Toujours le 18 août, c’était oublié, une contribution en page « Débats » de Stéphane Madaule, maître de conférences à Sciences Po Paris, donc si l’on a suivi les résumés qui précèdent, dans le vivier de PlaNet Finances du Président Attali qui recrute des chefs de cabinet stagiaires à 400 euros mensuels. Ca s’appelle « Halte aux excès de la finance internationale ! C’est l’économie réelle qui paie les pots cassés ».

Rien qu’au titre, on se doute qu’on n’apprendra pas grand-chose : voilà des mois que les articles se succèdent quotidiennement pour dénoncer ce qui, il y a moins d’un an, n’était mis en cause que par une minorité d’agités, incapables de s’adapter à l’évolution du marché, doux rêveurs ou krypto quelque chose d’obsolète. Il en a été de même pour l’énergie solaire promue par des rescapés de Woodstock, pour l’alimentation biologique défendue par des revenants de Katmandou, pour le service militaire obligatoire combattu par des réfractaires (nom du journal de la regrettée May Picqueray) et des illuminés comme Louis Lecoin (qui a obtenu après une grève de la faim à 74 ans le statut de l’objection de conscience), etc.

De cet article cependant, on retiendra deux choses. Sa conclusion, tout d’abord, est univoque : « Le {système} moraliser demeure mission impossible. » Autrement dit, tout ce qui est avancé en termes de moralisation du marché, charte de bonne conduite et autre responsabilité sociale n’est que paillettes. On s’en doutait. Du moins à l’échelle globale et mondiale car, sans doute, est-il possible à l’échelle locale, avec des entrepreneurs de chair et de sang qui vivent là, qui font partie du corps social, de faire progresser la nécessaire perméabilité entre l’économique et le social. On le sait : l’économie sans le social est inhumaine et le social sans l’économique est exsangue. Néanmoins, si le pragmatisme mâtiné d’ordinaire sociabilité humaine doit guider l’action là où l’on est, le projet politique ne peut résulter d’une seule agrégation de ces pratiques, à la façon de l’individualisme méthodologique (cher à  Schumpeter et aussi à Hayek, promoteur du libéralisme et chantre des néolibéraux), mais doit proposer un paradigme, un projet global. « De telles décisions demandent à l’évidence de la volonté politique. La France et plus généralement l’Europe s’honoreraient de montrer l’exemple. Quand un système est mauvais, il convient d’en changer. » On peut rêver.

Pourquoi (ne peut-on que) rêver ? Parce que, précisément, tout ce qui est contrainte, réglementation, régulation, législation s’oppose de façon consubstantielle au système. Ce qu’écrit d’ailleurs Stéphane Madaule : « … les pays anglo-saxons, comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont justement bâti une grande partie de leur prospérité passée sur la financiarisation de leur économie. Comment pourraient-ils renoncer à ce qui constitue le cœur de leur activité ? L’attente d’une solution internationale est un leurre, un écran de fumée destiné à continuer comme avant, tout en essayant de se donner bonne conscience. »

Dès lors, que reste-t-il comme solution ? Le courage des élites politiques et la vigilance active des citoyens. Le devoir de résistance. L’obligation de l’indiscipline. L’engagement. Peut-être – à débattre – en ce qui concerne l’insertion, ce que j’avais esquissé au terme de « Bien sous tout Rapport » (1) avec la notion de « politique écologique de l’insertion » et les trois principes inspirés d’Edgar Morin (2) : principe de l’improbable (« Il s’agit de replacer dans le bon ordre finalités et objectifs, d’équilibrer les pratiques – donc leur évaluation – entre les champs du social et de l’économie et, pour cette dernière, d’y inclure les économies marchande, non marchande et non monétaire. ») ; principe des potentialités humaines non encore actualisées (éviter le processus confessionnel de l’accompagnement contingenté à l’alcôve du conseiller, reconquérir une notion telle que l’émancipation, « … le jeune comme sujet singulier pour son projet de vie et comme acteur collectif capable de peser sur l’offre d’insertion. ») ; principe de la métamorphose (« Il appartient ainsi aux missions locales de (re ?)devenir les laboratoires sociaux qu’elles étaient dans le dessein du Rapport {Schwartz}… »). Enfin, ce que j’en dis…

Revenant pour les besoins de cet article sur la réédition du Rapport Schwartz, j’ai relu la contribution de Michel Bonnet (3) qui nous a quittés cet été. Quelques jours avant cet accident aussi stupide que tragique, j’échangeais avec lui sur les marches du Palais des Congrès de Saint-Malo à l’occasion des journées professionnelles de l’ANDML. Si « philosopher c’est apprendre à mourir », la soudaineté d’une disparition invite à desciller les yeux pour une philosophie de l’action… En conclusion de son écrit, Michel cite Don Helder Camara : « Quand je rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve ; quand nous rêvons à plusieurs, alors cela commence à devenir une réalité. » On ne pouvait et l’on ne peut mieux dire. C’était juste et c’est d’actualité. Faire que son rêve soit plus long que la nuit. Ensemble.

(1) in Bertrand Schwartz, Philippe Labbé, ANDML, Rapport sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes. 1981 : naissance de l’insertion, 2007, Apogée, collection « Les panseurs sociaux ».

(2) Edgar Morin, L’an I de l’ère écologique et dialogue avec Nicolas Hulot, 2007, Taillandier.

(3) « Une approche différenciée pour les 16/25 ans. Pourquoi ? » op. cit. pp. 207-210.

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commentaires
  1. Labbe Claude dit :

    Bravo pour ton analyse et ton encouragement à la lutte et au rêve : à la vie en quelque sorte !
    Un seul mot d’ordre ; ne rien lâcher ! (sinon les chiens sur les traders !)

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