Plan Jeunes : il faut sauver l’entreprise. Contribution 4.

Publié: avril 28, 2009 dans Actualité: pertinence & impertinence, Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Une contribution – la première –  de Corinne qui, c’est le moins que l’on puisse dire, n’exprime pas son adhésion à l’analyse proposée sur le « Plan Jeunes ». Règle du débat démocratique, la voici.

Corinne : «  Je suis pas du tout d’accord. A vous lire on croit rêver. Les ML, elles savent tout elles trouvent du boulot à tous les jeunes… Désolée, besoin de rétablir la vérité : les opérateurs sont payés au résultat et sûrement pas les ML. Donc, quand on parle du coût, on donne la vraie info. C’est périlleux en ces temps de crise, non? Les ML n’accepteraient jamais cela ?

Trop de propagande et de désinformation, Mr Labbé. Et, pourtant, je suis de gauche. Et je suis pour le contrat d’autonomie payé sur présentation du contrat de travail. Et, pour les ML, même si elles font à mon avis trop de politique. »

P.L. Il me semble qu’il y a trois divergences. La première porte sur le paiement au résultat, la deuxième sur « trop de politique », la troisième sur la « propagande ».

Paiement au résultat.

Celui-ci participe d’une confusion entre l’obligation de résultat et l’obligation de moyens. Que les missions locales s’obligent à mobiliser le maximum de moyens pour permettre aux jeunes d’accéder au marché du travail me semble un minimum requis tant en termes de loyauté vis-à-vis des institutions publiques, donc des fonds publics, qui les financent, que, surtout, vis-à-vis des jeunes qui ont sans aucun doute besoin de professionnels engagés. Je l’ai écrit à maintes reprises (m’excusant par avance de cette répétition pour les lecteurs réguliers), cette obligation de moyens est une exigence éthique, déontologique. Par contre l’obligation de résultat, elle, participe de l’erreur d’un raisonnement déterministe et causal. Ainsi, A sur B donnerait C (des conseillers + des jeunes = des jeunes en emploi) alors que, d’une part, le travail dans le champ du social ne peut se comprendre qu’en termes de probabilité (A sur B = C’), le « ‘ » étant la garantie de la liberté du jeune ou de l’usager et le résultat « C » étant surdéterminé par deux variables sacrément exogènes : le fait que c’est le jeune qui décide de travailler ou non ; le fait que c’est l’employeur qui choisit d’embaucher ou non. Cela fait beaucoup d’inconnues pour, du fond de son bureau et la main sur sa cassette, exiger une obligation de résultat, non ? J’ajouterais à ceci un autre point : le paiement aux résultats est inévitablement un accélérateur de précarisation des emplois puisque rien ne garantit que les résultats soient toujours optimaux. On peut en effet poser l’hypothèse, plus que plausible que, parfois, on réussira et, d’autres fois, on échouera. Dans ce cas et en toute logique, le paiement devrait démontrer la même « élasticité » : à l’échelle d’une mission locale, cela se traduirait par des financements en accordéon et, conséquemment, par des postes créés puis supprimés. Outre que pour bien travailler et se projeter dans une dynamique créative, d’innovation, il vaut mieux disposer de garanties (sauf à être en perpétuelle tension et plus occupé à régler ses problèmes que ceux des jeunes), on serait en droit d’interroger l’effectivité de la mission de service public dont un des critères est… la continuité du service.

« Trop de politique ».

Que l’on s’identifie « de gauche », ceci semblant constituer un argument pour étayer la critique, n’est certes pas un blanc-seing et je crois me souvenir avoir écrit qu’un problème était l’intrusion de la politique dans le politique. Soit dit en passant, « être de gauche » aujourd’hui pose sans doute beaucoup de problèmes de définition à celles et ceux qui s’en réclament, les lignes de partition ayant beaucoup bougé. Il en est de même pour celles et ceux qui, hier encore, étaient des prosélytes du « marché pur » et qui, aujourd’hui, se révèlent plus keynésiens que keynésiens. L’histoire des missions locales démontre d’ailleurs que cette distribution « gauche – droite » n’a pas été un indicateur stable, du discours de Jacques Chirac à Troyes au soldat Galley qui a sauvé par deux fois les missions locales… alors qu’il était trésorier du RPR ! Un professionnel de mission locale est tenu au principe de neutralité, ce qui d’ailleurs ne l’empêche pas d’être un citoyen libre d’exprimer ses opinions dans le cadre de sa vie extraprofessionnelle. Les missions locales ne font pas « de politique » mais s’inscrivent dans un champ éminemment politique… sauf à considérer, d’une part, que le politique serait une sorte de sphère autonome et close, indépendante de la sphère du social, et que, d’autre part et contre toute raison objective, ces structures ne dépendent pas de politiques d’emploi qui pourtant, elles, sont clairement déterminées selon qu’il s’agisse d’un gouvernement de droite ou de gauche. Les exonérations, l’abaissement du coût du travail pour les jeunes, le « travailler plus » plutôt que « le partage du travail », etc. font partie de la panoplie historiquement déployée par les gouvernements de droite… depuis au moins les « plans Barre » (Pactes pour l’emploi) en 1977. Ceci pour les missions locales qui feraient « trop de politique ».

La « propagande ».

Pour mon grade, « désinformation et propagande »… A chacun d’apprécier mais, revendiquant une parole libre (avec ses conséquences), j’ai pris le risque de rendre celle-ci publique par ce blog, espace d’échanges (en moins d’un an, 259 articles à ce jour et presque autant – 227 – de contributions de lecteurs internautes) qui semble correspondre à un besoin, mais également par de nombreux articles dans la presse ainsi que par des ouvrages dont le premier, qui n’avait rien à voir avec l’insertion, date de 1995. Ces multiples productions, de qualité inégale et sans doute plus ou moins heureusement, ont toujours tenté et tentent d’être radicales… au sens étymologique d’« aller à la racine ». Sauf à considérer que l’insertion ne justifie pas un débat public et/ou sauf à considérer que ce débat doit être politiquement neutralisé, aseptisé, je continuerai donc mais encourage celles et ceux qui pensent différemment, plutôt que de déconsidérer ce discours et les paroles des contributeurs, à s’engager eux-mêmes pour « exprimer leur différence ». « La pensée n’est autre chose qu’une coïncidence heureuse » écrit Baudrillard dans Cool Memories IV. Heureuse pour certains, elle est manifestement malheureuse pour d’autres. Que ces derniers s’y exercent, à leur façon, pour la rendre heureuse.

C’est dit.

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commentaires
  1. Corinne,
    Monsieur Labbé ayant répondu sur le fond, je me permets une réponse sur la forme :

    Etre de gauche et pour les Missions Locales tout en étant accusant PL de propagande et de désinformation, c’est du Benyamin Netanyahou qui signe des accords de libres échanges avec Mahmoud Ahmadinejad. Alors Coco bas les masques ! Crocodile ou Dinde ?
    Ou alors suivez mon précepte : « Quand la franchise sert de tremplin à la bêtise, je me surprends à regretter l’hypocrisie »
    Missionlocalement Votre

  2. rbeaune dit :

    Sur le plan d’urgence, je pense que l’on peut faire plusieurs reproches :
    Le premier étant celui de l’urgence en avril alors que le chômage augmente depuis 11 mois sans discontinuité, que le fonctionnement du marché du travail pénalise depuis 30 ans (gauche ou droite) les jeunes en les inscrivant dans la précarité, que le nombre de jeunes pas ou peu diplomés (1 jeune sur 6) ne diminue plus depuis 10 ans… L’urgence n’est pas la réponse à des problèmes structurels (mais bon il y aura le livre vert – pourquoi cette couleur au fait ??? avant on parlait de livre blanc…- fin mai début juin pour traiter de cela…).
    Un deuxième est qu’il n’est en grande partie tournée que vers les entreprises alors que les jeunes souffrent de la crise et que les moyens mobilisables (allocation CIVIS, FAJ, FIPJ,…) ont fondu comme neige au soleil… et sans engagemet de celles-ci en terme d’embauches réelles et durables…
    Un troisième est qu’il est purement quantitatif alors que par exemple sur les contrats aidés un véritable volet formation, notamment sur les fondamentaux, permettrait de corriger un peu la sous-qualification de nombreux jeunes…
    Un quatrième que je pressens (dans l’attente des textes d’application) est qu’il va surtout servir aux jeunes qui en ont le moins besoin et qui, quoiqu’il en soit, auraient été recrutés…
    Mais on vit dans une société du court terme, de l’immédiat (au fait ce n’est pas le reproche que l’on fait aux jeunes de ne voir que l’instant présent, de ne pas se projeter dans l’avenir…) et de ce fait on a les réponses que l’on mérite…

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