In-serré. Par la police.

Publié: avril 7, 2009 dans 1

Publier ou ne pas publier ?

Sur le site d’Agir ensemble contre le chômage (AC !), une information datée du 5 avril : « Un jeune précaire demande de l’aide à la « mission locale », elle appelle la police » (1). Je la reproduis comme telle. Pour réfléchir. Ça fait réfléchir. Michel et Régis, deux lecteurs et contributeurs réguliers, hésitaient quant à l’écho à donner à cette information. Certes, on imagine facilement que la version de la mission locale concernée varierait significativement. Mais je fais le choix de cette publication car l’enjeu est bien moins à l’échelle de cette situation particulière où les subjectivités le disputent à l’objectivité que, d’une part, à celle de la situation effective de nombre de conseillers qui ne disposent plus d’outils et de sorties possibles face à l’afflux des demandes (« des passeurs qui, au milieu de la rivière, s’aperçoivent qu’il n’y a plus de berges où débarquer leurs passagers », selon la métaphore de Robert Castel) et, d’autre part, à celle de l’absence d’une déontologie dans une branche professionnelle qui semble « oublier » qu’une des conditions pour faire vivre un « métier » et non de simples « emplois » est précisément d’en disposer. Car, bien entendu, pour l’éthique on verra cela plus tard.

AC ! « Un jeune homme … nous envoie ce témoignage. Il est malheureusement représentatif de la réponse institutionnelle à la misère des jeunes précaires de moins de 25 ans. »

24 ans, sans revenu et sans droits

« J’ai commencé à travailler à l’âge de 18 ans dans le bâtiment ( 2002-2004) puis mon CDD est arrivé à terme. J’ai enchaîné de 2005 à 2009 formation, Assedic et mission d’intérim (manutention, logistique, télévente, etc). Depuis le début l’année 2009, j’ai fait x entretiens d’embauche, mais ça n’a rien donné. Aujourd’hui, je suis en « fin de droit ». Ca veut dire pour moi, plus d’Assedic, mais pas d’ASS (il me manque 400 jours) et pas de RSA non plus ( j’aurai 25 ans en juillet). Je n’aurai pas non plus droit à la prime de 500 € de Nicolas Sarkozy. Pour le moment, seul le CCAS me propose une aide de 170 € mensuels (en attendant le RSA).

Ils sont bien gentils mais je me demande à quoi ça peut bien servir 170€ ? On ne peut ni payer de loyer, ni de facture, ni grand chose d’ailleurs.

J’ai donc pris RDV cette semaine avec ma conseillère de la Mission Locale, Je lui ai expliqué ma situation,

1. Je lui ai demandé un contrat CIVIS, elle m’a dit que je n’y avais plus droit, car j’en ai signé un en 2006.

2. Je lui ai demandé un travail pour vivre, elle m’a dit d’aller en chercher à l’ANPE.

3. Je lui ai demandé une formation rémunérée, elle me la refusé, car elle m’a dit « ça permet pas de trouver du travail ».

4. Je lui ai demandé une aide financière pour vivre, elle m’a répondu c’est pas son problème.

Je lui ai donc expliqué que je ne pouvais pas vivre sans revenu et qu’elle devait soit m’aider, soit m’indiquer le service concerné ; elle m’a répondu que c’est pas son problème, qu’il y a des milliers de gens comme moi et que le RDV était terminé.

J’ai donc refusé de sortir, sans avoir trouvé de solution concrète à mon problème.

Elle a donc décidé d’appeler la police !!! J’ai donc été arrêté et fouillé et menacé par la police !!! Mon crime ? Demander du travail, une formation rémunérée ou un revenu suffisant pour vivre. Aidez-moi, à trouver une solution et faites passer le message.

On ne peut laisser tous les jeunes de moins de 25 ans seuls face à la crise. »

Commentaire de Jean-Jacques

« Ce message me touche, dans le sens ou je suis également en situation précaire. J’ai 26 ans certes accès au RMI (RSA), mais sans emploi. Moi et ma compagne, nous vivons du RMI et des allocations logement. Est-ce normal ? Je suis jeune diplômé bac+5 et tout comme ce jeune homme, tout se ferme devant moi. Tout comme ce jeune homme aucun organisme ne m’a concrètement aidé dans ma recherche d’emploi, mises à part des réunion APEC sur « comment faire une lettre et un CV ». Pas très concluant ! J’ai beau avoir cinq ans d’études, je me retrouve au même niveau que ce jeune homme. Pourquoi ? Pourquoi le gouvernement français nous laisse-t-il dans cette situation sans avenir ? Même avec de la volonté les jeunes se font casser ! Pourquoi l’expérience résonne-t-elle comme un coup d’arrêt ? Je soutiens ce jeune homme et j’espère qu’un jour nous serons enfin considérés comme personnes et respectés autant que les autres. Commencer sa vie dans une telle situation, surtout dans un pays respectant les droits, c’est une honte ! »

(1) http://www.ac.eu.org/spip.php?article1995

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commentaires
  1. rbeaune dit :

    C’est vrai que cette information pose problème à différents niveaux.
    Au niveau éthique tout d’abord : on vit dans un monde où la rapidité de l’information prime sur le fond, où l’effet d’annonce l’emporte sur la réalité des choses à tel point que nombre d’annonces ne sont pas suivies d’effets, sont oubliées ou sont démenties… Dans la situation présente, comme un « vrai journaliste », il convient de vérifier la véracité des faits et donner à la personne, à la structure mise en cause un droit de réponse…
    Au niveau de la fonction « observatoire » : de telles situations se rencontrent de plus en plus… Aucune réponse en terme de formation et d’emploi… Un dispositif d’aides financières palliatives qui fond comme neige au soleil… Les missions locales ont un bel outil (?) pour analyser la situation des jeunes… au niveau professionnel (quoique je regrette que dans le suivi des propositions, on ne puisse saisir la cause des abandons : le jeune n’a-t-il pas été retenu par l’OF pour « niveau insufisant » = signe d’une inadaptation de l’offre de formation, le jeune a-t-il refusé pour des problèmes financiers = signe d’une inégalité d’accès ou pour un arbitrage en faveur d’un emploi précaire (quand il y en avait…) = signe d’un statut de stagiaire de la formation professionnelle à reconstruire… sans parler des frais d’inscription ou des tenues de travail à acheter…
    Mais au niveau de la situation sociale des jeunes, je trouve Parcours 3 très en retrait… que ce soit en terme de revenus (impossibilité de mesurer l’évolution pour un jeune) ou de logement (quelles sont les conditions de logement réelles et les attentes…)… impossible de réaliser un véritable observatoire social sauf à mener un travail complémentaire d’interview auprès de chaque jeune reçu…
    Avec plus d’un million de jeunes reçus, les missions locales ont la possibilité d’être cet aiguillon pour alarmer sur la situation professionnelle et sociale des jeunes, signale des dérives, des manques… L’adapatation de Parcours 3 devrait être une des attentes fortes du Livre vert…
    Pour terminer, vieille rengaine de ma part, par la fonction communication des missions locales pour laquelle – je le reconnais- je n’ai pas de qualitatif… Je reste sans mot… Mais je ne suis pas le seul…
    Ah si une dernière chose que je ne savais pas où placer : à l’heure où on parle d’allocation d’autonomie, je n’ai entendu aucun mot sur l’allocation intersticielle de CIVIS… C’est vrai que ce n’est pas avec 900€ par jeune et par an qu’on va régler toutes les difficultés rencontrées actuellement… Mais c’est encore plus vrai dès lors que l’enveloppe (encore une) a fondu à tel point qu’il faut gérer la misère… Un simple réabondement de ce fonds et a minima -comme dans Trace- un doublement du droit du jeune permettrait immédiatement d’éviter aux jeunes des situations de galère infernale… Une réponse pragmatique qui laisserait le temps de construire une réponse pérenne..

  2. Bémol sur le relais que tu as fait d’un racontar collecté sur la toile.
    Je ne mettrais pas le doigt sur la véracité ou non des propos, je laisse chacun à son expérience de surfeur du net et du pas net. En plus d’y trouver à boire et à manger, l’incontrôlabilité de cet outil peut à chaque instant servir d’enclume comme de marteau.
    Ma temporisation trouve plutôt sa source dans un prototype de jeunes qui fréquentent nos missions, mais qui relèvent plus d’un suivi CMP que d’un accompagnement global made in ML. Et je reconnais tout à fait dans les écrits du narrateur « netien », ceux d’une personne, harceleuse de conseiller de ML, qui connaissant le système cherche à amener son « fournisseur d’offre de service » à la rupture. Ce même jeune ayant déjà eu des dizaines d’entretiens, avec en face une mobilisation des services qu’ils soient liés à l’emploi, au social et à la vie sociale. J’ose un parallèle à Robert Castel : « Des passeurs qui au milieu de la rivière s’aperçoivent qu’il y a un barje, où débarquer leur passager ». D’autant plus que le travail avec le CMP a été fait, mais qu’il y a refus de traitement….
    Après bien sur on peut parler de formation du conseiller, de la prise en charge des schizophrènes, voire de la surcharge de travail, ou pourquoi pas l’éthique.
    Maintenant, notre histoire vécue, n’a peut être pas de lien avec celle de l’internaute, et toute ressemblance avec des personnages ayant existé n’est que fortuite.
    Sauf qu’à l’inverse du net j’ai du réel : un lieu, un conseiller et un jeune.

    C’était dans la série « Attention au Net », l’épisode « Manipulation Policée »

  3. LAFLEUR dit :

    La version de la mission locale concernée varie effectivement significativement et je vous remercie de le souligner. Sans rentrer dans des polémiques ni dans des justifications, il me semble qu’un minimum de déontologie exige un peu de distance entre la version d’un jeune soumis à une situation difficile et en désarroi et les moyens dont disposent un professionnel de l’insertion sociale et professionnelle pour répondre. Par ailleurs, le professionnel ne peut mener à bien sa mission qu’avec l’implication du jeune dans la mise en œuvre de son projet et l’adhésion aux propositions dans une relation de respect mutuel. En l’occurrence, il y a là omission sur les moyens mobilisés dans le parcours de ce jeune suivi depuis prés de 3 ans (formation qualifiante, formation d’aide aux choix professionnels, FAJ aide à la subsistance, FAJ aide à la mobilité, Aide aux impayés d’énergie, allocation CIVIS,…), des refus répétés aux propositions (emploi, formation, ressources,…) et une attitude agressive voire menaçante et irrespectueuse envers des professionnels et des partenaires qui demeure inacceptable.
    Dans un contexte économique difficile, nos équipes se trouvent confrontées à un public en souffrance notamment psychiques voire psychiatrique, et des situations de plus en plus délicates de détresse générant une agressivité grandissante du public. Nos équipes restent mobilisées au service du public et très attachées à leur mission mais ne peuvent en aucune manière faire l’objet d’agression sans rechercher une protection après avoir usé de tous les moyens nécessaires à l’apaisement. Il est dommageable pour tous que de telles situations soient relayées en l’état pour alimenter des polémiques partisanes. Je déplore que l’intégrité et la qualité de travail des conseillers puissent être remises en cause sous cette forme à d’autres fins par AC.

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