Le chômage des jeunes n’est pas une fatalité. 2/n

Publié: mai 21, 2009 dans Au gré des lectures

Poursuite de l’analyse du dossier  « Jeunes : le chômage n’est pas forcément une fatalité » paru dans le supplément « économie » du Monde du 19 mai et, particulièrement, de l’article d’Antoine Reverchon « Dix idées reçues sur le chômage des jeunes ».

10% au chômage ou plus d’un jeune sur deux non intégré professionnellement ?

« En France, un jeune sur quatre est au chômage » est la première idée considérée comme reçue par « le quotidien du soir ». Bien, soyons indulgents et convenons que, probablement, certains le pensent alors que, c’est le b-a-ba, le chômage est calculé sur la base des actifs et que le taux de chômage est le rapport entre le nombre de jeunes au chômage et celui des jeunes actifs occupés et non occupés. Lorsqu’on parle d’un taux de chômage de 20%, il s’agit donc d’un cinquième des jeunes sur le marché du travail. A l’inverse, écrire « Si l’on rapporte le nombre de chômeurs à la totalité de la génération, et non aux seuls actifs, la part des jeunes au chômage varie alors de 7% à 10% » produit un effet tronqué puisque ces jeunes au chômage sont en quelque sorte « noyés » dans la population des 15-24 ans où, parmi ceux-ci, neuf sur dix sont scolarisés entre 15 et 19 ans et un sur deux entre 20 et 24 ans.

Juste, par contre, de rappeler que le chômage « frappe fortement les milliers de jeunes sans diplôme et sans expérience, contrairement à leurs aînés, même non-diplômés ». Au fait que les contrats précaires (CDD, intérim) servent de variables d’ajustement aux entreprises pour ajuster leurs effectifs aux besoins de production (l’humain au service de l’économie), avec la conséquence que les jeunes font partie des premières charrettes de licenciements ou de non-renouvellements de contrats, s’ajoute l’hyper-sélectivité du marché du travail dont un des critères de recrutement est l’expérience… que les jeunes, par définition, n’ont pas. Toutes choses qui, soit dit en passant, contredisent l’idée avancée par Antoine Reverchon selon laquelle, le chômage étant massif, une politique jeunes ne s’imposerait pas : le chômage massif gangrène les catégories sociales basses et également les classes moyennes, mais encore plus fortement et pour des raisons supplémentaires spécifiques les jeunes.

S’il peut-être utile de rappeler ce qu’est un taux de chômage, il est opportun de rappeler que, dans un marché de l’emploi de plus en plus « flexible » où « l’instabilité de l’emploi est en train de remplacer la stabilité de l’emploi comme le régime dominant de l’organisation du travail » (1), le raisonnement dichotomique « actifs occupés / actifs inoccupés » est de moins en moins pertinent. Ainsi « … les jeunes expérimentent en première ligne les transformations profondes qui affectent actuellement le monde du travail, et que l’on peut sans doute résumer en disant qu’elles se caractérisent par des rapports de plus en plus aléatoires au travail. » (2).

Rappelons que, s’appuyant sur une étude du CREDOC (3), la commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l’Assemblée nationale avait déposé le 18 mars dernier un rapport de conclusion des travaux de la mission sur les écoles de la deuxième chance et l’accès à l’emploi dans lequel les jeunes de 18 à 29 ans étaient distribués en trois groupes : 2,4 millions avec un CDI à temps plein ; 2,5 millions « plus ou moins éloignés d’un emploi de qualité » : temps partiel, CDD, intérim… « ou au chômage (cette dernière catégorie regroupant 860 000 personnes) » ; enfin « 430 000 jeunes complètement hors du marché du travail ». Dans l’analyse de ce rapport (sur ce blog, « Écoles de la deuxième chance : un surprenant rapport parlementaire », 1er mai 2009), j’ajoutai « Autrement dit, le paysage des positions des jeunes vis-à-vis de l’emploi serait plus pertinemment présenté avec 2,4 millions en CDI, 1,6 million dans des emplois précaires et 1,3 million hors du marché du travail. Soit au total 54,7% des jeunes actifs exclus ou non intégrés professionnellement : plus d’un sur deux. » Cette présentation d’où en est la jeunesse française, on en conviendra, diffère sensiblement.

Ceci pose d’ailleurs une question à la statistique publique, particulièrement à l’annonce mensuelle et rituelle de l’évolution du chômage qui persiste dans sa présentation duale. Quant à l’évaluation de la « performance » des structures et dispositifs d’insertion, on pourrait de la même manière s’interroger sur une modalité moins duale (« emploi durable » ou non) et considérer que, dans une société post-industrielle qui fait le deuil de la stabilité de l’emploi (le CDI du modèle fordiste et des trente glorieuses), l’évaluation soit plus fine, d’une part en prenant en compte les différentes positions vis-à-vis de l’emploi, d’autre part en raisonnant de façon non-synchronique mais diachronique, c’est-à-dire en termes d’évolution des trajectoires.

Il y a à faire.

(1) Robert Castel, La montée des incertitudes, 2009, Seuil, p. 285.

(2) Robert Castel, id., p. 140.

(3) CREDOC, Consommation-modes de vie n° 218, février 2009.

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