Un avenir à tout jeune. Un rapport du Sénat.

Publié: juin 3, 2009 dans Au gré des lectures, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Clope…

Pas moins de 263 pages et 78 propositions… Ouf ! On ne pourra accuser la mission sénatoriale d’information sur la politique en faveur de la jeunesse de manquer d’imagination, ni d’ailleurs d’un souci de clarification puisque cette instance, présidée par Raymonde Le Texier et dont le rapporteur est Christian Demuynck, a publié une synthèse d’un rapport qui ne se contente pas de jouer sur les mots, France, ton atout « jeunes » : un avenir à tout jeune, agrégeant ces propositions en « seulement » vingt. Notons au risque d’enfreindre la loi Even qu’entre « un avenir à tout jeune » et « une place pour tous les jeunes » (Charte de 1990) il y a l’épaisseur d’une feuille à cigarette.

Projet réussi…

Dans l’introduction de la synthèse, la mission sénatoriale répond à la question « Pourquoi le Sénat se préoccupe-t-il des 8,2 millions de jeunes de seize à vingt-cinq ans ? » en rappelant le fait que 51 % des Français déclarant avoir une image négative de la jeunesse justifie l’urgence « de changer le regard que notre société porte sur les jeunes » (cf. sur ce blog « Sondage de et sur les jeunes » 14 mai 2009), rappelle que, s’il est commun de dire que la jeunesse est un investissement, « on leur lègue une dette de près de 74 % du PIB » (cf. sur ce blog « Rien à voir avec l’insertion ? A voir… » 26 mai 2009), et qu’enfin il y a problème concernant la (les) politique(s) jeunesse(s) : « le « mille-feuille » des structures et le « labyrinthe » des dispositifs ». Les sénateurs avaient donc de bonnes raisons de s’atteler à ce projet et, convenons-en, ils l’ont réussi même si toutes leurs propositions ne suscitent pas l’adhésion pleine et entière dont, particulièrement et sous couvert d’une orientation insatisfaisante, une meilleure perméabilité de l’enseignement avec le monde de l’entreprise qui fait craindre que soit ouverte la voie d’un assujettissement du système éducatif au monde de l’entreprise. On sait que, depuis quelque temps, rapports sur rapports pointent – pour ne pas dire « pilonnent » –  la problématique du décrochage scolaire mettant en cause l’orientation et, dans la foulée, le système de formation initiale. Le moins banal n’est pas que la sociologie critique des Bourdieu, Baudelot et Establet – l’école sélectionnant et reproduisant les inégalités – soit largement reprise mais également instrumentalisée pour viser l’adéquation tenon-mortaise entre l’école et l’entreprise… justifiant pour le sénateur Vert Jean Desessard une crainte de « productivisme scolaire » alors qu’ « un projet professionnel ne peut se faire sans maturité et réflexion. A l’instar d’autres modèles éducatifs, le chemin nécessaire à cette réflexion implique des allers-retours et des passerelles entre l’expérience professionnelle, les expériences à l’étranger, l’expérience associative et les études, car l’éducation ne se fait pas uniquement à l’école. » Il a raison même si force est de constater avec François Dubet que « dans les sociétés individualistes où coexistent plusieurs familles de croyances, ce sont les institutions de socialisation, et notamment l’école, qui doivent construire la société. » (1).

Approche globale…

Les 78 propositions sont distribuées en 10 thématiques : « améliorer l’orientation des jeunes », « rapprocher le système éducatif et le monde professionnel », « soutenir et valoriser la formation en alternance », « renforcer les dispositifs de la deuxième chance » (EC2 et EPIDe), « faciliter l’insertion professionnelle des jeunes », « favoriser l’autonomie des jeunes », « favoriser l’accès des jeunes à un logement autonome », « préserver la santé des jeunes », « encourager l’engagement citoyen des jeunes » et « favoriser l’accès des jeunes à la culture ». On ne les détaillera pas ici, le plus simple étant de consulter la synthèse – bien faite – et, pourquoi pas, le rapport complet. Au fil des pages, quelques problématiques et propositions. Tout d’abord, deux caractéristiques…

Qui trop embrasse ?

Précédée d’un avant-propos d’une vingtaine de pages, où l’on trouve du Hirsch, du CREDOC et du Galland (de son prénom Olivier qui, il y a deux mois, a publié Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur ? Armand Colin), l’approche se veut « holistique », c’est-à-dire globale : de la formation à l’insertion professionnelle, de la mobilité à la santé, de l’orientation à la citoyenneté. Toutefois, dans les contributions des groupes politiques, les thématiques « sociales », c’est-à-dire autre que formatives et professionnelles, sont considérées comme insuffisamment développées (« … le Groupe Socialiste constate que les questions de culture, sport et citoyenneté n’ont pas été suffisamment approfondies »). En particulier, est regretté le fait qu’aucune proposition n’aille dans le sens d’un « revenu pour l’autonomie des jeunes » (groupe communiste, républicain et citoyen), d’une « allocation universelle d’autonomie pour les jeunes » (groupe socialiste) ou que les jeunes soient exclus du RSA (Jean Desessard, Verts).

Copier-coller ?

Nombre de propositions reprennent celles faites par le Président de la République (rapprochement éducation-entreprises, etc.) et valent d’ailleurs l’appréciation critique de « points inutiles et contestables » : « … les nombreuses références approbatrices de la politique impulsée par le Président de la République et suivie par le gouvernement ne reflètent pas le contenu des travaux de la Mission. » (groupe socialiste).

Missions locales…

Au chapitre des missions locales, on retiendra…

Inégalité d’accès et de traitement…

Le montant moyen de l’allocation CIVIS s’est élevé en 2008 à 308 euros par an et seuls 40% des jeunes éligibles en ont bénéficié. Faut-il vraiment se demander pourquoi 308 euros alors que l’aide était plafonnée à 900 euros et pourquoi seuls 4 jeunes sur 10 ont pu en bénéficier ? Réponse : parce que les jeunes sont riches. Mauvaise pioche…

La DGEFP peu convaincante…

« Les crédits affectés au FIPJ se sont effondrés depuis sa création : alors qu’il disposait de 75 millions en 2005, sa dotation n’est plus que de 20 millions dans le budget pour 2009. » L’argument du ministère de l’emploi selon lequel cette baisse se justifierait « par la difficulté d’évaluer l’impact des aides accordées par le FIPJ » ne semble pas avoir convaincu les sénateurs qui écrivent « En réalité, le fonds a surtout été victime de mesures de régulations budgétaires destinées à contenir les déficits publics et n’a pas été considéré comme une priorité politique. » Dans un rapport d’étude daté de novembre 2007 pour l’ARML et la DRTEFP de Bretagne (2), j’écrivais : « … particulièrement pour l’allocation CIVIS, l’ambition initiale de sécurisation des parcours professionnels semble bien disproportionnée au regard de la diminution des subventions (même en prenant en compte les possibilités de cumul des aides), le phénomène s’accentuant avec l’infléchissement fort des aides FIPJ. A ceci s’ajoute un effet du stop and go des crédits, encore une fois singulièrement pour l’allocation CIVIS, qui met les professionnels en difficulté tant en termes de projection financière que d’égalité de traitement face aux jeunes. » Les sénateurs proposent donc d’« abonder le Fonds pour l’insertion professionnelle des jeunes (FIPJ) à hauteur d’environ 50 millions d’euros afin de pouvoir accorder des aides ciblées en accompagnement d’un suivi individualisé de chaque jeune en difficulté. » (proposition 44).

Le devenir des jeunes sortants…

Le constat d’un manque d’évaluation de l’action des missions locales… en fait d’une évaluation sur le devenir des jeunes, ce pour deux raisons : « Ces données ne permettent pas d’apprécier si l’action des missions locales et des PAIO a abouti à une insertion professionnelle durable de ces jeunes, puisque 85% des contrats de travail signés sont précaires. » ; les missions locales « semblaient perdre leur trace une fois qu’ils {les jeunes} avaient atteint l’âge de 26 ans. » A défaut que les missions locales disposent des moyens pour conduire des évaluations différées et compliquées, ne serait-ce que pour des raisons de labilité et de mobilité, et quitte à être accusé d’un raisonnement anthropocentré, rappelons une autre étude (toujours pour l’ARML et la DRTEFP de Bretagne – 3) : « La progression vers l’emploi est corrélée à l’âge – les plus âgés sont les plus actifs – et à la durée depuis la sortie de la mission locale : de 54,3% en emploi six mois après leur sortie à 64,3% au-delà de deux années » ; et, effectivement, « Cette stabilisation progressive vers l’emploi ne doit pas cacher une fragilité des positions conquises d’actif occupé puisque seuls 44% des jeunes en emploi bénéficient de CDI {deux ans après leur sortie de la mission locale} ce qui, déductivement, signifie que presque un jeune sur six dispose d’un contrat de travail précaire (CDD, intérim, travail saisonnier). » Bien, continuant à raisonner avec un modèle d’intégration professionnelle qui prend l’eau de toutes parts, on pourra toujours rechercher l’efficacité des missions locales via le taux de CDI et l’on constatera une progression au fur et à mesure de l’avancée du temps… mais, si la proportion des contrats précaires demeure élevée, s’agit-il d’efficacité des structures ou des conditions propres du marché du travail ? La réponse est d’ailleurs apportée par les mêmes sénateurs dans un encadré de la synthèse : « Les jeunes sont particulièrement touchés par la précarité de l’emploi et doivent patienter en moyenne six à sept ans avant de décrocher un CDI. » On souhaite bien du courage aux enquêteurs pour retrouver les jeunes et garantir une représentativité des réponses sept ans après leur sortie. Sans compter l’introuvable causalité – et même covariation – entre l’effet propre mission locale et l’accès au CDI après une telle période…

Avec des pincettes…

Pour sourire, compte-tenu des précautions rhétoriques (ici soulignées), ce court paragraphe : « Avec une grande prudence, le secrétaire d’État à l’emploi, M. Laurent Wauquiez, a fait observer, lors de son audition devant la mission, que certaines missions locales, certes très minoritaires, pouvaient avoir tendance à considérer les jeunes dont elles s’occupent comme un public captif, qui leur garantit la reconduction de leur budget, et à ne pas s’investir suffisamment dans leur retour rapide à l’emploi. » Ca me rappelle quelqu’un et une histoire d’handicapologie sur lesquels je ne reviendrai pas…

Augmentation conditionnelle…

La proposition 32 doit être bue jusqu’à la lie car, si elle suggère d’ « augmenter les moyens alloués aux missions locales ou aux agences locales de Pôle emploi », cette augmentation doit être réservée « à celles qui obtiennent les meilleurs résultats ». Ce qui est la meilleure façon pour que les structures qui réussissent moins bien aient moins de moyens et, subséquemment, réussissent encore moins bien. De toute façon – c’est la recommandation suivante (33) – il faut « Poursuivre, voire amplifier après évaluation, le recours aux opérateurs privés de placement. »… même si le contrat d’autonomie connaît un « démarrage laborieux » et que « la comparaison qui ne manquera pas d’être faite avec le CIVIS devra tenir compte des différences de moyens affectés à chaque dispositif : si un conseiller CIVIS suit 80 à 100 jeunes par an {auxquels il faut ajouter les jeunes non-CIVIS}, un référent contrat d’autonomie en suit trois fois moins. »

Sortir du lit…

Enfin, car il faut bien conclure, la proposition 2 pourrait à bon escient être saisie par les missions locales qui, dans leur dialogue de gestion avec les services déconcentrés de l’État, engagent des actions répondant au premier item de la CPO, celui qui s’est ajouté à l’ « AIO », le repérage : « Développer les démarches volontaristes de soutien à l’orientation et d’accompagnement des jeunes les plus en difficulté, y compris en les contactant à leur domicile. » Mieux que les « OPP » du plan Espoir Banlieues qui stationnent (en théorie) au bas des tours ! Directement dans l’appartement et, dans bien des cas avant midi, dans les chambres. Décidemment, le métier évolue…

Combiner plutôt que cumuler. Difficultés plutôt que handicaps…

Il y aurait sans aucun doute bien plus de choses à dire sur ce travail des sénateurs dont, en particulier, le fait que, si nombre de propositions retiennent favorablement l’attention et si d’autres, la perfection n’étant pas de ce monde, sont critiquables, les solutions sociales envisagées ne sont sans doute pas à la hauteur de ce qui est prévisible, ce que souligne le groupe socialiste : « … 600 000 jeunes arriveront bientôt sur le marché du travail et leurs perspectives d’insertion sont très sombres. » Mais qui, aujourd’hui, est en mesure de faire face ? Les collectivités locales vont avoir du pain sur la planche…

Ce même groupe socialiste, par contre, commet une lourde faute sémantique en attirant l’attention sur les « jeunes vivant dans des quartiers sensibles, qui cumulent un grand nombre de handicaps » : le raisonnement en termes de « cumul » implique une logique de surdétermination et d’effets de seuil (au-delà, point de salut) que vient renforcer la notion de « handicaps ». Que les jeunes rencontrent beaucoup de difficultés qui se combinent serait quand même mieux : ça leur laisserait un peu plus de chances.

Enfin, ce que j’en dis…

(1) François Dubet, Le travail des sociétés, 2009, Seuil, p. 25.

(2) Ph. Labbé, Modalités et complémentarités d’utilisation des aides directes du FIPJ, des autres aides et de l’allocation CIVIS par les missions locales de Bretagne : incidences sur l’accompagnement et bonnes pratiques, 2007.

(3) Ph. Labbé, Evaluation des valeurs ajoutées économiques de l’offre sociale des parcours d’insertion de jeunes en mission locale, 2008.

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commentaires
  1. pioupiou44 dit :

    En parlant de « combinaison de difficultés », je trouve toujours risqué de mettre le focus sur telle ou telle autre catégorie. Un jeune vivant dans un quartier sensible rencontre-t-il plus de difficultés qu’un jeune en milieu rural à ce jour ?
    Les difficultés sont sans doute différentes mais le résultat est peut-être le même : une « insertion » professionnelle difficile à construire et même à envisager.
    Qu’allons-nous faire, nous pauvres pioupious, en septembre quand les « nouveaux » jeunes vont arriver alors que beaucoup sont en suivi et n’auront toujours pas de solution ? Quel espoir (car comment peut-on survivre correctement en n’ayant aucun espoir « d’avoir une situation » à moyen terme ?) allons-nous pouvoir communiquer ?
    Et surtout, chers sénateurs, allez-y, financez les bons résultats mais SVP, montrez-nous des structures qui peuvent avoir « de bons résultats » cette année alors qu’il y a peu d’offres à proposer !

  2. Jean Philippe REVEL (syndiqué CGT ML/PAIO) dit :

    Un rapport de désinformation !
    Voilà l’impression que laisse la lecture des pages consacrées aux Missions Locales de ce rapport.

    La CGT ne manquera pas d’écrire au rapporteur pour marquer sa surprise.

    Quelques remarques :
    – le nombre de ML au 31 décembre 2007 est erroné (484 au lieu de 486). Pourtant le Bilan du CNML est cité en référence ..cela n’est pas sérieux
    – la couverture territoriale assurée par le réseau des ML/PAIO (+ de 5000 lieux d’accueil) n’est pas comparée à celle de pole emploi, moindre.
    – Le comparatif CIVIS / Contrat autonomie est biaisé : Pas d’information sur les coûts 700 euros / jeune pour le premier dispositif, 6000 euros / jeune pour le second (chiffres énoncés dans le rapport de l’OCDE sur l’emploi des jeunes en France), seul le CAJ assurerait un accompagnement renforcé par un référent unique … Encore plus risible, dans le CIVIS, il y aurait encore du « PAVA » …(l’AFPA va se retourner dans sa tombe !)

    – l’appel aux OPP (opérateurs privés de placement) ne pose pas de problème, même si c’est plus couteux !

    – les jeunes accéderaient à l’emploi sans passer par le SPE …cette conclusion étant issue du constat que l’accès à l’emploi en france était pour les jeunes et à 39,4% dû aux candidatures spontanées …(comme si en ML/PAIO on n’effectuait pas de candidatures spontanées avec les jeunes suivis !!!)

    – Faire appel à des commerciaux pour accompagner les jeunes vers l’emploi et l’entreprise ! Belle litanie, que nos collègues de l’ex ANPE ont entendu depuis des lustres et qui s’est soldée par un échec …pourquoi ? : 1) les salaires proposés 2) l’accompagnement ce n’est pas du commerce (les jeunes ne sont pas une marchandise disait la CGT dans son projet pour un manifeste insertion jeune l’été dernier) 3) ceux qui ont été recrutés par l’ANPE n’étaient plus les plus « performants » (dixit un vieux de la vieille de feu l’ANPE)

    – sur le manque d’évaluation, nous n’épiloguerons pas et citerons Parcours 3, Icare et CPO …

    – Le pire étant bien entendu la reprise des propos de L Wauquiez, sur certaines ML qui empêcheraient quasiment les jeunes d’accéder à l’emploi pour préserver leur budget : Insultant …et impossible pour 2 raisons : 1) la CPO (et l’etat donc) ne permettent pas cela justement 2) les jeunes iraient rapidement voir ailleurs. C’est les prendre pour des idiots.

    On pourrait poursuivre encore …
    Lisez donc ce rapport, et donnons RDV le vendredi 19 juin à la maison de la chimie pour la journée organisée dans le cadre de la campagne « la ML j’y tiens, j’y viens » à l’un de ses porteurs invités à la table ronde de l’après midi pour échanger.

  3. rbeaune dit :

    Pour Jean-Philippe, une autre erreur dans ce rapport (page 96) :
    « Le ministère des transports a mis en place, en 2005, un dispositif de
    « permis à un euro par jour », qui repose sur un emprunt bancaire : un
    établissement financier avance la somme nécessaire à l’obtention du permis,
    l’Etat prenant en charge les intérêts de l’emprunt, et le bénéficiaire rembourse
    ensuite un euro par jour pendant une trentaine de mois. Les apprentis et les
    titulaires du Civis reçoivent, de surcroît, une aide directe de 200 euros ».
    Cette aide de 200 € a longtemps été annoncée sur le site « permisàuneuro », 20 millions du FIPJ lui ont été alloués, mais elle n’a jamais été mise en place et les 20 millions ont « disparu…

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