Une stratégie territoriale de développement pour l’emploi et l’insertion. 1/3

Publié: mars 29, 2009 dans 1

Plutôt que, comme dans le dernier rapport de Marie-Christine Dalloz (11 mars 2009), des tentatives d’absorption qui, sous couvert de lisibilité, de simplification et d’opérationnalité, dissimulent des enjeux de pouvoirs et d’affirmation de légitimités institutionnelles clamées d’autant plus fort qu’elles éprouvent quelques difficultés à se fonder sur des faits irréfutables, patents, il me semble qu’il est possible d’organiser à une échelle pertinente une réelle « stratégie territoriale de développement pour l’emploi et l’insertion ». S’appuyant, entre autres, sur une étude que je viens d’achever pour une communauté d’agglomération, cette stratégie n’est certes pas un exercice théorique (1). De cette étude et bien d’autres (dont le volet monographies du Rapport Anciaux), j’ai au moins une certitude : il n’y a pas de modèle unique. Cependant il y a des invariants, des « règles » et des principes qui permettent d’avancer et qui, sauf exceptions (que je n’ai jamais rencontrées), concernent beaucoup sinon la plupart des territoires.

Pourquoi une « stratégie » ?

Parce que celle-ci est d’autant plus nécessaire, pratiquement mais également éthiquement, que les effets de ce qui est improprement nommé « la crise » – alors qu’il faudrait parler « des crises » – se font durement ressentir sur les territoires : afflux de demandeurs d’emploi, corrélativement baisse des offres d’emploi, tout ceci dans un contexte de mutation de l’opérateur principal, Pôle Emploi, qui ne pourra être efficace, c’est-à-dire répondre aux besoins, qu’une fois réussie son acculturation : deux entités aux cultures distinctes, donc du temps… En d’autres termes, d’une part ce n’est guère le moment de séparer alors qu’il faudrait relier, d’autre part l’urgence ne justifie pas que la tactique se substitue à la stratégie : la première – tactique – est faite de court terme, d’opportunité (guère éloignée d’opportunisme) et d’évidence ; la seconde – stratégie – combine long terme, d’engagement et d’objectivation.

Pourquoi « territoriale » ?

Toute politique ou presque est territorialisée, c’est-à-dire se décline sur un territoire. Elle est donc descendante même si des conditions d’aménagement de son application peuvent être débattues avec les acteurs locaux. Il en est ainsi, par exemple, des programmes et mesures de la politique de l’emploi qui sont construites dans les ministères puis, avec des « clés de répartition » (démographie, nombre de demandeurs d’emploi, etc.), sont ventilées régionalement (SPER), départementalement (SPED), localement (SPEL). A contrario, une politique « territorialisée » est une dynamique partagée, ascendante, qui part de la connaissance impliquée et concrète des acteurs locaux. Bien sûr, elle est l’objet de débats et négociations avec les institutions « macro », l’État singulièrement qui joue son rôle de garant de l’égalité de traitement à l’échelle nationale, mais le point de départ est bien celui des besoins du territoire, ses ressources également ainsi que son histoire. Ce qui, soit dit en passant, est le concept central des démarches qualité : on parle, dans cet ordre, de « relations clients – fournisseurs », signifiant par là que ce sont les clients qui déterminent pour une large part (2) l’organisation. Ces dernières décennies, la mutation la plus importante de l’État a d’ailleurs été ce virage à 180° passant du jacobin « même service pour tous » au girondin (sinon proudhonien) « à chacun selon ses besoins ». S’agissant de l’histoire locale, celle-ci est loin de n’être qu’anecdotique, une sorte de coloration culturelle et vernaculaire qui n’influencerait qu’à la marge, histoire de « faire local ». Tout au contraire, elle explique pourquoi tel modèle peut fonctionner ici mais échouer là. Toutes choses ne sont pas égales par ailleurs. Plus que compliqué, on est dans un système complexe qui, donc, inclut l’aléatoire. C’est probablement regrettable pour les prosélytes du modèle unique, qui ne veulent voir qu’une seule tête (de préférence la leur, celle de la structure qu’ils promeuvent), mais c’est ainsi : « les faits sont têtus » disait justement Durkheim il y a un bon bout de temps. Dès lors que l’aléatoire est une variable obligée, le modèle est lui-même plastique. Cela semble évident. A titre d’illustration, pour bien comprendre, sur certains territoires une maison de l’emploi pourra être la structure de référence, ailleurs ce sera un dispositif communautaire (CBE, conseil de développement ou de pays), etc. Mais il est également des territoires où la structure potentiellement tête de réseau est en quasi-mort clinique et, dans ces cas, on imagine mal de lui confier un leadership – risque de contamination – et il vaut mieux mobiliser des soins palliatifs jusqu’à la fin de la convention.

A suivre…

(1) Cette étude est validée par la collectivité commanditaire, l’État, la Région et le Département s’étant prononcés favorablement (élus et techniciens), une validation plus large et formelle par leurs assemblées et/ou présidences respectives devant cependant intervenir. Le cadre contractuel ne me permet pas d’identifier le territoire en question : ses acteurs s’y reconnaîtront sans qu’ils soient reconnus.

(2) Pour une large part, c’est-à-dire pas totalement. Il serait tout aussi absurde de concevoir une organisation sur la seule base de ses professionnels que sur celle de ses « clients » ou « usagers » ; cela reviendrait à remplacer une subjectivité par une autre subjectivité. D’où l’imbécillité des slogans proliférants « au centre » : « jeunocentre », « maladocentre », « élèvocentre », etc.

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