Les Monde auxquels vous n’aurez pas échappé… 4/n

Publié: août 12, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures

Thanatos…

Ce 16 juillet, Le Monde semble plus léger, 26 pages, une silhouette plus fine adaptée aux déambulations aldomacionesques sur la plage. Sans tongs à semelle UMP. A la Une, « L’ambition russe minée par un désastre démographique » : la population russe a perdu en quinze ans sept millions de personnes auxquelles s’ajouteront, en cercueil ou en urne, onze millions d’ici 2025 ; « Les hommes russes ont une espérance de vie plus basse qu’au Bangladesh, 61,4 ans »… Parmi les causes, « surtout l’alcoolisme, à l’origine de 500 000 morts par an ». Quoique ayant pris la peine de la distinguer de l’alcoolisme, il me faudra peut-être revoir les commentaires trop flatteurs sur l’ivrognerie. En tout état de cause, l’industrie funéraire a de l’avenir à l’Est, c’est une consolation pour l’économie et le PIB. Comme quoi, la richesse d’un pays se calcule aussi avec le taux d’alcoolémie moyen.

Petite cuillère…

Même première page, « Les grandes entreprises prêtes à former 100 000 jeunes », ceci correspondant à 24 000 jeunes supplémentaires en alternance qui s’ajoutent à ceux l’étant déjà. Sachant que chaque année 600 000 jeunes sortent du système de formation et non compris les ruptures et abandons, cela fait un sixième. Soit quelques raisons objectives d’une « situation de l’emploi des jeunes {qui} inquiète le gouvernement et {d’une} rentrée {qui} s’annonce comme un cap difficile. Les 16-25 ans sont les premières victimes de la crise économique. » L’article se poursuit en page 10 avec un graphique interrogeant le réalisme des ambitions de progression de l’alternance : en avril 2008, on recensait 44 200 contrats de professionnalisation contre 27 700 un an plus tard, et 73 900 contrats d’apprentissage contre 58 900 en avril 2009. Bref, sauf erreur de calcul, avec – objectif – 100 000 entrées de jeunes en alternance on n’atteint même pas le total de 2008. Il s’agit donc, plus modestement, « de regagner le terrain perdu ». Si l’on additionne les 30 000 contrats d’accompagnement vers l’emploi (CAE « passerelles », visant à partir d’une expérience dans les collectivités à favoriser une migration dans le privé), dès lors qu’ils seront effectifs (on se souvient du succès tout relatif du « PACTE »), on arrivera à l’étiage de 2008… avant la crise. Vider l’océan à la petite cuillère. Les piou-piou vont siphonner.

Soldes d’été…

Toujours à cette page 10, « Mis en cause par Martine Aubry, Manuel Valls ne quittera pas le PS ». « Désespéré » le 13 juillet, en « désarroi » le 14, le PS se déchire le 16, l’initiative de l’une étant considéré par l’autre comme du « caporalisme » et les propos de l’un (l’autre) étant jugés par la première comme « portant atteinte à tous les militants et à tous les dirigeants. » Valls ne quittera pas le PS, ni se taira. C’est ce qu’il dit. Ambiance. Il y avait eu le hard discount d’adhésions soldées à vingt euros. Prochaine étape : trois adhésions pour le prix de deux. Restera la possibilité d’offrir vingt euros à nouveaux adhérents. Rien n’est perdu. L’espoir fait vivre.

In cauda venenum… (1)

En Bretagne, la carabassen était la bonne du curé. Dévouée, effacée, vêtue de noir, chaste et strictement mobilisée sur la tenue domestique du presbytère et le service de son occupant en titre, le curé étant quant à lui occupé par les œuvres spirituelles. Partition sexuée des rôles sociaux, dirait-on élégamment dans les manuels de sociologie. En Lorraine, terre originale pour ce qui est de la religion (le Concordat), un ecclésiastique a innové : « Un prêtre de Metz mis en examen pour proxénétisme. Il est soupçonné d’avoir mis en relation une prostituée avec la gérante d’un cabinet de relaxation. » (p. 10). Le pas tout-à-fait saint homme venait d’avoir une relation peu spirituelle avec une prostituée (avec quels sous ? Le denier du culte ? La quête ?) et l’a orientée vers « un cabinet de relaxation de la banlieue messine, qu’il fréquentait de manière assidue et où plusieurs filles, venues notamment d’Afrique et de l’Europe de l’Est, monnayaient leurs charmes. » C’est donc une nouvelle fois une question d’orientation. L’avocat du curé ne pêche pas par manque d’imagination : « Dire qu’il a fait œuvre de charité serait sans doute excessif. Disons qu’il a agi de bonne foi {à défaut de foi, PL}, croyant pouvoir aider une jeune femme en plein désarroi. » A sa décharge (c’est le mot), on se souviendra d’un exemple venu d’en-haut : en 1974, le très respecté cardinal Daniélou décédait sottement – mais quelle belle mort ! – dans un hôtel de passe de la rue Saint-Denis et rentrait dans l’histoire, sous les coin-coin hilares de l’hebdomadaire palmé, pour cette mort qualifiée par la hiérarchie catholique  d’« état d’expectase » (Vatican, sic).

Requin…

Page 12, « Les populations les plus démunies : un marché d’avenir pour les entreprises ». Une société de conseil, Hystra, vient d’être créée avec comme objectif « d’aider les sociétés à mener ces actions de la façon la plus profitable possible ». Quelles actions ? Sachant que le postulat du fondateur de cette société, Olivier Kayser,  est qu’« une entreprise peut être profitable et charitable à la fois » – ce qui n’est pas une révélation, la charité s’accommodant parfaitement de l’exploitation – l’article en dit peu. On croit comprendre, sous toute réserve, qu’à l’opposé du microcrédit qui « n’a réussi à toucher en 30 ans que moins de 15% de la population mondiale qui en a besoin », l’ambition du sieur Kayser serait d’aider à la communication et à la diffusion de produits grand public puisque « un shampoing lancé par Protect & Gamble met 18 mois pour atteindre 100% de sa cible. » C’est confus mais on comprend que « les populations les plus démunies » sont appréhendées comme un citron dont il reste quelque chose à presser. Pour une profitabilité maximale.

Crocodile…

Banques toujours, page 13… Goldman Sachs, banque d’affaires américaine qui a bénéficié de 10 milliards d’aide publique à l’automne dernier, « depuis janvier, a mis de côté 11 milliards de dollars pour récompenser ses équipes ». Selon le Financial Times, « la nouvelle a choqué ». On imagine l’émoi du trader sirotant une margarita au bord d’une piscine, peuplée de créatures, d’un cinq étoiles aux îles Caïman.

Idole…

« Johnny et la tour, deux géants inoxydables » : en page 19, c’est évidemment du concert « gratuit » (500 000 euros de cachet, une peccadille) dont il est question. Un million de spectateurs. De quoi devenir misanthrope. D’autant plus avec la projection de Laeticia (la femme à), ambassadrice de l’UNICEF en Afrique, « embrassant des enfants noirs et démunis, et même dansant avec eux, qui savent forcément danser. » Plus que misanthrope : anachorète.

Gnons…

Page 22, le sport. « Plus d’agressions verbales que physiques chez les amateurs ». C’est le titre d’un article synthétisant « une étude inédite rendue publique, mercredi 15 juillet, par l’Observatoire national de la délinquance ». Comme indiqué, dans le football amateur, « l’agression verbale, durant les matches à incidents, est la plus fréquente (48,3% en 2007-2008), légèrement supérieure à l’agression physique (46,7% en 2007-2008). » On se demandait à quoi servaient les études : à préciser à la décimale près ce que tout le monde sait, on s’engueule avant les horions. La sociologie qui, pour Pierre Bourdieu, est un sport de combat est bien utile parfois.

A suivre…

(1) Le venin est dans la queue.

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