de Champagne-Ardenne et du Languedoc-Roussillon, Conseil National des Missions Locales, Mission locale de Beaune*.

– Programme 2. « Prévenir le décrochage scolaire et organiser les collaborations pour suivre les jeunes décrocheurs » : ARML Midi-Pyrénées*, Mission Locale de l’Agglomération Rouennaise*, Mission Locale de Marseille et Académie d’Aix-Marseille*,

– Programme 3. « Développer les incitations au maintien dans le système scolaire » : pas de structures du réseau ML.

– Programme 4. « Approfondir le dispositif d’orientation active » : pas de structures du réseau ML.

– Programme 5. « Organisation intégrée de coordination des acteurs de l’orientation scolaire et professionnelle » : pas de structures du réseau ML.

– Programme 6. « Améliorer les dispositifs d’orientation et lutter contre l’échec scolaire » : pas de structures du réseau ML.

– Programme 7. « Accompagnement et insertion professionnelle des étudiants qui décrochent » : Mission locale de la Maison de l’emploi et de la formation de Nanterre.

Axe 2 : « Améliorer la transition entre la formation et l’emploi ».

– Programme 1. « Actions innovantes pour améliorer l’insertion professionnelle à l’université » : Mission locale de Dunkerque*.

Axe 3 : « Prévenir les ruptures »

– Programme 1. « Actions innovantes pour assurer le suivi après 18 ans des jeunes sortants de l’aide sociale à l’Enfance et suivis par la Protection Judiciaire de la Jeunesse » : pas de structures du réseau ML.

– Programme 2. « Expérimentation du parcours vers l’emploi des jeunes sous main de justice » : L’Etoile – Mission locale de Vitry-le-François, Missions locales du Pays Basque, de Bièvre (Val de Marne)*, de l’agglomération Mancelle (Le Mans)*, de Moulins, de Toulouse et Haute Garonne*, des Ulis*, du Bassin d’emploi de Rennes, du Velay.

– Programme 3. « Sécuriser l’accès au logement des jeunes » : Mission locale de l’Agenais et de l’Albret*, Conseil national des missions locales.

– Programme 4. « Connaissance, repérage et prévention des étudiants en difficulté » : pas de structures du réseau ML.

Axe 4 : « Soutenir les initiatives et les projets des jeunes ».

– Programme 1. « Développement du micro-crédit pour les jeunes » : pas de structures du réseau ML.

– Programme 2. « Actions innovantes pour développer la mobilité internationale des jeunes en mission locale et en apprentissage » : Mission locale du Bassin d’emploi du Grand Besançon, Union régionale des missions locales de Rhône Alpes.

2. Les critères d’évaluation des projets…

Les projets d’expérimentation Hirsch sont évalués par une commission sur la base d’une grille avec six questions renvoyant à des critères habituels :

– Des critères de pertinence et de conformité pour la première question : « L’expérimentation proposée répond à la problématique posée par l’appel à projets ».

– Un critère de faisabilité ou d’efficacité : « La structure porteuse du projet a les moyens de le mener à son terme ».

– Un critère de partenariat : « Qualité du partenariat interinstitutionnel mobilisé (lorsqu’il est souhaitable ou nécessaire) ».

– Un critère d’essaimage –  « L’expérimentation proposée est généralisable » – qui est aussi d’efficience puisque, si l’expérimentation est généralisable, son coût sera amorti par sa reproduction.

– Un critère de fiabilité en ce qui concerne l’évaluation – « La méthode d’évaluation et les indicateurs choisis sont pertinents » –  révélé soit par une représentativité statistique – « La taille de l’expérimentation permet d’obtenir des résultats statistiquement pertinents » -, soit  par une méthodologie robuste dès lors que l’expérimentation est qualitative – « Ou, si l’évaluation n’est pas statistique, la démarche proposée permettra de porter un jugement d’évaluation sur des critères précis et formellement définis ».

– Un critère d’efficience (proportionnalité entre l’effort financier consenti et les résultats attendus) :  « Le coût du projet est en cohérence avec les résultats attendus ».

On pourrait imaginer d’autres critères pour « muscler » un projet, tels que formulés en termes évaluatifs :

– L’effectivité, c’est-à-dire la pertinence de la méthode ;

– La décentration ou le fait que le projet répond à des besoins objectivés (une économie de la demande plus que de l’offre) ;

– La professionnalisation : le projet va-t-il générer des valeurs ajoutées en termes de professionnalisation des acteurs, de meilleure organisation ? C’est là le thème d’une « assurance de la qualité » ou, ce qui revient au même, de « valeurs ajoutées indirectes », l’hypothèse posée étant que, mieux une structure est organisée, plus à terme obtiendra-t-on de « valeurs ajoutées directes » individuelles (jeunes pour une mission locale) ou collectives (développement d’un territoire, réponse aux besoins des entreprises, etc.).

3. Landerneau…

L’expression « faire du bruit dans le Landerneau » provient du bruit du canon lorsqu’un prisonnier parvenait à s’évader de la prison de Brest, bruit qui s’entendait jusqu’à Landerneau, à une vingtaine de kilomètres de la cité du Ponant. Wikipédia propose d’autres origines mais, Brestois d’origine, je confirme l’hypothèse de la cavale. Ceci étant, une expérimentation Hirsch dépasse largement les vingt kilomètres puisqu’elle occupe presque une page dans Le Monde des 4 et 5 octobre : « La « cagnotte » pour inciter à l’assiduité scolaire dans les lycées crée la polémique ». En deux mots, l’Académie de Créteil a été sélectionnée pour une expérimentation « consistant à encourager l’assiduité de lycéens professionnels au moyen d’une cagnotte qui sera destinée à financer certains projets éducatifs collectifs ». Tout en finesse, Le Parisien du 2 octobre avait révélé l’affaire avec ce titre « De l’argent pour les bons élèves ». Cette cagnotte est mise en place à hauteur de 2 000 euros puis, si les chères têtes blondes sont assidues, sera abondée en cours d’année jusqu’à atteindre 10 000 euros. Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation régulièrement appelé aux micros des médias, se déclare « viscéralement horrifié par cette initiative. La difficulté d’éduquer déclenche chez certains adultes une forme de panique, amenant à envisager les options les plus abracadabrantes… » ; pour Jean-Paul Brighelli, agrégé de lettres, c’est « un exemple déplorable, méprisable. Inquiétant aussi, parce qu’on peut se demander quelle sera la prochaine étape, si on ne va pas se mettre à payer tous ceux qui fournissent le fantastique effort de ne pas attenter à la loi… » ; un psychologue arrive cependant en contre-point : pour Didier Pleux, « Sur certains profils, ce genre d’incitation peut très bien fonctionner. En psychologie comportementale, cela s’appelle un renforcement positif. On donne une gratification à celui qui accepte de fournir des efforts. »… ce qui n’est pas sans évoquer un dressage. Fort heureusement, le contre-point cède la place à la critique : « Cela ne va pas dans le sens de la responsabilité ni du principe de réalité. La philosophie sous-jacente, c’est que tout doit marcher à la carotte… »

Cela semble effectivement étrange… mais est-ce aussi étranger qu’il n’y paraît au monde de l’insertion ? La « conditionnalité » de certaines allocations (BAE, CIVIS…), joliment habillée de la notion de « contrat » (librement négocié ou quasi-contraint ?), est-elle aussi éloignée de ce type de modalité directement inspirée du comportementalisme ? C’est une question.

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commentaires
  1. L’explication de l’origine de « Faire du bruit dans Landerneau » ne me semble pas exacte
    L’expression viendrait de la pratique locale de faire un chahut bruyant sous les fenêtres des veuves qui se remaraient.

  2. Et sur le fond, on peut lire
    « Non à une société d’assistance, oui à une prime pour fréquenter le lycée. Cherchez la cohérence »
    sur
    http://blog.educpros.fr/michelabherve/

  3. pioupiou44 dit :

    Comme mon nom l’indique, je ne suis pas finistérien mais après une recherche sur google, notre ami à tous :
    « Donc, il se trouve qu’à la fin du XVIIIe siècle, un auteur nommé Alexandre Duval (pas Dumas !) a écrit et fait jouer une pièce en un acte intitulée « Les Héritiers ».
    Dans cette comédie, un officier de marine donné pour mort, réapparaît brutalement dans sa ville d’origine, Landerneau, au grand dam des héritiers déjà en train de se disputer la succession.
    Un valet apprenant la nouvelle du retour de l’officier dit alors : « Oh le bon tour ! Je ne dirai rien, mais cela fera du bruit dans Landerneau ! »

    Cette réplique a marqué son époque au point qu’elle nous a été transmise et, même, que Landerneau est presque devenu un nom commun puisqu’on parle maintenant du landerneau politique ou du landerneau de la montagne pour désigner des mondes particuliers ayant leurs propres manies, jargon et potins. »
    trouvé ici : http://www.expressio.fr/expressions/cela-va-faire-du-bruit-dans-landerneau.php

    mais comme internet est une fabrique à rumeur, je n’en sais pas plus …
    peut-être que si j’écris ici même : « faire du bruit dans le Landerneau » a été inventé par Philippe Labbé le 7 octobre 2009 à 8h07 à propos d’une expérimentation de Martin Hirsch, cette version sera propagée et retenue par l’Histoire …ahahah

  4. En effet où est la cohérence dans tout ça?
    quand est ce que l’on comprendra que l’assiduité des élèves passe aussi par une meilleure adéquation entre les compétences des élèves et l’enseignement reçu , une orientation adéquate dès la 3ième et non une orientation par défaut?

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