Pas de quoi être fier. Raison de plus pour relever la tête.

Publié: mai 11, 2009 dans Insertion/missions locales

Pas fier du système bancaire…

Dans Le Monde du 7 mai, un article de Jean Peyrelevade « Crise du capitalisme ou crise de la monnaie ? » commence par ces mots : « Crise, faillite, disparition, refus, refondation ou moralisation du capitalisme ? {…} Crise du capitalisme ? Non mais, ce qui est plus grave, crise de l’économie menacée dans l’une de ses fonctions essentielles, la fonction monétaire. » Ce « non » à la question de la crise du capitalisme est bien rapide et sentencieux, argument d’autorité dit-on… mais se comprend sur le blog de l’auteur qui s’appelle La refondation du capitalisme, où l’on retrouve le même article (http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/ ). Extraits d’un argumentaire dont la critique du système bancaire est finalisée par la survie de celui-ci : « Le système bancaire est le cœur du réacteur. C’est lui qu’il faut protéger {…} Telle Aphrodite, la monnaie porte en soi la marque contradictoire de son origine. Sa création est le fait du système bancaire qui en a le monopole, en contrepartie exacte des crédits consentis à l’économie. Le crédit bancaire crée la monnaie. Celle-ci, bien public, naît de prises de risque multiples sur des emprunteurs privés. Tout crédit non remboursé, a fortiori toute défaillance bancaire, mettent en cause la confiance dans la monnaie, instrument irremplaçable de l’échange. En ce sens, la banque est un service public, qui doit être gérée comme telle. On en est loin. {…) Sait-on que le passif total des banques françaises, qui ne sont pas les pires et de loin, mesuré au niveau de leur seul bilan représente dix-sept fois leurs fonds propres ? Comment expliquer que la puissance publique, garante ultime de la monnaie, accepte pour les banques des ratios d’endettement que les banques elles-mêmes interdisent à toute entreprise industrielle ou commerciale ? Les risques bancaires seraient-ils plus faibles ? Ou leur conséquences moins désastreuses ? On sait bien que non. »

Pas fier du modèle social…

Sous cet article, un autre moins « financier » et plus « social » de François Rebsamen, « Sortons du dogmatisme économique. Il faut inventer un pragmatisme novateur ». François Rebsamen, maire PS de Dijon, vit à ce titre quotidiennement le bonheur d’un voisinage avec le député UMP de Côte d’Or Bernard Depierre dont les analyses sur le monde de l’insertion, à défaut d’être remarquables, ont pu être remarquées (cf. sur ce blog « Maisons de l’emploi : deux pierres dans leur jardin », 6 mars 2008), et qui persiste ( http://www.emploietcreation.info/article-31071552.html ). On l’envie. François Rebsamen aussi sans doute veut, sinon refonder le capitalisme, du moins l’aménager. Extraits : « … Nous devons donc d’abord imaginer des mesures qui concilient sortie de crise et nouveau modèle de développement durable. Nous devons ensuite inventer un nouveau contrat social réconciliant le salarié et l’outil de production, et donnant à chacun la possibilité de construire sa vie dans la sécurité professionnelle. A chaque jeune qui entrera dans la vie active la société doit garantir un contrat de travail sur toute la durée de sa vie, et à chaque individu déjà salarié, elle doit apporter une sécurité par des contrats de transition professionnelle de plusieurs années si nécessaire, assortis de formations performantes et efficaces. Ce n’est qu’en sécurisant les individus sur leur avenir que nous rétablirons la confiance et que nous jetterons les bases d’une nouvelle société où chacun, assuré de pouvoir vivre dignement de son travail tout au long de sa vie, pourra être un citoyen à part entière. Utopie, diront certains ! Etes-vous fiers du modèle social que vous voulez protéger, pourrais-je répondre. »

Pas fier d’être jeune…

Il y a fort à faire… en commençant par les jeunes puisque, dans le même Monde, exactement en face de l’article selon lequel « BNP-Paribas ignore la crise », un encadré : « Un jeune adulte sur cinq est pauvre, selon l’INSEE. » On y lit ce que Louis Chauvel a déjà fort bien analysé : les 18-24 ans ont le niveau de vie le plus faible, ils sont ceux dont le taux de pauvreté est le plus élevé et « la génération née en 1945 est la dernière à avoir eu, à chaque âge, un niveau de vie supérieur à celui des générations qui l’ont précédée au même âge. »

Pas fier de mendier…

Bref, les jeunes sont très-très éloignés des VIP londoniens pour lesquels des agences prennent « en charge les négociations débouchant sur une ristourne sur l’achat de maisons ou d’appartements de luxe, de yacht ou de voiture de sport, pour leur éviter l’embarras d’avoir à mendier eux-mêmes. » (Le Monde, « Les riches ont le blues », 29 avril 2009). Consolation morale : les banquiers, entrepreneurs, rentiers et « autres errants de luxe » qui parcourent la City seraient « pris de panique et prêts à quitter avec armes et bagages le morne Angleterre pour se transférer, toutes affaires cessantes, sous des cieux plus cléments, comme la Suisse, Dubaï ou Jersey. » A l’origine de ces migrations, « la tranche supérieure d’imposition de 50%, la réduction des dégrèvements fiscaux sur les grosses retraites, les freins à l’utilisation de structures opaques dans la gestion patrimoniale {qui} font frémir les privilégiés. » Moraliser le capitalisme ?

Fierté isolée…

Cherchant la signification du mot « fierté », on est assailli par une pléthore de synonymes : amour-propre, arrogance, audace, condescendance, contentement, crânerie, dédain, dignité, estime, gloire, gloriole, hardiesse, hauteur, honneur, impétuosité, joie, morgue, noblesse, orgueil, outrecuidance, présomption, prétention, réserve, satisfaction, suffisance, superbe, supériorité… Du bon, du moins bon et du détestable… Pour la fierté, pourrait-on dire, pas de quoi se vanter.

Le sentiment de fierté est souvent individuel, sinon isolé. Ainsi pour Kundera : « Car être courageux dans l’isolement, sans témoins, sans l’assentiment des autres, face à face avec soi-même, cela requiert une grande fierté et beaucoup de force. » Et, sur http://www.redpsy.com/guide/fierte.html, Michelle Larivey, psychologue, écrit : « La fierté est un sentiment par rapport à soi-même. C’est un sentiment de contentement empreint d’estime (il faut distinguer le sentiment de fierté de l’attitude fière). La fierté marque la satisfaction par rapport à notre investissement personnel responsable de notre réussite. L’oeuvre dont on est fier a toujours été exigeante à réaliser. On n’est jamais fier de ce que qu’on a obtenu sans effort ; on est tout au plus content. »

Fierté collective…

Pas plus fier du système économique que du modèle social et que d’être jeune (guère nouveau cependant : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie… » écrivait Nizan)… Décidément le temps n’est pas à la fierté mais à dépression ! Raison de plus pour relever la tête. Y réfléchissant, relisant son appel, la campagne « La mission locale, j’y viens, j’y tiens » participe d’une fierté collective, celle d’un métier debout, pas d’emplois couchés. A ne pas confondre avec un réflexe corporatiste ni comme, il y est justement écrit,  « une déclaration de défense des missions locales ». Mais l’urgence du sens. Et c’est tant mieux. S’inspirant de Michel Autès dans Les paradoxes du travail social (1999, Dunod), on pourrait dire que la fierté du travail d’insertion est la rencontre avec un processus inachevé (chaque parcours de jeune), bousculé d’évènements inattendus, de quelque chose qui n’a pas (encore) pris, qui n’a pas sa place et qui en souffre, mais en même temps dérange. L’intervention sociale – et pas exclusivement le « travail social » – opère, rafistole, bricole les sujets et le social. Il transige, temporise, aménage des transitions impossibles ou rationnellement condamnées par l’efficience. Art de faire fluidifier et coaguler en même temps, noblesse du métier, habileté de l’artisan…

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