Un jour de coup de blues de CIP

Publié: avril 20, 2009 dans Insertion/missions locales

Une contribution (sa première) d’André, conseiller d’insertion pas tout jeune dans une petite mission locale (ex-PAIO). Ca vient du cœur.

André. « Au sortir de la PAIO, je rencontre Lilian un ancien jeune qui descend du train, attend sa jeune femme pour prendre le bus et rentrer chez eux. Je le questionne sur son travail. Il me parle de la maison qu’il retape de son 2ème petit. Arrive sa jeune femme avec deux bambins. Lilian me présente à sa jeune femme, il a l’air heureux et épanouie. Il me dit « ça va vous ? » Je lui dit « Bof, j’ai envie de jeter la soutane aux orties. J’en ai ras le bol. » Lui réagit vivement : « Hé, oh, m’ssieur … faut pas laisser tomber ! Et les jeunes, vous y pensez ? »

Cher Lilian… Ce jour-là, c’est un jeune qui me donne une leçon. Il m’a dopé pour continuer. Et me sont revenus des principes : trop facile de démissionner , trop facile d’arrêter parce qu’on en a ras le bol.

Mais, si à AC ! ils ont des idées concrètes pour sortir les jeunes rapidement de la m… s’ils savent comment gérer nos contradictions de CIP dans la société et en sortir positivement, qu’ils le disent : je suis preneur. Mais je dois constater que, de mes vingt-sept ans de CIP, aucun des gens engagés politiquement syndicalement, voir radicaux ou d’extrême, ne m’ont donné la moindre idée, le moindre conseil, l’ombre d’une proposition pour avancer. Ah si, une seule ! Une connerie : « tout péter ».

Je retiens que les six cents jeunes sont globalement satisfaits de nous rencontrer, de recevoir nos conseils et nos propositions, comme lorsqu’on est malade et que le médecin vous écoute, vous explique et vous donne de quoi vous soulager.

Quand je travaillais l’acier et la tôle, je pensais que les travailleurs sociaux étaient des assistantes sociales qui assistaient les pauvres. Aujourd’hui j’en suis un, je suis tout sauf « assistant » et qu’AC ! le sache : c’est un dur métier. Avant, je rentrais a la maison avec mal aux mains, brûlées, coupées, mal au dos, mal partout. Manger dormir et ça va mieux. Aujourd’hui, j’ai souvent mal à l’âme (terme que je n’aime pas beaucoup mais je n’en ai pas d’autres) et, souvent, je n’ai pas faim et je dors mal.

Et observons qu’en ces temps de crise où le mouvement social devrait développer une grande solidarité dans la lutte pour affronter les moments difficiles et trouver des réponses, les donneurs de leçons du « tout péter » sont absents.

Foutre le bordel dans une rencontre de travailleurs sociaux ? Mais de quel esprit tourmenté est sortie cette idée ? Et cela fait avancer quoi ? Ma parole, c’est du sabotage téléguidé d’extrême-droite !

Je suis tellement demandeur d’une rencontre de ce genre que, si une bande d’infantiles venaient la perturber, ce n’est pas la rencontre qui partirait. Là aussi, je ne comprends pas qu’on puisse annuler une rencontre face à une poignée de braillards.

Mon avis sur les intellectuels ? Ils sont comme tout le monde, ils cherchent des solutions. Difficile aussi pour eux chaque jour. Mais il y a des différences tout de même : matériellement, il est plus facile d’être un intellectuel de droite avec Rolleix à cinquante ans, qu’intellectuel de gauche où il faut courir la prestation. Intellectuellement, il est plus facile d’être de gauche, et si possible bien de gauche, parce la pensée sert a quelque chose pour créer du neuf, qu’être de droite pour que la pensée serve à nous laisser là où l’on est. Cela n’a rien avoir avec la fameuse « rupture » sarkozyste car cette pensée-là nous tire vers l’avant 1936 et encore plus avant la Libération. »

P.L. Sur les intellectuels… cela tombe bien : aujourd’hui ou demain au plus tard, une contribution (longue, longue…) sur André Gorz. Pour mettre en appétit. Pour qu’au blues succède l’optimisme de la volonté. Question d’éthique. Et de bonne santé morale.

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commentaires
  1. RODIER André dit :

     » ça vient du coeur  » ? oui mais en équilibre parfait avec la raison. Ce sont les 2 jambes pour rester bien debout. Et vous aurez remarqué que le  » pas tout jeune » ( le vieux ne me verxerait pas et je suis un gamin a coté d’autres ) que c’est du vécu.

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