Bac + 8 à insérer

Publié: avril 29, 2009 dans 1

Reçu ce jour par courriel Doc Pro News, le magazine pour l’insertion des jeunes avec l’ABG. L’ABG est l’Association Bernard Gregory, créée en 1980, qui « a pour mission de promouvoir la formation par la recherche dans le monde socio-économique et d’aider à l’insertion professionnelle en entreprise des jeunes docteurs de toutes disciplines » (http://www.abg.asso.fr/display.php?id=352&mz=0 ). C’est un mensuel court – trois pages – et c’est le numéro 2.

Au sommaire, le parcours d’un jeune polytechnicien recruté par une start-up : « Mêmes difficultés avec l’APEC où on lui conseille d’activer ses réseaux plutôt que de consulter les offres d’emplois publiées… » Une page sur le « contrat doctoral », un dispositif de financement pour faciliter l’insertion professionnelle des doctorants (70 000 en France). Des annonces de manifestations (salons…), un petit article pour encourager les doctorants et docteurs (« 96% des docteurs ont trouvé un emploi en moins d’un an ») et l’annonce que l’ABG lance avec les éditions Eyrolles « une collection de guides pratiques baptisée « Docs&Co » {qui} visent à mieux faire connaître les jeunes docteurs, rendre justice à leurs multiples talents et les aider à trouver un emploi ».

Quoi de plus ordinaire que l’on aide de jeunes chercheurs à s’insérer ? Sauf que la question est précisément que soit posée la question de leur insertion. Ce, pour des jeunes bac + 8 ou plus. On en déduira trois choses. Le capital culturel ne suffit plus pour mécaniquement trouver sa place dans la société. Le capital social fait la différence (« activez vos réseaux ! »). L’insertion n’est plus réservée aux 100 ou 120 000 jeunes non-diplômés à leur sortie du système de formation initiale mais est devenue une quasi-période de sas entre jeunesse et adultéité.

Ce qui, soit dit en passant, interroge les missions locales qui ont la responsabilité – titre 2, article 13 de la loi de programmation pour la cohésion sociale – de la mise en œuvre du droit à l’accompagnement pour « tout jeune de seize à vingt-cinq ans révolus rencontrant des difficultés d’insertion professionnelle ». On se souviendra qu’en 2000 Martine Aubry introduisait le Protocole 2000 d’un préambule indiquant « au moment où la situation de l’emploi s’améliore, tous les efforts doivent converger pour faire progresser les chances d’insertion des jeunes les plus en difficulté ». Discours de « recentrage » sur le thème de l’équité, faire plus pour celles et ceux qui ont moins, en direction des missions locales tentées en cette courte période faste d’aller compenser leur infléchissement de premiers accueils en grappillant du côté des diplômés.

Nous n’en sommes plus là. Nous en sommes à savoir accueillir, informer, orienter, accompagner des jeunes de niveaux « V et infra » à « III, II et I ». Côté jardin, aider l’insertion. Côté cour, toute une génération pour qui l’insertion n’est plus un passage simple du monde de la formation à celui du travail. A l’autre bout du spectre générationnel et avec l’allongement de la durée du travail sur fond de taux d’activité insuffisant des seniors, le même brouillage. On appelle cela « la fin du modèle ternaire » (formation – emploi – retraite). Entre les deux, insertion et retrait, la discontinuité sur fond de promotion de la mobilité par les bateleurs de la flexibilité, eux généralement très stables.

Dans quel sens le monde tourne-t-il ? Et, surtout, pour qui et pour quoi tourne-t-il ? « Est-ce que ce monde est sérieux ? » chante Cabrel. Décidément de moins en moins.

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