Bonne journée

Publié: mai 13, 2009 dans Insertion/missions locales

Une dépêche AEF (n°113843, 12 mai 2009) nous apprend que les ministres européens de l’Éducation s’accordent sur cinq nouveaux « critères de référence européens » à atteindre d’ici 2020. C’est l’occasion de relier cette brève dépêche à un récent livre de Christian Baudelot et Roger Establet, L’élitisme républicain, paru en mars 2009 dans la collection maintes fois recommandée ici, « La République des idées », dont l’animateur est Pierre Rosanvallon et qui accueille des auteurs incisifs (Eric Maurin, Robert Castel, Louis Chauvel, Philippe Askenazy…), des ouvrages courts (une centaine de pages) et, cerise sur le gâteau, généralement faciles à lire.

Pas de quoi pavoiser…

Tout d’abord, les ministres ont défini un objectif de moins de 15 % de jeunes de 15 ans ayant une maîtrise insuffisante de la lecture, des mathématiques et des sciences. En France et selon Christian Baudelot et Roger Establet s’appuyant sur les enquêtes du « Programme international pour le suivi des acquis des élèves « (PISA : Programme for International Student Assessment), « d’un côté le niveau ne cesse de monter, mais de l’autre, une part de jeunes qui oscille entre 10 et 20% d’une classe d’âge, selon le degré de sévérité des indicateurs retenus, se situe en-dessous du niveau minimal auquel l’école a pour mission de conduire tous les élèves d’une génération. » (p. 32). Le niveau 1, correspondant à une faiblesse avérée et très en-dessous des qualifications attendues dans la plupart des métiers modernes, concerne en culture scientifique 21,1% des jeunes, en mathématiques 22,3% et en compréhension de l’écrit 21,8%. Si l’on ne retient que le niveau en deçà de 1, « le fond de classe », on obtient respectivement 6,6%, 8,4% et 8,5%. Ces données font dire aux deux auteurs inséparables « En somme, à 15 ans, dans les trois domaines jugés importants dans un curriculum scolaire, un quart des jeunes Français est en grave situation d’échec. » (p. 38).

Trouvera-t-on un motif de consolation en se comparant aux trente autres pays de l’OCDE ? Guère : « Depuis 2000, ses notes {la France} ne décollent pas de la moyenne des pays de l’OCDE, tantôt un peu au-dessus, tantôt un peu en-dessous… la France ne se situe pas aux premières places de son groupe mais dans le gros du peloton des pays développés. Un résultat moyen mais décevant pour une école qui s’est longtemps considérée comme la meilleure du monde. » (p. 18).

Peut-on malgré tout chercher un réconfort par une analyse diachronique qui révèlerait une évolution certes lente mais favorable ? Encore moins : « Notre école se caractérise par un fond de classe étoffé, majoritairement constitué de garçons, dont les effectifs grossissent d’année en année. Entre 2000 et 2006, l’ensemble des élèves français a perdu en moyenne 17 points en compréhension de l’écrit… soit, en tout, une baisse de performance de 3,6%. Cette baisse frappe surtout les niveaux les plus faibles. » (p. 44). Pas de quoi pavoiser…

De la formation à la citoyenneté…

Autres « critères de référence » et outre une proposition relative à l’apprentissage des langues ainsi qu’une autre sur la mobilité qui devraient être faites d’ici à la fin 2012 : moins de 10 % de jeunes en décrochage scolaire, au moins 95 % des enfants ayant entre quatre ans et l’âge de la scolarité obligatoire participant à l’enseignement préscolaire, 40 % des personnes âgées de 30 à 34 ans diplômées de l’enseignement supérieur et au moins 15 % des adultes impliqués dans des activités d’éducation et de formation tout au long de la vie.

L’AEF indique enfin que « Les ministres se sont fixés par ailleurs quatre objectifs stratégiques en termes d’éducation et de formation : faire en sorte que l’éducation et la formation tout au long de la vie et la mobilité deviennent une réalité ; améliorer la qualité et l’efficacité de l’éducation et de la formation ; favoriser l’équité, la cohésion sociale et la citoyenneté active ; encourager la créativité et l’innovation, y compris l’esprit d’entreprise, à tous les niveaux de l’éducation et de la formation. »

Sachant que le capital scolaire est un facteur-clé pour l’insertion et que, quasi-mécaniquement, un déficit de ce capital conduit vers les positions occupées par les « jeunes éloignés de l’emploi de qualité » (JEEQ),  deux conclusions s’imposent.

Traditionnel et stratégique…

D’une part, constituer et garantir au sein de chaque mission locale une expertise identifiée dont une partie émergée est celle des « décrocheurs » mais qui s’inscrit dans le domaine plus large de la formation incluant le PRF, la formation professionnelle tout au long de la vie, l’alternance… toutes choses qui à la fois font partie du métier traditionnel des missions locales et qui, renforcées par l’actualité, deviennent éminemment stratégiques.

Convergence sur l’approche globale…

D’autre part et conformément à la proposition 7 du CNML dans son rapport Une nouvelle coopération entre le réseau des missions locales et Pôle emploi (mars 2009), « Réaffirmer le cœur de métier des missions locales qui est d’accompagner globalement les jeunes de 16 à 25 ans rencontrant des difficultés particulières d’accès à l’emploi. » Car en effet, face aux objectifs de l’Europe, auxquels on ne peut qu’adhérer, la procédure et, même plus, la posture des missions locales sont à l’opposé d’un « traitement sectoriel » et se fondent sur une approche systémique et globale. Celle-ci rencontre – mais il faut le rappeler aux interlocuteurs institutionnels – les vœux des ministres : « … favoriser l’équité, la cohésion sociale et la citoyenneté active ; encourager la créativité et l’innovation, y compris l’esprit d’entreprise… »

Ce qui est vrai pour la formation l’est également pour l’emploi et le Credoc a raison de mettre en garde contre des « orientations politiques {qui} se fondent généralement sur une idée simple : pour résoudre le problème de la précarité professionnelle des jeunes, il suffirait de faire se rencontrer les jeunes en difficulté et les offres consistantes disponibles sur le marché du travail, notamment dans les métiers dits « en tension » (construction, logistique, nettoyage, services à la personne…). On qualifie cette approche d’« adéquationnisme ». Or, on constate que de nombreux obstacles se dressent entre les jeunes et l’emploi de qualité : leurs représentations personnelles, le manque d’accès à l’information sur l’offre disponible (quand elle existe), des difficultés pratiques (mobilité, logement, pauvreté…), le manque d’accès à une qualification consistante, la barrière du recrutement. Apparaît alors nécessaire une approche multidimensionnelle et personnalisée des jeunes en quête d’insertion. » (1).

Bien commencer la journée…

Que dire de plus ? Ah, si ! Puisque les objectifs des ministres rencontrent les analyses des chercheurs et la philosophie des missions locales, il ne manque qu’une parole d’élu pour, agréablement mais également avec force et vigueur, commencer la journée. C’était le 7 mai à l’Assemblée nationale et c’est Roland Muzeau, député Gauche républicaine et démocrate des Hauts-de-Seine, s’adressant à Martin Hirsch :

« Les acteurs incontournables de l’insertion professionnelle et sociale que sont les missions locales vérifient au quotidien l’aggravation de la situation. Dans ma circonscription… en à peine six mois, de septembre 2008 à mars 2009, s’agissant des jeunes en contact et des jeunes en suivi, la mission locale a réalisé 80 % de l’activité d’une année.…  Il importe donc d’arrêter de communiquer jusqu’à plus soif sur le plan Espoir banlieues, irréaliste, qui peine à décoller, et sur le contrat d’autonomie, qui est le énième contrat jeune mais ne constitue pas une vraie entrée dans l’emploi, comme l’a déploré le Conseil économique et social. Il faut arrêter l’empilement des dispositifs et pérenniser les programmes qui fonctionnent plutôt bien, comme le CIVIS, notamment en le renforçant par des leviers complémentaires comme, dans les deux premières années, le fonds d’aide à l’insertion professionnelle des jeunes a pu le faire sous forme d’aide directe aux jeunes – chèques déjeuner, nuitées d’hôtel –, ou encore par le biais d’une aide à l’innovation, avec la création de formations complémentaires. Il convient également d’en finir avec le yo-yo budgétaire, en l’occurrence le déshabillage du FIPJ, qui a vu sa dotation diminuer des trois quarts entre 2006 et 2009 pour abonder le dispositif du contrat d’autonomie, dont le coût annuel pour le seul département des Hauts-de-Seine représente beaucoup plus que l’ensemble du fonds d’aide à l’insertion professionnelle des jeunes pour toute l’Île-de-France. Il faut aussi s’appuyer sur tous les acteurs professionnels du service public de l’emploi, dont les 500 missions locales… »

Ce à quoi le haut-commissaire a répondu : « … nous pouvons rassurer sur ce point : elles {les missions locales} sont considérées comme un outil qui a toute sa place, et comme des lieux polyvalents où des équipes parfaitement compétentes s’attachent à traiter dans sa globalité la situation du jeune. »

Finalement, tout le monde est d’accord. Il suffit de le faire savoir.

Bonne journée !

(1) Matthieu Angotti, Isa Aldeghi, Manon Brezault, Christine Olm, Deuxième chance. La prise en charge des jeunes éloignés de l’emploi de qualité, CREDOC, décembre 2008, cahier de recherche n°257.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s