Pour les jeunes, l’insertion est devenue une vraie course d’obstacles

Publié: mai 12, 2009 dans Au gré des lectures, Insertion/missions locales

Signé de Camille Dorival, c’est un article dans la Lettre de l’insertion de mai 2009 (Alternatives Économiques – 1) et c’est un  entretien avec Anne Le Bissonnais, socio-économiste, ancienne directrice d’une mission locale… qui publie ce mois-ci Les Missions du possible. Avec et pour les jeunes en parcours d’insertion aux éditions Apogée.

C.D. Comment a évolué la situation des jeunes ces dernières années ?

A.L.B. Avant même la crise, l’insertion était devenue une vraie course d’obstacles pour une large partie des jeunes qui, faute de ressources suffisantes, éprouvent de grandes difficultés à obtenir un logement, se soigner, passer le permis de conduire ou même se déplacer pour rencontrer un employeur. Sachant que seule une minorité d’entre eux est indemnisée par l’assurance-chômage, on imagine la précarité dans laquelle se trouvent tous ceux qui ne peuvent pas disposer d’un fort soutien familial. La crise vient encore aggraver cette situation. La remontée du chômage touche en effet tout particulièrement les jeunes les moins qualifiés, premiers concernés par la forte diminution des offres d’emploi, y compris précaires.

C.D. Quelles seraient les pistes prioritaires dans le contexte actuel ?

A.L.B. Les chantiers prioritaires sont connus depuis longtemps : formation professionnelle, développement de l’apprentissage, lutte contre l’échec scolaire, prise en compte des jeunes déscolarisés, logement des jeunes demandeurs d’emploi, avec la construction de foyers de jeunes travailleurs dans tous les bassins d’emploi. Face à l’augmentation des inégalités et de la précarité des jeunes, il est également nécessaire d’étudier sérieusement la proposition d’une allocation ou d’un revenu d’autonomie pour eux, émise en 2002 par la commission présidée par Jean-Baptiste de Foucauld (2). En matière d’emploi, rien ne changera non plus sans une responsabilisation des entreprises, notamment sur la question des emplois précaires. Il est indispensable d’inciter les employeurs à recruter des jeunes, à les former et à les reconnaître comme une ressource indispensable à la société.

C.D. Quelle doit être la place des missions locales dans la lutte contre le chômage des jeunes ?

A.L.B. Il faut poursuivre et renforcer le suivi global des jeunes, afin de les accompagner aussi bien sur les problématiques d’emploi que de logement, de santé ou de mobilité. C’est ce travail que développent les 500 missions locales créées depuis vingt-cinq ans (3). Avec un bilan important : elles ont accueilli 1,2 million de jeunes en 2007, dont plus de 600 000 en suivi régulier, des jeunes qui pour la moitié d’entre eux ne sont pas inscrits à l’ANPE. Au final, les taux d’insertion dans l’emploi des jeunes suivis par les missions locales, qui sont souvent en grande difficulté, atteignent 40% à 50% (4).

Cependant, alors que la crise va augmenter considérablement le nombre de jeunes à accueillir, le réseau risque de ne pas pouvoir faire face. Les financements publics sont demeurés stables depuis 2005, alors que l’activité et donc les charges augmentaient déjà régulièrement. Beaucoup de structures peinent aujourd’hui à équilibrer leur budget et ne peuvent, dans ces conditions, assurer un accompagnement de qualité. Aujourd’hui, certains conseillers suivent jusqu’à 400 jeunes. Ce qui n’est pas tenable.

C.D. Comment s’articule l’action des missions locales avec celle de Pôle emploi au sein du service public l’emploi ?

A.L.B. Un partenariat existe depuis plusieurs années entre l’ANPE et le réseau des missions locales dans le cadre notamment de conventions de co-traitance. Nous sommes actuellement dans une période de transition et de renégociation des conventions avec Pôle emploi. Il est à mon sens indispensable d’aller au-delà de l’harmonisation informatique et d’un accompagnement renforcé pour une partie des jeunes seulement. Les articulations doivent être développées, notamment dans le domaine du travail avec les entreprises, pour qu’elles s’ouvrent davantage aux jeunes. Dans cet objectif, il paraît nécessaire de généraliser la présence dans chaque mission locale d’un agent de Pôle emploi, mis à disposition ; il est également indispensable de travailler davantage ensemble sur la veille et l’expérimentation territoriales, en lien avec les Maisons de l’emploi, lorsqu’elles existent.

(1) http://www.alternatives-economiques.fr/pour-les-jeunes–l-insertion-est-devenue-une-vraie-course-d-obstacles_fr_art_837_43019.html

(2) Proposition reprise dans Un devoir national. L’insertion des jeunes sans diplôme, rapport n° 9 du Cerc, éd. La Documentation française, 2008, accessible sur http://www.cerc.gouv.fr

(3) Les premières missions locales ont été créées en 1982, après le rapport de Bertrand Schwartz, qui préconisait un traitement global du chômage des jeunes. Leur rôle est d’accueillir et d’informer les jeunes en difficulté et de les accompagner dans leur parcours d’insertion sociale et professionnelle. Elles sont aujourd’hui implantées dans toute la France, et font partie intégrante du service public de l’emploi. Elles sont cofinancées par l’Etat et les collectivités territoriales.

(4) Voir Premières synthèses n° 29.3, Dares, juillet 2008, accessible sur http://www.travail-solidarite.gouv.fr

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