Jeune diplômé cherche emploi. Et commentaires « PLF 2010 »

Publié: octobre 4, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures, Insertion/missions locales

G vain…

S’appuyant sur une enquête de l’APEC, Le Monde de samedi 3 octobre titre « Une rentrée difficile pour les jeunes diplômés ». Cette enquête a été réalisée entre avril et mai 2009 auprès de jeunes de niveau bac + 4, ce qui signifie que ne sont pas pris en compte ceux sortis en fin de cette année scolaire. Après les pistes de danse en bord de plage, les halls de Pôle emploi.

On peut craindre que le pire n’est pas dit et constater– une fois de plus – entre les fonctionnement du marché de l’emploi et de la spéculation, la déconnection entre économies réelle et virtuelle… car, tout change, rien ne bouge, les boursicoteurs s’en sont une nouvelle fois donnés à cœur joie : au cours de troisième trimestre, le CAC 40 a rebondi de plus de vingt points comme le Footsie (indice britannique) pour qui « il s’agit du gain trimestriel le plus élevé depuis vingt-cinq ans » (Le Monde, même date, « Après plusieurs mois d’euphorie, les Bourses occidentales marquent à nouveau une pause »). La « moralisation du capitalisme », on le sait, est un slogan pour gogos culpabilisés prêts à payer plus cher le forfait hospitalier pour contribuer à ne plus creuser le déficit de la sécurité sociale : de l’autre côté, cynique, le profit ne peut se satisfaire de limites et les spéculateurs ont largement les moyens de payer des armées de fiscalistes pour détourner une réglementation aussi minimaliste que communiquée à grand renfort d’autosatisfaction. Du G20 à Pittsburg sensé refonder le capitalisme, Jacques Attali a conclu par un « G vain » : il est vrai que, partant avec l’objectif de « plafonner » les bonus des apprentis sorciers de la finance, on en est arrivé à la notion beaucoup plus vague – et tellement plus acceptable pour Wall Street – d’ « encadrement ». Pendant la crise, pas d’emplois pour les jeunes, diminution des fonctionnaires donc des services pour les piou-piou, etc. Les grands, eux, recommencent de plus belle, ne prenant même pas le soin d’un minimum d’exemplarité : Henri Proglio, jusque-là PDG de Veolia, devient patron d’EDF tout en restant président du conseil de surveillance de Veolia. Pas bénévolement, qu’on se rassure. « D’ordinaire, l’eau et l’électricité, quand on les mélange, font des courts-circuits… », commente le Canard enchaîné (30 septembre). Pas chez nous.

Les jeunes, eux, ne cumulent pas les postes de pédégé : « Huit mois après leur sortie du système éducatif, seuls 68% occupaient un poste contre 82% un an auparavant. » Nous parlons toujours, bien sûr, des jeunes diplômés et, selon l’APEC, « on peut craindre que les effets de la crise se fassent encore plus durement sentir pour la promotion qui arrive sur le marché du travail. » Leurs représentations vis-à-vis de la crise dénotent deux tendances : ils sont 84% à la juger « inquiétante », 78% « grave », 68% « angoissante » et 66% « révoltante ».

Confiants…

Première tendance, tout compte fait heureuse, malgré la dureté des conditions d’accès à l’emploi, la période de jeunesse dispose d’une sorte de capital de confiance pas encore érodé par la récurrence des échecs : « Paradoxalement, quand ils évoquent l’avenir, 83% des jeunes diplômés, qu’ils soient en poste ou en recherche d’emploi, sont confiants. Ils n’ont pas le sentiment de faire partie d’une génération sacrifiée et oublient qu’en juin 2010 c’est une autre cohorte de 400 000 diplômés qui arrivera sur le marché du travail. »

Chacun pour soi…

Seconde tendance, l’individualisation : le rapport au marché du travail appelle des stratégies individuelles, struggle for life,  pas de révolte générationnelle même si les deux tiers estiment la crise « révoltante » car il y a plus qu’un pas de cette opinion à l’engagement… Le syndrome de la jeunesse grecque ne semble pas diffuser comme le virus grippal. L’épanouissement personnel par l’émancipation collective, base de l’éducation populaire, n’est pas à l’ordre du jour et la distance vis-à-vis du collectif, hormis quelques situations festives ou cathartiques, est bien une tendance lourde, massive, qui s’exprime dans le travail (avec les effets que l’on connaît – 1) et partout dans tous les registres de la vie. Chacun pour soi et dieu (le marché) pour tous. Ceci étant, un battement d’aile de papillon…

Diagnostics convergents…

Le 12 avril 2009, Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, écrivait « Le mal-emploi a pour conséquence un raccourcissement des horizons de vie. Un phénomène qui prend une consistance particulière chez les jeunes, à un âge où l’on doit assurer son indépendance et quitter le domicile des parents.

Il maintient notamment des formes de dépendances parfois vécues difficilement par les intéressés. Les solidarités entre les générations et en particulier entre parents et enfants jouent un rôle essentiel pour éviter que la crise ait des effets encore plus graves. Elles ne doivent pas être idéalisées, car la solidarité financière demeure très inégalement répartie. Du point de vue des valeurs, l’écart est immense entre les discours officiels de la République autour de l’égalité, de l’investissement dans la jeunesse, et la réalité du marché du travail à laquelle les jeunes sont confrontés. »

« Pour les jeunes, il y a d’ailleurs précarité et précarité. Certains contrats temporaires fonctionnent comme des périodes d’essai qui servent de tremplin vers un emploi durable. D’autres en revanche, souvent ceux occupés par les moins diplômés, installent durablement les jeunes dans l’insécurité de l’emploi, notamment par le biais de CDD renouvelés en contradiction avec le droit du travail, mais dans l’indifférence générale… » (2) L’étude du Céreq sur les jeunes sortis du système scolaire en 2001 révélait que 44% des diplômés du deuxième cycle (même population que celle de l’enquête de l’APEC) commençaient leur travail avec un contrat précaire. Pour les non-qualifiés, ce taux atteignait 63%. Le Monde écrit ce jour : « Les conditions d’embauche se sont elles aussi dégradées. 54% des jeunes ont signé un contrat à durée indéterminée (CDI) contre 61% l’année précédente et 64% ont accédé au statut de cadre, contre 70% en 2008. Enfin le salaire médian a diminué de 3,4%. » Finalement, à supporter tout cela, les jeunes ont un bon fond. Embrassons-nous, Folleville !

PLF 2010, suite : Jean-Philippe.

Une contribution de Jean-Philippe Revel (CGT ML-PAIO) sur « PLF 2010 » appelle un peu plus que l’emplacement peu visible (en bas, à droite) des commentaires…

« 1) Sur la revalorisation des salaires : « 15 points pour tous » !

Les organisations syndicales ont pour vocation première de s’occuper des conditions de travail des salariés. De ces conditions de travail (qui ne sont pas forcément idéales) dépendent aussi les conditions d’accompagnement des jeunes. Cette vocation première n’exclut absolument pas d’autres champs d’intervention relatifs à la vie du réseau ML/PAIO. La rédaction du « manifeste », sa diffusion et sa poursuite en sont en partie la démonstration. Concernant nos collègues des « régions ultrapériphériques » ( je laisse Philippe Labbé nous faire l’histoire de ce terme – 3), si les patrons du Medef ont signé l’accord Bino (4), savez-vous que ceux dits de « l’économie sociale », dont l’UNML fait partie, sont restés discrets et n’ont même pas eu le courage de l’appliquer, alors qu’ils réclament d’être reconnus au même titre que les autres syndicats patronaux ! La CGT vient de leur signifier officiellement la semaine dernière, lors d’une rencontre avec l’Usgeres. L’UNML suivra-t-elle ?

2) Sur la R & D, la déontologie et la qualité.

Je partage l’avis de Philippe Labbé et regrette autant que lui, et même plus encore, que la branche ne se soit pas emparée de ces questions (le rôle du CNML est aussi à questionner en la matière), la CGT ayant déjà écrit à plusieurs reprises, lors notamment de l’ébauche du Protocole 2005, pour que ces thèmes y soient inclus.

Quelques questions – réponses :

– Est-ce que la Branche doit faire ? Oui

– Est-ce qu’elle veut faire ? Sans doute

– A-t-elle les moyens « financiers » de faire ? Nous le pensons.

– A-t-elle la structure pour conduire ce projet ? Eventuellement.

– Y-a-t -il les compétences actuellement en termes d’ingénierie pour conduire ce projet ? Non.

– Est-ce un projet réalisable ? Oui. »

C’est dit.

Une question de Régis, toujours sur « PLF 2010 »…

« Intelligence collective et partagée… Tout à fait, mais aussi financements et gouvernance partagés. Comment faire vivre l’approche globale en ne dépendant que de fonds tournés vers la formation ou l’emploi et comment imaginer que ces financeurs acceptent une évaluation qui s’appuie sur des champs pour lesquels ils ne sont pas compétents ? »

PL. Vaste débat ! Allons immédiatement à la réponse : une conférence des financeurs. Il n’y a pas d’autre alternative, ceci étant la condition d’une mise en cohérence à l’échelle institutionnelle de tout le discours sur le partenariat. Autrement dit, il ne peut y avoir dans les faits une approche globale sérieuse si, en amont, la commande publique n’est pas interinstitutionnelle. Tant que les institutions passeront commande en ordre dispersé, arc-boutées sur leurs domaines de compétences, l’accompagnement se résumera à une addition de réponses… alors que le tout (le sujet, le jeune, l’usager, etc.) n’est pas la somme des parties. Mais ça, c’est une autre histoire… maintes fois contée : d’un côté, le sectoriel, la complication et la pensée disjonctive ; de l’autre, l’holistique, la complexité et la reliance.

Oui, c’est épuisant.

(1) Hier, sur ce blog : « Mal-être au travail jusqu’à ne plus être… » Dans Le Canard enchaîné de cette même semaine et au sujet de la proposition de Jean-François Copé concernant la fiscalisation des accidents du travail, on peut lire, sous le titre « Accidentés du travail, morts ou fisc » : « Pour contenir les déficits, taxons donc les mutilés du boulot ! Ils souffrent, qu’ils paient. Ils se blessent et finissent à l’hosto, qu’ils se mangent en retour une hausse du forfait hospitalier puis une ponction du fisc sur leurs indemnités. Une double peine, censée décourager le salarié à l’esprit mal tourné qui voudrait se mutiler pour échapper à son job. » Enfin à noter : la Fondation Copernic (on peut y adhérer, c’est bien et ce n’est pas cher : de 30 à 60 euros l’année pour un revenu mensuel compris entre 900 et 2300 euros ) vient d’éditer un petit ouvrage, Travailler tue en toute impunité (éditions Syllepse), dont le premier chapitre fait le point sur la santé au travail (« Une organisation du travail qui met le salarié sous pression », « Du côté des femmes, le déni », etc.) et dont la conclusion recouvre plusieurs propositions telles que « En finir avec la précarité », « Pour une loi sur la sous-traitance », etc. Si on ne veut/peut pas adhérer à Copernic, ni même acheter (7 euros) cet ouvrage, on peut au moins signer en ligne la pétition de la campagne nationale « Travailler tue ».

(2) Louis Maurin, « L’emploi des jeunes ».

(3) L’existence des régions ultrapériphériques (RUP), « ultrapériphériques » s’entendant vis-à-vis de l’Europe, est reconnue par l’article l’article 349 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Quatre départements d’Outre-Mer sont, pour la France, régions ultrapériphériques : la Martinique, la Guyane, la Guadeloupe et la Réunion.

(4) L’accord dit « Jacques Bino », du nom du syndicaliste guadeloupéen membre du LKP et mort par balles en février 2009, fait suite aux mouvements sociaux dans les Antilles et, avec un peu moins de pugnacité, à La Réunion. Cet accord régional interprofessionnel sur les salaires a été signé pour la Guadeloupe le 26 janvier 2009 par quatre organisations professionnelles d’employeurs d’une part et sept organisations  syndicales représentatives de salariés d’autre part, avec pour principal objet de compenser les importantes pertes de pouvoir d’achat des salariés, par la revalorisation des bas salaires. L’objet principal de l’accord, élargi aux autres DOM, porte sur l’augmentation mensuelle de 200 € bénéficiant principalement aux plus bas salaires (du SMIC à 1,4 SMIC) ; pour les autres rémunérations (de 1,4 à 1,6 SMIC), l’accord renvoie en substance à la négociation de branche et/ ou d’entreprise (article II de l’accord). L’accord fixe par ailleurs les conditions de financement de cette augmentation des salaires (articles III et IV). Prise en charge par les entreprises tout d’abord ( de 25% à 50% de la revalorisation selon l’effectif de l’entreprise), par l’Etat ensuite, par le biais du Revenu Supplémentaire Temporaire d’activité (50% de la revalorisation quelle que soit la taille de l’entreprise), par les collectivités enfin (25% de la revalorisation pour les entreprises jusqu’ à 100 salariés).

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