Le chômage des jeunes n’est pas une fatalité. 1/n

Publié: mai 20, 2009 dans Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Dossier à ne pas rater dans Le Monde du 19 mai : le supplément hebdomadaire « économie » du mardi titre « Jeunes : le chômage n’est pas forcément une fatalité ». Difficile de tout synthétiser – dix pages constituent ce dossier -, donc résumé partiel, en particulier à partir de l’article « Dix idées reçues sur le chômage des jeunes ». Compte-tenu de l’importance des questions posées d’un point de vue général et spécifiquement au regard de la thématique de cet espace d’analyse et d’opinions, j’y consacrerai plusieurs billets.

Un étonnant éditorial…

Et, pour commencer, quelque réflexion sur l’édito signé Antoine Reverchon pour qui « Tous les pays sont aujourd’hui confrontés aux mêmes constats. D’abord, une politique s’adressant aux jeunes en général a de moins en moins de sens, tant est grande la variété des situations et des trajectoires professionnelles, dans un marché du travail de plus en plus éclaté. » Affirmation qui prend le contre-pied de la campagne « La mission locale j’y viens, j’y tiens » de la branche professionnelle des missions locales et PAIO puisque, dans son courrier, Jean-Raymond Lepinay écrit : « En effet, les moins de 26 ans accèdent à un emploi stable de plus en plus difficilement, et cette situation inquiétante requiert une politique publique volontaire et spécifique. » Ce en quoi les partenaires sociaux engagés dans cette campagne ont parfaitement raison car l’éditorialiste oublie de préciser le fait que, dans le rapport au marché du travail, les jeunes présentent une caractéristique propre à leur situation : contrairement aux autres demandeurs d’emploi, ils sont des primo-arrivants, et, conséquemment, ils ne disposent pas d’un minimum d’antériorité leur permettant de faire valoir, même modeste, une expérience, ni des réseaux (le « capital social ») dont on sait que le rôle dans l’accès à l’emploi est à qualification égale déterminant. On sait que le critère le plus récurrent avancé dans les recrutements, y compris pour des contrats à durée limitée, est de disposer d’une expérience… renvoyant ainsi de façon incessante nombre de jeunes dans une situation d’injonction paradoxale : si, auparavant, il fallait être « DOM » (dégagé des obligations militaires et non département d’outre-mer), désormais il faut disposer d’une expérience… Ne parlons pas de ce qui est une thématique centrale, à juste titre, de la politique de l’emploi couplée à la formation, la VAE et la formation professionnelle tout au long de la vie… puisque, précisément, faute d’expériences, ils ne peuvent les capitaliser. Ne parlons pas non plus des conditions financières discriminantes qui font que toutes les études sur la jeunesse révèlent une paupérisation de celle-ci… que ne comblent certes pas des aides et allocations au compte-gouttes telles que le FIPJ, le FAJ, l’allocation interstitielle… Le plus étonnant dans cet éditorial est d’ailleurs qu’il commence par quelques constats statistiques démontrant la spécificité des jeunes : « Fin mars, la hausse du nombre de personnes inscrites au Pôle emploi avait atteint 22,1% sur un an, mais 24,5% pour les moins de 25 ans, et même 35,8% si l’on y ajoute ceux qui ont exercé une activité réduite sur le mois. » Ainsi, que le « précariat » se généralise et affecte toutes les classes d’âge ainsi que toutes les catégories sociales (voir Louis Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, 2006, Seuil) ne signifie pas que certains ne soient pas plus désavantagés que d’autres (voir Académie des sciences morales et politiques, La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse, 2007, Seuil) et qu’à ce titre ils ne puissent pas bénéficier au titre de l’équité d’une politique ciblée.

Trois convergences…

Concédons cependant trois points sur lesquels on rejoint Antoine Reverchon :

– Le « plan jeunes » annoncé par le président Sarkozy en avril « s’inscrit dans la lignée de la dizaine de « dispositifs » annoncés par les gouvernements, de droite comme de gauche, depuis le pacte pour l’emploi de Raymond Barre… en 1977 » et engendre « un sentiment de déjà-vu ». C’est exactement ce que j’écrivais dans l’analyse « à chaud » du discours de Jouy-le-Moutier : « … l’accent a été mis sur le développement des formations en alternance dans les entreprises sur la base d’exonérations et primes multiples rappelant le « pacte pour l’emploi » de Raymond Barre… en 1977 » (« Plan Jeunes : Il faut sauver l’entreprise ! », 26 avril 2009). Les vieux pots et les meilleures soupes, versus du nouveau avec l’ancien.

– « Ensuite, poursuivre l’objectif d’une adéquation entre formation et emploi est tout aussi chimérique, tant est manifeste l’incapacité des entreprises à définir leurs propres besoins dans un environnement incertain. » Absolument… mais combien de fois faudra-t-il le dire, l’écrire ? Derrière l’expression « GPEC territorialisée » (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), on trouve une illusion tenace d’adéquation en tenon-mortaise entre le dispositif de formation initiale et les besoins des entreprises dont le moindre des paradoxes n’est pas de côtoyer avec l’antienne de la flexibilité et de la mobilité et qui considère que les personnes ont un double fil à la patte : celui de la formation de base et celui de leur territoire de résidence. Quant aux capacités de « gestion prévisionnelle » de leurs recrutements, la simple expérience concrète, pratique, d’interrogation des employeurs relativise, oh combien, le qualificatif de « prévisionnelle » : le carnet de commandes recouvre une temporalité de quelques semaines, tout au plus quelques mois et se lit plus en termes de probabilités que d’assurances. Si, assurément, l’État n’est plus « le maître des horloges » jusqu’à voter à l’automne 2008 pour la loi de finances 2009 une diminution des crédits pour l’emploi (voir sur ce blog « Priorité : lutter contre le chômage en réduisant les crédits », 29 septembre 2008), que dire des entreprises sinon que leurs recrutements se fondent sur le principe d’une génération spontanée comme l’écrivait justement l’ami Arnaud du Crest (Les difficultés de recrutement en période de chômage, 2000, L’harmattan) : un jeune, oui, mais formé, avec expérience, immédiatement disponible (demain matin) et pour un CDD de trois mois, si possible précédé d’un stage et avec une exonération.

– Certes, ce n’est pas un scoop mais c’est juste : « Enfin, ce sont les jeunes les moins qualifiés qui sont le plus violemment frappés »… ce qui justifie, toujours au titre de l’équité et comme l’a voulu le législateur en créant un droit à l’accompagnement pour tout jeune rencontrant des difficultés d’insertion professionnelle (article 13 de la loi de programmation de cohésion sociale), qu’une politique ciblée soit conduite. Elle est confiée, toujours par le législateur, aux missions locales. C’est indiscutable… sauf à changer la loi… ou la détourner comme cela a été fait avec le contrat d’autonomie. Avec les résultats que l’on connaît.

A suivre…

A suivre… parce qu’il y a fort à dire. Sans compter d’autres informations…

Telles que ce que rapporte Benoît Willot sur le site Emploi et Création avec le billet « Marie-Christine Dalloz : nous constatons des dérives » où celle-ci « préconise un contrôle accru du financement des maisons de l’emploi et une évaluation externe de leurs activités »… alors que cette même Marie-Christine Dalloz, auteure de deux rapports, est Vice-Présidente d’Alliance Villes Emploi qui a conçu le guide d’autoévaluation des maisons de l’emploi… Concernant les Missions locales, celle qui est également conseillère générale du Jura ne voit désormais « pas de caractère obligatoire à leur intégration dans les Maisons de l’emploi ». Comme quoi, chacun peut évoluer et tous les espoirs sont permis.

Telles que, aussi, la contribution de Christian Charpy dans Le Monde de ce jour, 20 mai : « Inutile d’accabler Pôle emploi à grands coups de contrevérités ». Le directeur général de Pôle emploi, pas content du tout, répond à Pierre Cahuc qui avait mis en cause l’accompagnement des chômeurs (sur ce blog, « Contre le chômage, que faire ? » 6 mai 2009). Il a raison. Et, en plus, il fait d’une pierre deux coups : il défend l’organisme dont il a la responsabilité et, compte-tenu du dernier ouvrage de Cahuc, (avec André Zylberberg, Les réformes ratées du président Sarkozy, 2009, Flammarion), il bénéficiera d’une attention bienveillante à l’Élysée.

Publicités
commentaires
  1. Mabon Stéphane dit :

    Mon cher Philippe, je ne verserai pas dans la prolixité à cette heure tardive. Les écrits évoqués que tu commentes me confortent dans l’idée que nous vivons « Une époque formidable dans un monde qu’il l’est tout autant »!
    Bien que notre société française soit « à bout de souffle », je m’interroge de plus en plus sur sa capacité à élaborer de nouveaux fondements nécessaires pour accomplir les mutations urgentes qui s’imposent.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s