Archives de juillet, 2009

Charcutier…

Esquisse d’un travail répondant à la suggestion de Jean-Philippe « sur la comparaison des termes intelligences et expertises ». Il va de soi que toute contribution est bienvenue… d’autant plus qu’en écrivant ces lignes, assez rapidement, je m’aperçois que la problématique n’en finit pas de se dérouler, telle notion appelant telle autre, telle hypothèse engendrant telle autre. Syndrome du chapelet de saucisses : on s’en saisit d’une et l’on se retrouve devant un étal de charcutier.

L’intelligence : relier ce qui est séparé…

Selon Wikipedia, « Intelligence vient du latin intellegentia (faculté de comprendre), dérivé du latin intellegere signifiant comprendre, et dont le préfixe inter (entre), et le radical legere (choisir, cueillir) ou ligare (lier) suggèrent essentiellement l’aptitude à relier des éléments qui sans elle resteraient séparés. » Somme toute sympathique, cette définition propose de concevoir l’intelligence non comme une somme acquise mais comme une capacité, ce qui déjà est plus dynamique, à relier ce qui est séparé, expression maintes fois répétée par Edgar Morin pour comprendre ce qu’exige la complexité. Capacité ou « capabilité » qu’Amartya Sen définit comme « les diverses combinaisons de fonctionnements (états et actions) que la personne peut accomplir. La capabilité est, par conséquent, un ensemble de vecteurs de fonctionnements qui indiquent qu’un individu est libre de mener tel ou tel type de vie. » (1). On observe, si l’on s’appuie sur cette définition de Sen, que le verbe « accomplir » rend synonymes les « capabilités » et les « compétences » puisque ces dernières sont une mise en œuvre de connaissances (cognitives/savoir, instrumentales/savoir-faire, comportementales/savoir-être). Pour résumer, l’intelligence correspond à l’aptitude d’agencer des réponses adaptées aux différentes situations sociales, transformant des capacités ou capabilités en compétences mises en pratique (2) ou, selon le qualificatif de la convention collective nationale, « exercées ».

L’intelligence pratique : une valse à cinq ( ?) temps…

Selon la même source Wikipedia (que je simplifie), ce que l’on appelle des « facultés cognitives » constitutives de l’intelligence sont nécessaires pour apprendre, analyser et communiquer (partager) : l’attention, que l’on traduira dans le travail d’insertion par l’écoute ; la concentration qui permet de se représenter mentalement le problème ; la compréhension, faculté de comprendre les problèmes et les actes ; le raisonnement qui permet d’organiser, de planifier ; enfin – on ne l’attendait pas – l’ humour qui est une preuve que l’on s’adapte facilement socialement.

Illustrons par cette – précisément – « intelligence pratique » (dont Michel Abhervé et moi-même créditions les missions locales dans notre ouvrage de 2005) en situation de premier entretien avec un jeune : je l’écoute, b-a-ba de la posture professionnelle du conseiller ; je me concentre et parviens à resituer ce qui m’est dit dans un espace – temps dépassant celui de l’entretien, c’est-à-dire explicable à partir du parcours du jeune… la notion de « dépassement », chère à Bertrand Schwartz, étant à ce moment déterminante : aller au delà des apparences, regarder par l’œilleton du rideau ce qui se prépare derrière pour jouer la comédie humaine ; je comprends : en fait, je relie ce que j’ai pu comprendre de ce parcours et de ce qui m’est exprimé directement par le jeune dans un système de rôles convenus ; je raisonne, ce qui revient à combiner ce qui appartient à ce jeune avec ce qui appartient à un environnement, ses ressources et ses obstacles, puis – si nécessaire – à esquisser le projet d’insertion ainsi que les conditions de la contractualisation ; quant à j’humorise, laissons à chacun le choix de considérer s’il (l’humour) s’agit d’ « une révolte supérieure de l’esprit » (André Breton qui, contrairement à son nom, n’était pas celte mais bas-normand) ou d’ « une étincelle qui voile les émotions » (Max Jacob qui, contrairement à son nom, n’était ni rabbin, ni même juif mais breton, Quimperois de surcroît).

Des intelligences…

Volontairement ou non, Jean-Philippe a conjugué intelligence au pluriel : intelligences. On raisonne donc à l’échelle collective d’une organisation, une mission locale par exemple. S’agissant des intelligences supposées être non seulement présentes mais actives dans toute mission locale, l’enjeu immédiat consiste à parvenir à ce qu’elles ne soient pas juxtaposées mais que, encouragées par une organisation favorable du travail et un management « éclairé », elles parviennent à ce que, du juste principe systémique selon lequel « le tout est différent de la somme des parties », ce tout lui soit supérieur. Ce qui, soit dit en passant, n’est pas automatique : différent, il peut être inférieur et l’on connaît des missions locales où la simple addition des qualités individuelles les ferait considérablement progresser. Ce qui, déductivement, signifie que le tout peut être – hélas – inférieur à la somme des parties. Mais, basta, ayons, comme le préconisait un Premier ministre amateur de variétés, « une positive attitude » et considérons que ces dernières missions locales (le tout inférieur) sont l’exception alors que les premières (le tout supérieur) sont légions. Si ce n’est pas vrai, du moins ça ne fait pas de mal.

Division du travail…

A quoi (entre autres) sont confrontées les missions locales en termes d’organisation du travail ? Tout d’abord à un principe, celui de l’approche globale, donc de la multidimensionnalité des besoins et de son corollaire, la multiplicité de réponses s’appuyant sur les ressources internes (professionnels) et externes (partenaires). Également à une multiplicité d’informations pour chacun des domaines constituant cette approche globale (emploi, formation, santé, logement, etc.) ainsi qu’à des dispositifs tous plus prioritaires et urgentissimes (exemple actuel des CAE passerelle) qui exigent, également chacun, des connaissances pointues et actualisées.

Le scénario 1 est celui du professionnel bon à tout qui marche sur un fil et manque à tout moment de basculer dans le bon à rien… ou un Atlas rachitique qui s’écroule sous le poids du globe. La qualité principale de ce scénario est de présenter le conseiller comme un professionnel polyvalent, donc adapté à (presque) toutes les situations, mais le risque inhérent est de surfer sur la crête des ressources et des difficultés des jeunes, c’est-à-dire, version ressources, de ne pas garantir que toutes les opportunités soient exploitées et, version difficultés, de ne pas voir ni donc traiter un problème qui peut être un obstacle majeur dans un parcours d’insertion. A titre d’illustration, si l’on détaille le « domaine de compétences » « Etablir un diagnostic individuel sur la situation du public reçu » (1.2. de l’axe « conseil en insertion »), on remarque qu’il recouvre à lui seul sept items… qui, d’ailleurs, ne se limitent pas au diagnostic mais débordent sur l’accompagnement : « … négocier des priorités dans la réalisation des objectifs définis ». Si on (ne) prend (que) ce domaine de compétences à la lettre, sérieusement, des frêles épaules du conseiller émerge un surhomme nietzchéen…

Le scénario 2, fréquent, correspond à quelques professionnels identifiés comme « référents » (dénomination impropre qu’on devrait réserver pour l’accompagnement personnalisé du jeune) sur des thèmes jugés plus prioritaires (par qui ? pourquoi ?) que d’autres : dans une mission locale, ce sera l’illettrisme, dans une autre l’égalité hommes – femmes, dans une troisième les décrocheurs, etc. La qualité de ce scénario est d’aller au prioritaire ou du moins à ce qui est considéré comme tel… et son inconvénient, outre une hétérogénéité à l’échelle du réseau, est double : on renforce un clivage entre conseillers dotés d’expertises et d’autres parfois appelés « généralistes » ; on ne traite pas avec la même « assurance de la qualité » les différentes composantes de l’approche globale.

Le scénario 3 est celui des domaines d’expertise affectés à tous les conseillers – les pairs sont experts – et, si les ressources humaines sont insuffisantes (une petite mission locale), on répartit ces domaines entre ceux directement pris en charge par la structure et ceux indirectement sur la base du partenariat. Même trivial, l’inconvénient de ce scénario n’est pas négligeable puisque c’est l’obstacle financier, l’expertise pouvant être considérée comme appelant une cotation supérieure (« niveau 2 » – 3). Ses avantages sont une couverture large de domaines d’expertise correspondant à l’approche globale ou en tout cas s’y approchant, la reconnaissance individuelle sur la base pour chacun d’une expertise, c’est-à-dire d’une position non-interchangeable (4)… même si des précautions telles que des binômes doivent être prises pour garantir la continuité (5), enfin la légitimité collective de la mission locale. Ajoutons à ces avantages, puisque chacun aura compris où va ma préférence, que faire des missions locales des espaces d’expertises n’excluant pas la polyvalence mais les faisant cohabiter (6), permet à celles-ci de renforcer les capacités évaluatives des pairs… ce qui est une façon de limiter le contrôle des experts labellisés. En d’autres termes, une démarche autonome plutôt qu’une imposition hétéronome.

On est donc de facto confronté à une division du travail. Pas d’affolement ! Même si diviser s’oppose à relier, cette division du travail est intrinsèque à la modernité… et introduit la nécessité de coopération. Que l’on peut appeler « intelligence partagée » (ou « connective »). On y reviendra.

A suivre…

(1) Amartya Sen, Repenser l’Inégalité, 2000, Seuil.

(2) Ces compétences pratiques, qui sont multiples et qui ne s’expriment pas toutes, loin de là, en qualification formelle, peuvent être transformées en capital économique et en capital social : « Les compétences pratiques telles que le jardinage, la décoration intérieure, la plomberie ou la garde d’enfants peuvent être considérées comme une forme de capital, dans la mesure où les personnes ont investi du temps et de l’énergie pour les acquérir. En reprenant la théorie de Bourdieu, il paraît très utile de les inclure dans le capital culturel puisque les compétences pratiques sont une forme de connaissance qui peut (théoriquement) être convertie en capital économique et social. » Jörg Blasius, Jürgen Friedrichs, « Les compétences pratiques font-elles partie du capital culturel ? », Revue française de sociologie, 44-3, 2003, p. 551.

(3) Ceci étant, dans nombre de missions locales, il faut bien prendre le taureau de l’engagement professionnel par les cornes de la mobilité ascendante.

(4) Cette non-interchangeabilité (contrairement aux thèses qualiticiennes qui font de l’interchangeabilité une condition majeure de l’efficacité des process de production) correspond finalement au besoin de chacun de vivre et d’exprimer son exceptionnalité, ce besoin de « distinction » tel que cela a été présenté sur ce blog dans « De l’engagement social au faire société. Réflexions. 1/2 » (10 juin 2009).

(5) Cette organisation en binôme correspond par domaine à un expert identifié et à un professionnel associé sans pour autant maîtriser ce domaine mais capable de prendre le relais en cas d’interruption (départ, absence…).

(6) Lire sur ce blog « Une fausse opposition entre polyvalence et expertise », in « Que penser de l’expertise et des experts ? 1/n », 29 juin 2009.

Taquin…

L’ami Michel, taquin et, quoique breton, fidèle lecteur du Courrier Picard (qu’il ne cite pas mais, déductivement, ça doit être cela) adresse un courriel « Ca progresse dans la Somme ». Décidément ces jours-ci, la Picardie  occupe le devant de la scène. Titre de l’article du sus-cité quotidien régional : « Le préfet rencontre des jeunes suivis dans le cadre des contrats d’autonomie ».

« La dynamique « Espoir banlieues », présentée le 8 février 2008 par le Président de la République s’appuie sur cinq piliers : l’emploi, l’éducation, les transports, la sécurité et le financement des initiatives locales.

En matière d’emploi, le contrat d’autonomie, mesure phare de la dynamique « Espoir banlieues » mise sur un accompagnement individuel des jeunes de moins de 26 ans, des quartiers prioritaires qui recherchent un emploi.

Dans la Somme, la mise en œuvre de ce dispositif est effectuée par le prestataire, « Retravailler en Picardie », en partenariat avec le cabinet C3 Consultant, la Boutique de gestion et l’ADIE. Cette association dispose, depuis le 2 mai 2009, de nouveaux locaux à Amiens, 53 rue de l’Amiral Courbet.

Ce travail vient en appui de l’action des trois délégués du préfet pour les quartiers Nord, Etouvie et Sud-est d’Amiens. Trois jeunes ont déjà bénéficié chacun d’un CDI et trois autres d’un CDD de plus de six mois. »

L’article se poursuit décrivant ce qu’est le contrat d’autonomie, précisant au passage « Autre innovation : durant la phase d’accompagnement, le bénéficiaire du contrat d’autonomie touche une bourse de 300 euros par mois… » Pour les missions locales qui seraient telles une poule devant une fourchette face à l’innovation, la réponse est là : 300 euros par mois. Dommage que le compte n’y soit pas avec l’allocation CIVIS, sinon les missions locales auraient à peu de frais pu se targuer d’être innovantes. « Trois jeunes ont bénéficié d’un CDI et trois autres d’un CDD »… grâce à la mobilisation de « Retravailler en Picardie », de la BG, de l’ADIE et de « C3 Consultant » – oui, les mêmes que pour la RATP (voir sur ce blog « Petits arrangements entre amis »), sans oublier trois délégués du préfet.

Extrapolation…

Si l’on se base sur l’activité des missions locales en 2007 où 54% d’un million de jeunes reçus en entretien ont signé un contrat de travail, soit 540 000, et sans même considérer les OPP (opérateurs privés de placement) mais en ne retenant que les délégués du préfet, soit un délégué pour deux jeunes bénéficiant d’un contrat de travail, il faudrait 270 000 délégués de préfet et 90 000 rencontres de préfet avec des jeunes, par lots de six. Comme dans la Somme.

Décroissance…

Jean Gadrey signait un article dans Le Monde du 13 juin, « Pour une société du plein-emploi sans croissance », où il constatait que l’impasse capitaliste nécessitait de choisir pour un autre modèle économique s’asseyant – il ne l’écrit pas mais on perçoit la jubilation – sur le sacro-saint principe des gains de productivité. Pour traduire simplement, il vaut mieux être plus à travailler sans courir après une productivité par nature insatisfaite que peu à tirer notre épingle du jeu en excluant et précarisant de plus en plus d’individus. Question d’économie et d’humanité.  S’asseoir sur les gains de productivité, c’est finalement suivre et systématiser au titre de la continuité républicaine l’exemple picard : 270 000 délégués de préfet et 90 000 rencontres pour les grands commis de l’Etat, quel barouf !

Quant à six jeunes en emploi justifiant rencontre préfectorale et ramdam, cela pourrait se résumer dans une équation : « un jeune + un emploi = une photo ».

A l’euro près…

Exercice d’évaluation. Sachant que toute politique publique doit a minima être évaluée à partir des critères d’efficacité (atteinte des résultats) et d’efficience (proportionnalité entre l’investissement consenti et les résultats obtenus), sur une échelle de 0 à 20/20 quelles seraient les notes obtenues pour six jeunes en emploi (efficacité), sur la base des coûts engendrés par le déploiement d’OPP et de fonctionnaires (efficience) – non inclus les frais de réception du pot de l’amitié ?


Dont acte

L’incontournable animateur de DocInsert me fait parvenir un courriel avec une laconique interrogation « Qui a dit que Le Figaro ne parle pas d’insertion ? » et un lien.

Si, cédant à une facilité rhétorique, il faut en convenir, le cerveau krypto-reptilien faisait résonner le manifeste  par un vibrant « piou-piou de toutes missions locales unissez-vous », constatons que Le Figaro, dont la proximité avec le gouvernement actuel n’est pas un secret, met en application la devise de Beaumarchais dont il a fait son adage, « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » . Reprenant une dépêche AFP du 30 juin, Le Figaro titre : « Plan banlieue : pas une réussite ».

L’article.

« Le « contrat d’autonomie », lancé par le gouvernement avec le plan Espoir Banlieue, n’est « pas une réussite », a estimé aujourd’hui la fédération patronale de l’intérim, associée au plan. « On a signé à l’époque avec enthousiasme cet accord avec le gouvernement, et finalement, on sait que ce n’est pas une réussite sur un plan global », a déclaré le délégué général du Prisme, François Roux, lors de la conférence de presse annuelle de cette fédération patronale.

Enfonçant le clou, le président du Prisme, Arnaud de la Tour, a ajouté : « Ce n’est pas un jugement, c’est un constat ». Selon le Prisme, des problèmes se sont posés, dus à « la crise » mais aussi au fait que ce sont « surtout des associations qui ont été choisies » comme opérateur de cette formule d’accompagnement vers l’embauche (ou « coaching ») prévue pour des jeunes déscolarisés des quartiers dits sensibles.

Fin avril, l’entourage de la secrétaire d’Etat à la Ville, Fadela Amara, affirmait que les objectifs quantitatifs annoncés, lors du plan Espoir Banlieue, étaient « tenus », jugeant prématuré de tirer un bilan des 6 700 « contrats d’autonomie » signés à cette date.
Lancé début février 2008, le plan Espoir banlieue bénéficiait de peu de financement de l’Etat, mis à part 500 millions d’euros pour améliorer les transports en commun dans ces quartiers dont l’isolement est un obstacle à l’emploi.

Postulant qu’il ne fallait négliger aucune piste et ne pas se priver du privé, le gouvernement avait lancé des appels d’offre, plutôt que de rallonger les moyens des Missions locales, qui accueillent environ un million de jeunes déscolarisés et disposent d’un budget annuel d’environ 250 millions d’euros, dont moins de la moitié versée par l’Etat. »

Il n’y a donc que Fadela Amara pour persister – parfois singulièrement (sur ce blog, « Petits arrangements entre amis »). Quant à l’intérim, il se défausse sur ses petits camarades non ETT avec, bien sûr, « la crise » en plus. C’est beau la concurrence. Ce n’est pas jugement. C’est un constat.

Post-scriptum. On trouve parfois de drôles de choses sur le net. Exemple. C’est une question posée aujourd’hui à l’ensemble des adhérents d’un réseau national d’échanges auquel participent un grand nombre de Conseils Généraux : « Est-ce que des départements qui ont internalisé la fonction d’accompagnement (conseiller emploi-formation) peuvent prescrire des formations région sans passer par le Pôle emploi ? » Le net distrayant.

De Jean-Philippe sur les missions locales picardes : « Un travail de fourmi »

« Le réseau picard (tout comme le réseau des ML/PAIO en général d’ailleurs) n’est pas réellement constitué en réseau en tant que tel. Doit-on lui en vouloir ?

Il a été déjà malmené ces dernières années, comme le rappelle Philippe Labbé. Des amertumes, des ressentiments, des rancunes persistent entre anciens issus ou passés par les différentes structures ML, MDE, MEF, ex-AREAF (sur les AREAF voir lien ). Difficile de mobiliser dans ce contexte les salariés.

Pour sa part la CGT ML/PAIO, vient d’adresser un mail à tous les conseillers régionaux de Picardie pour expliquer sa position. Le réseau CGT a été sollicité, au niveau confédéral, Régional et local. C’est un travail de fourmi qui débute : informer, expliquer que la question de l’existence des ML en Picardie n’est pas une question « corporatiste », ni purement « conventionnelle », et qu’il en va de la politique de l’Etat en matière d’accueil et d’accompagnement des jeunes !

La ML, nous y tenons aussi… et surtout en Picardie ! »

De Jean-Philippe, cette fois sur l’article « Petits arrangements entre amis » : « Jackpot »

« Autant donner l’argent dévolu à C3 directement à la RATP, avec les primes pour les embauches en contrat de professionnalisation prévues ce sera le jackpot, mais on éliminera un intermédiaire !!! Jusqu’où ira F. Amara ? »

De Régis en réponse à David… « Le manifeste, un premier pas »

« Je me lance dans ce redoutable exercice de répondre à David. Tout d’abord, il faut développer la notion de réseau sur la base d’une identité (notre rôle, notre éthique, notre professionnalisation…) et d’une posture commune : il faut être présent dans les instances qui influent sur la (les) politique(s) de la jeunesse sans renier nos fondamentaux (approche globale pour l’insertion professionnelle et sociale et non seulement l’accès à l’emploi). Il faut aussi dénoncer les renoncements : le financement de l’Etat basé sur la seule DGEFP (« BOP 102 » pour être RGPP) porte en soi la volonté de réduire l’action des ML au seul accès à l’emploi.

Par cette participation active, la ML peut être ce « marginal sécant » qui, connaissant bien tous les dispositifs, tire de chaque politique le mieux au profit des jeunes.

De ce réseau consolidé pourra alors émerger une communication qui ne peut se limiter à dire ce qui est fait dans les ML. Non, cette communication doit aussi être source de proposition (un seul exemple qui me tient à coeur : pourquoi personne ne s’empare du problème du salaire des apprentis = 25% du SMIC la première année -sauf dans le bâtiment à 40%- alors que le jeune ne passe qu’un quart de son temps en formation ?) et donner la parole aux jeunes : ce point est essentiel, même s’il n’est pas le plus facile à réaliser. Enfin, cela doit permettre de répondre aux modes. Je n’en citerai que deux : l’orientation à qui l’on fait porter toutes les difficultés liées à l’impossibilité de rénover le marché du travail pour qu’il intègre les jeunes et les jeunes décrocheurs que personne n’est capable de quantifier, ni de qualifier. J’ai gardé pour la fin le mot magique d’évaluation qui, pour beaucoup, n’est que trouver un moyen « scientifique » de faire passer une baisse ou un maintien des moyens.

Sur cette base, le manifeste est un premier pas pour tracer la voie d’une véritable politique de la jeunesse, mais il doit être complété, enrichi et, je l’espère, plus que par de simples échanges sur un blog. »

Jean-Philippe : « toutes les bonnes volontés »

« A David, à Robert,

Je ne pense pas que l’ANDML mérite de se voir associer le vocable « vide intersidéral ». Pour ma part, j’estime que nous avons, pour faire vivre ce manifeste, de toutes les bonnes volontés, de toutes les instances de réflexion, et de toutes « nos intelligences » (est-ce que Philippe Labbé pourrait nous éclairer sur la comparaison des termes intelligences et expertises ?)

En effet un blog, le blog (celui de la campagne) n’est pas suffisant pour construire les suites de notre action. Il suffit de relire notre appel au manifeste de l’an dernier pour retrouver la volonté de la CGT d’associer les acteurs du réseau à ce projet. »

PL. Une ANDML légitime par les faits…

De l’ANDML, on peut dire que, d’une part, c’est une organisation corporatiste et que, d’autre part, cette association comble assurément un vide. Si le corporatisme n’a pas bonne presse, étant associé aux stricts intérêts d’un groupe professionnel souvent aux dépens des autres groupes et de l’intérêt général, je le comprends comme l’organisation d’un « corps » professionnel distinct, directeurs et directrices, ce qui en soi n’est déjà pas blâmable (il existe une foultitude d’associations de ce type… y compris pour les sociologues) mais qui, au regard de son activité, place ceux-ci dans une posture de représentants de leurs structures. Ce fût le cas, me semble-t-il, avec la négociation de la CPO pour laquelle l’ANDML avait d’ailleurs publié un guide à l’utilité peu contestable. On pourra toujours dire que ce (ne) devrait être (que) le rôle des partenaires sociaux mais, si la place de ces derniers est de toute évidence majeure dans ce qui détermine pour une large part le fonctionnement ordinaire d’une mission locale, force est de constater que ce fonctionnement est placé sous la responsabilité des directions et qu’à ce titre on imaginerait mal leur absence en amont.

Ce qui nous amène au second point, le « d’autre part ». L’ANDML occupe actuellement une place désespérément vide, celle de la recherche – développement (R&D). Là également, une objection pourrait être formulée : « est-ce bien le rôle de l’ANDML ? » Cependant, outre que, la nature ayant horreur du vide, il vaut mieux que la R&D existe par ce canal que pas du tout (ce qui n’exonère pas d’interroger une autre voie, suivez mon regard) et qu’un syndicat, le Synami, s’est également et avec raison investi dans une recherche-action alors que stricto sensu ce n’est pas son rôle, si l’on souhaite que l’innovation soit effective dans les missions locales la place de celles et ceux capables de l’organiser et de la mettre en œuvre est un point de passage obligé. Je le constate chaque jour avec les directions qui structurent leurs missions locales en valorisant l’ingénierie, des systèmes de veille partagé, des observatoires, des expertises, etc. On s’y porte mieux que dans les missions locales – godillots même si, bien sûr, d’autres problèmes sont posés tels que le difficile équilibre entre l’autonomie associative et la commande publique. Bien d’autres choses pourraient être avancées mais finiraient par apparaître comme une justification. Notons cependant la contribution de l’ANDML à la culture commune du réseau et à sa dynamique réflexive, par exemple avec le soutien à l’édition : du rapport Schwartz – qui nierait l’intérêt de disposer d’un tel document qui, il y a deux ans, était épuisé ? – au récent ouvrage d’Anne Le Bissonnais…

Quant à un éclairage sur « intelligences et expertises », cela viendra. Ce sera sans difficulté toujours mieux que les aventures de la Mission locale Antipolis dont Nice-Matin se fait l’écho depuis un mois…

Contrat d’autonomie. Suite…

Et, pour faire bon poids, un article transmis par l’animateur de DocInsert , toujours à l’affût, paru dans L’Humanité du 29 juin sous le titre de … « Une politique à court terme » Toujours sur le contrat d’autonomie.

« Zine Boukriche, élu municipal à Gennevilliers, est le président de la mission locale. »

« Qu’évoque pour vous le détournement opéré par le secrétariat d’État à la Ville ? »

Zine Boukriche. « Il marque évidemment toutes les difficultés rencontrées par Fadela Amara pour faire apparaître son plan Espoir banlieues comme une réussite. Pour gonfler les chiffres des contrats d’autonomie, ses services n’hésitent pas à mettre en danger le service public de l’emploi, à savoir les missions locales. Le travail de plusieurs années est en cause. C’est d’autant plus scandaleux que l’opérateur privé est, selon son contrat, censé aller chercher « au pied des immeubles » les jeunes qui sont loin de l’emploi et non profiter du travail accompli par les missions. Dans le cadre de son obligation de résultat, cet opérateur engrange 7 500 euros pour chaque jeune placé en formation qualifiante ou dans un emploi à l’issue de son contrat. Des moyens énormes qui n’ont rien à voir avec ceux dont bénéficient les missions locales. De plus, que l’État mette ce service public dans l’obligation de fournir des listes de jeunes à cet opérateur relève de l’injonction paradoxale, de la perversité idéologique, de l’aberration économique. Pour toutes ces raisons, on ne peut que s’interroger sur l’utilisation des finances publiques sur ce dossier. »

« Comment les jeunes réagissent-ils face à cette situation ? »

Zine Boukriche. « Chaque jeune recruté par l’opérateur privé reçoit 300 euros par mois pendant six mois. Rien du côté des missions locales. Certains jeunes – encouragés par les opérateurs privés ? – clament que les missions sont nulles. De toute façon, ils regardent aujourd’hui ces deux entités comme concurrentes. La réalité est complexe. Dans la boucle nord des Hauts-de-Seine, 80 % des contrats d’autonomie ont été signés à Asnières. Ce n’est pas le fruit du hasard : C3 Consultants y a embauché d’anciens conseillers de la mission locale. »

« Cette concurrence est-elle de bon augure ? »

Zine Boukriche. « Non. En agissant ainsi, l’État s’enferme dans une politique à court terme, il joue avec le feu. L’éthique du service public n’est pas la même que celle d’une entreprise privée. Quand les opérateurs ne seront plus là, les problématiques de la ville et des territoires, elles, seront toujours présentes. On peut craindre un retour difficile pour certains jeunes dans les structures publiques. Il y a des équilibres territoriaux sur lesquels il vaut mieux ne pas agir à la légère. La situation peut se révéler facilement explosive. »

Radical

C’est dans L’Huma et c’est comme ça. Si Le Figaro parle de l’insertion, on s’en fera l’écho… dès lors que l’information parviendra. Pour Le Monde, je m’en occupe. A ce propos, la semaine dernière, un splendide article de Max Dorra « Contre la cécité volontaire ». : « … tout changement véritable est radical, et cette radicalité ne suppose nullement la violence mais exige à coup sûr une conviction forte, rigoureusement argumentée. Donc mobilisatrice. » Radical vient de « racine » : aller à la racine des choses. Posons l’hypothèse que l’époque actuelle tourmentée constitue une opportunité de radicalité et contribuons par le débat libre et éclairé à nourrir cette conviction… forte et mobilisatrice. Le Manifeste prend cette voie. Et, pour rester dans l’obédience du dernier article, à « manifeste » on associerait historiquement « Piou-piou de toutes les missions locales, unissez-vous ! »

Relier plutôt que dissocier. Complexité plutôt que complication.