Vacances : autres temps, autres moeurs

Publié: mai 24, 2009 dans Au gré des lectures

Ce dimanche 24 mai, temps chaud sur la France. Aux informations de l’étrange lucarne, des images de plage. On pense aux vacances. Ça change de la crise.

Chacun a pu voir ces reportages sur les départs en vacances permis par les premiers congés payés, acquis du Front Populaire en 1936 (1). Deux semaines de congés payés, le billet de train « Lagrange » avec 40% de réduction, les ouvriers ébauhis  – à l’époque « la classe ouvrière » que le journal d’extrême-droite Grégoire désignait comme « les salopard à casquette » – découvrant la mer, pique-niquant… Il fallut attendre vingt ans, 1956, pour la troisième semaine, 1969 pour la quatrième semaine et 1982 pour la cinquième. Selon l’INSEE, près des deux tiers des Français sont partis en vacances en 2004 et, « après une pause dans les années 1990, la proportion de vacanciers dans la population totale s’inscrit à nouveau dans une tendance à la hausse. » Tendance semble-t-il vite interrompue et désormais inversée puisqu’on peut lire dans Le Monde du 22 mai 2009 que « Plus de la moitié des Français renoncent aux vacances » (2). En cinq ans, depuis 2003, le taux de départ est passé de 55% à 51% en 2008 et, « sans surprise, devrait descendre cette année sous la barre des 50%. En raison de la crise, l’écart entre les ménages qui renoncent à partir en vacances et ceux qui partiront ne cesse de se creuser. »

Mieux vaut 5000 que 2000…

Vertu dans le monde du travail, la mobilité l’est manifestement moins pour les vacances. Évidemment, ce sont ceux qui plafonnent  avec moins de 2000 euros par mois qui ne partent pas en vacances : les deux tiers d’entre eux connaissent le bonheur de leur quartier plus calme et jouissent de trajets moins embouteillés. Le tiers restant se rue dans les campings, seuls endroits où les réservations sont en hausse : « A deux mois des premiers départs en vacances, les réservations sont en retard de 12% par rapport à 2008. Certains secteurs comme les villages de vacances et les locations affichent des baisses de 15% et 20%. » Qu’on se rassure, la crise n’affecte pas indifféremment nos compatriotes : « Les 20% de Français les plus fortunés partent de plus en plus souvent. Au-dessus de 5000 euros de revenu mensuel, le taux de départ est même en hausse, à 82% contre 77% en 2008. » Ouf…

Rêver aux vacances…

Un creusement des inégalités ? N’exagérons rien car, pour les deux tiers moins chanceux, il leur reste sinon un départ du moins le rêve d’un départ : les jeux de hasard et d’argent ont progressé de 148% entre 1960 et 2005, soit 3,4% annuellement en moyenne. Comme l’indique le rapport d’information du Sénat L’évolution des jeux de hasard et d’argent : le modèle français à l’épreuve, (François Trucy, 7 novembre 2006),  les joueurs sont « 40,6 % d’inactifs, retraités pour la plupart mais aussi Rmistes ou chômeurs, venus chercher la fortune et la rentabilisation des allocations de l’Etat. » Des vacances de rêve pour les uns, rêver aux vacances pour les autres.

(1) Pour celles et ceux dont la mémoire défaillerait, un petit documentaire de 4 minutes 38 secondes, Historique des congés payés avec des témoignages, sur le site de l’INA. Une vieille dame, briochine (de Saint-Brieuc) et ouvrière chez Citroën, y raconte ses premières vacances : « Il fallait qu’on arrive {après le voyage, à l’hôtel} en beauté. On mettait ce qu’on avait de mieux. »

(2) Les appréciations sur la proportion d’heureux vacanciers varient cependant selon les sources de dix points : en 2003, 55% pour le cabinet Protourisme (cité par Le Monde) et, en 2004, 64,5% pour l’INSEE.

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