Missions locales : légitimes, incontournables et indispensables

Publié: juin 26, 2009 dans Insertion/missions locales

C’est sous ce titre, « Les missions locales sont reconnues comme légitimes, incontournables et indispensables », qu’une dépêche de l’AEF (n°116204 du 24 juin 2009) fait état d’une interview avec Laurent Wauquiez… non : avec Annie Jeanne, présidente de l’ANDML, qui ne fait pas que sautiller la danse des canards à Saint-Malo contrairement à ce que des esprits chagrins seraient tentés d’imaginer. « Légitimes, incontounables et indispensables » est désormais la trilogie qualificative succédant à celle du Rapport Schwartz de 1981, « légères, temporaires et adaptées ». Autres temps, autres formulations.

L’interview presque in extenso :

AEF. « Qu’attendez-vous du Livre Vert ? »

Annie Jeanne. « Après avoir participé aux travaux de la commission de concertation Hirsch, nous pensons avoir été entendus et nous attendons bien sûr que les propositions du Livre Vert donnent lieu rapidement à une mise en oeuvre d’actions en faveur des jeunes. Il y a une grande désespérance chez les jeunes aujourd’hui, et une défiance des Français à l’égard de la jeunesse. Je pense qu’une campagne destinée à valoriser les jeunes, leurs initiatives et la richesse qu’ils représentent pour l’avenir est nécessaire. »

AEF. « Pensez-vous qu’il y ait suffisamment de concertation entre les différents acteurs de l’insertion des jeunes ? »

Annie Jeanne. « Martin Hirsch veut rapprocher l’Éducation nationale et les missions locales. C’est son cheval de bataille et il a raison. Il faut plus de lien entre les missions locales et l’Éducation nationale, on ne peut pas laisser des jeunes en rupture scolaire, à l’abandon. Il faut renforcer le travail de proximité et le repérage des jeunes. En théorie, il se passe un an  – l’« année de carence » -, entre le moment où les jeunes sortent du système scolaire et le moment où ils peuvent entrer dans le système de formation professionnelle piloté par les Régions. En pratique, il y a des assouplissements et la période de carence peut être de six mois seulement. »

AEF. « L’État doit-il intervenir dans la gouvernance des missions locales ? »

Annie Jeanne. « Non, le pilotage des missions locales doit rester un pilotage local, la méthode même des missions locales est fondée sur la mobilisation territoriale. La commission souhaitait attribuer la gouvernance des missions locales au plus gros financeur de la structure qui varie selon les cas, mais cela a été retiré de la dernière version du Livre Vert. En revanche, il faudrait pouvoir harmoniser les financements pour constituer un socle de base de la part des régions, des départements et des communes. »

PL. Notons cependant que la question portant sur la gouvernance, il semblerait étonnant que l’Etat n’y soit pas impliqué. Il faut distinguer le pilotage, revenant aux collectivités locales, et la gouvernance regroupant tous les financeurs et même plus, les usagers.

AEF. « Martin Hirsh parle également de « missions locales hors les murs pour aller chercher les jeunes qui ne demandent rien ».

Annie Jeanne. « Il faut aller chercher les jeunes qui ne fréquentent pas les missions locales avec l’appui par exemple des maisons de jeunes, des associations ou des clubs sportifs. J’y suis favorable et ceci se précise déjà, mais pour un travail plus appuyé en direction des plus éloignés de toute démarche d’insertion, il faut renforcer les équipes de missions locales dont les emplois du temps sont saturés aujourd’hui par l’affluence de jeunes. Plus ceux-ci sont nombreux et plus nous sommes malheureusement contraints de réduire le temps qu’on leur consacre. »

PL. Etonnant quand même pour un « vieux » du travail social, mais avec mémoire, de réentendre l’expression « hors des murs » qui fût promue par l’analyse institutionnelle dont on pourrait dire, risquant l’anachronisme puisqu’il s’agit des années 70, que les promoteurs Fernand Deligny et Franco Basaglia n’auraient guère été partisans de la politique gouvernementale actuelle. Franco Basaglia dirigea dans les années 60 l’hôpital psychiatrique de Gorizia, en Italie, et, constatant que « le malade est introduit dans un espace qui, né à l’origine pour le soigner, semble de fait, paradoxalement, un lieu construit pour anéantir complètement son individualité, pour faire totalement de lui un objet », avait promu un mouvement de libération des malades mentaux qui aboutit à la fermeture progressive des asiles psychiatriques et la création, si l’hospitalisation était nécessaire, de nouveaux services de petites dimensions à l’intérieur des hôpitaux généraux.

La revue Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux (2002, n° 29, De Boeck Université) conclut un article « Franco Basaglia : 25 ans après, encore un précurseur » par ces mots : « Le chemin à parcourir pour réaliser pleinement la réforme est donc encore bien long. S’il existe une chose que Basaglia n’aurait pas voulue, c’est l’embaumement de son nom et de son oeuvre dans une icône à célébrer et commémorer. S’engager à continuer le parcours qu’il a commencé, développer le processus de changement dont il fut l’inspirateur, et repartir de chaque point d’arrivée apparent, sont les meilleures façons d’honorer sa mémoire. »

Ré-affectant l’expression « hors des murs » à son promoteur, je souhaitais simplement honorer sa mémoire. Et ne pas embaumer Basaglia. Des Grenelle à qui mieux-mieux et des hors des murs à la pelle, le présent s’assoit, me semble-t-il, un peu beaucoup sur le sens du passé… qui n’est pas que passé mais qui est une histoire et du sens.

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commentaires
  1. David 86 dit :

    Je cherche la trace du début d’un commencement de proposition de la présidente de l’ANDML…
    Les partenaires sociaux de notre réseau et Martin HIRSH ont été beaucoup plus ambitieux le 19 juin !
    Gageons que le sobre séminaire annuel de cette distinguée assemblée aura allègrement comblé ce vide intersidéral !

  2. rbeaune dit :

    Je me lance dans ce redoutable exercice de répondre à David… Tout d’abord, il faut développer la notion de réseau… sur la base d’une identité (notre rôle, notre éthique, notre professionnalisation,…) et d’une posture commune : il faut être présent dans les instances qui influent sur la (les) politique (s) de la jeunesse sans renier nos fondamentaux (approche globale pour l’insertion professionnelle et sociale et non seulement l’accès à l’emploi). Il faut aussi dénoncer les renoncements : le financement de l’Etat basée sur la seule DGEFP (BOP 102 pour être RGPP) porte en soi la volonté de réduire l’action des ML au seul accès à l’emploi.
    Par cette participation active, la ML peut être ce « marginal sécant » qui, connaissant bien tous les dispositifs, tire de chaque politique le mieux au profit des jeunes…
    De ce réseau consolidé pourra alors émerger une communication qui ne peut se limiter à dire ce qui est fait dans les ML… Non, cette communication doit aussi être source de proposition (un seul exemple qui me tient à coeur : pourquoi personne ne s’empare du problème du salaire des apprentis = 25% du SMIC la première année -sauf dans le bâtiment à 40%- alors que le jeune ne passe qu’un quart de son temps en formation???) et donner la parole aux jeunes : ce point est essentiel même s’il n’est pas le plus facile à réaliser…Enfin cela doit permettre de répondre aux modes. Je n’en citerai que deux : l’orientation à qui on fait porter toutes les difficultés liées à l’impossibilité de rénover le marché du travail pour qu’il intègre les jeunes et les jeunes décrocheurs que personne n’est capable de quantifier, ni de qualifier… J’ai gardé pour la fin le mot magique d’évaluation qui, pour beaucoup, n’est que trouver un moyen « scientifique » de faire passer une baisse ou un maintien des moyens…
    Sur cette base, le manifeste est un premier pas pour tracer la voie d’une véritable politique de la jeunesse, mais il doit être complété, enrichi et, je l’espère, par par de simples échanges sur un blog…

  3. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    A David,
    A Robert,

    Je ne pense pas que l’ANDML mérite de se voir associer le vocable « vide intersidéral »…
    Pour ma part, j’estime que nous avons ,pour faire vivre ce manifeste, de toutes les bonnes volontés, de toutes les instances de réflexion, et de toutes « nos intelligences » (est-ce que philippe Labbé pourrait nous éclairer sur la comparaison des termes intelligences et expertises !?)
    En effet un blog, le blog (celui de la campagne)n’est pas suffisant pour construire les suites de notre action …il suffit de relire notre appel au manifeste de l’an dernier pour retrouver la volonté de la CGT d’associer les acteurs du réseau à ce projet.

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