Les Monde auxquels vous auriez pu échapper… 1/n

Publié: août 10, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Au gré des lectures

De retour et après quelques exercices montaignesques, ce qui deviendrait presque une habitude, la lecture rapide, absolument partiale, du Monde. Ayant omis de suspendre mon abonnement, subséquemment sur mon bureau trois semaines empilées du quotidien du soir.

Landerneau…

Dimanche 12 – Lundi 13 juillet. En page deux, un billet de Claire Gatinois « La grande distribution face au désamour des consommateurs » pointe une inversion des pratiques et, surtout, des représentations de consommation : aux hypermarchés dont les ventes fléchissent et la fréquentation baisse, « les consommateurs préfèrent de plus en plus les petits épiciers et les marchés de quartier, quitte à payer, parfois, un peu plus cher. » On se sent moins seul à ne plus supporter tout le système raffiné d’attrape-gogo et, surtout, la symbolique de ces caddies remplis compulsivement de l’accessoire packagé. L’épicier de Landerneau (1) a quelques soucis à se faire.

Yyyyes !

Au détour de l’article, une banalité, « A priori rien de répréhensible. Le rôle d’une entreprise est de grossir et de gagner de l’argent. » : une évidence… Et, pourtant, dans les représentations de l’entreprise, distillées pour être incorporées, on fait (voudrait faire) penser l’entreprise différemment en la confondant avec la valeur travail. De là les yeux doux de Chimène (surtout quand elle travaille dans la Fonction publique) pour l’entreprise, entité abstraite, supposée préoccupée de social, voire d’insertion, et animée d’une responsabilité (la « RSE », responsabilité sociale de l’entreprise) qu’il suffirait de détecter, au besoin par l’établissement d’une connivence avec l’employeur, pour y glisser le jeune comme un coin dans un billot (en latin, inserere) : dans un flacon d’« observation active du territoire » et de GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), une dose d’exonération, une autre de prime, un zeste de commisération, une goutte d’opportunité, une pincée de séduction. Agitez le tout et servez avec l’assurance de régler tous les problèmes annexes « sociaux » (logement, déplacements…) ; l’affaire est dans le sac et permet de cocher « sortie positive » – yyyyes ! – dans ce qui tient lieu de reconnaissance du travail d’insertion.

Pour être efficace, car il ne s’agit pas plus d’ignorer que de mystifier l’entreprise, le rapport à celle-ci devrait être nettoyé de ses scories et s’établir sur des bases négociatrices à partir des valeurs ajoutées, de productivité, de chaque jeune, quitte à ce que celles-ci soient considérées comme progressivement atteintes. Il y a (souvent, pas toujours) dans le rapport à l’entreprise du parasitage, une sorte de mélasse faite de culpabilité et de naïveté, de sociabilité artificielle enrobant – comme l’excipient sucré d’un médicament amer s’il demeure trop longtemps dans la bouche – ce qui est au bout du compte le seul critère discriminant : l’intérêt. A vouloir ne pas voir, lucidement et d’ailleurs sans jugement moral, ce qui est la raison essentielle d’une entreprise, produire et gagner toujours plus, on entretient un jeu de dupes, une illusion. Le rapport à l’entreprise, dans le travail d’insertion, est une vraie stratégie – « art de la guerre » – pas une romance, ni un jeu du « je t’aime moi non plus » où les séducteurs, entreprise et conseiller d’insertion, dansent autour du totem de la valeur travail où est ligoté le jeune.

Perpète……

Youssuof Fofana, chef du « gang des barbares » a été condamné à la prison à perpétuité (page 9). Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherche au CNRS, analyse : « Elle {cette affaire} concentre toutes les représentations d’une société violente et anomique. {…} L’affaire ressemble à un thriller sordide, à l’image de la cave où fût retenu Ilan Halimi. » Effectivement.

L’existence précède l’essence…

Autre affaire sordide, même page, juste en-dessous, Fatima « étranglée, étouffée, enroulée d’un tuyau d’arrosage, avant que son corps ne soit brûlé ». On recherche le mobile : « Fatima avait quitté le domicile familial au début de l’année. Employée dans un fast-food, elle sortait, fumait, s’habillait à sa guise, entretenait une relation avec un petit copain, le caractère affirmé. » Pour peu qu’elle ait dégoté ce job avec la mission locale, il doit être inscrit « sortie positive » sur Parcours 3. L’essentiel est là. L’essence s’est occupée du social. L’a consumé.

Marigot…

Page 10 et sous le titre « Rober Hue, nouvelle coqueluche d’un PS en détresse », on apprend quelle est pour le PS la nouvelle guest-star de l’été. Robert Hue, successeur de Georges Marchais qui n’a plus sa carte au PCF, « remarque que « 62 ans, ce n’est pas un âge canonique » {et} se verrait volontiers dans un rôle de « fédérateur », une sorte de sage de la gauche. » Pour y parvenir, il a lancé un « appel pour un pacte unitaire de progrès » signé par une vingtaine de personnalités socialistes, communistes, syndicalistes… et un sociologue comme cerise sur le gâteau, Michel Fize. François Hollande et François Rebsamen approuvent : « Que notre ami Robert Hue tienne le discours de l’unité, y compris auprès des Verts, cela ne peut pas être inutile. » Robert Hue fédérateur de la gauche sur le thème du « progrès », c’est une certaine conception de la circulation des élites et la substitution de l’émancipation par une notion aussi large qu’attrape-tout. Hélas. Quant à « cela ne peut pas être inutile », on mesure à l’aune de ces deux négations la force et la sincérité du soutien. Ce ne serait que justice puisque, dans le même Monde mais à la page 12, on lit dans un article « Fidèles à Johnny » – qui vous est épargné – consacré à Hallyday que Robert Hue est un de ses fans (de même que Jean-Pierre Raffarin) et qu’il l’a connu au Golf Drouot lorsque, se préparant sans doute à devenir secrétaire national du PCF, il jouait sous le pseudo de Willy Belton dans un groupe – ça ne s’invente pas – baptisé « Les Rapaces ».  Détresse, effectivement. Prémonition aussi.

Facteur facétieux…

Page 11, « Pas facile pour une entreprise d’embaucher ». La ministre de l’Économie Christine Lagarde a adressé aux entreprises un courrier pour promouvoir le plan de soutien à l’emploi des jeunes : « En investissant dans la formation des jeunes, au travers notamment des formules d’alternance, c’est son avenir qu’une entreprise construit ; c’est aussi la compétitivité de la France de demain qu’elle prépare… » Bonne initiative rédactionnelle mais mauvaise logistique ou facteur facétieux : la lettre a été reçue par Monsieur Vaure, directeur d’un centre de vacances de la Banque de France qui fermera ses portes en 2012 « car la Banque de France s’est engagée dans un vaste plan de réduction de ses coûts, et a été autorisée par une loi de février 2007 à réduire ses budgets sociaux. » Monsieur Vaure, faisant sien l’adage d’André Breton, « L’humour est une révolte supérieure de l’esprit », a répondu : « … Peut-être pourrez-vous me donner la solution qui me permettra de créer des emplois dans une structure qui disparaît, je vous en serai reconnaissant. » « Serai » est écrit au futur. Le « s » du conditionnel aurait été plus judicieux, la réponse étant probablement aléatoire.

Kaa…

« Le pire de la crise économique n’est pas passé… », c’est ce que dit le conseiller économique de la Maison Blanche, Monsieur Summers le bien nommé en cette période. Autre brève jouxtant : « – 4,37%, la baisse du CAC 40 cette semaine ». Il s’agit de sa cinquième baisse hebdomadaire consécutive. Qu’on se rassure, les affaires – dans tous les sens du terme : spéculations, bonus pour traders et scandales d’initiés à la Société Générale – vont reprendre les jours suivants. Et l’économie brille sans le moindre complexe, après une courte pause discrète, des feux d’une science exacte. « Aie confiance », susurre le serpent Kaa dans Le livre de la jungle.

Trop de temps en entretien…

Transmis par l’animateur de DocInsert (à qui rien n’échappe) cette information qui ne se trouve pas dans Le Monde mais dans La Voix du Nord, et qui n’est pas datée du 12-13 juillet mais du 8 août 2009 : « Implanté depuis 2005 dans la région, Ingeus postulait pour obtenir la part nordiste de ce marché. C’est le cabinet Sodie (groupe Altedia, fondé par l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie) qui lui a été préféré. « Une déception », pour Erik Pillet, qui explique que la concurrence l’a emporté en « tirant les prix vers le bas ». En interne, on estime que la messe est déjà dite. Chantal, une conseillère lilloise, raconte que « les écrits parlent de restructuration. À l’oral, on nous a bien dit dès juillet qu’il y aurait des licenciements. » La pilule a du mal à passer, et a pour effet de faire se délier les langues dans cette boîte australienne. « La vérité c’est qu’Ingeus se fait du fric sur le dos du marché de l’emploi, tout en maintenant un climat de terreur sur les conseillers et les demandeurs d’emplois », témoigne Chantal. Elle dénonce « un système de management à l’anglo-saxonne, une course au résultat, sans réelle prise en compte de la problématique du candidat. On m’a déjà dit que je passais trop de temps en entretien. » » C’est un extrait et l’on peut lire l’article in extenso « Des licenciements chez Ingeus » sur le site du journal. Juste au moment où les lots concernant l’accompagnement de 320 000 chômeurs viennent d’être attribués. Effectivement, Ingéus n’y est pas (2).

(1) Edouard Leclerc, père de son fils, créateur des supermarchés à cette enseigne et Landernéen.

(2) Ci-dessous, l’attribution des lots par entreprise, type de prestation (TE : « Trajectoire Emploi » ; ALE : « accompagnement de licenciés économiques »), nombre de bénéficiaires (fourchette) et zones. A ce propos, le secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi, Laurent Wauquiez, rappelle son « engagement à ne négliger aucune piste pour améliorer le service rendu aux demandeurs d’emploi et aux entreprises, priorité absolue de la politique de l’emploi du gouvernement : renforts d’effectif, plus grande efficacité du suivi des demandeurs d’emploi, partenariats avec les missions locales, et aujourd’hui donc l’appui des opérateurs privés. Sur ce sujet et en l’état du marché de l’emploi, il n’y a pas de place pour l’idéologie : si un dispositif peut nous aider à mieux accompagner les demandeurs d’emploi, il faut y aller sans état d’âme. » Donc, c’est bien sans idéologie, pas même celle du libéralisme et de la concurrence. Il faudra à un moment donné qu’un esprit vif et éclairé explique pourquoi l’accompagnement des chômeurs est une pomme de discorde qu’il vaut mieux retirer aux maisons de l’emploi pour en laisser l’exclusivité à Pôle emploi alors qu’il est synchroniquement confié à des OPP (opérateurs privés de placement).

ACTIVITÉ CONSEIL BG GUYANE : TE en Guyane, 550/1 250 personnes (lot n°32) ; ALE en Guyane, 400/850 personnes (lot n°32).

ADECCO PARCOURS ET EMPLOI : TE en Champagne-Ardenne, 2 600/6 400 personnes (lot n°5) ; TE en Auvergne, 2 350/5 800 personnes (lot n°24) ;

AEFTI : TE en Alsace, 3 300/8 200 personnes (lot n°14)

AFEC : TE en Aquitaine, 3 125/7 750 personnes (lot n°19)

AFPA : ALE dans le Centre, 4 880/12 090 personnes (lot n°41) ; ALE en Franche Comté, 2 150/5 300 personnes (lot n°48) ; ALE en Auvergne, 1 750/4 300 personnes (lot n°57) ; ALE en Corse, 450/1 000 personnes (lot n°61).

AKSIS : ALE en Aquitaine, 2 700/6 675 personnes (lot n°52).

ALTEDIA : ALE en Haute-Normandie, 2 600/6 350 personnes (lot n°40).

APSOI : TE à la Réunion et à Mayotte, 2 350/5 800 personnes (lot n°33) ; ALE à la Réunion et à Mayotte, 800/1 600 personnes (lot n°66).


ARCADES CONSEIL : ALE en Champagne-Ardennes, 2 000/4 950 personnes (lot n°38) ; ALE en Midi-Pyrénées, 4 750/11 800 personnes (lot n°53) ; ALE dans le Limousin, 1 000/2 350 personnes (lot n°54).

ARCNAM : TE en Pays-de-Loire, 3 325/8 300 personnes (lot n°16) ;

BPI : ALE en Alsace, 3 050/7 550 personnes (lot n°47).

C3 CONSULTANTS ATLANTIQUE : ALE en Pays-de-Loire, 4 600/11 450 personnes (lot n°49).

CAGIP : TE en Lorraine, 4 850/12 050 personnes (lot n°13).

CATALYS : TE en Bretagne, 5 800/14 350 personnes (lot n°17).

CCDC : ALE à la Guadeloupe, 1 000/2 400 personnes (lot n°62).

CLAF : TE à Paris, 4 500/11 200 personnes (lot n°1).

EURYDICE PARTNERS : TE dans l’Ouest francilien, 3 675/9 175 personnes (lot n°2) ;
 TE dans l’Est francilien, 3 275/8 150 personnes (lot n°3) ; 
 ALE dans l’Ouest francilien, 4 275/10 625 personnes (lot n°35) ; ALE dans l’Est francilien, 3 675/9 125 personnes (lot n°36).

FORMATES (c’est incroyable de s’appeler comme cela ! PL) : TE à la Guadeloupe, 950/2 250 personnes (lot n°29).

GIDEF : ALE à la Martinique,1 100/2 650 personnes (lot n°64).

GIP FCIP TOULOUSE : TE en Midi-Pyrénées, 5 750/14 250 personnes (lot n°20).

GROUPEMENT R.E.L.E : TE à la Martinique, 850/2 100 personnes (lot n°31).

ID FORMATION: TE dans le Nord, 5 400/13 450 personnes (lot n°11) ; TE en Corse, 600/1 450 personnes (lot n°28).

IRFA : TE en Basse-Normandie, 2 700/6 650 personnes (lot n°9).

MANPOWER : TE dans le Sud-Est francilien, 4 650/11 500 personnes (lot n°4) ; TE en Picardie, 3 600/8 950 personnes (lot n°6) ; TE en Haute-Normandie, 3 800/9 350 personnes (lot n°7) ; TE en Bourgogne, 2 800/6 850 personnes (lot n°10) ; TE en Franche-Comté, 2 250/5 550 personnes (lot n°15) ; 
 TE en Poitou-Charentes, 3 200/7 950 personnes (lot n°18) ; 
 TE en Aquitaine, 3 125/7 750 personnes (lot n°19).

PBC (les PCB, c’est-à-dire polychlorobiphényles, sont définis dans Wikipedia comme des « polluants ubiquitaires et persistants (demi-vie de 94 jours à 2700 ans selon les molécules) qui ont une toxicité réputée variée selon leur poids moléculaire et la configuration spatiale de leurs molécules. Ils font partie des contaminants… » Charmant comme nom. PL) : ALE en Aquitaine, 2 700/6 675 personnes (lot n°52).

PEGASE CONSEIL : ALE en Picardie, 3 200/7 900 personnes (lot n°39).

SJT : TE dans l’Ouest francilien, 3 675/9 175 personnes (lot n°2).

SODIE (GROUPE ALPHA) : TE dans l’Est francilien, 3 275/8 150 personnes (lot n°3) ;
 TE dans le Centre, 4 950/12 290 personnes (lot n°8) ;
 TE dans le Pas-de-Calais, 2 850/7 000 personnes (lot n°12) ;

 ALE dans l’Ouest francilien, 4 275/10 625 personnes (lot n°35) ; ALE dans l’Est francilien, 3 675/9 125 personnes (lot n°36) ;

 ALE dans le Sud-Est francilien, 2 575/6 375 personnes (lot n°37) ;
 ALE en Bourgogne, 2 250/5 550 personnes (lot n°43) ;
 ALE dans le Nord, 4 050/10 000 personnes (lot n°44) ;

 ALE dans le Pas-de-Calais, 2 350/5 850 personnes (lot n°45) ;

 ALE en Lorraine, 3 650/9 100 personnes (lot n°46) ;

 ALE en Bretagne, 4 150/10 350 personnes (lot n°50) ;

 ALE en Poitou-Charentes, 2 400/5 900 personnes (lot n°35).

VAR : TE dans le Limousin, 1 100/2 700 personnes (lot n°21) ;

 ALE à Paris, 4 850/12 050 personnes (lot n°34) ;

 ALE dans le Sud-Est francilien, 2 575/6 375 personnes (lot n°37) ;

 ALE en Basse-Normandie, 1 800/4 400 personnes (lot n°42).

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commentaires
  1. Henri CHANLIAUD dit :

    Rien ne m’étonne dans tout ça, enfin presque,le lien suivant reste de la même veine :http://www.ingeusfrance.fr/index.php?action=success&id=3 (même si date un peu).
    Merci encore Philippe

  2. dorka dit :

    ARCNAM ça me rappelle quelque chose en jouant avec le sigle

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