Evaluer la qualité de l’accueil et du reste

Publié: septembre 25, 2009 dans Insertion/missions locales

La CGT Missions locales et PAIO vient d’informer ses adhérents de la « petite loi », c’est-à-dire d’un texte de loi débattu au Sénat avant son retour à l’Assemblée nationale, portant modification de la loi sur l’orientation et la formation professionnelle actuellement en débat. L’article 13 « nonies » (c’est-à-dire, parlant d’un article de loi,  « neuvième », avant « decies » et après « octies »… certes ce n’est pas fait pour être compris) est ainsi rédigé :

« Les résultats obtenus par les missions locales en termes d’insertion professionnelle et sociale, ainsi que la qualité de l’accueil, de l’information, de l’orientation et de l’accompagnement qu’elles procurent aux jeunes sont évalués dans des conditions qui sont fixées par convention avec l’État et les collectivités territoriales qui les financent. Les financements accordés tiennent compte de ces résultats. »

La CGT, se félicitant à juste titre, précise « Jusqu’alors aucun texte à caractère législatif ne stipulait les sources de financement du réseau … c’est chose faite. Cela peut revêtir un caractère essentiel à la veille de la transposition de la directive service  et de la délimitation des SSIG {services sociaux et de santé d’intérêt général}. Par ailleurs on notera que l’aspect qualitatif vient pondérer les éléments quantitatifs. » Certes, camarades, mais tout n’est pas gagné…

De quoi s’agit-il ? D’évaluer les missions locales. L’évaluation est légitime, le bon usage des fonds publics dans une perspective de système, la démonstration des valeurs ajoutées produites, donc la reconnaissance, dans une perspective d’acteurs. Comment évalue-t-on les missions locales ? Formellement par un indicateur considéré comme synthétique, l’accès à l’emploi auquel on ajoute par raffinement deux qualificatifs (« critères ») : « rapide » et « durable ». Rapide pour le temps de l’accès à l’emploi (question d’efficience), durable pour le type de contrat (on vit, plus de trente ans après la fin des trente glorieuses, sur les représentations fordistes). Ces deux critères sont hétéronomes, s’imposant de l’extérieur sans que les professionnels n’aient réellement de prise sur eux : qu’est-ce qui en effet détermine la durée d’un parcours ? La situation du jeune et sa capacité à travailler ou le conseiller ? L’état du marché du travail ou encore le conseiller ? Qui détermine la durabilité de l’emploi ? L’employeur ou le conseiller ? Les réponses, évidentes, n’appellent pas de commentaires supplémentaires et tout au plus pourra-t-on considérer que l’influence du conseiller pour un jeune accédant rapidement à l’emploi aura reposé sur sa capacité à jouer dans les interstices, à vendre telle ou telle mesure ou exonération. Raisonner différemment reviendrait à considérer que le chômage est une problématique individuelle, absolument pas un fait de société. Car, s’il l’était, l’évaluation d’une réussite ou d’un échec ne serait de toute évidence que l’évaluation d’une situation atypique. Si l’on veut évaluer, il faut évaluer le marché, sa capacité d’intégration ou d’exclusion.

Si, bien sûr, on n’évitera pas l’évaluation mécanique (combien de jeunes accédant à l’emploi ?), il faut être conscient que la « bonne », en tout cas juste, évaluation est beaucoup moins à penser en termes de résultats que de réalisations. Penser l’évaluation exclusivement sur les outputs (sorties) et corréler ceux-ci aux professionnels et aux structures est, une fois de plus, un raisonnement qui se veut pragmatique mais qui est simpliste… pour les raisons – et d’autres – indiquées (l’hétéronomie). On ne reprochera ni aux professionnels ni à leurs structures de s’arc-bouter sur les sorties en emploi, voire de s’en satisfaire : après tout, elles sont une démonstration d’efficacité… mais elles sont tout autant contingentes, déterminées par l’environnement. Certes, on peut favoriser cet effet de l’environnement (en se rapprochant du monde économique, en tentant d’anticiper un peu sur les recrutements, en développant son capital social pour le transférer au jeune) mais l’essentiel – embauche ou pas – est dans d’autres mains que celles des conseillers. Ceci signifie – il faut en être conscient – qu’en évaluant les missions locales sur la base des jeunes accédant à l’emploi, on ne mesure qu’une partie marginale des déterminants qui permettent cet accès.

Mais alors que signifierait évaluer plus sur les réalisations que sur les résultats ? A peu de choses près ce qui est introduit dans cette « petite loi », c’est-à-dire « la qualité de l’accueil, de l’information, de l’orientation et de l’accompagnement ». On est donc là dans des valeurs ajoutées indirectes, autrement dit des valeurs ajoutées à partir desquelles on imagine que seront produites ultérieurement des valeurs ajoutées directes, dont le bénéficiaire sera le jeune. Le raisonnement est ainsi : dès lors que l’on a compris que la relation humaine – l’accompagnement d’un jeune en parcours d’insertion professionnelle et sociale – ne pouvait s’équationner en « A sur B = C », donc que l’on accepte l’aléatoire (« une chance à saisir », selon Edgar Morin), le prime au C, on déplace l’objet de l’évaluation du résultat sur les conditions qui permettent tel ou tel résultat, posant l’hypothèse (a priori tenable) que meilleures seront les conditions de l’accompagnement, meilleures seront les chances de l’insertion. A l’inverse, si l’accompagnement du professionnel s’apparente à la théorie du bordel ambiant (ouvrage jubilatoire de Moreno, l’inventeur de la carte à puce), on imagine que ses effets pourront être tout aussi favorables que désastreux. En conséquence et sauf délire prométhéen, on ne maîtrise pas le résultat mais par contre on peut maîtriser les conditions qui favoriseront un bon résultat. Ceci s’appelle « l’assurance de la qualité ». Reste, une fois dit, à s’entendre sur les conditions de l’évaluation de cette assurance de la qualité.

C’est donc à suivre…

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commentaires
  1. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    3 choses :
    – La lettre (flash info) de la CGT ne s’adresse pas qu’à ses adhérents. Cela signifierait soit qu’elle est « sectaire » soit qu’elle est hégémonique puisque notre flash est adressé à près de 4 000 personnes …

    – Sur l’évaluation, nous partageons l’avis de Philippe Labbé. Il y a encore du boulot et nous ne désespérons pas de faire évoluer la CPO différemment.

    – Nous voulions attirer l’attention sur le fait que la directive « services » dite bolkestein (cela parlera peut être mieux à tous) doit s’appliquer à la veille du 1er janvier 2010…et qu’il y a urgence à définir dans quel champ se trouvent les ML/PAIO. Cet article vient à point nommé : sans inscription législative du financement du réseau, « bolkestein » aurait eu un boulevard ..Tout n’est certes pas gagné, mais cette étape était essentielle

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