Des dispositifs d’insertion épuisés ?

Publié: août 28, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Une vision du monde…

Sur le blog de Michel-François Delannoy, Maire de Tourcoing, Vice-Président de Lille Métropole Communauté Urbaine et Conseiller général du Nord, on peut lire un article « A quand le débat d’idées ? » où l’édile s’interroge : « En route pour l’université d’été du PS, comme beaucoup, je m’interroge. Le vent du renouveau soufflera t-il sur le port de La Rochelle où bien faut-il s’attendre à une énième tempête dans un verre d’eau dont notre parti s’est fait une spécialité au désespoir des militants et pour la gourmandise des commentateurs ? » Plutôt que l’adaptation au capitalisme financier, aux délocalisations, au culte de l’immédiateté, etc. proposés par la Droite, Michel-François Delannoy appelle au socialisme, « c’est-à-dire une vision du monde qui fait de la justice sociale la fin et la justification de tout projet politique. » Au détour de cet article, sous forme d’interview, on note : « A l’instar de nombre d’élus et notamment de maires, j’avoue ronger mon frein dans l’attente que le débat au PS se déplace enfin sur le terrain des idées. Car notre ancrage local est un atout considérable, largement sous-exploité. Face à l’épuisement de dispositifs comme les PLIE, les Missions Locales ou les politiques de la Ville écrasées par les techno-procédures, les défis lancés à la laïcité, l’insécurité, la prévention… les élus locaux ne se contentent pas de réchauffer des solutions d’hier. Au contraire, ils élaborent en permanence des réponses innovantes, concrètes qui se construisent dans une tension créative entre idéal et réalité. Un travail de fond mené, il est vrai, à bas bruit, loin de l’arène médiatique mais qui n’en donne pas moins tout son sens et toute sa force au socialisme. »

Grâce…

Plus que d’accord, on est totalement d’accord sur ce travail de terrain d’élus, totalement aux antipodes d’une politique-spectacle qui – malheureusement et singulièrement cet été – n’est pas que l’apanage de la majorité ou de sa fraction « bling-bling ». Au fil des rencontres sur les territoires, ce constat est patent : des élus travaillent courageusement, avec force, vigueur et conviction… y compris parfois contre les structures et institutions en place qui, animées des meilleures intentions, n’en poursuivent pas moins un objectif essentiel et, sans doute plus, existentiel : survivre dans la tourmente. De ce courage des élus, ceux qu’on ne voit pas sous les sunlights et ceux qui ne confondent pas projet politique et électoralisme, ainsi que de celui de fonctionnaires territoriaux et des services déconcentrés de l’Etat (eux-mêmes mentalement rabotés de RGPP), je pourrais citer de nombreux exemples… à Tourcoing précisément, où j’apportais en juin dernier une contribution lors d’une manifestation des acteurs de l’insertion ou dans l’Océan Indien (que je rejoins demain). Il est vrai que l’exercice de l’information, via un blog ou d’autres médias, est sans doute responsable ici d’une tonalité plus souvent critique que laudative : on connaît l’adage journalistique selon lequel « un train qui arrive à l’heure n’est pas une information ». Grâce (laïque) soit rendue, à cette occasion, à ces acteurs. Une fois n’est pas coutume.

Shadoks…

De là à dire que PLIE, missions locales et politique de la Ville sont « épuisés », il y a un pas … que l’on peut franchir dès lors qu’on lit la suite « {les structures} écrasées par les techno-procédures ». Car là est bien le problème qui « épuise » ce qui fait sens dans le social, dans l’accompagnement des chômeurs, des exclus et surnuméraires de la grande lessiveuse en position d’essorage rapide. On ne reviendra pas sur ceci, maintes fois abordé… et qui devrait à nouveau apparaître dans la troisième partie de la série (de l’été) sur les missions locales du 3ème type : l’épuisement n’est pas tant physique que psychologique et, surtout, moral. Psychologique, il renvoie au sentiment érodant de vider l’océan avec une petite cuillère : en amont, se déversent des jeunes sans formation ni qualification, promis à la relégation, et d’autres qui, formées et qualifiés, ont en perspective le déclassement ; en aval, l’économie n’absorbe pas ou mal ; entre les deux les piou-piou pompent… rappelant les volatiles absurdes d’une série télévisée. Moral, il recouvre l’aspiration – entropique alors que, paradoxalement, ces « techno-procédures » prétendent à l’organisation du travail – de et non à l’engagement. Une sorte de ponction constante qui vide.

Rêve éveillé…

Cependant rêvons un peu avec ces élus « qui élaborent en permanence des réponses innovantes » et proposons que la politique de l’emploi et de l’insertion soit territoriale (ascendante, projectale et dialectique), pas seulement territorialisée (descendante, programmatique et unidimensionnelle), que les institutions démontrent par les faits la même coopération qu’elles exigent des structures (de l’interinstitutionnel et non du plurisectoriel institutionnel), que dans l’évaluation la confiance se substitue à la défiance, que les lieux de l’insertion deviennent des espaces, lieux habités par les hommes, qu’on y favorise l’innovation, la conception du nouvelles réponses sociales… Si PLIE, missions locales et autres structures sont épuisés et face à la aussi énième que récurrente « urgence sociale », la voie ne peut être d’aspirer au repos. Elle est par contre dans la cohérence d’une philosophie de l’action combinant le projet politique face à la question sociale et la mobilisation de celles et ceux qui, en front line, disposent des ressources mais que « techno-procédures » et aussi technostructure s’emploient sous couvert d’efficacité et d’efficience à… épuiser. Ce ne sont pas tant les piou-piou qui sont épuisés que les conditions qui leur sont réservées qui sont épuisantes. Si l’on parvient, à l’échelle des terrains et sous l’impulsion d’élus éclairés – au sens des Lumières – , à changer les règles du jeu, alors on pourra faire que le rêve soit plus long que la vie. Un rêve éveillé, somme toute. Ce qui est mieux que la tracasserie insomniaque.

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commentaires
  1. Vincent PLOVIER CFECGC dit :

    Une fois encore, je reste perplexe après cette lecture. L’épuisement des PLIE, des missions locales et des politiques de la ville inquiétent MF Delannoy, élu PS, Maire de Tourcoing.
    Pourtant, la ML de Tourcoing est une structure active et efficace, avec une équipe de professionnels dynamiques!
    En postulant la justesse de son propos (que je conteste en réalité), je m’étonne de l’absence de « solution » proposée!
    L’ancrage local, qui est incontestablement un atout (pour mémoire, rappelons nous les missions LOCALES), est-il une solution en soi? Définit-il une forme d’action, de structure, d’organisation? Hélas non!
    Le débat d’idées, oui, lesquelles? et avec quelles propositions et concrétisations?
    Patience, j’attends la suite… donc la formalisation écrites de ses bonnes intentions.
    Au fait, un peu d’histoire récente pour mémoire, soucieux de maintenir les droits des salariés et conscients de la nécessité d’anticiper les modifications juridiques des structures,les partenaires sociaux ont signé un avenant à la convention collective des missions locales qui prévoit l’application des acquis de cette convention aux personnels des PLIE et des Maisons de l’Emploi. Pourtant, les représentants de ses structures regroupés au sein d' »Alliance Villes Emploi », par un courrier de leur président adressé à l’UNML, se sont vivement opposés à ce projet! Conséquence: cet avenant n’est pas applicable!
    Je vous invite à consulter le site de « AVE » pour découvrir l’identitié des membres du Conseil d’administration.En précisant qu’AVE souhaite se constituer en syndicat employeur!
    Il parait que l’homme évolue par ses contradictions!

  2. rbeaune dit :

    L’épuisement voudrait dire la nécessité de recréer, de rebâtir, de refonder le projet des ML comme on dit aujourd’hui…Mais il faut se méfier de ce verbe car si nous refondons cela peut vouloir dire reconstruire (refonder) ou amalgamer, souder à d’autres structures (refondre)… Le Français est une langue qui permet tout à la fois de rassurer ou de continuer une politique picarde…

  3. Labbe Claude dit :

    Je souhaiterais ajouter au débat qu’il ne faut évidemment pas confondre : refonder, re-fonder, fonder deux fois, fondre (de plaisir, les plombs, …), fondre un con, fondation de l’abbé Pierre et fondation de Bernard Madoff (c’est à vos risques); fondations superficielles et fondations profondes (dans un cas des semelles suffiront, dans l’autre des pieux ou des puits), fondus de vélo (par ex) et fondue savoyarde. Bref : fondons, fondons et Dieu reconnaitra les siens.
    (Désolé cher frère, mais je ne parviens pas à être sérieux)

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