Les Monde auxquels vous n’aurez pas échappé… 2/n

Publié: août 11, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures

Pucelle…

En juillet et d’ailleurs les autres mois aussi, le lendemain du 13, c’est immanquablement le 14. Jour tricolore où celui qui repose au cimetière de Sète restait dans son lit douillet. Le Monde n’est guère plus patriote : à la Une, pas un article, pas un mot sur la commémoration républicaine. La seule évocation militaire, celle d’un « symbole triste, pénible, inimaginable », n’a strictement rien à voir avec le défilé, ce plaisir de quelques-uns dont Einstein disait qu’une moelle épinière suffisait pour accorder le geste à la musique, mais le démantèlement de la Jeanne d’Arc, le porte-hélicoptères et navire-école des jeunes officiers de l’École navale. Qui plus est un démantèlement confié à un chantier britannique, « La Jeanne d’Arc livrée aux anglais ? » (p. 3), ce qui revient à une vraie trahison : deux fois par le feu, le bûcher et le chalumeau oxygène-acétylène, la pucelle d’Orléans abandonnée à la fourberie de la perfide Albion…  Faut-il déceler dans le vide martial un indice supplémentaire d’une société qui, déjà sécularisée, ne dispose donc plus du goupillon et même plus du sabre ? Faut-il interpréter ce démantèlement anglo-saxon comme un nouveau Waterloo du modèle social français face au duc de Wellington et au maréchal Blücher du libéralisme ?

Logique…

Page 9, une dépêche de l’AFP… Avec l’entrée des pays de l’Est dans l’Union européenne, c’est chose connue, on a mangé le pain blanc du FSE … et l’on n’en a pas fini, le pain noir se transformant en biscottes de régime, lafotalacrise, puisque la même Union vient de décider une réduction des engagements des Etats : « Près de 400 millions d’euros ont été supprimés pour les dépenses consacrées aux politiques pour la compétitivité et l’emploi. Le budget pour l’agriculture et l’environnement a également été revu et perd 491 millions d’euros. » En toute logique puisque le marché du travail pète la santé, que les producteurs de lait thésaurisent et que la maison qui brûle sous la couche d’ozone n’est qu’un mauvais souvenir. L’Union européenne a ses raisons que la raison ne connaît point, aurait dit Blaise Pascal.

SAMU…

Hier « en détresse » jusqu’à promouvoir l’ex-rocker des bien-nommés Rapaces (1), Robert Hue, constatons que l’état de santé du PS ne semble pas s’améliorer. Diagnostic réservé donc puisque, si l’on en croit la page 10, « Le désarroi des dirigeants du PS s’accentue ». Reste le 15 à composer. Pour dialoguer avec ses leaders (nombreux), un petit lexique –  sorte de « le parler PS sans peine » – proposé peut être fort utile : il faut dire « refondation », paraît-il « un changement lexical d’importance », terme qui, si ma mémoire est bonne, avait été celui du Medef ; n’hésitez pas non plus à user du « réarmement {qui} s’impose comme le maître mot du discours socialiste » ; il faut bien sûr « vivre ensemble », ce qui n’étonnera personne car, sauf promotion de l’autisme ou de la misanthropie, on imagine mal une recommandation inverse ; enfin, cela fera plaisir aux enfants de Bertrand Schwartz, ce glossaire n’oublie ni le « projet », « un mot magique {…} la bouée à laquelle le PS doit se raccrocher {et qui} impose aux socialistes de serrer les rangs pour gagner en crédibilité » (les plus belles causes sont les plus désespérées), ni le « dépassement » puisque « le Parti socialiste souffre de claustrophobie » et qu’il lui faut donc se dépasser. Ce qui ne devrait pas être difficile : lorsqu’on est en queue de peloton, on ne peut que progresser. Sauf à être ramassé par la voiture-balai. Et sorti de la course.

Purification…

A défaut de défilé, « Dans les quartiers sensibles, le 14 juillet est le théâtre d’un rituel violent et ludique ». C’est en page 11 et, bien sûr, il s’agit des incendies de voiture. Luc Bronner, le journaliste, n’est pas Baudrillard. S’il l’avait été, et d’une il ne se serait pas appelé Bronner, et de deux il n’aurait certainement pas évité le rapprochement hautement symbolique et cathartique du feu purificateur et de l’objet archétypal de la société de consommation, la bagnole. Mais il n’est pas Baudrillard et Baudrillard n’est plus.

Frites…

« Le système bancaire belge aura du mal à restaurer sa puissance » lit-on en page 13, suivi de « Les plans d’aide aux établissements financiers, douloureux pour les finances publiques, n’ont pas réussi à assainir le secteur et ont faussé la concurrence. » Heureusement, c’est en Belgique, la France n’est pas concernée. Il faudra attendre encore quelques jours pour que nos concitoyens apprécient tous les succès de l’entreprise de moralisation du système financier, code de conduite et autres chartes éthiques. Ceci étant, comme « l’argent ne fait pas le bonheur de celui qui n’en a pas » (Boris Vian), on en conclura déductivement qu’il fait celui de ceux à qui l’on en a donné. Et s’il venait à l’idée des banquiers de se lamenter, il serait toujours possible de leur répondre à la façon de Jules Renard « Si l’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le ! »

Descenseur social…

Enfin, on arrive à l’article qui fait que, chaque année, on renvoie le chèque d’abonnement ! C’est en page 17 à la rubrique « Débats – Décryptages » et c’est Camille Peugny, auteur de Le Déclassement (2009, Grasset), pas d’accord avec le rapport sur le même thème remis par le Centre d’analyse stratégique (CAE) à Nathalie Kosciusko-Morizet (2). Il faut préciser que les optimistes auteurs du rapport, s’appuyant sur des données extraites de l’ouvrage – sa thèse de sociologie – de Camille Peugny, ont relativisé « fortement l’ampleur du phénomène ». Le sociologue, aussi têtu que les faits, conclut ainsi « A l’ère du capitalisme traditionnel, jusque dans les années 1970, les inégalités sociales étaient fortes, mais un compromis salarial non totalement défavorable aux salariés permettait à ces derniers d’entrevoir à court terme une amélioration sensible de leurs conditions de vie et de celles de leurs enfants. A l’inverse, parce que la place et l’avenir du salarié ne sont pas la priorité du capitalisme financier, le déclassement n’est pas qu’une crainte, mais constitue bel et bien la réalité vécue par une proportion croissante des jeunes générations, victimes de la précarisation, du chômage de masse et d’une baisse sensible de leur niveau de vie. » Ceci précédé d’objections en trois points au traitement sélectif du CAE : le déclassement touche presque la moitié de la population des enfants de cadres ; « la panne de l’ascenseur social pour les enfants des classes populaires » est également très importante, seuls 20% d’entre eux parvenant à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire contre 27% pour ceux nés dans les années 1940, et ainsi « ruine l’idée même de la possibilité d’un progrès social » ; ne comparer que les professions des parents et des enfants « ne saurait constituer la seule mesure du déclassement », encore faut-il prendre en compte l’appauvrissement, par exemple le fait que devenir propriétaire de son logement « est ainsi devenu mission presque impossible au début des années 2000. » Toutes choses peu contestables et que l’on retrouve en particulier dans deux ouvrages plusieurs fois cités sur ce blog : Les classes moyennes à la dérive de Louis Chauvel (2006, Seuil, collection « La République des idées ») et La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse de l’Académie des sciences morales et politiques, préfacé par deux personnages qu’on ne soupçonnera pas d’être des krypto-marxistes ; Raymond Barre et Pierre Messmer (2007, Seuil, collection « L’histoire immédiate »).

A suivre…

(1) cf. article hier.

(2) Marine Boisson, Catherine Collombet, Julien Damon,  Bertille Delaveau, Jérôme Tournadre, Benoît Verrier, La mesure du déclassement, juillet 2009, CAE. Ce rapport est téléchargeable sur le site du CAE.

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