Un jeune + un emploi = une photo

Publié: juillet 1, 2009 dans Au gré des lectures, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Taquin…

L’ami Michel, taquin et, quoique breton, fidèle lecteur du Courrier Picard (qu’il ne cite pas mais, déductivement, ça doit être cela) adresse un courriel « Ca progresse dans la Somme ». Décidément ces jours-ci, la Picardie  occupe le devant de la scène. Titre de l’article du sus-cité quotidien régional : « Le préfet rencontre des jeunes suivis dans le cadre des contrats d’autonomie ».

« La dynamique « Espoir banlieues », présentée le 8 février 2008 par le Président de la République s’appuie sur cinq piliers : l’emploi, l’éducation, les transports, la sécurité et le financement des initiatives locales.

En matière d’emploi, le contrat d’autonomie, mesure phare de la dynamique « Espoir banlieues » mise sur un accompagnement individuel des jeunes de moins de 26 ans, des quartiers prioritaires qui recherchent un emploi.

Dans la Somme, la mise en œuvre de ce dispositif est effectuée par le prestataire, « Retravailler en Picardie », en partenariat avec le cabinet C3 Consultant, la Boutique de gestion et l’ADIE. Cette association dispose, depuis le 2 mai 2009, de nouveaux locaux à Amiens, 53 rue de l’Amiral Courbet.

Ce travail vient en appui de l’action des trois délégués du préfet pour les quartiers Nord, Etouvie et Sud-est d’Amiens. Trois jeunes ont déjà bénéficié chacun d’un CDI et trois autres d’un CDD de plus de six mois. »

L’article se poursuit décrivant ce qu’est le contrat d’autonomie, précisant au passage « Autre innovation : durant la phase d’accompagnement, le bénéficiaire du contrat d’autonomie touche une bourse de 300 euros par mois… » Pour les missions locales qui seraient telles une poule devant une fourchette face à l’innovation, la réponse est là : 300 euros par mois. Dommage que le compte n’y soit pas avec l’allocation CIVIS, sinon les missions locales auraient à peu de frais pu se targuer d’être innovantes. « Trois jeunes ont bénéficié d’un CDI et trois autres d’un CDD »… grâce à la mobilisation de « Retravailler en Picardie », de la BG, de l’ADIE et de « C3 Consultant » – oui, les mêmes que pour la RATP (voir sur ce blog « Petits arrangements entre amis »), sans oublier trois délégués du préfet.

Extrapolation…

Si l’on se base sur l’activité des missions locales en 2007 où 54% d’un million de jeunes reçus en entretien ont signé un contrat de travail, soit 540 000, et sans même considérer les OPP (opérateurs privés de placement) mais en ne retenant que les délégués du préfet, soit un délégué pour deux jeunes bénéficiant d’un contrat de travail, il faudrait 270 000 délégués de préfet et 90 000 rencontres de préfet avec des jeunes, par lots de six. Comme dans la Somme.

Décroissance…

Jean Gadrey signait un article dans Le Monde du 13 juin, « Pour une société du plein-emploi sans croissance », où il constatait que l’impasse capitaliste nécessitait de choisir pour un autre modèle économique s’asseyant – il ne l’écrit pas mais on perçoit la jubilation – sur le sacro-saint principe des gains de productivité. Pour traduire simplement, il vaut mieux être plus à travailler sans courir après une productivité par nature insatisfaite que peu à tirer notre épingle du jeu en excluant et précarisant de plus en plus d’individus. Question d’économie et d’humanité.  S’asseoir sur les gains de productivité, c’est finalement suivre et systématiser au titre de la continuité républicaine l’exemple picard : 270 000 délégués de préfet et 90 000 rencontres pour les grands commis de l’Etat, quel barouf !

Quant à six jeunes en emploi justifiant rencontre préfectorale et ramdam, cela pourrait se résumer dans une équation : « un jeune + un emploi = une photo ».

A l’euro près…

Exercice d’évaluation. Sachant que toute politique publique doit a minima être évaluée à partir des critères d’efficacité (atteinte des résultats) et d’efficience (proportionnalité entre l’investissement consenti et les résultats obtenus), sur une échelle de 0 à 20/20 quelles seraient les notes obtenues pour six jeunes en emploi (efficacité), sur la base des coûts engendrés par le déploiement d’OPP et de fonctionnaires (efficience) – non inclus les frais de réception du pot de l’amitié ?

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commentaires
  1. pioupiou44 dit :

    ça y est j’ai compris !!!
    Triplons le budget « réceptions » des missions locales. Invitons des élus tous les 15 jours pour rencontrer des jeunes en stages, des entreprises qui acceptent des jeunes en stages (on en a plein !!!), des jeunes qui signent un contrat d’apprentissage (on en a encore quelques uns) et tout ira pour le mieux …

    Si en plus les pious-pious pouvaient consentir à une petite baisse de salaire au nom de cette efficacité nouvelle, ce serait pas mal.
    On peut ajouter cette proposition au manifeste ???

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