Manifeste pour une politique ambitieuse pour la jeunesse : prometteur et à polir

Publié: juin 21, 2009 dans Insertion/missions locales

Jean-Philippe, que l’on ne fera pas précéder de « frère » (cf. note n° 1 de « Patchwork… etc. »), exprime son impression au terme de la journée de présentation du Manifeste pour une politique ambitieuse pour la jeunesse, vendredi à la Maison de la Chimie :

« Je suis de parti pris … et engagé (voir sur ce sujet l’article sur ce blog) dans cette campagne de témoignage de jeunes qui a accompagné la diffusion du Manifeste pour une politique ambitieuse pour la jeunesse.

La rencontre organisée ce vendredi 19 juin à la maison de la chimie était d’une très bonne tenue et les tables rondes très denses (je vous renvoie au programme http://www.jetiensamamissionlocale.com/lagenda/unml.html).

Les différents échanges nous ont placé au coeur de la complexité que constituait la mise en oeuvre de politiques en direction des jeunes.

Le manifeste a été salué par différents interlocuteurs comme un document d’importance Martin Hirsch ayant avec lui à la tribune le rapport Schwartz récemment réédité.

Agnès Naton (secrétaire confédérale CGT) a déclaré que ce manifeste constituait, selon elle, l’une des meilleures contributions à la commission jeunesse qui s’est réunit durant ce premier semestre 2009.

Reste maintenant à amender et enrichir ce texte qui propose une nouvelle dynamique. La prise en compte de la parole des jeunes et la question de leur place doivent en effet y avoir leur place.

Les partenaires sociaux s’étant engagés à poursuivre leurs travaux et l’application des propositions de ce manifeste avec toutes les bonnes volontés qui voudront bien s’en emparer.

Ce n’est qu’un début… »

Un document qui répond à son objectif…

On ne présentera pas ici dans le détail ce Manifeste, chacun pouvant sans difficulté se faire sa propre opinion : document de moins de vingt pages, bien construit et très accessible, il répond à son objectif de promotion, non pas exclusivement du réseau des missions locales, mais des conditions objectives de ses réalisations et de ce qui devrait en être déduit. Il était (plus que) temps, en effet, qu’une objectivation soit clairement exposée car de nombreux messages émis au plus haut niveau de l’Etat produisent ce que j’ai appelé, ce même jour à Tourcoing et dans le style de Cioran, « la tentation du désespoir ». On pourrait poursuivre avec « De l’inconvénient d’être piou-piou en mission locale plutôt que coacheur en OPP ».

Cabris…

Désespoir parce que, face à l’urgence sociale, leitmotiv depuis vingt-cinq ans, certains préfèrent par les temps qui courent s’asseoir sur la stabilité dont on dispose, finalement sur l’expérience pourtant à portée de mains. On est dans « un système des objets » aurait dit Baudrillard, un « divertissement » pour Pascal. A la table de l’insertion, les convives qui ont faim voit le maître-queue s’exercer à une cuisine aussi moléculaire qu’aléatoire alors qu’à côté fume un solide pot-au-feu. On ne tire pas les leçons de l’histoire, on ne sédimente pas les expérimentations en expérience ; on préfère, par idéologie et/ou par obligation de novation, s’agiter et, pour paraphraser de Gaulle en 1965, « sauter sur sa chaise comme un cabri » en misant sur la concurrence plutôt que sur l’expérience, sur la prime au résultat plutôt que sur l’engagement… De Gaulle poursuivait : « mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien… »

Le manifeste – on appréciera le doux euphémisme de cet étonnement à la Fernand Raynaud – déclare : « Aujourd’hui, nous constatons avec un certain étonnement, que la plupart des pratiques suggérées dans les nombreux rapports récents sont, et depuis longtemps, mises en œuvre au sein des missions locales sur le territoire national. »

Remettre les pendules à l’heure…

Cette objectivation passe donc par un rappel de ce que sont les missions locales (chapitre 2) qui, certes, n’apprendra rien à leurs acteurs mais qui remet en place sur des bases incontestables, chiffrées, les ordres de grandeur : 5 462 lieux d’accueil pour le réseau contre un millier pour Pôle emploi, 1,13 millions de jeunes en contact, plus de 11 000 salariés, une transparence rarement atteinte en termes d’évaluation avec Parcours 3, Icare, la CPO (réponse indirecte à Laurent Wauquiez qui déclarait ne pas savoir ce qu’on faisait dans les missions locales : voir sur ce blog « Il faut informer Laurent Wauquiez »…), 700 euros pour l’accompagnement d’un jeune en CIVIS et 6 000 euros pour celui d’un jeune en contrat d’autonomie….

Polir la pierre…

Jean-Philippe précise que « Reste maintenant à amender et enrichir ce texte qui propose une nouvelle dynamique » et l’on peut espérer que l’invitation à polir cette pierre déjà bien dégrossie sera suivie de modalités concrètes invitant la communauté professionnelle et extra-professionnelle aux contributions et à l’évolution d’un Manifeste en forme de projet plus que de programme (versions 1, 2, 3…). La place des jeunes et leur parole en tant qu’acteur collectif semblent effectivement une pierre indispensable à l’édifice. Un autre point peut être avancé puisque, sauf erreur, jamais la notion de « mission de service public » n’est citée : le service public de l’emploi apparaît à plusieurs reprises mais cette mission de service public ,qui est pourtant un méta-référentiel, a été oubliée. A raison, la sixième proposition pointe une vraie problématique : celle d’une évaluation qui doit « porter sur l’intégralité du travail accompli »… encore faudra-t-il proposer les modalités de cette évaluation car il est à craindre qu’à défaut de le faire le silence des institutions persiste : à la jonction de la mission de service public et de l’évaluation, le travail du CNML sur – précisément – l’évaluation des missions de service public parviendra-t-il à apporter une réponse satisfaisante ? On y travaille. L’évaluation ne pourra faire l’économie d’une redéfinition de ce que poursuit l’insertion – l’intégration, le Manifeste préférant le terme d’autonomie alors que, selon moi, l’intégration recouvre les deux piliers que sont l’indépendance, associée au pilier professionnel, et l’autonomie, associée au pilier social – d’autant plus que, s’il est juste d’écrire que les « parcours ne sont plus linéaires », encore faut-il s’accorder sur des indicateurs robustes qui ne se limitent pas à celui d’accès à l’emploi « durable », tant pour sa visée purement sectorielle (l’emploi) que pour cette norme de durabilité issue d’un modèle obsolescent du marché du travail : il faut tirer les conséquences du chapitre « Contexte économique et situation de la jeunesse » où il est précisé à juste titre qu’ « un tiers des jeunes Français n’ont pas d’emploi stable quand ils atteignent 30 ans »… ce qui d’ailleurs interroge sur le bornage « 16 – 25 ans révolus ».

Toujours parmi les propositions, la charge de travail des conseillers n’est qu’esquissée : « … l’accompagnement renforcé nécessite des recrutements complémentaires afin qu’un conseiller suive un nombre limité de jeunes ». Or il y a là un vrai enjeu car, outre qu’avec 150, 200 voire plus jeunes en suivi la notion d’accompagnement ne signifie plus grand chose, est purement discursive sinon incantatoire, les piou-piou ne disposent objectivement pas de temps pour innover (pas une option mais un devoir, selon les termes de la Charte de 1990) ou pour contribuer au développement local (thème absent du Manifeste alors qu’il est une mission explicite dans la même Charte). Enfin – mais, comme l’écrit Jean-Philippe, « ce n’est qu’un début » – autant il apparaît juste de proposer un financement pluriannuel qui prenne « en compte la nécessaire actualisation des coûts des prestations conduites » (on pense au PPAE), autant cette « pluri » devrait être institutionnelle : à plusieurs reprises je me suis exprimé sur le caractère structurant de la CPO – c’est, certes, un objet de débats et, on le sait, les opinions sont loin d’être convergentes – dans la mesure où des axes (ingénierie, observation…) pouvaient être investis par les missions locales, tels des coins à enfoncer dans le billot, pour reconquérir des missions souvent secondarisées par rapport à la mise en œuvre de programmes (CIVIS, PPAE, PRF…) et de mesures. Cependant, concrètement sur les terrains, les CPO pluri-institutionnelles sont loin d’être la règle (conférence des financeurs, fongibilité des aides…) : c’était pourtant, on s’en souvient, une condition préalable… du Rapport Schwartz.

Effectivement, ce n’est qu’un début. Prometteur.

Pour conclure… provisoirement…

Incluons dans ce commentaire du Manifeste la contribution de Rose qui rejoint les observations sur la charge de travail des conseillers ainsi que sur la quasi-impossibilité de mise en œuvre de projets locaux au croisement de l’innovation et du développement local.

Rose :

« Concernant le biais d’internalité pointé chez les conseillers en insertion par Denis Castra et votre objection fondée à partir de l’intervention supposée des conseillers auprès des entreprises en complément à leur « travail de socialisation sur autrui ».

J’ai le regret de constater que :

1°. Un portefeuille de 200 jeunes ne laisse guère de temps pour intervenir auprès des entreprises entre les entretiens. Que ce soit, par exemple, pour accompagner la relation salarié-employeur pendant la période d’essai d’un contrat de travail ou encore pour prospecter un stage pour un jeune qui souhaiterait valider un projet professionnel dans un domaine où son réseau lui fait défaut;

2°. Au niveau de l’institution ML elle-même, je connais très peu de missions locales d’Ile-de-France qui disposent d’une organisation susceptible de compenser leur exposition mécanique au biais d’internalité de leurs conseillers, débordés, par des actions d’envergure à destination des entreprises/organismes locaux. Actions qui pourraient concerner la prospection de stages préalables à l’alternance, des interventions sur la prévention des discriminations auprès des recruteurs, la valorisation des dispositifs de droit commun (prime employeur du CIVIS, etc.). Cela pose, entre autres, la question de la reconnaissance réelle de la fonction de chargé projet de mission locale souvent cantonné au rôle d’accueillant du public au détriment d’une fonction de mise en oeuvre de projets locaux en lien avec le tissu économique et fondé sur un diagnostic partagé avec les partenaires et les entreprises. Fonction hautement stratégique qui implique la définition souvent défaillante d’axes de projets territoriaux par les missions locales. »

C’est dit.

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commentaires
  1. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    Réponses à Philippe et à Rose :

    -Sur le « quota » de jeunes accompagnés par référent, page 10 et 11 du manifeste (pagination du document support papier édité pour la journée du 19 juin) sur l’accompagnement renforcé, des données chiffrées sont proposées : réduire ce chiffre (130 jeunes par conseiller) au moins de moitié, et aussi la mention au rapport d’information sénatorial qui évoque le chiffre de 50 (madame le Texier était à la tribune ce vendredi 19 juin).
    – sur les suites du manifeste :
    En effet il nous faut établir un calendrier, mais ce n’est pas le plus compliqué, puisque la volonté est actée …manifestement
    – sur la place des jeunes :
    voir la dernière phrase du manifeste :
    engager la réflexion sur la mise en place d’une enquête de satisfaction auprès des jeunes.
    C’est à mon sens la première étape, avant d’avoir un recueil de la parole des jeunes, et de les associer au fonctionnement de leur mission locale …
    ce n’est qu’un début …
    Enfin, avec les commentaires de Philippe Labbé (blog ou recueil d’homélies c’est pas un peu la même chose?), je suis en accord …
    Ce manifeste a été rédigé à plusieurs mains, c’est un écrit croisé qui finalement s’est constitué en 5 à 6 semaines … sans oublier l’essentiel et en y allant …
    L’expérience de sa rédaction croisé et à distance restera pour moi exemplaire

  2. rbeaune dit :

    Document de base très intéressant que ce manifeste… qui peut-être arrive un peu tard, mais qui a le mérite d’exister et qui surtout doit vivre…
    Quelques remarques :
    – une intervention dès la sortie du système scolaire : je serais partisan d’une intervention avant cette sortie (par exemple pour les jeunes choisissant la voie de l’apprentissage, une validation du projet et une orientation vers l’entreprise la mieux adaptée pourraient être confiées aux ML qui connaissent bien le tissu industriel local…);
    – sur l’allocation d’autonomie et la création d’un fonds d’accompagnement de projets : il faut remettre à plat les FAJ, FIPJ, aides à la mobilité,… et centraliser au niveau des ML la gestion d’un fonds unique qui permette de donner aux jeunes soit une allocation, soit une aide ciblée ;
    – sur la mobilité, le contenu mérite d’être largement développé ;
    – sur les financements : il faut que l’Etat reprenne à sa charge le fonctionnement qu’il a fait supporter au FSE et que ce dernier vienne, comme il est conçu, en accompagnement de projets des ML ;
    – sur le réseau et la fonction observatoire : il faut que Parcours 3 accepte enfin le transfert de dossiers entre ML pour les jeunes qui déménagent et qu’il s’enrichisse au niveau social…

    Une dernière remarque pour les partenaires sociaux : ils ne doivent pas oublier les ML dans leurs accords nationaux (exemple: l’ANI du 7 janvier 2009 sur la formation qui soumet la mise en oeuvre du tutorat externe pour les contrats de professionnalisation à un accord entre les OPCA et Pôle Emploi alors que pour les jeunes les ML ont toute leur place dans ce dispositif…).

    Maintenant, il reste à faire vivre (l’enrichir et le rendre public) ce document. Je suis persuadé que le réseau a les compétences pour approfondir tout cela… Reste à décider qui va le faire… et le problème de gouvernance se repose…

  3. rbeaune dit :

    et un oubli je suppose…:
    « une allocation d’autonomie permettant aux jeunes de devenir des adultes citoyens ».
    Dans notre monde où malheureusement la référence est trop souvent l’argent, où l’on veut que les jeunes connaissent leurs droits et devoirs, sachent à 15 ans ce qu’ils veulent faire, un manifeste pour la jeunesse doit inclure un volet d’accès à la culture, aux sports et aux loisirs, volet essentiel pour la construction d’un individu responsable et non simplement consommateur…

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