Livre Vert et autres à propos.

Publié: juillet 16, 2009 dans Au gré des lectures, Insertion/missions locales

A propos de coïncidence…

Le même jour, une interview de Cécile Van de Velde dans Le Monde daté du 9 juillet, « En France, la jeunesse est une catégorie à canaliser », où l’on peut lire « Comme dans bien des pays vieillissants et en incertitude sociale, la France a peur de sa jeunesse », et un ouvrage offert, adressé par Patrick Mareschal, président du Conseil Général de Loire-Atlantique, L’éducation populaire : pour un engagement solidaire (éditions du Temps), avec pour commencer une citation de Paul Eluard : « La jeunesse ne vient pas au monde, elle est constamment de ce monde. »

A propos de jeunesse, amour et désamour…

Dans les années 80, la jeunesse avait été un objet important d’intérêt pour la recherche. Il y avait Vaucresson et son centre de recherche interdisciplinaire (les Actes des Cinquièmes Journées Internationales, en mai 1985, avaient donné lieu à une importante publication) ; il y avait également le réseau Jeunesses et sociétés – Gérard Mauger, Olivier Galland, etc. – qui réunissait celles et ceux qui tentaient de construire la « catégorie jeunesses » – on mettait un « s » à la suite de Bourdieu et de son fameux « La jeunesse n’est qu’un mot » – à partir des perspectives du travail, de la sociabilité et des formes d’appartenance, de la politique, du genre, des origines ethniques, de la délinquance et de « La galère » (François Dubet, Jean-Charles Lagrée), etc. Puis la dernière décennie du XXè siècle a vu, me semble-t-il, décroître significativement l’intérêt de la recherche sur la ou les jeunesses : effets d’usure pour les chercheurs ? épuisement du sujet ? préoccupation plus marquée pour et par les baby-boomers qui s’avançaient doucement vers l’autre pôle générationnel ? Ce qu’on appelait « la politique jeunesse » restait encore promue par les associations d’éducation populaire, beaucoup en mauvais état, avec quelques appuis également vieillissants au sein de Jeunesse et Sports, et se déclinait à l’échelle des communes… souvent à partir du « local jeunes » ouvert puis fermé et réouvert au gré des dégradations et heurts, des abri-bus occupés contre le centre social déserté.

A propos de regarder la lune, pas le doigt…

Cécile Van de Velde remet donc en cause cette catégorisation de la jeunesse, comme d’ailleurs Bertrand dans sa contribution (« Livre Vert. Premiers commentaires ») : « C’est une perspective très française {les 16 – 25 ans}, qui pense la jeunesse comme une catégorie à part, enfermée dans des seuils d’âge, sans les mêmes droits sociaux. Depuis plus de trente ans, la multiplication de mesures « spécial jeunes » a de lourds effets pervers : elle institutionnalise les jeunes comme une sous-catégorie et légitime l’idée d’un long « sas » d’entrée vers le marché du travail et l’autonomie. » Autant la sociologue a raison de mettre en cause cette construction d’une classe sous-dotée en droits sociaux, autrement formulé une « sous catégorie », autant on ne peut pas dire que les mesures légitiment cette insertion interminable sans en préciser les déterminants : elles ne font qu’accompagner pour les pondérer les conditions objectives d’un précariat de la jeunesse qui est imposé en premier rang non par les institutions mais par le marché du travail, c’est-à-dire concrètement par les « stratégies » d’entreprise et par un système exclusivement centré sur le profit. L’œuvre de transmission et de formation n’est plus, sauf exceptions et malgré la vogue de la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) ou celle de la RSE (responsabilité sociale de l’entreprise), la préoccupation des entreprises. Ce n’est d’ailleurs guère nouveau mais cela s’est accentué, le profit immédiat sans la moindre retenue – pudeur même, peut-on dire – est le facteur, très largement abondé par l’idéologie d’une croissance sans fin et d’une productivité toujours insuffisante, dont les jeunes font les frais sous argument d’inexpérience. L’accompagnement traduit en légitimation est un vieux thème qui a traversé la critique du travail social avec le contrôle social (Michel Foucault) mais on peut se dire qu’à défaut de concevoir des modalités particulières pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, certes améliorables, les conditions réservées à ceux-ci seraient assurément pires. Ancien dans le travail social, ce débat a également l’âge de l’insertion : on se souvient des accusations portées contre nombre de mesures qui, outre qu’elles créaient des « sous-SMIC », déstabilisaient le modèle du CDI…

A propos d’inter…

Comment, dans ce cas, concevoir une politique jeunesse sachant que, par définition, celle-ci ne pouvant être que centrée sur un groupe social déterminé, sauf à ne plus être une politique jeunesse, risque à tout moment de basculer dans la catégorisation, et qu’elle recouvre un éventail de thèmes, de domaines : loisirs, éducation, formation, insertion, etc. ? La ou plutôt les réponses appellent un cadre conceptuel suffisamment large et une logique d’action transversale.

– Le cadre conceptuel préexiste… précisément l’éducation populaire qui associe le sujet, pour lequel on vise l’accomplissement dans tous les domaines sociaux, à l’acteur qui appelle une notion dont on espère qu’elle reviendra sur le devant de la scène, l’émancipation. Jean-Claude Richez, dans la préface « Jeunesse, éducation populaire et politiques publiques » de l’ouvrage cité, rappelle justement que « Par l’expression même « éducation populaire », on mobilise implicitement en tant que valeur la notion d’émancipation. » Il est temps de revenir aux « fondamentaux ». Ceux-ci, parce qu’ils s’appuient sur une approche globale, sont aux antipodes de cette jeunesse dont Cécile Van de Velde dit à la fois justement et abruptement qu’elle n’est comprise que « comme une catégorie à canaliser (« jeunes des banlieues ») ou à insérer (« jeunes chômeurs »). »

– La logique d’action transversale pourrait s’appuyer au niveau national sur « l’inter »… ministérialité. Ce le fût avec la DIIJ… comme le rappelle Michel Abhervé sur son blog (1). Mais aujourd’hui cet « inter » est en première ligne à assurer par les collectivités avec l’Etat. On touche ainsi un thème que l’on peut baptiser, à la suite du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le « dialogue social territorial » (2) et plus particulièrement à son « deuxième cercle {…} entendu plus largement comme celui qui associe, aux côtés des partenaires sociaux, l’Etat déconcentré et/ou les collectivités territoriales sur des thèmes qui s’élargissent du champ du travail et de l’emploi au développement économique… » Il y a à faire.

A propos de dialogue social…

On trouve dans ce projet d’avis du CESE beaucoup de choses intéressantes, dont le constat d’« une interdépendance évidente entre les enjeux liés au travail et à l’emploi et ceux concernant le développement économique ou, plus globalement, la vie de la cité. » Ce qui devrait inciter les collectivités à rendre officiellement la compétence emploi et insertion, celle-ci n’étant aujourd’hui et majoritairement qu’assumée indirectement par la compétence développement économique ou par le billard à deux bandes de la politique de la ville. La configuration politique idéale est l’exact recouvrement des périmètres, celui de la collectivité (communauté de communes ou d’agglomération) et bassin d’emploi. Sur cette base, l’assemblée de la collectivité peut délibérer et, par exemple en s’appuyant sur un conseil local de développement, peut concevoir et mettre en oeuvre une véritable stratégie territoriale pour l’emploi et l’insertion avec les partenaires institutionnels et non-institutionnels. C’est, remarquons-le, l’idée structurelle des maisons de l’emploi. Mais, dans les faits, les conditions de cet « inter », de cette synergie, sont bien mieux garanties dès lors que le pilotage se trouve au niveau d’une instance de gouvernance, donc d’intermédiation, telle qu’un CLD, plutôt qu’à celui d’une nouvelle structure plus territorialisée (c’est-à-dire déclinée sur un territoire) que territoriale (c’est-à-dire issue du territoire)… subséquemment concurrente des structures préexistantes.

A propos de travailler plus… le dimanche.

S’agissant de dialogue social, notons que, si pour M. Sarkozy « le travail dominical est un symbole », ce qui fait écrire à Gérard Courtois dans Le Monde du 7 juillet « Nicolas Sarkozy a-t-il été traumatisé par des dimanches d’enfance ? », il ne sera pas décidé en consultant les partenaires sociaux puisque le Président a choisi la modalité d’une proposition de loi émanant d’un député (Richard Mallié, Bouches-du-Rhône) plutôt qu’un projet de loi gouvernemental. Gérard Courtois conclut sa chronique ainsi : « Cela créera-t-il au moins des emplois ? Toutes les études démontrent que non, ou à peine. Cela soutiendra-t-il la consommation ? Même réponse. Cela améliorera-t-il le revenu des travailleurs du dimanche ? Rien ne le garantit. Le consommateur sera-t-il gagnant ? C’est peu probable, quand il aura compris que les surcoûts provoqués par le travail dominical seront inévitablement répercutés sur les prix. Ne serait-il pas plus simple de laisser en paix les dimanches ? D’autant que le repos, ce jour-là, n’interdit ni au président de présider ni au chroniqueur de chroniquer. »

A propos de présider…

Le 7 juillet, le Président a réuni « ses » parlementaires, toujours sur le thème du travail dominical : « Ce n’est quand même pas un drame », haussement d’épaule à l’appui. Rencontre saisie pour un exercice d’auto satisfecit qui a franchi la ligne jaune du minimum exigible de modestie, si ce n’est par pudeur du moins par politesse. « Le moi est haïssable » enseignait-on il fût un temps… qui n’a pas été manifestement celui du Président : « Si je fais la course en tête depuis 2002, c’est parce que j’ai toujours une idée d’avance. » Rien que cela. Sans faire de la psychologie de comptoir, on peut s’interroger sur la compatibilité d’un tel ego, mâtiné de vantardise et de narcissisme adolescent, avec la place occupée au plus haut niveau au titre de l’intérêt général. A cette expression pathologiquement anthropocentrée – on sent bien que le sujet qui l’intéresse au plus au point est lui-même – s’est ajoutée ce même jour, toujours devant les députés UMP, une grossière erreur stratégique : les victoires d’un jour à la Pyrrhus annoncent des lendemains difficiles. Ainsi, pour M. Sarkozy, « On a bouffé la crédibilité de la gauche sur l’écologie, sur la culture, sur l’ouverture… » et, évoquant un entretien accordé au Nouvel Observateur, « C’est pas par plaisir que je parle dans l’Obs. Mais quand je vois comment ça fait débat chez eux, ça me fait rigoler. En tout cas ça prouve que je suis généreux puisque, grâce à moi, ils ont doublé leurs ventes. » C’est dans Le Monde du 9 juillet et deux jours avant, dans le même quotidien, on apprenait que le même personnage était intervenu directement dans les magasins parisiens pour que Madame Barack Obama… puisse faire son shopping le dimanche : « Est-il normal, a-t-il expliqué à la presse, que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ? » On reste sans voix.

A propos de solidarité intergénérationnelle…

Certes, cela a quelque peu dérivé du point de départ, le Livre Vert. Mais il faut de temps à autre expulser… même s’il resterait beaucoup à dire comme, par exemple, l’argument inattendu de solidarité intergénérationnelle au secours de l’emprunt national avancé par Gérard Longuet, président du groupe UMP, belle carrière politique qui avait commencé à Occident : « La richesse, aujourd’hui, a tendance à se concentrer chez les plus de 50 ans, mais nous laissons à nos enfants et à nos petits-enfants une lourde dette qui n’a pas toujours correspondu au financement d’investissement pour l’avenir… » {jusque là d’accord} « C’est la raison pour laquelle, à titre personnel, je défends l’idée que l’emprunt doit être l’expression d’une solidarité intergénérationnelle… » Résumons-nous : dans la mesure où il y a de fortes chances statistiquement, au regard des espérances de vie respectives, que l’emprunt soit plus remboursé par les actuelles générations que par les cinquantenaires et plus, l’expression d’une solidarité intergénérationnelle, contrairement à ce qu’on y met habituellement, recouvre celle des jeunes vers les anciens, des plus pauvres pour les plus riches. Après tout, la crise est plus dure pour les riches que pour les pauvres puisque les premiers ont plus à y perdre alors que les seconds sont habitués.

A propos du Livre Vert…

Cécile Van de Velde, appelant de ses vœux la fin d’une catégorisation des « jeunes à insérer », lorgne du côté des pays nordiques où l’alternance est facilitée par des expériences plus précoces en milieu de travail avec la possibilité de reprendre plus tard des études. Sur la précocité des expériences professionnelles et sans doute animé d’un mauvais esprit, je ne peux m’empêcher de songer à François Béranger qui chantait dans « Tranches de vie »

« A 15 ans, finie la belle vie

T’es plus un môme, t’es plus un p’tit

J’m’retrouve les deux mains dans le pétrole

A frotter des pièces de bagnole.

9-10 heures dans un atelier

Ca vous épanouit la jeunesse

Ca vous arrange même la santé

Pour le monde on a d’la tendresse. » (3)

Quant à la possibilité de raccrocher les études, sans nordiquophobie aucune, il me semble que le rapport Charvet, Jeunesse, le devoir d’avenir, n’en était guère éloigné avec la proposition d’un capital temps de formation pour tous. Il y a déjà qelques années.

Quittons Cécile Van de Velde pour le dernier communiqué de l’UNML sur le livre Vert, « Attention à ne pas ghettoïser les jeunes les plus en difficulté ». Extrait.

« Concernant les Missions Locales, le livre vert affiche notamment comme objectif de les « conforter […] comme le lieu de référence pour les jeunes ayant des besoins d’insertion, de recentrer leur activité sur ce cœur de cible et de renforcer la possibilité d’agréger certaines missions spécifiques, par exemple la participation au service public de l’orientation ». Toutefois bien que l’UNML ait participé aux travaux de la commission, elle regrette que le document final tende à vouloir recentrer l’activité des Missions Locales autour des jeunes « les plus en difficulté » au risque de les « ghettoïser » en les faisant suivre par des structures qu’ils seraient dorénavant les seuls à fréquenter. Il ne faut pas se voiler la face, les jeunes les plus en difficulté représentent la majeure partie du public accueilli par les Missions Locales (selon le bilan d’activité 2007 du réseau des Missions Locales, 18% des jeunes accueillis en Mission Locale sont bacheliers et 7% ont un niveau supérieur ou égal à Bac+2). Toutefois, en consacrant les Missions Locales en tant que lieu d’accueil spécifique à ces jeunes, le risque est grand de leur donner l’impression qu’ils sont mis de côté et que, finalement, seuls eux sont confrontés à des difficultés. En mixant les publics, il existe une réelle possibilité de créer une forme d’émulation entre les jeunes, de leur montrer que qu’elles que soient leurs origines (sociales, de lieu de résidence…), ils sont confrontés à des difficultés que d’autres rencontrent aussi. De plus, l’évolution des taux d’accès d’une classe d’âge au Bac et aux études supérieures tend à faire augmenter le nombre de jeunes qualifiés qui rencontrent des difficultés d’insertion.

En outre, les Missions Locales sont et seront toujours plus évaluées sur leurs résultats de placement à l’emploi. Or, comment réussir cette insertion professionnelle si les Missions Locales sont identifiées par les entreprises comme des organismes d’accompagnement de jeunes en difficulté et donc difficilement employables ? »

L’argument du risque de guettoïsation est juste… mais on peut aller plus loin car force est de constater que la « norme » étant aujourd’hui l’atypie (au regard du CDI) ce n’est pas une fraction de la jeunesse (les 130 ou 150 000 jeunes sortis sans diplôme ni qualification du système de formation initiale) mais une majorité des jeunes qui rencontre des difficultés d’insertion… à tel point que cette dernière est devenue quasi-synonyme de socialisation secondaire. Ainsi, lorsque l’article 13 de la loi de cohésion sociale créant le droit à l’accompagnement énonce que celui-ci est ouvert à « tout jeune rencontrant des difficultés d’insertion » et que sa mise en œuvre est confiée aux missions locales, on s’adresse bien à l’ensemble ou presque de la jeunesse. On se souviendra qu’au moment de la création synchronique des missions locales et des PAIO, ces dernières devaient exclusivement s’adresser aux 16-18 ans et ceci pour les intégrer dans des dispositifs de formation : la vie en a décidé autrement, les jeunes plus âgés toquant à la porte des PAIO et, bien évidemment, exprimant d’autres besoins que ceux exclusivement centrés sur la formation. Ce qui a conduit les PAIO à faire le même travail que les missions locales, moyens financiers en moins puisqu’il était indiqué que « les collectivités pouvaient » – et seulement pouvaient – « contribuer au financement des PAIO ». On sait ce qu’il en est advenu. Les missions locales ont été créées sur un double principe : elles agissent pour les jeunes, pas pour toute la population ni pour une partie de la jeunesse, et elles renforcent leur action pour les jeunes rencontrant plus de difficultés. Au premier principe correspond l’égalité de traitement, au second l’équité : égalité de traitement et équité ne s’opposent pas mais se complètent… on pourrait dire que l’une ne va pas sans l’autre, l’équité anticipant sur le risque de l’égalitarisme qui ne ferait que renforcer les inégalités de départ.

A suivre. Evidemment.

(1) Michel Abhervé, « Recréer la Délégation Interministérielle à l’Insertion des Jeunes », 22 juin 2009.

(2) CESR, Réalité et avenir du dialogue social territorial, Jean-Louis Walter, rapporteur, projet d’avis, 24 juin 2009.

(3) Très bonne interprétation par Hubert-Félix Thiéfaine sur le disque Tous ces mots terribles. Hommage à François Béranger, 2008.

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commentaires
  1. David 86 dit :

    Ce balayage très large d’une actualité aussi diverse pourrait suggérer de nombreux commentaires, peu amènes certainement avec les quelques sinistres « haut personnages » que tu cites ! Mais je préfère me consacrer à des choses importantes et revenir sur ton analyse des propos cités de Cécile VAN DE VELDE. Pour l’avoir beaucoup lu et entendu ces dernières semaines, il me semble a priori réducteur de ne sortir de ses analyses que la critique de la catégorisation.
    Il me semble en effet que si critique elle porte sur cette catégorisation, c’est pour pointer les défauts, voire les dérives, de la catégorisation en matière de politique de l’emploi. Je serais sur ce point plutôt tenté d’y souscrire car si l’on évoque la foultitude d’exceptions aux formes d’emploi légales qui ont été tentées (CIP,CPE…) ou réalisées (SIVP, TUC, CES…) et autres mesures d’abaissement artificiel (aux frais du contribuable et de l’assuré social) du coût du travail (SEJE, CIE…), peut-on estimer qu’elles ont corrigé le fonctionnement naturellement sélectif du marché du travail que tu rappelles à juste titre ? Tu considères que, de manière large, les mesures catégorielles ont peut-être permis de limiter ces effets néfastes aux jeunes et d’éviter que la situation soit pire encore. J’en doute et émettrais une autre hypothèse selon laquelle ces mesures « jeunes » répétées ont installé dans les esprits, ceux des employeurs en particulier, qu’un contrat de travail classique et un salaire plein sont d’un luxe exhorbitant pour une jeune main d’oeuvre par définition insuffisamment productive. Que l’on se rapporte à nos difficultés incommensurables à faire accepter qu’un jeune de 19 ou 20 ans puisse faire un excellent apprenti quand, par rapport à un jeune plus jeune (16 ans), ce « vieux » jeune doit être rémunéré à une fraction supérieure du SMIC (mais quand même bien en dessous rassurons-nous…). La situation de l’apprentissage pousse d’ailleurs assez loin et depuis longtemps les effets pervers d’une sous catégorisation par laquelle on installe l’idée qu’un très jeune travailleur vaut moins qu’un jeune travailleur qui, lui même, vaut moins qu’un autre travailleur moins jeune…
    Ceci étant tout en dénonçant la catégorisation de nos politiques d’emploi (et donc je la rejoins) je n’ai pas entendu/lu C. VAN DE VELDE s’insurger du projet que peut avoir une communauté (nationale en l’occurence puisqu’elle procède à une analyse comparative entre plusieurs pays européen) de s’intéresser à sa jeunesse. Selon moi il n’y pas contradiction entre la remise en cause de politiques d’emploi catégorielles dont les méfaits me semblent plus importants que les bienfaits et l’ambition politique que l’on peut (doit) avoir de créer les conditions pour que les jeunes prennent toute leur place dans la société. A cet égard, il me semble que malgré la très grande diversité de ses angles d’attaque, quitte à suggérer parfois quelques contradictions, le Livre vert ne manque pas d’une certaine tenue et ébranle quelques vieilles forteresses de manière plutôt salvatrice ! Pour ne plus être trop long et revenir à un sujet qui m’est cher, les missions locales, on déduira de ce modeste raisonnement que pour agir avec justesse les missions locales ne peuvent avoir pour projet que de se situer au coeur d’une vraie politique de Jeunesses et pas se cantonner à jouer les supplétifs ou les alibis de la politique de l’emploi ! De ce point de vue je regrette que l’UNML participe à cet entêtement en considérant que « les ML seront toujours plus évaluées sur leurs résultats de placement à l’emploi ».

  2. rbeaune dit :

    Balayé par une vague de … projet (ou d’expérimentation) à défaut, pour le moment, d’eau de mer, je ne ferai que trois remarques sur le livre vert… Comment peut-on imaginer une politique de la jeunesse sans associer l’Education nationale ??? Pour quoi l’accès à la culture, aux sports et aux loisirs sont-ils encore oubliés??? Ne veut-on faire des jeunes que des consommateurs??? Le pan de la santé, si prégnent dans le travail des conseillers, n’a pas dû résister au virus H1N1… Il est complètement absent aussi…
    Pendant que ce manifeste végète (il doit craindre la chaleur des coupes budgétaires), le projet de Loi sur l’orientation et la formation professionnelle organise le service public d’orientation (SPOT fera-t-il pschittt???), le suivi des jeunes décrocheurs et met en place une financement des Missions locales basé sur leurs résultats en termes d’insertion professionnelle…
    Mais bon tout le monde va partir en vacances et la suite de cette course de vitesse pourra reprendre en septembre…

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