Coin-coin et bémol

Publié: avril 10, 2009 dans Agit'Prop

Quelques pas hors du chemin de l’insertion, une fois n’est pas coutume, en déplumant feuille à feuille mon salubre et préféré palmipède hebdomadaire, Le Canard enchaîné.

Petite cuillère

Enfin, pas tout-à-fait hors du chemin de l’insertion avec un grand article « Quand le Pôle emploi perd le nord » : l’histoire d’un chômeur qui reçoit le même jour quatre courriers de Pôle emploi avec quatre décision différentes prises par quatre agents avec des motifs contradictoires pour une demande d’allocation ! Bonne nouvelle cependant puisque « l’embauche reprend… grâce aux chômeurs » : « En janvier 2008, un rapport sénatorial signé Serge Dassault – qui ne passe pas pour un partisan du tout-État – estimait que 60 000 agents seraient nécessaires pour faire fonctionner Pôle emploi. C’était bien avant le tsunami du chômage qui a suivi la crise boursière. Avec 45 000 employés, dont pas plus de 25 000 affectés à l’accueil des chômeurs, ils en sont aujourd’hui réduits à vider la mer avec une petite cuillère. » Ceci sans compter les 200 à 400 000 « bénéficiaires » du RSA, catégorie « employables », que les Conseils Généraux vont confier à Pôle emploi. Ça promet.

La semaine feinte

Confirmation d’un sentiment : cette histoire de paradis fiscaux me semblait un chiffon rouge agité, plus exactement un sujet auquel on tenait pour disposer à coup sûr d’un élément tangible pour dire « vous voyez bien, on a décidé concrètement quelque chose ! » Comme chacun a pu le constater, les quatre pays que personne n’attendait – Costa Rica, Philippines, Malaisie et Uruguay – classés en « liste noire » ont été déplacés in extremis en « liste grise » alors que les îles anglo-normandes (toutes proches de chez moi) n’étaient même pas citées. D’ailleurs, il n’y a même plus de « liste noire ». C’est le titre de la Une du Canard : « Miracle de Pâques : il n’y a plus de « liste noire ». Les paradis fiscaux célèbrent la semaine feinte ». Presque aussi bon que l’historique et indétrônable contrepèterie « Le Général arrive à pied par la Chine ».

Marx

Mille milliards de dollars en plus, c’est ce qui a été décidé par les Alpha +. Tintinophile à défaut d’être tintinologue, je m’étais arrêté à « mille sabords » (capitaine Haddock), mille milliards c’est hors de portée. On n’en trouvait pas le dixième jusqu’à présent et depuis des décennies pour éradiquer la misère des pays que l’on n’appelle plus du tiers-monde mais « en développement ». Pour Attali, « Personne ne dit comment ils vont être financés » et il n’y a à terme que deux solutions, « l’inflation massive ou l’impôt … et, si ça marche, tous les profits iront aux banques. Si ça échoue, toutes les pertes iront aux contribuables. » Vieille rengaine : qui parlait de privatisation des bénéfices et de socialisation des pertes ? Un barbu, il y a plus d’un siècle.

Biniou

Sous le titre « La faillite du pôle financier », un article nous apprend que l’activité de la section financière du parquet de Paris, qui traite des affaires sensibles (délinquance financière…), a été divisée par quatre l’année dernière : « Chacun des douze juges spécialisés s’est ainsi vu attribuer, en moyenne, deux dossiers. Et pas toujours du plus haut niveau : une affaire de vendeurs de fruits et légumes à la sauvette dans les couloirs du métro a, par exemple, atterri au pôle. » Décryptage : les affaires sont désormais traitées pour l’essentiel par les magistrats du parquet, soumis à l’autorité du garde des Sceaux. « Ce qui donne une assez bonne idée du progrès que constituera la suppression du juge d’instruction… » Comment éradiquer la délinquance financière ? Mais bon dieu, mais c’est bien sûr, en tarissant l’amont, c’est-à-dire en supprimant les poursuites ! Il en est d’ailleurs de même pour tous les délits : en Bretagne, paraît-il, une proportion non négligeable de conducteurs biberonnant la dive bouteille font grimper les statistiques des contrôles dits « biniou », version vernaculaire de l’alcootest. Supprimer ces contrôles serait œuvre de prévention des conduites addictives. En plus, imparable au titre de l’égalité de traitement, entre délinquances en col blanc et bleu.

Chocolat amer

Avec « Ca cloche dans le chocolat », on apprend que 250 000 enfants travaillent dans les plantations de cacao de l’Afrique de l’Ouest dans d’affreuses conditions : « Près de la moitié de ces petits ouvriers vaporisent à tour de bras, sans aucune protection, des pesticides… » Douze heures par jour. Le numéro un de l’industrie chocolatière, Barry Callebaut (qui fournit Nestlé, Poulain, etc.), fait partie des signataires en 2001 d’un protocole pour (sic) « réduire d’au moins 50% les formes d’exploitation les plus sévères ». En 2005, l’industrie chocolatière a demandé et obtenu une prolongation jusqu’en 2010. « Les formes d’exploitation les plus sévères » continuent donc pour le plus grand bonheur des chocolatiers et des œufs dimanche sur les tables. La 7ème réforme du « Manifeste pour la métamorphose du monde » (cf. sur ce blog « G20 et métamorphose ») est morale : « Tout, dans notre civilisation, tend à favoriser le logiciel égocentrique. Le logiciel altruiste et solidaire est partout présent, inhibé et dormant, et il peut se réveiller. C’est donc ce logiciel qui doit être développé. » C’est dit.

Séquestration

Aux éditions Flammarion-Figaro, un nouveau livre, Le carnet du savoir-vivre au bureau. On y lit qu’il faut « éviter une trop grande familiarité avec son supérieur, ne pas épier les faits et gestes de ses collègues ou interrompre leur travail toutes les deux minutes. » Plutôt que d’envoyer les pandores, s’appuyer sur cet ouvrage que les cellules de reclassement diffuseraient préventivement aux salariés licenciés tentés par la séquestration de leur employeur, en voilà une bonne idée !

Bémol

On parlera d’insertion une autre fois… Et bien non, pas tout-à-fait. Une contribution-réaction de Pierre, de la mission locale la plus australe du monde, là où vu d’ici les piou-piou risquent à tout moment de chuter dans le vide. Il s’agit de l’article « In-serrer. Par la police ».

Pierre. « Bémol sur le relais que tu as fait d’un racontar collecté sur la toile. Je ne mettrais pas le doigt sur la véracité ou non des propos, je laisse chacun à son expérience de surfeur du net et du pas net. En plus d’y trouver à boire et à manger, l’incontrôlabilité de cet outil peut à chaque instant servir d’enclume comme de marteau. Ma temporisation trouve plutôt sa source dans un prototype de jeunes qui fréquentent nos missions, mais qui relèvent plus d’un suivi CMP que d’un accompagnement global made in ML. Et je reconnais tout à fait dans les écrits du narrateur « netien », ceux d’une personne, harceleuse de conseiller de ML, qui connaissant le système cherche à amener son « fournisseur d’offre de service » à la rupture. Ce même jeune ayant déjà eu des dizaines d’entretiens, avec en face une mobilisation des services qu’ils soient liés à l’emploi, au social et à la vie sociale. J’ose un parallèle à Robert Castel : « Des passeurs qui au milieu de la rivière s’aperçoivent qu’il y a un barje, où débarquer leur passager ». D’autant plus que le travail avec le CMP a été fait, mais qu’il y a refus de traitement….

Après bien sûr, on peut parler de formation du conseiller, de la prise en charge des schizophrènes, voire de la surcharge de travail, ou pourquoi pas l’éthique.

Maintenant, notre histoire vécue n’a peut-être pas de lien avec celle de l’internaute, et toute ressemblance avec des personnages ayant existé n’est que fortuite. Sauf qu’à l’inverse du net j’ai du réel : un lieu, un conseiller et un jeune.

C’était dans la série « Attention au Net », l’épisode « Manipulation Policée ». »

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commentaires
  1. C’est drôle, mais vu c’ici, c’est vous qui risquez de basculer dans le vide. On se demande d’ailleurs si c’est pas déjà fait. Mille excuses pour cette abstraction présidentielle de la forme négative comme on dit chez nous « Freykante le chien y gagn le puce » je reprends donc ma phrase : On se demande d’ailleurs si ce n’est pas déjà fait.
    Comme quoi tout dépend de l’endroit d’où l’on observe.
    Ainsi la persécution pourra prendre forme chez un jeune dans le refus de son conseiller de mobiliser l’offre de service de la Mission Locale pour clarifier ses troubles de la vie. Et pour un conseiller l’agression sera issu d’un jeune qui après des mois d’accompagnement transversal et d’approche globale, marquera un ébrouement à l’annonce d’une injonction pour le faire arriver à l’heure à un rendez-vous.

    Atanto Sypléta Dieu

  2. rbeaune dit :

    Avant une semaine de vacances, un dernier message qui ne se rattache pas à cet article, mais qui me taraude l’esprit depuis longtemps… C’est le délai entre la sortie du jeune du système scolaire et son inscription à la Mission locale… Cette donnée permet de tout dire… Selon le rapport du CNML, 60% des jeunes s’inscrivent moins d’un an après leur sortie du sytème scolaire… Pour certains c’est peu et cela interroge sur le travail de la MGI… Pour d’autres c’est beaucoup et cela permet de dire qu’un jeune croise la ML comme cela au coin d’un trottoir… Mais ce calcul ne tient pas compte du fait que le jeune ait travaillé ou non à sa sortie de l’école… En tout cas dans ma région c’est ainsi… Donc tirer des conclusions par à rapport à des données incomplètes fausse complètement l’analyse…
    Un peu de rigueur dans l’analyse des chiffres est nécessaire pour tirer les bonnes conclusions…
    Enfin, pour le moment, je ne souhaite qu(une chose : que le soleil continu de briller…

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