Le congrès (ne fait pas que) s’amuse(r)…

Publié: juin 26, 2009 dans Insertion/missions locales

Voulzy…

Journées professionnelles de l’ANDML à Saint-Malo, on connaît pire comme site. Jamais ces journées, qui sont annuelles, n’ont accueilli autant de participants : presque deux cents. On pourrait poser l’hypothèse d’un tropisme malouin, des corsaires à Voulzy qui chante que, paraît-il, « On a tous dans le cœur des vacances à Saint-Malo et des parents en maillot qui dansent sur Luis Mariano… » Autre hypothèse, un retour sur investissement du dynamisme de l’ANDML qui, après la CPO, s’est mobilisée dans la commission jeunesse Hirsch, qui pilote l’étude sur le micro-crédit, etc. Bref, une activité qui dépasse très largement une défense corporatiste (de corps) pour intéresser tout le réseau. Contrairement à ce qui était prévu, Martin Hirsch n’est pas venu à cette rencontre qui est une formation dont le thème était cette année « Piloter le processus d’orientation ». Il est vrai que l’orientation occupe le devant de la scène depuis quelque temps.

Epistémologie réussie…

Ce jeudi matin deux contributions bien charpentées : Philippe Cormon puis André Chauvet sont parvenus à construire une vraie épistémologie de l’orientation, le premier à partir de la question « Que signifie orienter ? », le second sur le thème de « Piloter un processus d’orientation aujourd’hui ». Espérons que les Actes de ces journées seront plus réactifs pour être édités que ceux de la rencontre de Montpellier – deux ans – qui viennent d’être disponibles : il faudra en effet revenir sur ces interventions denses.

Méthodologie aléatoire…

D’autant plus qu’il faut impérativement remettre l’ouvrage sur le métier de telle façon à passer de la construction théorique aux applications pratiques, ce qui implique la confrontation des expériences vécues à la méthodologie… ce qui ne semble par contre guère avoir été réussi dans les ateliers de l’après-midi : l’un sur l’évaluation de la fonction orientation, l’autre sur le partenariat de l’orientation et le dernier sur le management des représentations des conseillers… toujours sur l’orientation. J’avoue, après avoir été (sagement) présent à l’atelier sur l’évaluation, n’avoir pas eu le courage d’y retourner ce vendredi. Peut-être à tort mais la sagesse a les limites de l’ennui.

Maïeutique…

Toutefois quelques réflexions sur l’évaluation de l’orientation. J’ai retenu, parmi les brillants et savants exposés matinaux – André Chauvet est un vrai « acteur », au sens de Louis Jouvet : une discipline, une respiration, une mise en scène… – une idée-clé, l’itérativité. Autrement formulée, la fonction d’orientation ne peut se résumer à un « diagnostic », ni à une relation « prescripteur – prestataire » (de type bilan de compétence), mais recouvre un travail de maïeutique avec le jeune qui s’effectue tout au long du parcours. Travail incluant l’aléatoire – seule certitude dans la complexité – et dont on rappellera qu’Edgar Morin dit qu’il est « une chance à saisir ». Tout au long du parcours : évidence qui, d’ailleurs, n’est pas sans poser la difficulté de distinguer l’orientation de l’accompagnement : on peut considérer que l’accompagnement est une orientation (réorientation, ré-réorientation, etc.) permanente mais des deux quel est le méta-référentiel, qui inclut l’autre ? Le même Edgar Morin parle de « principe hologrammatique », « Non seulement la partie est dans le tout, mais le tout est dans la partie. » (1).

Substitution…

A ce propos, on entend de plus en plus – sans doute cette accentuation est favorisée par l’axe 2 de la CPO – que « l’accompagnement est le cœur du métier des missions locales »… ce qui ne me lasse pas d’étonner car, jusqu’à présent, je croyais que ce « cœur » était l’insertion professionnelle et sociale, l’accompagnement (n’)étant (qu’)une modalité. Ce déplacement, correspondant à la substitution d’une finalité par une modalité, pose la question du parcours accompagné qui devient la norme plus que son aboutissement. Parlant systémie, on dirait que le processus subordonne les extrants. Parlant évaluation, les réalisations primeraient sur les résultats. Or, sans certes pour autant sacrifier à une seule logique de résultats, les réalisations ne se justifient qu’à la condition de produire des résultats, c’est-à-dire l’insertion professionnelle et sociale… et même plus : l’intégration. A la décharge des intervenants sociaux, directeurs pour l’occasion, le discours dominant de la politique publique de l’emploi n’est pas avare de louanges sur l’accompagnement, l’alpha et oméga, qui est considéré comme « l’expression privilégiée de la cohésion sociale » (2). Je parlerais pour ma part de solidarité, de fraternité. Mais enfin, à chacun ses opinions… sauf que l’on peut s’interroger : si l’accompagnement est une modalité privilégiée, voire exclusive, du travail d’insertion, le surexposer aux dépens de la finalité n’est-il pas révélateur du caractère incertain de l’intégration, de cette histoire de passeur au milieu de la rivière qui ne voit plus les berges pour débarquer ses passagers ? A débattre.

Interminable accompagnement…

Si l’itérativité me semble un concept pertinent, j’ai bien plus de réserve sur la durée présentée comme longue… avec le risque de l’ad vitam et de l’ad libitum. Certes, statistiquement, accompagnement et, donc, orientation sont longs, sinon interminables (quid, au fait, de la question d’une évolution des « vingt-cinq ans révolus » alors que, comme le rappelle le Manifeste pour une politique ambitieuse pour la jeunesse, « un tiers des jeunes Français n’ont pas d’emploi stable quand ils atteignent 30 ans » ?) mais, bien sûr, cette longueur varie selon chaque jeune. On peut constater un allongement, de là à en faire en principe…

Etonnement…

« Dans ma mission locale, je n’ai jamais entendu parler d’orientation. » Sic, texto, littéral, je n’invente rien… Faut-il rappeler que l’orientation est explicite dans la Charte de 1990 ? Que la DIIJ a publié en juillet 2001 un document Le « métier » des missions locales dans une approche processus qualité où l’on trouvera à la rubrique « Le processus insertion » moult informations sur l’orientation (pp. 16-26) ? Il y a quand même dans ce réseau une amnésie inquiétante, parfois épuisante, que certains esprits (mal intentionnés) pourraient traduire en déficit de réflexion.

Croisement…

S’agissant d’évaluation, il eût été possible (sans doute pertinent) de croiser cette juste idée d’itérativité avec celle, centrale pour les missions locales, d’approche globale, holistique. Puis, à partir de cette architecture, d’interroger l’évaluation à partir du champ lexical et sémantique de l’évaluation (3) : en quoi une orientation itérative et non limitée au domaine professionnel, c’est-à-dire combinant projet professionnel et projet de vie (4), pouvait être évaluée à partir de critères, certains points de passage obligé (5), d’autres justifiés par le thème, auxquels auraient été accolés des indicateurs (de contexte, de ressources, de réalisation, de résultat, d’impact)… Peut-être cela aura-t-il été le travail de cette dernière journée et, dans ce cas, j’aurais eu tort de ne pas insister.

En tout état de cause, le congrès ne fait donc pas que s’amuser. Et pourtant tout cela se passe au Palais… des Congrès.

(1) Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe, 1990, ESF éditeur

(2) Rapport Seillier, Pour un contrat d’accompagnement généralisé, rapport au ministre des Affaires sociales, du travail et de la solidarité, 2003.

(3) Très approximativement maîtrisé, les critères étant interchangeables avec les indicateurs parfois synonymes d’indices… On n’était parfois guère éloignés des Experts et d’un faisceau de présomptions. Déménager l’ANDML de Rouen au Quai des Orfèvres ?

(4) Décliné comme proposé sur ce blog en quatre dimensions : individuation, sociabilité, sociétal et économique.

(5) Efficacité, efficience, effectivité, conformité, décentration.

Publicités
commentaires
  1. anne le bissonnais dit :

    Merci beaucoup pour ce compte rendu, même rapide, de ces Journées Professionnelles auxquelles je n’ai pas eu le plaisir de participer cette année. La problématique de l’orientation est tellement intéressante. J’y travaille en ce moment dans le cadre de l’expérimentation menée à Niamey (Niger)sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes. On essaye de monter des Ateliers de Découverte des métiers et d’orientation professionnelle en travaillant à la fois sur projet de vie et projet professionnel, ce qui me parait en effet essentiel.

  2. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    extrait du courrier adressé à l’ANDML par la CGT à l’occasion des journées de Saint-Malo :

    « Pour sa part, la CGT, est particulièrement attentive, dans le contexte que nous connaissons, à la reconnaissance de l’accompagnement ou de la conduite de parcours d’orientation à destination des jeunes au sein des ML/PAIO. L’appui technique de cadrage en cours, piloté par la DGEFP, a justement, entre autres objets, la question de la mise en relief de ce travail autour de l’orientation.

    Nous espérons, qu’à la suite de ces travaux, vos propres réflexions pourront venir enrichir la discussion et la négociation qui ne manqueront pas de se conduire par les partenaires sociaux pour enrichir la classification de la CCN, ainsi que la politique de formation en direction des professionnels du réseau. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s