Archives de mars, 2009

Approche globale : suite

Publié: mars 29, 2009 dans 1

En réponse à Manuel, Jean-Christophe…

« Si la mission est clairement définie, cela signifie que tous les conseillers ont une même vision de l’accompagnement. Or je demande que l’on me le prouve. Je fais l’hypothèse que la pluralité des profils implique autant de vision de l’insertion professionnelle. Dans la définition de la convention collective, on parle d’un accès durable à l’emploi. Néanmoins très peu accèdent à ce statut et les conseillers sont des intermédiaires d’un marché secondaire du marché du travail.

Je dis que c’est flou car je veux qu’on m’explique :

Qu’est ce que l’insertion sociale en mission locale ? Et quelle part elle constitue dans le travail des conseillers ? C’est par la mission locale qui règle les problèmes de logement, c’est un tiers. Dès lors, les conseillers sont des médiateurs.

Vous dîtes les conseillers n’ont pas d’outils pour lutter pour la discrimination à l’embauche, pourtant c’est une mission locale.

L’approche globale c’est prendre en compte toutes les dimensions du jeune logement, santé, loisirs. On ne peut pas dire que les jeunes se rendent en mission locale pour ces thématiques. Ils veulent avoir un travail et seulement quelques jeunes participent aux ateliers. Vous parlez du handicap. Combien de travailleurs handicapés sont inscrits en mission locale ? Les conseillers sont-ils capables de communiquer avec un sourd signant ?

A quoi sert de mettre avant une gestion de l’insertion sociale, alors qu’elle est épisodique ?

Pourquoi dans le contrat CIVIS, on parle en page 3 du parcours professionnel en étapes et il n’y a pas un parcours social en étapes. Si l’approche globale existait, l’insertion sociale serait au même niveau de l’insertion sociale. Les conseillers mission locale sont des experts en insertion professionnelle et des médiateurs du social.

Je veux juste rappeler que les jeunes ne sont pas désocialisés et passifs, ce n’est pas à la ML de leur faire accepter un parcours, c’est au jeune de construire son parcours. »

Ce à quoi répond Manuel…

« Je pense que l’on peut avoir une mission claire et des visions différentes. Cela ne me semble pas être paradoxal, mais bien complémentaire et indispensable, c’est d’ailleurs ce qu’on appelle la politique, déclinée localement en mission locale.

Si l’approche est différente d’un conseiller à un autre (vouvoiement/tutoiement, prescription ou pas au 1er RDV, approche psy ou par l’expérience de terrain…), la finalité est la même : accompagner le jeune dans le temps vers une insertion dans l’emploi durable (autonomie). Se pose d’ailleurs la question de la date limite de 25 ans un peu juste.

Il doit cependant à mon sens y avoir une harmonisation minimum des pratiques par structure afin de garantir aux jeunes un égal accès aux services et prestations.

Attention à ne pas confondre approche globale et prise en charge globale !

Les missions locales ne font pas à la place des jeunes mais les accompagnent dans les étapes de leur parcours et doivent s’appuyer sur le réseau (le fameux RESEAU ) des partenaires compétents en matière de logement, de santé, de mobilité…

Les champs non couverts sont travaillés à l’initiative des missions locales dans le cadre de l’ingénierie par l’intermédiaire par exemple des chargés de projets (métier encore clairement défini par la convention collective).

Les jeunes veulent peut-être un travail (d’ailleurs la demande des jeunes est peut-être à ce moment là de 90% pour l’emploi), mais le métier de conseiller est bien de repérer les problématiques du jeune qui l’empêchent de trouver du travail, de le convaincre de l’aider à trouver des solutions dans le temps à ses problématiques et de l’accompagner et que son insertion professionnelle ne sera pas à envisager avant quelque temps : diagnostic du conseiller à partager avec le jeune.

Je ne pense pas, comme vous le dites, que le plus important soit combien de jeunes handicapés (rappel de la charte des ML « Une place pour tous les jeunes », ou différemment pas de jeunes sans solution) sont inscrits en mission locale, mais comment les conseillers arrivent à travailler avec un jeune qui relève du handicap, qu’ils prennent conscience de ses difficultés, qu’ils les acceptent et qu’il fassent la démarche d’accès aux droits type COTOREP. C’est un processus long et complexe.

Le conseiller ne dit pas à un jeune : « Vous avez un problème de jujotte, il faut prendre rendez-vous avec la COTOREP. » Dans certaines missions locales, une psychologue salariée ou non par la ML mais prescrit par le conseiller va faire le travail de prise de conscience des difficultés afin d’aider le jeune à accepter son handicap et envisager une orientation vers la COTOREP. »

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Une contribution de Manuel au débat succédant à « Travailler en mission locale : un métier flou ? » J’en profite pour répondre à Joachim : « Ne serait-il pas possible de doter ton blog d’un flux RSS sur les articles qui y sont publiés ? Ce serait plus commode pour suivre l’actualité toujours très pertinente de ton blog. » Aie, aie, aie… « les flux RSS » ! Il ne manquaient qu’eux… Peut-être, sans doute même, l’artisan de Docinsert saura-t-il apporter la réponse…

Absorber les missions locales. Last but not least.

Je sais, je sais… Ces temps-ci ont été pauvres de contributions, le climat tropical (d’où j’écris), certes chaud, n’y étant cependant pour rien. Pour compenser, à venir une contribution à la suite du deuxième rapport (11 mars 2009) de Marie-Christine Dalloz, député UMP, et des débats parlementaires qui lui ont succédé (24 mars 2009). Pour vous mettre en bouche, un extrait de ce rapport… quelque peu orienté : « Il est aujourd’hui nécessaire de fusionner en leur sein non seulement les plans locaux pour l’insertion et l’emploi (PLIE) et les comités de bassins d’emploi (CBE), mais également les missions locales. Outre une clarification du paysage institutionnel, une telle mesure mettrait fin à une dispersion de deniers publics entre des institutions poursuivant des politiques semblables – quand elles ne mettent pas en place des actions similaires – et se subventionnant parfois, les unes les autres. Toutefois, pour rendre véritablement effective cette coordination territoriale, il ne suffit pas de prévoir le refus de l’agrément préfectoral à toute demande présentée par l’une ou l’autre de ces trois structures qui ne prouverait pas son intégration à la maison de l’emploi territorialement compétente. Il appartient au Gouvernement d’imposer l’établissement d’échéanciers de fusion des éventuels PLIE, CBE et missions locales avec les maisons de l’emploi, échéanciers variables en fonction des réalités de chaque territoire. Leur non-respect serait sanctionné par une diminution ou une perte de leurs subventions. » (en gras dans le texte original). Voilà ce que l’on appelle une démarche concertée et partenariale !

Coexistence avec Pôle Emploi…

Rassurons-nous, la proposition de Mme Dalloz, qui en appelle à l’État père fouettard, n’obtient pas un plébiscite, même dans ses rangs. Le lendemain, M. Élie Brun, sénateur UMP, posait une question au gouvernement (JO Sénat du 12/03/2009) : « M. Elie Brun attire l’attention de M. le secrétaire d’État chargé de l’emploi sur les Missions locales, qui constituent un réseau de 490 associations regroupant plus de 11000 salariés. Confrontées quotidiennement à l’insertion professionnelle des jeunes, elles œuvrent depuis 25 ans de façon efficace pour l’améliorer. Cependant, le taux de chômage des jeunes en France, aux alentours de 15%, reste très préoccupant. Il est donc primordial de reconnaître le rôle important que jouent les Missions locales dans la réinsertion des jeunes dans les circuits professionnels et de mettre tous les moyens en œuvre pour améliorer leurs actions. Par ailleurs, avec la création de France Emploi, fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC, se pose la question de sa coexistence avec les Missions locales. Attaché à la qualité
 des services délivrés qui représentent un volet social important de l’action locale, il souhaiterait être rassuré, comme les administrateurs et le personnel, quant à leur devenir. La question est d’autant plus d’actualité que la création récente d’un Haut-commissariat à la jeunesse renforce le caractère prioritaire que le Président de la République a souhaité accorder à ce domaine. 
Il souhaiterait connaître les moyens que le Gouvernement entend mettre en œuvre pour optimiser et pérenniser les actions des Missions locales ainsi que les modalités précises de collaboration entre France Emploi et les Missions locales que le Gouvernement envisage. »

A venir également, une contribution sur… oui, « la crise » ou plutôt « les crises ». Elle est faite (conférence), écrite (article) mais, écoutant la radio, je n’y entends que cela et hésite : risque de saturation ?

Manuel et l’approche globale

« Drôle de titre et de questionnement : travailler en mission locale : un métier flou ? Il n’y a pas qu’un seul métier mais bien plusieurs définis par la convention collective (de l’accueillante au directeur). Aurait-il voulu dire une mission floue ? Là encore, la mission est claire : accueil, orientation, information et accompagnement des 16/25 ans pour que les jeunes deviennent autonomes. La finalité des missions locales est donc évidente, l’emploi durable pour gagner cette autonomie (puisqu’en France, on s’intègre par la valeur travail). Le moyen alors pour y parvenir est celui de l’approche globale. La mission et le rôle des conseillers (si c’est le sujet évoqué) qui est « le coeur de métier » sont clairement définis par cette même convention collective. Simplement, l’approche globale mise en oeuvre par les conseillers dépend de ce que la mission locale possède comme offre de service à destination des jeunes : en fonction de ses besoins (rural, zus, quartier plus favorisés…), en fonction de sa politique, des valeurs/ambitions portées par la direction et le bureau, mais aussi de l’environnement institutionnel (collectivités, maillage associatif…). Un conseiller mal outillé abordera probablement moins (ou prendra moins le risque d’aborder) les sujets non couverts car il n’aura pas de réponse à lui apporter. Prenons un exemple, un sujet important mais souvent peu évoqué par les missions locales : un jeune qui vient voir son conseiller se disant victime de discrimination à l’embauche. Quelles sont les missions locales (donc les conseillers en face-à-face) préparées à traiter la problématique du jeune? Est-ce un sentiment de discrimination lié à ses échecs ? Comment le traite t-on ? Est-ce une véritable situation de discrimination au travail qui relève de l’infraction ? Sujet difficile si la mission locale n’a pas d’outils. L’approche globale en mission locale existe forcément. Elle est au moins due à la relation de confiance que cherche à établir le conseiller pour permettre au jeune d’accepter d’intégrer un parcours d’insertion (se projeter dans la durée). La différence entre la demande du jeune, qu’il exprime, et son besoin, évalué par le conseiller, s’appelle l’approche globale. Ce sera alors (en dehors des réponses de projet de formation et d’emploi), la mobilité locale, régionale, européenne, la santé physique (diététique, handicap, soins dentaires, …) ou mentale, la discrimination, l’accès aux droits, la justice, la citoyenneté, le logement, les finances et la maîtrise du budget, le logement (urgence, insertion, durable)… et j’en passe encore beaucoup d’autres. Réduire donc l’accompagnent social au FAJ ou au FIPJ est un manque de connaissance énorme de terrain. Félicitations, M. Labbé, pour cet espace d’enrichissement et de débats. Cela me rappelle ce séminaire très riche avec la ML des Bords de Marne… »

Au fil du Monde du 14 mars…

Publié: mars 15, 2009 dans 1

Noir scénario

Le Monde du 14 mars. En page 1, « Le plus noir des scénarios climatiques se profile. » Suite en page 4 : « … il existe une crise plus grave que la crise économique. Il faut que l’opinion soit sûre d’une chose. Les scientifiques sont clairs. Il n’existe pas de grosses incertitudes sur le film qui est devant nous. Et les politiques ne peuvent pas s’abriter derrière de prétendues inconnues pour ne pas agir. » Avec la crise, on avait oublié l’environnement. Lui ne nous oublie pas. Hasard d’un voyage en avion – on vous offre des revues – et une fois n’est pas coutume, l’écologie  fait son entrée dans la presse pipole. Qu’on en juge avec « le bloc-notes » d’Ariel Wizman… dans – oui – Gala du 9 mars : « Il y a encore quelques années, on hésitait un peu à devenir écolo. {…} On savait bien qu’il faudrait « sauver la planète », mais c’était moche, mal incarné, ça sentait la pipe et le velours côtelé. {…} … la menace est là sur nous, nos enfants, l’assiette, les jouets fabriqués en Chine, le fauteuil qui a brûlé des fesses de mémé, la banquise qui tombe dans notre whisky. Et sur nos emplois. Nos dirigeants ont compris que l’industrie, les flux financiers, le pétrole et la conso de luxe arrivaient en bout de course… » Gala vire au vert. Demain au NPA ?

Maréchal des logis chef

En page 10, « En soutien à l’industrie automobile » 5 300 véhicules ont été commandés pour la police et la gendarmerie par la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, auprès des constructeurs européens, soit une dépense de 100 millions d’euros. » J’ai calculé. Cela fait 18 867 € par véhicule. On est loin de la 4L du Maréchal des logis chef Cruchot dans la série des gendarmes. Si d’aventure des ouvriers licenciés de la construction automobile se mettaient en grève et si, pure coïncidence, on leur envoyait des pandores, on peut espérer que, ces seconds ayant été sollicités pour soutenir les premiers, les uns et les autres fraterniseraient devant les braseros de l’occupation. On peut rêver.

Logique

Egalement en page 10, « Pierre Méhaignerie (UMP) propose d’augmenter l’impôt des plus aisés. Dans un contexte de crise, il faut demander un effort financier aux catégories les plus aisées. » Le même député, il y a un an, votait le bouclier fiscal. Mais il est vrai que ce n’était pas encore la crise. En période faste, on diminue l’impôts des riches. Cela doit être logique. Il suffit de chercher.

Arrière-cour

En page 11, on lit que « le magazine Alternatives économiques publie, cette semaine, une enquête qui montre que 100% des multinationales françaises du CAC 40 ont des filiales dans les paradis fiscaux et judiciaires. Ces outils servent à mettre les bénéficiaires à l’abri de l’impôt mais aussi parfois à rémunérer en liquide des personnes qui facilitent l’obtention d’un contrat. » Paradis fiscaux, pots-de-vin… cela semble bien éloigné du quotidien des piou-piou. Que nenni ! Poursuivant le même article, on lit dans l’encadré « L’arrière-cour des banques françaises » que BNP-Paribas dispose de 189 filiales dans les paradis fiscaux, 115 pour le Crédit Agricole (mutualiste, recensé dans l’économie sociale, oui !), 90 pour la Banque Populaire (les artisans, Blanche-Neige et ses pommes), 57 pour la Société Générale, 15 pour Dexia (bien connue par sa fondation des missions locales)… jusqu’à 1 pour la Banque Postale ! A La Poste, ce n’est plus « le 22 à Asnières » mais c’est « le 22 au Luxembourg » qui ne répond pas. O tempo, O mores.

Rolex

En page 13, « La baisse du marché publicitaire fait vaciller les groupes de médias en Bourse. » Séguéla va être contraint de poser sa Rolex au clou, chez ma tante, enfin bref au Mont de Piété. On se souvient qu’invité le 13 février à l’émission « Les 4 vérités » sur France 2, une question lui fût posée concernant l’image ostentatoire du président, ce côté bling-bling. Réponse du publicitaire : « Comment peut-on reprocher à un président d’avoir une Rolex ? Enfin… tout le monde a une Rolex. Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! » Avec la baisse du marché publicitaire, Séguéla va-t-il rater sa vie ?

Souris

En page 16, « Tuer des neurones permet d’effacer des mauvais souvenirs ». L’expérience vaut en laboratoire pour les souris et autres rongeurs. Une découverte scientifique promise à un bel avenir juste après la crise. Pour repartir de plus belle.

Balance

Autre journal, toujours dans l’avion, Paris Match du 12 au 18 mars. Le cabinet d’Eric Woerth, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, indique qu’un trésorier payeur général (TPG) peut gagner jusqu’à 250 000 euros par an. Il n’y aurait donc pas que les rémunérations des patrons français dans la ligne de mire. Il est vrai qu’il y a quelques jours Le Monde titrait « réduire le salaire des fonctionnaires ? », solution mise en œuvre par quelques pays européens face à la crise. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, y était favorable. Le salaire de J.-C. Trichet ? En 2007 de 345 252 euros hors indemnités. Une misère.

 

 

 

Welcome

Publié: mars 13, 2009 dans 1

Dans la veine de Ken Loach, le film Welcome, réalisé par Philippe Lioret, vient braquer les projecteurs sur la ville de Calais. Depuis la fermeture du centre de Sangatte, des centaines de migrants y attendent de pouvoir passer en Grande-Bretagne. Que se passe-il exactement à Calais entre migrants, bénévoles et policiers ? Un film de fiction est-il une meilleure manière de briser le mur de l’indifférence que les reportages plus conventionnels ?

Pour répondre à ces questions, Vincent Lenoir, membre de l’association « Salam », Yannick Danio, porte-parole de du syndicat UNSA police, et Michel Feher, philosophe et coordinateur d’un ouvrage consacré aux sans-papiers, sont reçus par La gazette d’@rrêt sur image, un média qui permet de sortir des ornières de la pensée unique.

Ligne jaune…

Courriel reçu de  La gazette d’@rrêt sur image: « Le ministre Eric Besson pourra se vanter d’avoir lancé « Welcome »(1). Il aura suffi qu’il attaque le réalisateur Philippe Lioret, pour que ce film sur les migrants de Calais se trouve projeté dans le débat public. Et avec lui, les figures de bénévoles qui, inlassablement, leur servent des repas, ou rechargent leurs téléphones portables. Venez voir sur notre plateau Vincent Lenoir, jeune enseignant et moniteur de voile de Calais, un de ces bénévoles qui ont fait connaissance depuis six ans avec la police, les juges d’instruction et les ennuis, parce que toute la misère du monde s’est donnée rendez-vous à sa porte. Ecoutez ce Vincent Lindon « pour de vrai », raconter la zone de non-droit où se débattent bénévoles et migrants à Calais et qui semble, pour une fois, pire que les reportages ou le film. Ecoutez-le aussi relativiser les parallèles trop tentants. Autant qu’aux Justes de l’Occupation, on pourrait comparer les bénévoles de Calais aux mutins aux mains nues de toutes les époques. « M’en voudrez vous beaucoup si je vous dis un monde où l’on n’est pas toujours du côté du plus fort  ? » chantait Ferrat. »

Vous pouvez cliquer sur http://www.dailymotion.com/user/asi/video/x8nl9b. Ce n’est qu’un avant-goût mais ça vaut le coup. « Pas toujours du côté du plus fort… » chantait le poète. En écho un autre, François Béranger, rappelle Régis (contribution entière en bas à droite), chantait « Ta dignité, l’ami, Tu crois qu’elle est bafouée Car ta vie, tu l’as vouée À de fausses valeurs La morale du travai  La productivité  L’État et les patrons  Leurs mensonges et leurs lois  Tu n’es que la victime  D’un complot bien monté  Celui de l’exclusion  Parfaitement planifiée… »

Pendant ce temps…

Pendant ce temps, à peine « l’unité retrouvée des socialistes » (sic, pétition de responsables fédéraux) qu’elle est déjà mise à mal par « plusieurs barons {qui} ont pris la tête de la fronde contre la composition des listes pour les élections européennes » (Le Monde, 13 mars). Difficile de voir de confortables fauteuils s’échapper. C’est d’ailleurs ce que doivent penser les ouvriers picards de Continental. Sinon qu’eux c’est leurs postes, debout, qui disparaissent.

Pendant ce temps, le même quotidien titre « Les profits des groupes du CAC 40 ont fondu… » Tiens, il n’y a pas que la fonction publique qui dégraisse ? Qu’on se rassure, les dividendes seront toujours versés. On grignotera ailleurs la marge. Sur les emplois. En Picardie et ailleurs. Consolation, parmi les quarante entreprises, Pernod-Ricard maintient son résultat net. La crise a du bon.

Pendant ce temps, Alain Juppé multiplie les offres de service – « … si je peux l’aider {N.S.}, je l’aiderai. Je ne ferai rien pour le contrarier. » – et, dans un livre-confession, Je ne mangerai plus de cerises en hiver (Plon), raconte qu’à l’aéroport JFK de New York les services de l’immigration l’ont interrogé : « Ca a duré trois heures. J’ai été traité comme le dernier des passagers clandestins. » Et bien voilà qui va peut-être faire germer chez cet édile un peu d’humanité, d’empathie, de congruence, de compréhension pour les migrants sans papiers ! Sangatte à Bordeaux ? Après tout, Bordeaux a historiquement des relations privilégiées avec l’Angleterre.

Pendant ce temps, l’emploi se dégrade : selon Pôle Emploi, 86 400 emplois ont été détruits au dernier trimestre 2008 mais le pire est à venir puisque l’Unedic pour 2009 attend 400 000 chômeurs supplémentaires. « Au suivant ! » chantait – cette fois – Jacques Brel. On ne précisera pas – inutile – quels seront les premiers de la liste. Yo-yo classique.

 (1) Le ministre de l’Immigration, Eric Besson, a estimé samedi dernier que le réalisateur du film Welcome, consacré à l’immigration clandestine, avait «  franchi la ligne jaune » en assimilant les clandestins aux Juifs pourchassés sous l’Occupation, rapporte l’AFP. Il est vrai qu’Éric Besson, en matière de franchissement de ligne jaune, est un expert : il roulait à gauche ; il roule à droite.

Concertation Jeunesse : c’est parti.

Publié: mars 12, 2009 dans 1

François Béranger…

Panne (un peu) d’inspiration, une certaine lassitude face à la lenteur du métabolisme social, beaucoup d’émotion face à ces ouvriers–kleenex picards qui votent pour perdre cinq heures hebdomadaires et en perdront quarante (à lire absolument Danièle Linhart, Perte d’emploi, perte de soi, 2003, Erès… c’est la même histoire aux usines Chausson… toujours en Picardie)… Tout en me disant que cette émotion est le pur produit de la société du spectacle : les licenciements individuels ou par petits paquets, ignorés par l’étrange lucarne, charrient tout autant leurs lots de mépris, de souffrance. Avec l’inconvénient de l’invisibilité. Tiens, Le Monde a consacré mardi 10 mars une page aux « 16 – 25 ans, génération qui a perdu foi en l’avenir » avec des commentaires d’Ollivier Galland… bof. Ils sont en France un peu plus de huit millions et seuls 26% expriment une confiance dans l’avenir. On est l’avant-dernier de la classe : le dernier c’est le Japon avec seulement 5%. Tant de choses à dire qu’il devient difficile d’en parler. « Tous ces mots terribles… » chantait le regretté François Béranger.

Exit le CIO…

Bon, du grain à moudre malgré tout : voici la composition de la commission « Concertation Jeunesse », version Grenelle de l’insertion. Précisément, sous le même article, un autre sur cette commission qui dispose de quatre mois pour présenter des propositions. Martin Hirsh déclare « On ne peut pas avancer sans être au clair sur un service public d’orientation. » Probablement. Mais alors pourquoi, comme le souligne Christian Bensi sur son blog Informer autrement (http://www.informer-autrement.fr/post/2009/03/12/FORCES…-absentes-%21#comments), dénombre-t-on des absents importants ? « Les conseillers d’orientation-psychologues oeuvrant en établissements scolaires ou en CIO ne sont pas représentés ; le réseau Information Jeunesse fort de plus de 1 500 structures ne sera pas représenté non plus, le réseau des Centres d’information droits des femmes et des familles dont une partie des missions consiste à accompagner les jeunes femmes dans leur démarche de recherche d’emploi. » C’est vrai, ça. Pourquoi ? Sans compter que si l’Association pour faciliter l’insertion des jeunes (AFIJ) est présente ainsi que les missions locales (UNML, CNML),  l’UNCCLAJ  ne l’est pas. Or le Réseau Insertion Jeunes (RIJ) était sensé représenter ces trois réseaux. Qu’est-ce qu’il devient, au fait, ce réseau ?

La composition de la commission

Président

– Martin HIRSCH, haut commissaire à la jeunesse

Représentants des étudiants

– Grégory GOLF, président de PDE (Promotion et Défense des Etudiants)

– Claire GUICHET, présidente de la FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes)

– Rémi MARTIAL, secrétaire général de l’UNI (Union Nationale Inter-universitaire)

– Jean-Baptiste PREVOST, secrétaire national de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France)

– Baki YOUSSOUFOU, président de la CE (Confédération Etudiante)

Partenaires sociaux

– Thibault VEBER, secrétaire confédéral CFDT

– Karine MIRALLES, responsable jeunesse FO

– Laurence DANON, présidente commission nouvelles générations, MEDEF

– Agnès NATON, secrétaire confédérale CGT

– Marie-Françoise LEFLON, déléguée nationale CFE-CGC

– Claude RAOUL, membre du bureau CFTC

– Roselyne LECOULTRE, UPA

– CGPME, en cours de désignation

– FNSEA, en cours de désignation

– Emmanuelle PERES, secrétaire générale du CJD

Chambres consulaires

– représentant de l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers

– représentant de l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie

Jeunes

– Pierre Yves BING, membre des scouts et guides de France

– Jonathan BRUNET, membre du comité jeunes de l’Anacej (Association nationale des Conseils d’Enfants et de Jeunes.)

– Fanélie CARREY CONTE, Union Nationale pour l’habitat des jeunes

– Damien CERQUEUS, membre des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes

– Cécile CHARMOILE, Mouvement rural de la jeunesse chrétienne

– Laurianne DENIAUD, membre de la fédération Léo Lagrange

– Maxence MELY, membre du Conseil national de la jeunesse

– Ali SIDHOUM, salarié, ancien stagiaire de l’école de la deuxième chance de Paris

– Caroline SPAN, membre du Conseil Régional des Jeunes d’Ile de France Collectivités territoriales

Représentants de l’ARF

– Mme Marie Laure MEYER, vice présidente du conseil régional Ile de France

– Autre représentant, en cours de désignation

Représentants de l’ADF

– M. Claude HAUT, président du Conseil général du Vaucluse

– M. Frédéric BIERRY, vice président du Conseil général du Bas-Rhin, président de la commission de la jeunesse

Représentants de l’AMF

– M. Stephane BEAUDET, maire de Courcouronnes

– Autre représentant, en cours de désignation

Parlementaires, désignés par les présidents des assemblées

– M. Edouard COURTIAL, député de l’Oise

– M. Christian DEMUYNCK, sénateur de Seine Saint Denis

– Mme Virginie KLES, sénatrice d’Ille et Vilaine

– Mme Marisol TOURAINE, députée d’Indre et Loire

Monde universitaire et réseaux nationaux

– Jean Michel BLANQUER, recteur de l’académie de Créteil

– Jean-François CERVEL, directeur du Conseil National des Œuvres Universitaires (CNOUS)

– Jean-Patrick GILLE, Union nationale des missions locales

– Luc JOHANN, représentant de la conférence des présidents d’université – président de l’Université de Metz

– Bernard PERRUT, président Conseil national des missions locales

– Alexandre SCHAJER, président du réseau E2C France

Associations

– Nadia BELLAOUI, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement

– François FONDARD, président de l’Union Nationale des Associations Familiales

– Mélanie GRATAKOS, présidente d’Animafac

– Daniel LAMAR, directeur général Association pour Faciliter l’Insertion professionnelle des Jeunes diplômés (AFIJ)

– Marie TRELLU-KANE, présidente d’Unicités

Personnalités qualifiées

– Dominique BALMARY, président du Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie, Président de l’UNIOPSS

– Christian CHARPY, directeur général de Pôle Emploi

– Louis CHAUVEL, professeur des universités IEP Paris

– Jean Baptiste DE FOUCAULD, inspecteur général des finances

– Olivier GALLAND, sociologue, directeur de recherche au CNRS

– Thibaud GUILLUY, directeur général ARES services

– Nicole MAESTRACCI, magistrate, présidente de la FNARS

– Jean-Marie MARX, ancien directeur général adjoint de l’ANPE

– Eric MAURIN, économiste, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

– Murielle PENICAUD, DRH du groupe Danone

– Xavier POMMEREAU, directeur du Pôle aquitain de l’adolescence, Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux

– Pierre de SAINTIGNON, inspecteur général des Affaires Sociales

– Didier TABUTEAU, président de la chaire Santé Sciences Po Paris, directeur général de la fondation des caisses d’épargne pour la solidarité

– Jean-Luc VERGNE, président de l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA)

Personnalités associées, chargées de mission au titre du développement des projets du fonds jeunes

– Olivier NOBLECOURT, adjoint au maire de Grenoble

– Fréderic VALLETOUX, maire de Fontainebleau

Rapporteurs

– Charlotte CHEVALIER, inspectrice des Finances

– David GRUSON, auditeur à la Cour des Comptes

 Revenons un instant sur cet étonnant « rapport » du député Bernard Depierre, FUSION ANPE /ASSEDIC. Réflexion sur le positionnement des Maisons de l’Emploi et des Missions locales, (article « Maisons de l’emploi : deux pierres dans leur jardin »). A se demander s’il ne s’agit pas de Karl Zéro ou de la caméra cachée…

Descartes…

Deuxième partie, « Mission locale. Vers un renforcement des missions sur les 18-25 ans »… avec un titre au singulier – « mission locale » – suivi d’une « analyse » au pluriel qui ne s’embarrasse ni de méthodologie, ni de nuance, puisque, d’emblée, il est écrit « Ces structures ont fait la preuve de leur efficacité ; elles sont bien identifiées par les jeunes et acceptées par eux car elles ne sont pas perçues comme des « institutions ». » Le député, aléatoirement cartésien, applique le troisième précepte du Discours de la méthode, celui de la progressivité résumé en « partir du petit {la mission locale} pour aller vers le grand {les missions locales} » (1)… mais oublie le premier, «  … ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle, c’est-à-dire d’éviter soigneusement la précipitation… »

La Fontaine…

Telle la vérole sur le bas-clergé, il serait tentant de sauter sur cette note pour s’autocongratuler : enfin, quelqu’un qui nous aime ! Mais on se souviendra de la fable du corbeau et du renard : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un fromage… » En 446 mots (fonction « statistiques » sur word), soit une page, le fulgurant Bernard Depierre identifie les trois problèmes ou difficultés récurrentes des missions locales :

– « La principale difficulté rencontrée par les Missions Locales réside dans le fait qu’un jeune sur deux dont elles s’occupent n’est pas inscrit à l’ANPE et qu’en conséquence, la contractualisation passée avec l’ancienne ANPE est faussée d’entrée de jeu. » Sauf que la contractualisation avec l’ANPE – PPAE – implique que le jeune soit inscrit à l’agence.

– « L’autre problème majeur rencontré par les Missions locales est celui de l’immédiateté. » Entendons le fait que, « dans 95% des cas » (sic), les jeunes abandonnent un projet professionnel ou de formation dès lors qu’une opportunité d’intérim se présente. Une étude que j’ai réalisée en 2007-2008 sur les trajectoires de jeunes usagers des missions locales proposait une typologie des parcours dans laquelle une catégorie, « Un emploi vite », était susceptible de recouvrir pour une petite partie des jeunes plus intéressés par un CDD ou un intérim que par un projet professionnel. Soit n% de 26% des jeunes. Mais il est vrai que cette étude ne reposait que sur l’analyse de 36 482 parcours.

– Enfin l’attractivité insuffisante des « métiers du bâtiment, du service et de la restauration… les métiers de service et de l’humain… qui sont considérés encore comme « féminin » {sans « s »} » alors que « cela est trop souvent inadapté pour des jeunes femmes qui ont des contraintes de famille… » Conclusion originale, au regard de toute la littérature sur la diversification des emplois, sur la problématique du genre et de l’insertion : « Il faut créer des parcours de formation et  donner à ces métiers un véritable statut. »

Réorientation…

Constatant dans mon article précédent un déficit abyssal du minimum requis permettant à partir d’une observation (à vérifier) d’en tirer des enseignements généraux, les probabilités de notre apprenti sociologue d’obtenir son DEUG de sociologie paraissaient déjà sérieusement compromises. Mais, désormais, la question est : faut-il prévoir une réorientation vers une filière moins exigeante en termes de maîtrise méthodologique ? Mon opinion est faite mais je laisse au « jury » des lecteurs et contributeurs internautes le soin d’y répondre.

Cinq propositions…

Le député n’est pas en peine de recommandations. Soit cinq avec, pour la dernière, une cerise sur le gâteau.

1. « Confier l’ensemble des interventions auprès du public « jeune » aux Missions locales, sachant qu’il y a une concentration des demandes sur la classe d’âge 18 à 23 ans.  Un public, une structure, un référent unique. » Faut-il évoquer le droit à l’accompagnement confié aux missions locales (dans la loi de cohésion sociale) pour tout jeune de 16 à 25 révolus ? Faut-il revenir sur l’allongement de la période d’insertion qui, plutôt que cette « concentration » sur une nouvelle classe d’âge des 18-23 ans (sortie dont on ne sait où, trois classes d’âge étant connues : les mineurs, les 18-21 ans et les 22-25 ans), pose la question d’un accompagnement plutôt jusqu’à 29 ou 30 ans (comme au Québec) ? Faut-il rappeler le déjà en œuvre (CIVIS, PPAE…) principe du référent unique ? Non, sans doute pas. 

2. « Redéfinir les clauses de contractualisation, notamment financière, avec le nouveau Pôle Emploi. Revoir le mode de financement avec une meilleure adéquation entre le chiffre accordé pour la prise en charge de chaque jeune. » Certes, il est pertinent de l’envisager, Pôle Emploi n’ayant certainement pas songé à actualiser sa contractualisation. Quant à cette meilleure adéquation, serait-il envisageable de caler la subvention de l’État aux missions locales sur le barème du contrat d’autonomie du Plan Espoir Banlieues ? Question que M. Depierre peut poser à sa majorité et à son président qu’il fréquente puisque il a été reçu le 17 février par ce dernier, avec une petite trentaine de députés :  « Le Chef de l’Etat est revenu sur la crise, sur le plan de relance du Gouvernement, mais aussi sur la situation dans les DOM. Bernard Depierre a attiré l’attention du Président sur la réforme « absolument nécessaire » de l’enseignement supérieur. Le député a insisté sur la nécessité de « ne pas reculer » sur ce texte ni sur les autres « même si quelques aménagements peuvent être envisagés ». » (2)

3. « Créer une allocation temporaire pour les jeunes qui acceptent et mènent à terme une formation ou requalification (modèle RMI) pour répondre au problème de l’immédiateté et conserver les jeunes dans leur parcours de formation, (à la réserve que cette allocation ne soit pas gérée par le conseiller de la Mission Locale qui risquerait alors d’être perçue négativement par les jeunes). Cette attribution ne peut être laissée au libre arbitre du conseiller. Il est évoqué de corréler cette allocation avec une obligation de  formation dans des métiers en flux tendus. » Martin Hirsh, dont le discours récurrent est d’éviter la logique d’un RMI jeune, appréciera… Quant à corréler l’allocation avec une obligation de formation dans des métiers « en flux tendus » (M. Depierre veut sans doute parler des métiers en tension, les flux tendus signifiant tout autre chose et correspondant à un mode d’organisation du travail), on appréciera la conception d’un autre « libre arbitre »… celui du projet du jeune.

4. « Définir des partenariats financiers avec les Départements, qui actuellement ne participent pas au financement des missions locales (essentiellement financées par l’Etat, 45% et les Régions, 20%). » Encore un problème de méthode, cette fois statistique : 45% de l’État + 20% des Régions = 65%. Où sont les 35% restants ? Mais bon dieu, mais c’est bien sûr ! On oubliait les communes et les intercommunalités, l’Europe… et les Départements. Certes, ces derniers contribuent peu, de l’ordre de 5 % à l’échelle nationale et avec des disparités très fortes, mais on ne peut pas dire « les Départements ne financent pas ».

5. « Ecarter de la composition des Conseils d’administration les élus et personnalités politiques qui entraînent indubitablement une politisation de l’approche des politiques de l’emploi et des actions. » La cerise… déjà commentée dans mon article précédent. Juste un complément, les articles 1 et 2 de la Charte des missions locales de 1990 : « Les acteurs locaux, conscients de la nécessité de faire converger leurs actions, créent ensemble une « mission locale » pour que tous les jeunes participent au développement économique et social. Ils se dotent ainsi d’un espace de concertation, d’une instance de coordination et d’un outil d’intervention. L’initiative de cette démarche appartient aux collectivités territoriales : les communes au premier chef, avec l’appui souhaitable du département et de la région… » S’il n’y a plus d’élus dans les conseils d’administration – dont la fonction est politique – de missions pourtant « locales », il y faudra cependant des représentants des collectivités. Mettons-y des fonctionnaires. Quant aux élus, et bien ils seront au guichet. Mettre la ville à la campagne et réciproquement. M. Depierre dit des choses tellement intelligentes qu’il ne doit pas les comprendre lui-même. Shadock.

Une belle cause désespérée…

Au bout du compte, tout cela est intriguant. Mais on comprend mieux en allant fureter sur le net, le député ayant son blog. A l’onglet « Coups de gueule » (http://www.bernard-depierre.com/41-coup-de-gueule ), on peut lire l’ire de l’édile, outre contre « la manipulation de certains syndicats enseignants noyautés par l’extrême gauche », de façon générale et acerbe contre la gauche, pour laquelle «  faire de la politique semble plus rimer avec agitation, critiques stériles et folles promesses qu’avec réflexion, évaluation et action. » A étalonner au regard de la capacité de réflexion et d’évaluation du député qu’il nous est donné d’apprécier à partir de ce rapport. Pour la petite histoire, M. Depierre est cosignataire en 2004 d’une proposition de loi tendant à rétablir la peine de mort pour les auteurs d’actes de terrorisme et a voté en 2007 le projet de loi constitutionnelle relatif à l’interdiction de la peine de mort.

Les plus belles causes étant les plus désespérées, j’interromps tout commentaire sur ce « rapport » et son auteur.

 

(1) « … conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à comprendre, pour monter peu à peu comme par degré jusqu’à la connaissance des plus composés… »

(2) « Reçu à l’Élysée », http://www.bernard-depierre.com/32-actualites

De l’autonomie et de l’approche globale

Publié: mars 8, 2009 dans 1

Le 24 février dernier, Claudy Lebreton, président de l’Association des départements de France (ADF), adressait à Martin Hirsh, Haut Commissaire à la jeunesse, un courrier fort intéressant, indiquant que la nomination de ce dernier était interprétée comme « un signe que les Conseils généraux accueillent avec intérêt, puisqu’ils sont depuis plusieurs années à la pointe des politiques en direction de la jeunesse… » Fort intéressant par de nombreux aspects.

C.L. « Nous estimons qu’il est nécessaire d’appréhender les problèmes des jeunes dans leur globalité, sans les découper au travers de tranches d’âges. C’est, de fait, ce que nous appliquons dans nos collectivités. »

P.L. Ce sur quoi l’on ne peut qu’être d’accord au regard de la pertinence toute relative de classements  administratifs fondés sur des classes d’âge formelles (d’ailleurs variables selon les institutions, politiques ou structures : des « 16 – 25 ans révolus » des politiques de l’emploi aux « moins de 20 ans » pour l’INSEE, etc.) et qui ne recouvrent pas les différentes autonomies – et responsabilités afférentes – désormais désynchronisées : sociale, politique, économique, sexuelle… Quant à savoir si cette globalité est appliquée dans les Départements, c’est une autre affaire ! A l’épreuve des terrains et compte-tenu de nombre de tensions interinstitutionnelles, on observe plutôt des rétractions sur les « cœurs de métier » respectifs – formulé différemment : les pré-carrés -, chaque institution sériant au plus juste des conditions d’éligibilité ses offres de service. Ainsi, par exemple, les règlements intérieurs du fonds d’aide aux jeunes qui précisent n’intervenir qu’après épuisement du droit commun… étant entendu que ce dernier est toujours à rechercher dans l’institution voisine… qui s’empresse d’énoncer la même règle. Mistigri.

C.L. « Les aspirations des jeunes sont les mêmes que celles des adultes. »

P.L. Les aspirations des jeunes sont-elles les mêmes ? Il serait tentant de le croire, façon de relier les intérêts des jeunes et des adultes (« tous ensemble, tous ensemble, ouais ! ») et, ainsi, d’embrayer sur l’intergénérationnalité. Les multiples enquêtes sur les aspirations des jeunes révèlent le plus souvent un « fonds commun » d’aspirations sur les thèmes de la sécurité de l’emploi, de la famille, de la disposition de biens matériels (voiture, etc.)… Toutefois, allant au-delà des opinions recueillies spontanément à la question « à quoi tenez-vous ? », on s’aperçoit de mutations importantes, singulièrement en ce qui concerne l’ex-centralité de la valeur travail comme facteur de socialisation : il y a chez beaucoup de jeunes une tension forte entre les rêves de réussite et la conscience de déterminismes sociaux sur lesquels on ne reviendra pas ici. Preuve certainement d’une lucidité (« les faits têtus »), probablement d’un désenchantement (« le deuil des aspirations » ou « Une jeunesse en panne d’avenir » pour Christian Baudelot et Roger Establet – 1) et sans doute d’un réinvestissement ailleurs : l’accomplissement individuel, l’appartenance à des communautés affinitaires (des « individualistes solidaires » selon l’expression de SCP Communication – 2 ), etc.

C.L. « Il est juste de dire qu’il n’y a pas de séquençage en fonction du projet professionnel d’un côté, des besoins d’éducation de l’autre, puis du pouvoir d’achat, ou de la santé ensuite… Il faut donc développer une politique de la jeunesse qui s’inscrive, au-delà du droit à l’autonomie, dans le cadre plus global d’une refondation de notre pacte social basée sur le principe de l’équité intergénérationnelle. »

P.L. « Refondation du pacte social », damned ! J’écrivais dans Le Quotidien de la Réunion « Si le contrat social s’impose en métropole, ne serait-ce que pour prévenir un remake de novembre 2005, il est urgentissime à la Réunion… « Urgentissime » ? J’entends d’ici ceux qui croient en l’immuabilité (« Mais non, rien ne bougera puisque rien n’a bougé ») ou ceux dont l’intérêt est que le stationnaire stationne… a minima jusqu’au terme de leur carrière : après, le déluge ! Sont inclus dans ce contrat social les pouvoirs publics, garants de l’intérêt général, les jeunes dont l’expression collective doit être organisée, les acteurs économiques dont la responsabilité, ben oui, est aussi sociale, enfin les piou-piou de l’insertion… ceux qui sont confrontés à l’écart entre les aspirations des jeunes et la pingrerie de l’offre. Sur l’île comme en métropole, nous sommes entrés dans l’ère de la complexité. « Complexité » vient du latin complexus qui signifie « relier ». Le temps de la reliance ainsi que celui d’un impératif catégorique de responsabilité intergénérationnelle, autre que communautaire, s’imposent faute de quoi les éternels mots de la rhétorique convenue se retourneront contre leurs émetteurs… (après tout, ce ne serait que justice…) mais aussi contre toutes et tous, c’est-à-dire contre la cohésion sociale. »

Faire court…

Quant à ne pas séquencer professionnel et social, faut-il en dire plus que déjà plusieurs fois écrit sur ce blog, puisque l’approche globale est le concept fondateur des missions locales… peut-être « flou » et assurément mis à mal par les logiques programmatiques et classificatoires des institutions (dont des départements) ?  Sans doute oui. Sans doute faut-il le répéter parce que rien n’est moins sûr qu’il faille aller au-delà du droit à l’autonomie, comme si celui-ci était maîtrisé et garanti. Faisons court. Enfin, le plus court possible.

Pacte pour la jeunesse… 

Sans doute de l’autonomie faut-il distinguer l’autonomie vécue du jeune durant sa période de jeunesse et l’autonomie visée du jeune, celle à laquelle il aspire et qui, lorsqu’elle sera (plus ou moins) atteinte, signifiera qu’il n’est plus un jeune mais un adulte. Quelles sont les conditions de cette autonomos – « gouverner selon sa propre loi » – ? Le Youth Forum Jeunesse (YFJ) proposait en 2003 cette définition de l’autonomie : « L’autonomie est la situation où les jeunes ont le soutien, les ressources et les débouchés nécessaires leur permettant de vivre de manière autonome, de faire leur choix de vie et d’avoir accès à une participation sociale et politique totale dans tous les secteurs de la vie quotidienne, ainsi que de prendre des décisions de manière autonome. » (3). Définition certes quelque peu tautologique : être autonome, c’est vivre de manière autonome et prendre des décisions de manière autonome. Toutefois on retiendra les idées de faire ses choix, de participer socialement et politiquement, de prendre des décisions. Autant de caractéristiques appelant plus la notion d’acteur que celle d’agent. Dans le premier terme, une liberté (bien sûr toujours contingentée), dans le second une détermination (on fait avec en pouvant plus ou moins s’y soustraire : cf. tous les débats sur « l’habitus » bourdieusien).

Le « Pacte pour la jeunesse », annexe 1 des conclusions de la présidence du Conseil européen, est considéré comme partie intégrante de la stratégie de Lisbonne… qui d’ailleurs a un peu de plomb dans l’aile mais dont on retiendra qu’il caractérise l’autonomie à partir de trois axes : disposer d’une autonomie financière impliquant en amont que les jeunes soient équipés d’une connaissance qui réponde aux besoins d’ « une économie de la connaissance » (précisément, l’ambition de la stratégie de Lisbonne) ; pouvoir choisir son insertion professionnelle et progresser dans sa voie ; enfin parvenir à combiner vies professionnelle et familiale. Si on le comprend puisque la stratégie de Lisbonne est une politique européenne de l’emploi, le marquage professionnel est à la fois trop fort et trop réducteur… jusqu’à créer une confusion. Car la vie ne se résume pas à sa dimension professionnelle, même si celle-ci est importante, majeure pour certains.

Qu’est-ce que l’autonomie ?

M’inspirant pour partie d’Edwards T. Hall et de La dimension cachée (4), j’ai proposé de considérer l’autonomie, considéré comme un statut de l’adultéité, à partir de trois idées.

Processus…

Jeunesse et adultéité sont l’une et l’autre des processus au cours desquels la socialisation, jamais achevée, progresse, s’appuyant sur la famille (mais de façon plus détachée, moins dépendante que durant la socialisation primaire de l’enfance), sur les pairs, sur les relations professionnelles, sur les amis, sur « le genre humain » en tant que conscience d’appartenir à celui-ci. C’est l’acquisition d’une conscience et d’une compétence d’humanité, d’une indissociabilité entre soi et les autres et aussi de ce qui me semble être le concept central de la socialisation, l’altérité : je te reconnais comme différent de moi et, malgré le fait que tu ne sois pas moi, je te reconnais autant de droits qu’à moi. A l’opposé des métastases de l’ego. Pour résumer, processus, interaction, altérité.

Sédimentation…

La deuxième idée est de considérer la jeunesse comme le temps de multiples expérimentations où se joue l’apprentissage des rôles sociaux. L’adultéité correspond à la sédimentation de ces expérimentations en expérience : on tire les leçons de l’histoire. Associer plutôt les expérimentations à la jeunesse renvoie sans aucun doute à des représentations à partir desquelles des luttes de pouvoir entre générations s’observent : aux « jeunes » la fougue, aux « vieux » la sagesse… Pierre Bourdieu dans « La jeunesse n’est qu’un mot » en parle (5). N’empêche, acquérir par l’expérimentation, donc avec un système d’essais-erreurs, les rôles sociaux est bien au cœur de la jeunesse… ce qui implique que celle-ci puisse expérimenter et qu’à l’inverse on ne surdétermine pas les trajectoires : on connaît trop bien ces destins de jeunes scellés à l’avance par des « orientations » scolaires et post-scolaires excluant tout vagabondage (6). « L’homme est plein à chaque minute de possibilités non réalisées », écrit justement Vygotski (7). « L’obligation de résultat », sur laquelle s’arc-boutent les institutions en charge de la formation, de l’insertion professionnelle, est un ingrédient dopant de la reproduction des destins, des déterminations. Il faut lui opposer une « culture du résultat ».

Deux volets, trois sphères…

La troisième idée est de partir de la personne et de ses relations avec l’environnement avec deux grands volets.

Le premier est l’indépendance économique qui, dans la société occidentale telle qu’elle est organisée, repose le plus souvent sur l’exercice d’un emploi : gagner sa vie. Mais la gagner ne résume pas, du moins idéalement, le fait de travailler… sauf à « gagner sa vie à la perdre », comme le disait Marx : acquisition d’une place qui n’est pas que celle de l’homo oeconomicus (pour qui la satisfaction dans le travail est liée à sa rétribution) mais celles de l’homo faber (épanouissement dans l’acte de travail lui-même) et de l’homo sociologicus (reconnaissance par les autres et des autres). (8)

Le deuxième volet est l’autonomie sociale, elle-même composée de trois sphères : l’individuation, la sociabilité et le sociétal. A chacune de ces sphères, poreuses entre elles, correspond une distance entretenue entre soi et l’environnement, un type de relations, un idéaltype et un paradigme.

– A l’individuation, la distance intime (micro) qui recouvre les relations entretenues par la personne avec elle-même (santé, équilibre, épanouissement…) et avec sa famille : avec le « sujet » en jeu, c’est l’accomplissement qui est visé.

– A la sociabilité, la distance sociale (méso) où sont les relations avec les amis, le voisinage et le quartier, les associations : c’est ici l’ « acteur » que l’on trouve et l’enjeu est le lien. Vivre ensemble.

Au sociétal, la distance publique (macro) des relations avec la société et les institutions : c’est enfin le « citoyen » et l’objectif de citoyenneté. Faire société.

Projet social de territoire…

Du travailleur social de circonscription au conseiller de mission locale, de l’animateur socioculturel en centre social à l’encadrant de chantier d’insertion, du conseiller ANPE au militant de l’éducation populaire, chacun de ces volets et chacune de ces sphères disposent de leurs intervenants habituels. Face au risque de ce social autant « en miettes » qu’illisible, mis en concurrence et contraint à l’hyper-spécialisation pour se garantir une légitimité, la question de l’approche globale ne peut être traitée et résolue, hormis quelques tentatives heureuses mais marginales (et surtout ne reposant que sur la bonne volonté d’acteurs), qu’à partir d’une volonté politique et d’une interinstitutionnalité. Il y a deux-trois ans, la Délégation interministérielle à la ville (DIV) avait promu un « dispositif » qui me semblait répondre à ces conditions, le « projet social de territoire » (PST). Autour de la table, on trouvait la DIV, l’emploi, les affaires sociales, la CNAF, les collectivités, etc. Il ne me semble pas que, passé le temps des expérimentations, on fasse aujourd’hui grand cas des PST. Ni qu’on en ait tiré les enseignements qui permettraient qu’aujourd’hui – et rapidement compte-tenu du caractère critique de la situation – l’approche globale soit autre chose qu’un vœu pieux. Que, d’ailleurs, chacun ou presque s’approprie à la condition d’être le pilote ou coordonnateur exclusif.

Six milliards de dieux sur la Terre ou l’intervention socioprofessionnelle pré-copernicienne. 

 

 (1) Une jeunesse difficile, études coordonnées par Daniel Cohen, 2007, éditions rue d’Ulm. Ce recueil d’études a fourni la base de La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse, Académie des sciences morales et politiques, 2007, Seuil.

(2) SCP Communication, 15-35 ans : les individualistes solidaires, février 2007.

(3) Forum européen de la jeunesse, Opinion Jeunesse, 2008, n° 1.

(4) Edwards T. Hall, La dimension cachée, 1978, Seuil.

(5) Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, 1984, Minuit.

(6) « Est-il normal de payer les choix d’orientation faits à onze ans, sans possibilité de rattrapage ? Non ! » Martin Hirsh, Sénat, 5 mars 2009.

(7) Lev Semionovitch Vygotski, Conscience, inconscient, émotions, 2003, La Dispute.

(8) Serge Paugam, « La solidarité organique à l’épreuve de l’intensification du travail et de l’instabilité de l’emploi », sous la direction de S. Paugam, Repenser la solidarité, 2007, PUF.