Faut-il évaluer les structures d’insertion professionnelle ?

Publié: avril 28, 2009 dans Insertion/missions locales

« Faut-il évaluer les structures d’insertion professionnelle et selon quels critères ? » est la question posée sur internet par la commission « Politique en faveur des jeunes » du Sénat. On peut apporter sa contribution (1) car, à ce jour, seules trois réponses s’y trouvent, dont une d’un directeur de mission locale francilienne reproduite ici. J’y souscris, particulièrement lorsque François (c’est son prénom) écrit « C’est à mon avis nos conceptions sur la jeunesse et sur nos politiques de formation mises en oeuvre jusqu’à présent qu’il faut évaluer et non les acteurs de terrain qui agissent au gré des orientations fluctuantes et paradoxales dans un contexte financier misérabiliste. » Quant à la contribution précédente, de Corinne, elle trouvera ici quelque élément de réponse, particulièrement lorsqu’elle écrit « Les opérateurs sont payés au résultat et sûrement pas les ML. Donc, quand on parle du coût on donne la vraie info. C’est périlleux en ces temps de crise non ? »

François

« Je suis directeur de Mission Locale depuis 4 ans et n’ai eu de cesse depuis ce temps de répondre à des audits (Conseil Régional IDF), à des Conventions Pluriannuelles d’Objectifs (Etat) et à des instances (CA, AG, bureaux) devant lesquelles je dois, et cela est bien normal, rendre des comptes sur les performances et résultats qualitatifs et quantitatifs de ma structure.

Les évaluations sur critères sont donc régulières et conséquentes… et pour, en retour de la part de nos financeurs (Etat, Europe, Région, Villes, Département qui se gardent bien d’être eux-mêmes évalués), quels résultats ?

– disparition des fonds européens sur 3 ans (qui étaient au départ des fonds Etat… sans commentaire),

– diminution de moitié des fonds d’aide aux jeunes (FIPJ aides directes),

– suppression des aides liées à l’hébergement des jeunes depuis 2 ans en Seine Saint Denis),

– stagnation des crédits municipaux qui ne peuvent/veulent prendre la relève de ces désengagements.

– diminution des crédits CUCS pour les villes concernées en ZFU…

J’arrête là cette litanie pesante et ces complaintes qui, toutefois, posent le problème d’une évaluation des professionnels sur le terrain vague miné par ceux-là même qui l’exigent. Et ce, dans un contexte économique que nous connaissons tous : augmentation de 30 % des jeunes fréquentant nos structures… avec une baisse de 70 % de nos prises d’offres d’emploi.

Mais que va t-on donc évaluer ? Le manque de responsabilité financière de l’Etat ou des professionnels sous pression constante liées aux flux et aux demandes d’urgence ? Peut-on évaluer avec le même entrain une structure financée à 470 € par jeune (tout financeur confondu) et un cabinet de placement financé à hauteur de 7000 € par jeune placé en emploi (version contrat d’autonomie de Mme Amara) ? Pour ma part et selon les mêmes critères, j’attendrais donc que l’Etat me finance à hauteur de…. 6 860 000 € (980 jeunes placés à 7 000 €) au lieu des maigres 230 000 €. Evaluons, évaluons…

Nos structures n’ont pas attendu pour innover et s’évaluer :

– réorganisation des structures et des équipes,

– développement d’outils pédagogiques,

– mise en place d’outils organisationnels et comptables,

– animation de réseaux locaux (en lieu et place des élus tout bord confondus car en dehors des périodes électorales bien sûr…).

Le travail d’accompagnement des jeunes vers l’emploi est colossal, tant notre pays a du retard. Synonyme de punition (à l’école, on est (é)conduit vers les filières professionnelles lorsque l’on a de mauvaises notes ! et c’est du vécu…) ou de maladie mentale (via les psychologues de l’orientation pour être aidé), l’insertion professionnelle est à revisiter de fond en comble. C’est à mon avis nos conceptions sur la jeunesse et sur nos politiques de formation mises en oeuvre jusqu’à présent qu’il faut évaluer et non les acteurs de terrain qui agissent au gré des orientations fluctuantes et paradoxales dans un contexte financier misérabiliste. L’insertion professionnelle en France équivaut à la théorie du quatrième pied du tabouret : il est là et on en parle mais ne sert à rien…

Pressons-nous donc de réfléchir ensemble et d’innover sur nos institutions et nos pratiques, plutôt que de chercher à évaluer un existant bien mal en point effectivement.

Et comme le dit Michel Godet, « Bien plus qu’un projet de société, nous avons besoin d’une société de projets. »

(1) http://blogs.senat.fr/jeunes/index.php?/archives/13-Faut-il-evaluer-les-structures-dinsertion-professionnelle.html

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