Maison(s) de l’emploi… Deux pierres dans leur jardin.

Publié: mars 6, 2009 dans Insertion/missions locales, Politiques d'emploi

Un surprenant « rapport »…

Le site Localtis reprend une information du Centre Inffo : « Les maisons de l’emploi pourraient être intégrées dans le nouvel opérateur national. C’est ce que propose Bernard Depierre, député UMP de la Côte-d’Or, dans un rapport remis à Laurent Wauquiez en décembre 2008, et dévoilé hier par le site spécialisé Centre Inffo. Le député, qui a auditionné dans sa région les responsables concernés (directeurs régionaux de l’ANPE et de l’Assedic, président et directeur de la maison de l’emploi du Grand Dijon, nouveau directeur du Pôle emploi Bourgogne), dresse un bilan très négatif du dispositif mis en place par Jean-Louis Borloo en 2005. »

En fait de rapport, c’est une note de onze pages baptisée, rien de moins, FUSION ANPE /ASSEDIC. Réflexion sur le positionnement des Maisons de l’Emploi et des Missions locales, dont la brièveté n’a d’égale que la radicalité du propos car, si le député propose d’intégrer les maisons de l’emploi dans Pôle Emploi, c’est, pourrait-on dire, faute de mieux car les résultats sont loin, très loin, d’être à la hauteur des ambitions, même pas des exigences. Cette note est structurée en trois chapitres : le premier pour les maisons de l’emploi, le deuxième pour les missions locales, le troisième pour Pôle Emploi.

Extraits, les caractères en gras étant d’origine.

Chapitre 1 « Maison de l’emploi. Quel statut, quelle mission, quel avenir. Vers une intégration au nouveau Pôle Emploi ? »

« Les différents responsables auditionnés dressent le même constat d’échec sur l’actuel fonctionnement des Maisons de l’emploi. »

« L’axe 1 et l’axe 3, sont tout simplement qualifiés d’inopérants et d’inexistants. »

« La superposition de la mission « accompagnement » (axe 2) entre les services de l’ANPE et les Maisons de l’Emploi est clairement pointée du doigt. Deux acteurs qui devraient travailler de manière complémentaire se retrouvent en situation de quasi-concurrence. »

« Par ailleurs, l’absence de publics cibles pour les Maisons de l’Emploi pose également problème. Cela dilue leur action et la rend diffuse (contrairement par exemple aux Missions locales qui ont compétence sur les 18/25 ans). »

« Autre constat : le trop faible retour sur investissement des Maisons de l’emploi eu égard aux sommes investies mais aussi la « politisation » excessive de ces outils avec des présidences accordées la plupart du temps à des élus.  L’instrumentalisation politique est dénoncée car elle vient parasiter les missions premières de ces Maisons de l’Emploi.

« L’axe 2 polarise tous les efforts. Or, cela se fait non pas en complémentarité avec l’ANPE et l’ensemble des autres partenaires mais en superposition totale. Lorsqu’une entreprise s’installe, la Maison  de l’Emploi devrait se positionner comme le chef de file faisant le lien entre les différents acteurs. Or, cela ne fonctionne pas. »

« Au lieu de répondre au problème de l’éparpillement des acteurs de l’emploi, du manque de prospective et d’inefficacité du suivi individualisé, les Maisons de l’emploi se cantonnent trop souvent à accueillir et accompagner le demandeur d’emploi alors même que l’ANPE assure déjà cette offre de service. »

« Il est établi un manquement grave en termes de recensement des ressources humaines, d’anticipation des besoins locaux en emplois et en formation, de regroupement de tous les services, de mise en synergie des acteurs locaux et de prospective économique. »

Intrépide, fougueux, discipliné, irascible député…

Localtis, un peu taquin, conclut son article par « Quant au réseau Alliance Villes Emploi, qui regroupe les maisons de l’emploi, il n’a pour l’heure pas été informé de la publication de ce rapport. » Nul doute que cela ne saurait tarder – AVE aurait tort de s’en priver – et l’on imagine que la représentativité sera l’argument-clé – et fondé – de réfutation puisque l’intrépide député tire ses conclusions d’une investigation limitée… à une maison de l’emploi, celle du Grand Dijon ! Ce qui incontestablement est faire d’un cas une généralité. Passons sur le fait que cette note est téléchargeable en version word, donc modifiable (quelle prudence avec le net !), sur le fait que le titre « maison de l’emploi » du premier chapitre est écrit au singulier alors que les développements qui suivent sont au pluriel, sur le fait enfin que cette note est non datée.

La question qui se pose ici est la signification de cette note aujourd’hui révélée, car au moins trois hypothèses sont possibles. Non exclusives les unes des autres.

– Ou, par son extrapolation, le fougueux député commet effectivement une faute (de débutant : recalé au DEUG de sociologie) : que la Maison de l’Emploi du Grand Dijon dysfonctionne motive assurément sa réorganisation et, pourquoi pas, son absorption par Pôle Emploi mais ne justifie pas que cette préconisation s’élargisse à toutes les maisons de l’emploi (1). Une sorte d’interprétation plus qu’hasardeuse de l’adage « Agir local, penser global » en quelque sorte.

– Ou le discipliné député répond à une suggestion de plus haut : j’écrivais sur ce blog qu’un responsable de la DARES m’indiquait en off il y a peu de temps « Mis à part AVE, personne ne porte plus les maisons de l’emploi au ministère. » Classiquement, la réponse peut être recherchée à partir de la question « A qui profite le crime ? »… toute précaution prise sur la notion de « crime ».

– Ou l’irascible député UMP pense et ne pense que « local » face au socialiste François Rebsamen, sénateur et président du Grand Dijon. L’accusation d’« instrumentalisation politique » (sic) plaide pour cette hypothèse (2). La stratégie collective de l’intérêt général au service de la tactique individuelle de l’intérêt particulier.

De l’huile sur le feu.

Il y a incontestablement des maisons de l’emploi qui fonctionnent, d’autres qui dysfonctionnent, et, au chapitre des dysfonctionnements, j’avais regroupé ceux-ci sous les termes de « syndrome du pousse-pousse », « syndrome du coucou » et « aubaine ». Les propositions de Bernard Depierre pourraient être étudiées raisonnablement – après tout, souvenons-nous que Laurent Wauquiez déclarait que, si les maisons de l’emploi avaient été créées, c’était parce que la fusion ANPE-Unedic n’était pas réalisée – mais, fondées comme telles, elles sont à apprécier avec autant de réserve que celles qui présentent ces structures comme l’alpha et l’oméga de toute la réorganisation de la politique de l’emploi.

Ce qui est certain c’est que cette note va mettre un peu d’huile sur le feu. Pas seulement dans le Landerneau bourguignon. En a-t-on besoin au regard de ce qui se passe dans certaines régions, au hasard la Picardie ? « Picardie : les missions locales menacées de disparition.  Le Préfet de Région et le Conseil Régional de Picardie imposent un rapprochement  sans aucune concertation préalable, des Missions Locales, des maisons de l’emploi et des PLIE avant fin 2009. (le cahier des charges indiquant clairement que la Mission locale disparaît et devient un département de la Maison de l’Emploi et de la Formation nouvellement créée !) » (tract CGT, 3 mars 2009).

Écarter les élus…

A suivre, le chapitre 2, « Mission locale. Vers un renforcement des missions sur les 18-25 ans ». On verra que, par contraste, les missions locales sont portées au pinacle… mais aussi que l’intrépide, fougueux, discipliné et irascible député mérite qu’un autre qualificatif lui soit accolé (mal-comprenant ?) puisqu’il ne propose pas moins que d’ « écarter de la composition des Conseils d’administration les élus et personnalités politiques qui entraînent indubitablement une politisation de l’approche des politiques de l’emploi et des actions. » Ce qui plaide pour la première hypothèse, ajoutant à l’incompétence méthodologique et au biais épistémologique, l’ignorance de ce que sont depuis plus de vingt-cinq ans les missions locales et de ce qu’est, plus largement, l’insertion. « Mon propos sera donc également politique. Parce que traiter de la formation, de l’insertion, de l’emploi, de l’organisation du travail, et préconiser des actions en la matière, n’est ni anodin, ni neutre. Toute innovation sociale est politique. Défendant des valeurs humaines et sociales, je préconiserai, aussi, une certaine politique. » C’est de qui ? De Bertrand Schwartz. C’est où ? Dans l’introduction de Moderniser sans exclure. Ca date de quand ? 1994.

 Caramba !

Benoît Willot, animateur du très bon blog maintes fois cité ici Emploi et Création, réagit rapidement… Ce n’est d’ailleurs que coutume puisque – j’avais omis de le signaler – Benoît s’était fait l’écho dès ce matin de ce « rapport ». Caramba, avant mon article ! L’avenir, dit-on, appartient à ceux qui se lèvent tôt.

B.W. « Analyse particulièrement pertinente.

On remarquera aussi que Bernard Depierre formule des « recommandations » sur les missions locales… sans même avoir rencontré, pour cette mission, qui que ce soit du réseau.

La mise en cause de la « politisation » des organismes chargés d’élaborer et mettre en oeuvre les politiques de l’emploi est une question assez nouvelle, mais importante. D’une certaine façon, c’est à la suite de l’absorption de l’Assedic par l’Anpe au sein de Pôle Emploi : on confie à des administrations tout ce qui relevait jusqu’ici d’acteurs politiques, économiques et sociaux. »

P.L. Seule réserve ou question : Pôle Emploi, résultante d’une « absorption de l’Assedic par l’ANPE » ? Je ne l’avais pas vu comme cela…

 (1) Reste que la proposition du député, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est guère en conformité avec ce que ses pairs ont décidé et voté le 18 janvier 2005 (loi de programmation pour la cohésion sociale, titre 1er, chapitre 1er) et le 13 février 2008 (loi relative à la réforme du service public de l’emploi). Une conception étonnante de la démocratie parlementaire et de la discipline républicaine, somme toute.

(2) « L’instrumentalisation politique » d’outils tels que les maisons de l’emploi et d’autres structures est un fait non systématique mais effectif et même parfois caricatural (clientélisme) sur certains territoires. L’expression est cependant sujette à débat dès lors que l’on considère qu’une stratégie territoriale de développement économique pour l’emploi et l’insertion ne peut faire l’économie d’une implication et d’un pilotage politiques de cette stratégie. Où commence l’instrumentalisation et où s’arrête le pilotage ? Vaste question…

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commentaires
  1. Benoit Willot dit :

    Analyse particulièrement pertinente.
    On remarquera aussi que Bernard Depierre formule des « recommandations » sur les missions locales… sans même avoir rencontré, pour cette mission, qui que ce soit du réseau.
    La mise en cause de la « politisation » des organismes chargés d’élaborer et mettre en oeuvre les politiques de l’emploi est une question assez nouvelle, mais importante. D’une certaine façon, c’est al sutie de l’absorbtion de l’Assédic par l’Anpe au sein de Pôle emploi: on confie à des administrations tout ce qui relevait jusqu’ici d’acteurs politiques, économiques et sociaux.

  2. Docinsert dit :

    Et Monsieur Depierre s’expliqua… :

    « Les Maisons de l’emploi ne servent plus à rien »
    Le Bien Public du 06/03/2009
    http://www.bienpublic.com/actu/infodujour/20090306.BPA8179.html

  3. Quelques petites précisions sur ce « rapport » Depierre:
    Il n’y a pas de Maison de l’Emploi à Beaune (projet gelé). Celle de Haute-Côte d’or est à Montbard et non à Viteaux, commune de François Sauvadet. La Maison de l’emploi du Grand Dijon n’existe pas. C’est celle du Bassin dijonnais. Outre la communauté d’agglomération de Dijon, sept autres intercommunalités en sont fondatrices, de droite comme de gauche. Et cette MDEF compte quinze points d’accueil dont les deux tiers hors agglo.

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