PPAE et CIVIS : l’efficience des missions locales

Publié: mai 7, 2009 dans Insertion/missions locales

Deux commentaires de Régis sur l’article « Contre le chômage : que faire ? ». C’est calculé. Livré. Cela devrait faire débat.

PPAE.

« Allergique aux chiffres, Philippe ? Pourtant il est intéressant de les approfondir. Alors pas de chance, j’ai ressorti ma calculette et me suis livré à quelques exercices…

Sur le PPAE ( plan personnel d’accès à l’emploi ), un accord de cotraitance existe entre les ML et l’ANPE (prolongé en 2009 avec Pôle emploi). Il couvre 100 000 jeunes dont un tiers d’indemnisés qui donne droit à financement des ML à hauteur de 500€ pour 18 mois. Donc, règle classique des fractions, on arrive à une rémunération mensuelle de 9,26 € par jeune et, si l’on doit recruter un conseiller (salaire mensuel chargé et frais de structure estimé à 3 000 €), il devra suivre un portefeuille de 324 jeunes et aura 28 minutes tout compris (même la saisie pour alimenter Parcours 3 et aussi le Dude) à consacrer à chacun. On est loin, très loin des soixante jeunes par conseiller prôné au lancement du Plan de Cohésion sociale !

Mais ce serait trop simple de s’arrêter sur ces simples données théoriques. Si le jeune est dans le CIVIS (contrat d’insertion dans la vie sociale) avant son inscription à Pôle Emploi, il est suivi par la Mission locale au titre du PPAE, mais n’entre pas dans la cotraitance ( = ne donne pas lieu à rémunération de la ML ). Sachant qu’on dit qu’un jeune sur deux suivi en ML n’est pas inscrit à Pôle Emploi, on peut extrapoler, sur les 174 184 entrées dans Civis en 2007, un chiffre de 80 000 qui entrent dans cette catégorie. Ce à quoi il faut ajouter le dépassement ( + 21 053 en 2007 ) des entrées.

En arrondissant à 200 000 jeunes entrés dans le PPAE et suivis par les ML, pour simplifier cette lecture ardue, on arrive à une rémunération mensuelle de 4,61€ par jeune et donc, si l’on devait recruter, le conseiller aurait un portefeuille de 650 jeunes auxquels il pourrait consacrer – en ne faisant que cela et sans pause – 14 minutes par mois…

Les Missions locales ne remportent-elles pas le challenge de l’efficience ? Même en transférant cette activité sur des plateformes installées dans des pays à très faible rémunération, personne n’atteindrait ce tarif.

Alors à ceux qui prônent l’intégration des Missions locales dans Pôle emploi, sachez que, mécaniquement, pour 200 000 jeunes suivis, cela entraînera a minima une multiplication par six du coût actuel. D’un peu plus de 16 millions, on arriverait à 100 millions. C’est de la RGPP à l’envers. »

CIVIS

« Une deuxième couche, cette fois sur CIVIS.

Dans tout dispositif, on aime les simplifications pour en présenter les résultats…

Participant à un groupe de travail de la commission jeunesse, j’ai pu entendre que CIVIS ne donnait pas de bons résultats car seulement 20% des jeunes accédaient à l’emploi durable (CDI ou CDD de « + de 6 mois » dans le secteur marchand). J’ai repris les dernières données fournies par le CNML fin mars 2008.

717 374 jeunes sont entrés dans le dispositif en presque quatre ans (pour  rappel, l’objectif initial était de 750 000 en cinq ans : donc aucun  souci en terme d’accès, contrairement à d’autres dispositifs…).

449  839 jeunes en sont sortis dont 172 381 en emploi durable. Donc, on  peut dire que seulement 24% (et non 20%) des jeunes accèdent à  l’emploi durable. Mais il y a un biais très fort en se basant sur le nombre total d’entrées alors qu’on est dans un processus d’accompagnement : c’est un peu comme si on calculait le taux de réussite au bac par rapport, non pas à ceux qui se présentent, mais à tous les jeunes qui sont au lycée ! Si l’on s’appuie sur le nombre total brut de sorties, on arrive déjà à 38%. Après, il conviendrait d’affiner ce chiffre brut en prenant en compte les jeunes qui ont déménagé (ou qui, malheureusement, sont  décédés) ou ceux qui sortent du programme au terme de deux ans d’accompagnement (CIVIS de droit commun) alors qu’ils sont dans une situation d’emploi aidé (je pense notamment aux très nombreux jeunes qui « bénéficient » d’un CAE dans l’éducation nationale) ou de formation.

L’étude de la DARES confirme cela : sur les 484 000 jeunes entrés dans le dispositif de mai 2005 à décembre 2007 (dont, rappelons-le, 51% ont un niveau inférieur au CAP), 41% sont sortis en emploi durable, 7% en emploi non-durable et 6% étaient en formation (toujours sans tenir compte de sorties « sociales » comme le déménagement ou l’atteinte de l’âge fatidique de 26 ans). Certes, 46% restaient sans solution immédiate. Alors il serait très intéressant que cette cohorte de 235 000 jeunes fasse l’objet d’un suivi pour voir si les périodes d’immersion en entreprise, de formation ou d’emploi de courte durée dont ils ont pu bénéficier au cours de leur accompagnement dans CIVIS (ils restent pour beaucoup encore accompagnés par les Missions locales) n’ont pas porté leurs fruits en dehors de la période de récoltes des statistiques… »

On peut aussi s’appuyer sur les statistiques de sorties en emploi durable à un an. Il est de 19% avec des variations très fortes (en France métropolitaine de 11 à 29%) qui mériteraient explication. On est peut-être là dans l’annonce de mauvais résultats pour CIVIS ?

Rappelons que ce dispositif est prévu pour un accompagnement dans la durée pour les  jeunes ayant un niveau inférieur au CAP (il peut être de dix ans) ou d’un an renouvelable une fois pour les autres jeunes de niveau inférieur à III.

Mais, si l’on regarde les données de la DARES à fin mars 2009, on voit que 19,8%  des sorties des demandeurs d’emploi (catégorie A, B, C) se font pour une reprise d’emploi déclarée (quel que soit le type d’emploi – aidé ou non -, quels que soient le niveau et l’expérience de la personne, quelle que soit la durée du contrat…). On est donc dans des niveaux très proches, sachant que les conditions de comparaison – si c’est le but recherché – ne sont pas possible. Du côté des missions locales, ne sont pris en compte que les contrats en emploi durable dans le secteur marchand justifiés (après deux mois et fourniture du double du contrat), du côté de Pôle Emploi la personne peut être radiée sans déclarer une reprise d’emploi.

Enfin, pour être complet sur le déroulement de ce programme, il faut prendre en compte la diminution  notoire des moyens alloués pour le conduire (allocation et fonds pour l’insertion professionnelle des jeunes).

Donc à trop vouloir simplifier, on peut dénaturer… Pour quelles raisons ? »

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